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Tragédie en vers

Mithridate

Jean Racine· créée en 1673· 5 actes· 1 698 vers· 8 personnages

Représenté pour le première fois le 13 janvier 1673 à l'Hôtel de Bourgogne.

Personnages

  • MITHRIDATE, roi de Pont et de quantité d'autres royaumes
  • MONIME, accordée avec Mithridate, et déjà déclarée reine
  • PHARNACE, fils de Mithridate
  • XIPHARÈS, fils de Mithridate, mais d'une mère différente
  • ARBATE, confident de Mithridate, et gouverneur de la place de Nymphée
  • PHOEDIME, confidente de Monime
  • ARCAS, domestique de Mithridate
  • GARDES
PRÉFACE

Il n'y a guère de nom plus connu que celui de Mithridate ; sa vie et sa mort font une partie considérable de l'histoire romaine, et sans compter les victoires qu'il a remportées, on peut dire que ses seules défaites ont fait presque toute la gloire de trois des plus grands capitaines de la république [Note : fin de phrase ajoutée dans l'édition de 1675] : c'est à savoir, de Sylla, de Lucullus et de Pompée. Ainsi je ne pense pas qu'il soit besoin de citer ici mes auteurs ; car, excepté quelque événement que j'ai un peu rapproché par le droit que donne la poésie, tout le monde reconnaîtra aisément que j'ai suivi l'histoire avec beaucoup de fidélité. [Note : les deux phrases qui suivent ont été ajoutées dans l'édition de 1675 et suivantes.] En effet, il n'y a guère d'actions éclatantes dans la vie de Mithridate qui n'aient trouvé place dans ma tragédie. J'y ai inséré tout ce qui pouvait mettre en jour les moeurs et les sentiments de ce prince, je veux dire sa haine violente contre les Romains, son grand courage, sa finesse, sa dissimulation, et enfin cette jalousie qui lui était si naturelle, et qui a tant de fois coûté la vie à ses maîtresses.

La seule chose qui pourrait n'être pas aussi connue que le reste, c'est le dessein que je lui fais prendre de passer dans l'Italie. Comme ce dessein m'a fourni une des scènes qui ont le plus réussi dans ma tragédie, je crois que le plaisir du lecteur pourra redoubler, quand il verra que presque tous les historiens ont dit tout ce que je fais dire ici à Mithridate.

Florus, Plutarque et Dion Cassius nomment les pays par où il devait passer. Appien d'Alexandrie entre plus dans le détail, et après avoir marqué les facilités et les secours que Mithridate espérait trouver dans sa marche, il ajoute que ce projet fut le prétexte dont Pharnace se servit pour [faire] révolter toute l'armée, et que les soldats, effrayés de l'entreprise de son père, la regardèrent comme le désespoir d'un prince qui ne cherchait qu'à périr avec éclat. Ainsi elle fut en partie cause de sa mort, qui est l'action de ma tragédie.

J'ai encore lié ce dessein de plus près à mon sujet, et je m'en suis servi pour faire connaître à Mithridate les secrets sentiments de ses deux fils. On ne peut prendre trop de précaution pour ne rien mettre sur le théâtre qui ne soit très nécessaire, et les plus belles scènes sont en danger d'ennuyer, du moment qu'on les peut séparer de l'action et qu'elles l'interrompent au lieu de la conduire vers sa fin.

[Note : La partie qui suit a été ajoutée à partir de l'éditions de 1673]

Voici la réflexion que fait Dion Cassius sur ce dessein de Mithridate : "Cet homme était véritablement né pour entreprendre de grandes choses. Comme il avait souvent éprouvé la bonne et la mauvaise fortune, il ne croyait rien au-dessus de ses espérances et de son audace, et mesurait ses desseins bien plus à la grandeur de son courage qu'au mauvais état de ses affaires, bien résolu, si son entreprise ne réussissait point, de faire une fin digne d'un grand roi, et de s'ensevelir lui-même sous les ruines de son empire, plutôt que de vivre dans l'obscurité et dans la bassesse."

J'ai choisi Monime entre les femmes que Mithridate a aimées. Il paraît que c'est celle de toutes qui a été la plus vertueuse, et qu'il a aimée le plus tendrement. Plutarque semble avoir pris plaisir à décrire le malheur et les sentiments de cette princesse. C'est lui qui m'a donné l'idée de Monime, et c'est en partie sur la peinture qu'il en a faite que j'ai fondé un caractère que je puis dire qui n'a point déplu. Le lecteur trouvera bon que je rapporte ses paroles telles qu'Amyot les a traduites, car elles ont une grâce dans le vieux style de ce traducteur, que je ne crois point pouvoir égaler dans notre langage moderne :

« Cette-cy estoit fort renommée entre les Grecs, pour ce que quelques sollicitations que lui sceust faire le roy en estant amoureux, jamais ne voulut entendre à toutes ses poursuites jusqu'à ce qu'il y eust accord de mariage passé entre eux, qu'il luy eust envoyé le diadème ou bandeau royal, et appelée royne. La pauvre dame, depuis que ce roy l'eust espousée, avoir vécu en grande desplaisance, ne faisant continuellement autre chose que de plorer la malheureuse beauté de son corps, laquelle, au lieu d'un mari, luy avait donné un maistre, et au lieu de compaignie conjugale et que doibt avoir une dame d'honneur, luy avait baillé une garde et garnison d'hommes barbares, qui la tenoient comme prisonnière loin du doulx pays de la Grèce, en lieu où elle n'avait qu'un songe et une ombre de biens ; et au contraire avait réellement perdu les véritables, dont elle jouissoit au pays de sa naissance. Et quand l'ennuque fut arrivé devers elle et luy eust faict commandement de par le roi qu'elle eust à mourir, adonc elle s'arracha d'alentour de la teste son bandeau royal, et se le nouant alentour du col, s'en pendit. Mais le bandeau ne fut pas assez fort, et se rompit incontinent. Et alors elle se prit à dire : « O maudit et malheureux tissu, ne me serviras-tu point au moins à ce triste service ? » En disant ces paroles, elle le jeta contre terre, crachant dessus, et tendit la gorge à l'eunuque. »

Xipharès était fils de Mithridate et d'une de ses femmes qui se nommait Stratonice. Elle livra aux Romains une place de grande importance, où étaient les trésors de Mithridate, pour mettre son fils Xipharès dans les bonnes grâces de Pompée. Il y a des historiens qui prétendent que Mithridate fit mourir ce jeune prince pour se venger de la perfidie de sa mère.

Je ne dis rien de Pharnace, car qui ne sait pas que ce fut lui qui souleva contre Mithridate ce qui lui restait de troupes, et qui força ce prince à se vouloir empoisonner, et à se passer son épée au travers du corps pour ne pas tomber entre les mains de ses ennemis ? C'est ce même Pharnace qui fut vaincu depuis par Jules César, et qui fut tué ensuite dans une autre bataille.

ACTE I

SCÈNE I. Xipharès, Arbate.

XIPHARÈS

Je l'aime, et ne veux plus m'en taire Puisqu'enfin pour rival je n'ai plus que mon frère. Tu ne t'attendais pas sans doute à ce discours. Mais ce n'est point, Arbate, un secret de deux jours. Cet amour s'est longtemps accru dans le silence. Que n'en puis-je à tes yeux marquer la violence, Et mes premiers soupirs et mes derniers ennuis ? Mais en l'état funeste où nous sommes réduits, Ce n'est guère le temps d'occuper ma mémoire À rappeler le cours d'une amoureuse histoire. Qu'il te suffise donc, pour me justifier, Que je vis, que j'aimai la reine le premier, Que mon père ignorait jusqu'au nom de Monime, Quand je conçus pour elle un amour légitime. Il la vit. Mais au lieu d'offrir à ses beautés Un hymen, et des voeux dignes d'être écoutés, Il crut que sans prétendre une plus haute gloire, Elle lui céderait une indigne victoire. Tu sais par quels efforts il tenta sa vertu, Et que lassé d'avoir vainement combattu, Absent, mais toujours plein de son amour extrême, Il lui fit par tes mains porter son diadème. Juge de mes douleurs, quand des bruits trop certains, M'annoncèrent du roi l'amour, et les desseins, Quand je sus qu'à son lit Monime réservée Avait pris avec toi le chemin de Nymphée. Hélas ! ce fut encor dans ce temps odieux, Qu'aux offres des Romains ma mère ouvrit les yeux, Ou pour venger sa foi par cet hymen trompée, Ou ménageant pour moi la faveur de Pompée, Elle trahit mon père, et rendit aux Romains La place, et les trésors confiés en ses mains. Quel devins-je au récit du crime de ma mère ! Je ne regardai plus mon rival dans mon père. J'oubliai mon amour par le sien traversé. Je n'eus devant les yeux que mon père offensé. J'attaquai les Romains, et ma mère éperdue Me vit, en reprenant cette place rendue, À mille coups mortels contre eux me dévouer, Et chercher en mourant à la désavouer. L'Euxin depuis ce temps fut libre, et l'est encore. Et des rives de Pont, aux rives du Bosphore Tout reconnut mon père, et ses heureux vaisseaux N'eurent plus d'ennemis que les vents et les eaux. Je voulais faire plus. Je prétendais, Arbate, Moi-même à son secours m'avancer vers l'Euphrate, Je fus soudain frappé du bruit de son trépas. Au milieu de mes pleurs, je ne le cèle pas, Monime, qu'en tes mains mon père avait laissée, Avec tous ses attraits revint en ma pensée. Que dis-je ? En ce malheur je tremblai pour ses jours. Je redoutai du roi les cruelles amours. Tu sais combien de fois ses jalouses tendresses Ont pris soin d'assurer la mort de ses maîtresses. Je volai vers Nymphée. Et mes tristes regards Rencontrèrent Pharnace au pied de ses remparts. J'en conçus, je l'avoue, un présage funeste. Tu nous reçus tous deux, et tu sais tout le reste. Pharnace en ses desseins toujours impétueux, Ne dissimula point ses voeux présomptueux. De mon père à la reine il conta la disgrâce, L'assura de sa mort, et s'offrit en sa place. Comme il le dit, Arbate, il veut l'exécuter. Mais enfin à mon tour je prétends éclater. Autant que mon amour respecta la puissance D'un père, à qui je fus dévoué dès l'enfance, Autant ce même amour maintenant révolté De ce nouveau rival brave l'autorité. Ou Monime à ma flamme elle-même contraire Condamnera l'aveu que je prétends lui faire, Ou bien quelques malheurs qu'il en puisse advenir Ce n'est que par ma mort qu'on la peut obtenir. Voilà tous les secrets que je voulais t'apprendre. C'est à toi de choisir quel parti tu dois prendre, Qui des deux te paraît plus digne de ta foi, L'esclave des Romains, ou le fils de ton roi. Fier de leur amitié Pharnace croit peut-être Commander dans Nymphée et me parler en maître. Mais ici mon pouvoir ne connaît point le sien. Le Pont est son partage et Colchos est le mien. Et l'on sait que toujours la Colchide et ses princes Ont compté ce Bosphore au rang de leurs provinces.

SCÈNE II. Monime, Xipharès.

MONIME

Vous !

MONIME

Hélas !

SCÈNE III. Monime, Pharnace, Xipharès.

SCÈNE IV. Monime, Pharnace, Xipharès, Phoedime.

XIPHARÈS

Mon père !

SCÈNE V. Pharnace, Xipharès.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Monime, Phoedime.

SCÈNE II. Mithridate, Pharnace, Xipharès, Arbate, Gardes.

SCÈNE III. Mithridate, Arbate.

SCÈNE IV. Mithridate, Monime.

MITHRIDATE

Ainsi, prête à subir un joug qui vous opprime Vous n'allez à l'autel que comme une victime : Et moi, tyran d'un coeur qui se refuse au mien, Même en vous possédant je ne vous devrai rien. Ah Madame ! est-ce là de quoi me satisfaire ? Faut-il que désormais renonçant à vous plaire Je ne prétende plus qu'à vous tyranniser ? Mes malheurs en un mot me font-ils mépriser ? Ah ! pour tenter encor de nouvelles conquêtes Quand je ne verrais pas des routes toutes prêtes, Quand le sort ennemi m'aurait jeté plus bas, Vaincu, persécuté, sans secours, sans États, Errant de mers en mers, et moins roi que pirate, Conservant pour tous biens le nom de Mithridate, Apprenez que suivi d'un nom si glorieux Partout de l'univers j'attacherais les yeux, Et qu'il n'est point de rois, s'ils sont dignes de l'être, Qui sur le trône assis n'enviassent peut-être Au-dessus de leur gloire un naufrage élevé, Que Rome, et quarante ans ont à peine achevé. Vous-même d'un autre oeil me verriez-vous, Madame, Si ces Grecs vos aïeux revivaient dans votre âme ? Et puisqu'il faut enfin que je sois votre époux, N'était-il pas plus noble, et plus digne de vous, De joindre à ce devoir votre propre suffrage, D'opposer votre estime au destin qui m'outrage, Et de me rassurer, en flattant ma douleur, Contre la défiance attachée au malheur ? Hé quoi ? N'avez-vous rien, Madame, à me répondre ? Tout mon empressement ne sert qu'à vous confondre. Vous demeurez muette, et loin de me parler, Je vois malgré vos soins vos pleurs prêts à couler.

SCÈNE V. Mithridate, Monime, Xipharès.

SCÈNE VI. Monime, Xipharès.

MONIME

Oui, Prince, il n'est plus temps de le dissimuler. Ma douleur pour se taire a trop de violence. Un rigoureux devoir me condamne au silence. Mais il faut bien enfin malgré ses dures lois, Parler pour la première et la dernière fois. Vous m'aimez dès longtemps. Une égale tendresse, Pour vous depuis longtemps m'afflige et m'intéresse. Songez depuis quel jour ces funestes appas Firent naître un amour qu'ils ne méritaient pas. Rappelez un espoir, qui ne vous dura guère, Le trouble où vous jeta l'amour de votre père, Le tourment de me perdre, et de le voir heureux, Les rigueurs d'un devoir contraire à tous vos voeux : Vous n'en sauriez, Seigneur, retracer la mémoire, Ni conter vos malheurs, sans conter mon histoire, Et lorsque ce matin j'en écoutais le cours, Mon coeur vous répondait tous vos mêmes discours. Inutile, ou plutôt funeste sympathie ! Trop parfaite union par le sort démentie ! Ah ! Par quel soin cruel le ciel avait-il joint Deux coeurs que l'un pour l'autre il ne destinait point ? Car quel_que_soit vers vous le penchant qui m'attire, Je vous le dis, Seigneur, pour ne plus vous le dire. Ma gloire me rappelle, et m'entraîne à l'autel Où je vais vous jurer un silence éternel. J'entends, vous gémissez. Mais telle est ma misère. Je ne suis point à vous, je suis à votre père. Dans ce dessein vous-même il faut me soutenir, Et de mon faible coeur m'aider à vous bannir. J'attends du moins, j'attends de votre complaisance, Que désormais partout vous fuirez ma présence. J'en viens de dire assez pour vous persuader Que j'ai trop de raisons de vous le commander. Mais après ce moment, si ce coeur magnanime D'un véritable amour a brûlé pour Monime, Je ne reconnais plus la foi de vos discours, Qu'au soin que vous prendrez de m'éviter toujours.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Mithridate, Pharnace, Xipharès.

MITHRIDATE

Approchez, mes enfants. Enfin l'heure est venue Qu'il faut que mon secret éclate à votre vue. À mes nobles projets je vois tout conspirer. Il ne me reste plus qu'à vous les déclarer. Je fuis, ainsi le veut la Fortune ennemie. Mais vous savez trop bien l'histoire de ma vie, Pour croire que longtemps soigneux de me cacher J'attende en ces déserts qu'on me vienne chercher. La guerre a ses faveurs, ainsi que ses disgrâces. Déjà plus d'une fois retournant sur mes traces, Tandis que l'ennemi par ma fuite trompé Tenait après son char un vain peuple occupé, Et gravant en airain ses frêles avantages De mes États conquis enchaînait les images, Le Bosphore m'a vu, par de nouveaux apprêts, Ramener la terreur du fond de ses marais, Et chassant les Romains de l'Asie étonnée Renverser en un jour l'ouvrage d'une année. D'autres temps, d'autres soins. L'Orient accablé Ne peut plus soutenir leur effort redoublé. Il voit plus que jamais ses campagnes couvertes De Romains que la guerre enrichit de nos pertes. Des biens des nations ravisseurs altérés, Le bruit de nos trésors les a tous attirés : Il y courent en foule, et jaloux l'un de l'autre, Désertent leur pays pour inonder le nôtre. Moi seul je leur résiste. Ou lassés, ou soumis Ma funeste amitié pèse à tous mes amis. Chacun à ce fardeau veut dérober sa tête. Le grand nom de Pompée assure sa conquête. C'est l'effroi de l'Asie. Et loin de l'y chercher, C'est à Rome, mes fils, que je prétends marcher. Ce dessein vous surprend, et vous croyez peut-être Que le seul désespoir aujourd'hui le fait naître. J'excuse votre erreur. Et pour être approuvés, De semblables projets veulent être achevés. Ne vous figurez point, que de cette contrée Par d'éternels remparts Rome soit séparée. Je sais tous les chemins par où je dois passer, Et si la mort bientôt ne me vient traverser, Sans reculer plus loin l'effet de ma parole, Je vous rends dans trois mois au pied du Capitole. Doutez-vous que l'Euxin ne me porte en deux jours Aux lieux où le Danube y vient finir son cours, Que du Scythe avec moi l'alliance jurée De l'Europe en ces lieux ne me livre l'entrée ? Recueilli dans leurs ports, accru de leurs soldats Nous verrons notre camp grossir à chaque pas. Daces, Pannoniens, la fière Germanie, Tous n'attendent qu'un chef contre la tyrannie. Vous avez vu l'Espagne, et surtout les Gaulois Contre ces mêmes murs qu'ils ont pris autrefois, Exciter ma vengeance, et jusque dans la Grèce Par des ambassadeurs accuser ma paresse. Ils savent que sur eux prêt à se déborder Ce torrent, s'il m'entraîne, ira tout inonder. Et vous les verrez tous prévenant son ravage, Guider dans l'Italie, et suivre mon passage. C'est là qu'en arrivant, plus qu'en tout le chemin, Vous trouverez partout l'horreur du nom romain, Et la triste Italie encor toute fumante Des feux qu'a rallumés sa liberté mourante. Non, Princes, ce n'est point au bout de l'univers Que Rome fait sentir tout le poids de ses fers ; Et de près inspirant les haines les plus fortes, Tes plus grands ennemis, Rome, sont à tes portes. Ah ! S'ils ont pu choisir pour leur libérateur, Spartacus, un esclave, un vil gladiateur, S'ils suivent au combat des brigands qui les vengent, De quelle noble ardeur pensez-vous qu'ils se rangent Sous les drapeaux d'un roi longtemps victorieux, Qui voit jusqu'à Cyrus remonter ses aïeux ? Que dis-je ? En quel état croyez-vous la surprendre ? Vide de légions qui la puissent défendre, Tandis que tout s'occupe à me persécuter, Leurs femmes, leurs enfants pourront-ils m'arrêter ? Marchons, et dans son sein rejetons cette guerre Que sa fureur envoie aux deux bouts de la terre. Attaquons dans leurs murs ces conquérants si fiers. Qu'ils tremblent à leur tour pour leurs propres foyers. Annibal l'a prédit, croyons-en ce grand homme, Jamais on ne vaincra les Romains que dans Rome. Noyons-la dans son sang justement répandu. Brûlons ce Capitole, où j'étais attendu. Détruisons ses honneurs, et faisons disparaître La honte de cent rois, et la mienne peut-être ; Et la flamme à la main effaçons tous ces noms Que Rome y consacrait à d'éternels affronts. Voilà l'ambition dont mon âme est saisie. Ne croyez point pourtant qu'éloigné de l'Asie, J'en laisse les Romains tranquilles possesseurs. Je sais où je lui dois trouver des défenseurs. Je veux que d'ennemis partout enveloppée Rome rappelle en vain le secours de Pompée. Le Parthe, des Romains comme moi la terreur, Consent de succéder à ma juste fureur. Prêt d'unir avec moi sa haine et sa famille, Il me demande un fils pour époux à sa fille. Cet honneur vous regarde, et j'ai fait choix de vous, Pharnace. Allez, soyez ce bienheureux époux. Demain, sans différer, je prétends que l'aurore Découvre mes vaisseaux déjà loin du Bosphore. Vous que rien n'y retient, partez dès ce moment, Et méritez mon choix par votre empressement. Achevez cet hymen. Et repassant l'Euphrate Faites voir à l'Asie un autre Mithridate. Que nos tyrans communs en pâlissent d'effroi, Et que le bruit à Rome en vienne jusqu'à moi.

PHARNACE

Seigneur, je ne vous puis déguiser ma surprise. J'écoute avec transport cette grande entreprise. Je l'admire. Et jamais un plus hardi dessein Ne mit à des vaincus les armes à la main. Surtout j'admire en vous ce coeur infatigable Qui semble s'affermir sous le faix qui l'accable. Mais si j'ose parler avec sincérité, En êtes-vous réduit à cette extrémité ? Pourquoi tenter si loin des courses inutiles Quand vos États encor vous offrent tant d'asiles, Et vouloir affronter des travaux infinis, Dignes plutôt d'un chef de malheureux bannis, Que d'un roi, qui naguère, avec quelque apparence, De l'aurore au couchant portait son espérance, Fondait sur trente États son trône florissant, Dont le débris est même un empire puissant ? Vous seul, Seigneur, vous seul, après quarante années Pouvez encor lutter contre les destinées ; Implacable ennemi de Rome, et du repos, Comptez-vous vos soldats pour autant de héros ? Pensez-vous que ces coeurs tremblants de leur défaite, Fatigués d'une longue et pénible retraite, Cherchent avidement sous un ciel étranger La mort, et le travail pire que le danger ? Vaincus plus d'une fois aux yeux de la patrie, Soutiendront-ils ailleurs un vainqueur en furie ? Sera-t-il moins terrible, et le vaincront-ils mieux Dans le sein de sa ville, à l'aspect de ses dieux ? Le Parthe vous recherche, et vous demande un gendre. Mais ce Parthe, Seigneur, ardent à nous défendre Lorsque tout l'univers semblait nous protéger, D'un gendre sans appui voudra-t-il se charger ? M'en irai-je moi seul, rebut de la Fortune, Essuyer l'inconstance au Parthe si commune, Et peut-être pour fruit d'un téméraire amour Exposer votre nom au mépris de sa cour ? Du moins s'il faut céder, si contre notre usage Il faut d'un suppliant emprunter le visage, Sans m'envoyer du Parthe embrasser les genoux, Sans vous-même implorer des rois moindres que vous, Ne pourrions-nous pas prendre une plus sûre voie ? Jetons-nous dans les bras qu'on nous tend avec joie. Rome en votre faveur facile à s'apaiser...

XIPHARÈS

Rome, mon frère ! ô ciel ! Qu'osez-vous proposer ? Vous voulez que le roi s'abaisse et s'humilie ? Qu'il démente en un jour tout le cours de sa vie ? Qu'il se fie aux Romains, et subisse des lois Dont il a quarante ans défendu tous les rois ? Continuez, Seigneur. Tout vaincu que vous êtes, La guerre, les périls sont vos seules retraites. Rome poursuit en vous un ennemi fatal, Plus conjuré contre elle, et plus craint qu'Annibal. Tout couvert de son sang, quoi que vous puissiez faire, N'en attendez jamais qu'une paix sanguinaire, Telle qu'en un seul jour un ordre de vos mains La donna dans l'Asie à cent mille Romains. Toutefois épargnez votre tête sacrée. Vous-même n'allez point de contrée en contrée Montrer aux nations Mithridate détruit, Et de votre grand nom diminuer le bruit. Votre vengeance est juste, il la faut entreprendre. Brûlez le Capitole, et mettez Rome en cendre. Mais c'est assez pour vous d'en ouvrir les chemins. Faites porter ce feu par de plus jeunes mains, Et tandis que l'Asie occupera Pharnace, De cette autre entreprise honorez mon audace. Commandez. Laissez-nous de votre nom suivis Justifier partout que nous sommes vos fils. Embrasez par nos mains le couchant et l'aurore. Remplissez l'univers, sans sortir du Bosphore. Que les Romains pressés de l'un à l'autre bout Doutent où vous serez, et vous trouvent partout. Dès ce même moment ordonnez que je parte. Ici tout vous retient. Et moi tout m'en écarte. Et si ce grand dessein surpasse ma valeur, Du moins ce désespoir convient à mon malheur. Trop heureux d'avancer la fin de ma misère, J'irai... J'effacerai le crime de ma mère, Seigneur. Vous m'en voyez rougir à vos genoux. J'ai honte de me voir si peu digne de vous. Tout mon sang doit laver une tache si noire. Mais je cherche un trépas utile à votre gloire, Et Rome unique objet d'un désespoir si beau, Du fils de Mithridate est le digne tombeau.

PHARNACE

Seigneur...

SCÈNE II. Mithridate, Pharnace, Xipharès, Gardes.

SCÈNE III. Mithridate, Xipahrès.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Mithridate, Monime.

MITHRIDATE

Vous l'aimez ?

SCÈNE VI.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Monime, Phoedime.

SCÈNE II. Monime, Xipharès, Phoedime.

XIPHARÈS

Vous !

SCÈNE III. Monime, Phoedime.

SCÈNE IV. Mithridate, Monime.

MITHRIDATE

Perfide ! Il vous sied bien de tenir ce discours, Vous, qui gardant au coeur d'infidèles amours, Quand je vous élevais au comble de la gloire M'avez des trahisons préparé la plus noire. Ne vous souvient-il plus, coeur ingrat et sans foi, Plus que tous les Romains conjuré contre moi, De quel rang glorieux j'ai bien voulu descendre, Pour vous porter au trône, où vous n'osiez prétendre ? Ne me regardez point vaincu, persécuté. Revoyez-moi vainqueur, et partout redouté. Songez de quelle ardeur dans Éphèse adorée, Aux filles de cent rois je vous ai préférée, Et négligeant pour vous tant d'heureux alliés, Quelle foule d'États je mettais à vos pieds. Ah ! si d'un autre amour le penchant invincible Dès lors à mes bontés vous rendait insensible, Pourquoi chercher si loin un odieux époux ? Avant que de partir, pourquoi vous taisiez-vous ? Attendiez-vous pour faire un aveu si funeste Que le sort ennemi m'eût ravi tout le reste ; Et que de toutes parts me voyant accabler, J'eusse en vous le seul bien qui me pût consoler ? Cependant quand je veux oublier cet outrage, Et cacher à mon coeur cette funeste image, Vous osez à mes yeux rappeler le passé, Vous m'accusez encor, quand je suis offensé. Je vois que pour un traître un fol espoir vous flatte. À quelle épreuve, ô ciel ! réduis-tu Mithridate ! Par quel charme secret laissé-je retenir Ce courroux si sévère, et si prompt à punir ? Profitez du moment que mon amour vous donne. Pour la dernière fois venez, je vous l'ordonne. N'attirez point sur vous des périls superflus, Pour un fils insolent que vous ne verrez plus. Sans vous parer pour lui d'une foi qui m'est due Perdez-en la mémoire, aussi bien que la vue ; Et désormais sensible à ma seule bonté, Méritez le pardon qui vous est présenté.

MONIME

Je n'ai point oublié quelle reconnaissance, Seigneur, m'a dû ranger sous votre obéissance. Quelque rang où jadis soient montés mes aïeux, Leur gloire de si loin n'éblouit point mes yeux. Je songe avec respect de combien je suis née Au-dessous des grandeurs d'un si noble hyménée ; Et malgré mon penchant, et mes premiers desseins Pour un fils, après vous, le plus grand des humains, Du jour que sur mon front on mit ce diadème, Je renonçai, Seigneur, à ce prince, à moi-même. Tous deux d'intelligence à nous sacrifier, Loin de moi par mon ordre il courait m'oublier. Dans l'ombre du secret ce feu s'allait éteindre ; Et même de mon sort je ne pouvais me plaindre, Puisque enfin aux dépens de mes voeux les plus doux, Je faisais le bonheur d'un héros tel que vous. Vous seul, Seigneur, vous seul, vous m'avez arrachée À cette obéissance, où j'étais attachée ; Et ce fatal amour, dont j'avais triomphé, Ce feu que dans l'oubli je croyais étouffé, Dont la cause à jamais s'éloignait de ma vue, Vos détours l'ont surpris, et m'en ont convaincue. Je vous l'ai confessé, je le dois soutenir. En vain vous en pourriez perdre le souvenir, Et cet aveu honteux, où vous m'avez forcée Demeurera toujours présent à ma pensée. Toujours je vous croirais incertain de ma foi ; Et le tombeau, Seigneur, est moins triste pour moi, Que le lit d'un époux, qui m'a fait cet outrage, Qui s'est acquis sur moi ce cruel avantage, Et qui me préparant un éternel ennui, M'a fait rougir d'un feu, qui n'était pas pour lui.

SCÈNE V.

MITHRIDATE

Elle me quitte ! Et moi dans un lâche silence, Je semble de sa fuite approuver l'insolence ? Peu s'en faut que mon coeur penchant de son côté Ne me condamne encor de trop de cruauté ! Qui suis-je ? Est-ce Monime ? Et suis-je Mithridate ? Non, non, plus de pardon, plus d'amour pour l'ingrate. Ma colère revient, et je me reconnais. Immolons en partant trois ingrats à la fois. Je vais à Rome, et c'est par de tels sacrifices Qu'il faut à ma fureur rendre les dieux propices. Je le dois, je le puis, ils n'ont plus de support. Les plus séditieux sont déjà loin du bord. Sans distinguer entre eux qui je hais, ou qui j'aime, Allons, et commençons par Xipharès lui-même. Mais quelle est ma fureur ? Et qu'est-ce que je dis ? Tu vas sacrifier, qui, malheureux ! ton fils ! Un fils que Rome craint ? Qui peut venger son père ? Pourquoi répandre un sang qui m'est si nécessaire ? Ah ! dans l'état funeste où ma chute m'a mis, Est-ce que mon malheur m'a laissé trop d'amis ? Songeons plutôt, songeons à gagner sa tendresse. J'ai besoin d'un vengeur, et non d'une maîtresse. Quoi ! Ne vaut-il pas mieux, puisqu'il faut m'en priver, La céder à ce fils, que je veux conserver ? Cédons-la. Vains efforts ! qui ne font que m'instruire Des faiblesses d'un coeur qui cherche à se séduire ! Je brûle, je l'adore, et loin de la bannir... Ah ! C'est un crime encor dont je la veux punir. Quelle pitié retient mes sentiments timides ? N'en ai-je pas déjà puni de moins perfides ? Ô Monime ! Ô mon fils ! Inutile courroux ! Et vous heureux Romains ! Quel triomphe pour vous, Si vous saviez ma honte, et qu'un avis fidèle De mes lâches combats vous portât la nouvelle ! Quoi ! des plus chères mains craignant les trahisons, J'ai pris soin de m'armer contre tous les poisons ; J'ai su par une longue et pénible industrie Des plus mortels venins prévenir la furie. Ah ! qu'il eût mieux valu, plus sage, et plus heureux, Et repoussant les traits d'un amour dangereux, Ne pas laisser remplir d'ardeurs empoisonnées Un coeur déjà glacé par le froid des années ? De ce trouble fatal par où dois-je sortir ?

SCÈNE VI. Mithridate, Arbate.

MITHRIDATE

Pharnace ?

SCÈNE VII. Mithridate, Arbate, Arcas.

MITHRIDATE

Les Romains !

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Monime, Phoedime.

MONIME

Xipharès ne vit plus, il n'en faut point douter. L'événement n'a point démenti mon attente. Quand je n'en aurais pas la nouvelle sanglante, Il est mort, et j'en ai pour garants trop certains Son courage et son nom trop suspects aux Romains. Ah ! Que d'un si beau sang dès longtemps altérée, Rome tient maintenant sa victoire assurée ! Quel ennemi son bras leur allait opposer ! Mais sur qui, malheureuse, oses-tu t'excuser ? Quoi ! Tu ne veux pas voir que c'est toi qui l'opprimes, Et dans tous ses malheurs reconnaître tes crimes ? De combien d'assassins l'avais-je enveloppé ? Comment à tant de coups serait-il échappé ? Il évitait en vain les Romains et son frère. Ne le livrais-je pas aux fureurs de son père ? C'est moi, qui les rendant l'un de l'autre jaloux, Vins allumer le feu qui les embrase tous, Tison de la discorde, et fatale furie, Que le démon de Rome a formée et nourrie. Et je vis ? Et j'attends que de leur sang baigné Pharnace des Romains revienne accompagné ! Qu'il étale à mes yeux sa parricide joie ? La mort au désespoir ouvre plus d'une voie. Oui, cruelles, en vain vos injustes secours Me ferment du tombeau les chemins les plus courts. Je trouverai la mort jusque dans vos bras même. Et toi fatal tissu, malheureux diadème, Instrument et témoin de toutes mes douleurs, Bandeau que mille fois j'ai trempé de mes pleurs, Au moins en terminant ma vie, et mon supplice, Ne pouvais-tu me rendre un funeste service ? À mes tristes regards va, cesse de t'offrir. D'autres armes sans toi sauront me secourir. Et périsse le jour, et la main meurtrière Qui jadis sur mon front t'attacha la première.

SCÈNE II. Monime, Phoedime, Arcas.

PHOEDIME

Hélas !

SCÈNE III. Monime, Phoedime, Arcas.

SCÈNE IV. Monime, Arbate, Phoedime.

ARBATE

Il vit chargé de gloire, accablé de douleurs. De sa mort en ces lieux la nouvelle semée Ne vous a pas vous seule, et sans cause alarmée. Les Romains, qui partout l'appuyaient par des cris, Ont par ce bruit fatal glacé tous les esprits. Le roi trompé lui-même en a versé des larmes. Et désormais certain du malheur de ses armes, Par un rebelle fils de toutes parts pressé, Sans espoir de secours tout prêt d'être forcé, Et voyant pour surcroît de douleur et de haine Parmi ses étendards porter l'aigle romaine ; Il n'a plus aspiré qu'à s'ouvrir des chemins, Pour éviter l'affront de tomber dans leurs mains. D'abord il a tenté les atteintes mortelles Des poisons que lui-même a crus les plus fidèles. Il les a trouvés tous sans force et sans vertu. "Vain secours, a-t-il dit, que j'ai trop combattu ! Contre tous les poisons soigneux de me défendre, J'ai perdu tout le fruit que j'en pouvais attendre. Essayons maintenant des secours plus certains, Et cherchons un trépas plus funeste aux Romains." Il parle, et défiant leurs nombreuses cohortes Du palais à ces mots, il fait ouvrir les portes. À l'aspect de ce front, dont la noble fureur Tant de fois dans leurs rangs répandit la terreur, Vous les eussiez vu tous, retournant en arrière, Laisser entre eux et nous une large carrière ; Et déjà quelques-uns couraient épouvantés, Jusque dans les vaisseaux qui les ont apportés. Mais le dirai-je, ô ciel ! Rassurés par Pharnace, Et la honte en leurs coeurs réveillant leur audace, Ils reprennent courage, ils attaquent le roi, Qu'un reste de soldats défendait avec moi. Qui pourrait exprimer, par quels faits incroyables, Quels coups, accompagnés de regards effroyables, Son bras se signalant pour la dernière fois, À de ce grand héros terminé les exploits ? Enfin las, et couvert de sang et de poussière, Il s'était fait de morts une noble barrière. Un autre bataillon s'est avancé vers nous. Les Romains, pour le joindre, ont suspendu leurs coups. Ils voulaient tous ensemble accabler Mithridate. Mais lui, C'en est assez, m'a-t-il dit, cher Arbate. Le sang, et la fureur m'emportent trop avant. Ne livrons pas surtout Mithridate vivant. Aussitôt dans son sein il plonge son épée. Mais la mort fuit encor sa grande âme trompée. Ce héros dans mes bras est tombé tout sanglant, Faible, et qui s'irritait contre un trépas si lent, Et se plaignant à moi de ce reste de vie, Il soulevait encor sa main appesantie, Et marquant à mon bras la place de son coeur, Semblait d'un coup plus sûr implorer la faveur. Tandis que possédé de ma douleur extrême Je songe bien plutôt à me percer moi-même, De grands cris ont soudain attiré mes regards. J'ai vu, qui l'aurait cru ? J'ai vu de toutes parts, Vaincus, et renversés les Romains, et Pharnace, Fuyant vers leurs vaisseaux abandonner la place, Et le vainqueur vers nous s'avançant de plus près, À mes yeux éperdus a montré Xipharès.

SCÈNE DERNIÈRE. MITHRIDATE, MONIME, XIPHARÈS, ARBATE, ARCAS, GARDES qui soutiennent Mithridate.

MONIME

Il expire.

1 698 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica