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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers· Ou les Frères Ennemis

La Thébaïde

Jean Racine· créée en 1664· 5 actes· 1 648 vers· 11 personnages

Représenté la première fois le 20 juin 1664 au Théâtre du Palais-Royal.

Personnages

  • ÉTÉOCLE, roi de Thèbes
  • POLYNICE, frère d'Étéocle
  • JOCASTE, mère de ces deux princes et d'Antigone
  • ANTIGONE, soeur d'Étéocle et de Polynice
  • CRÉON, oncle des princes et de la princesse
  • HÉMON, fils de Créon, amant d'Antigone
  • OLYMPE, confidente de Jocaste
  • ATTALE, confident de Créon
  • UN SOLDAT GREC
  • UN PAGE
  • DES GARDES
MONSEIGNEUR,

À MONSEIGNEUR LE DUC DE SAINT-AIGNAN PAIR DE FRANCE.

Je vous présente un ouvrage qui n'a peut-être rien de considérable que l'honneur de vous avoir plu. Mais véritablement cet honneur est quelque chose de si grand pour moi que, quand ma pièce ne m'aurait produit que cet avantage, je pourrais dire que son succès aurait passé mes espérances. Et que pouvais-je espérer de plus glorieux que l'approbation d'une personne qui sait donner aux choses un juste prix, et qui est lui-même l'admiration de tout le monde ? Aussi, MONSEIGNEUR, si la Thébaïde a reçu quelques applaudissements, c'est sans doute qu'on n'a pas osé démentir le jugement que vous avez donné en sa faveur ; et il semble que vous lui ayez communiqué ce don de plaire qui accompagne toutes vos actions. J'espère qu'étant dépouillée des ornements du théâtre, vous ne laisserez pas de la regarder encore favorablement. Si cela est, quelques ennemis qu'elle puisse avoir, je n'appréhende rien pour elle, puisqu'elle sera assurée d'un protecteur que le nombre des ennemis n'a pas accoutumé d'ébranler. On sait, MONSEIGNEUR, que si vous avez une parfaite connaissance des belles choses, vous n'entreprenez pas les grandes avec un courage moins élevé, et que vous avez réuni en vous ces deux excellentes qualités qui ont fait séparément tant de grands hommes. Mais je dois craindre que mes louanges ne vous soient aussi importunes que les vôtres m'ont été avantageuses : aussi bien, je ne vous dirais que des choses qui sont connues de tout le monde, et que vous seul voulez ignorer. Il suffit que vous me permettiez de vous dire, avec un profond respect, que je suis,

MONSEIGNEUR,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

RACINE.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Jocaste, Olympe.

SCÈNE II. Jocaste, Antigone, Olympe.

SCÈNE III. Jocaste, Antigone, Étéocle, Olympe.

SCÈNE IV. Jocaste, Étéocle, Antigone, Créon, Olympe.

SCÈNE V. Jocaste, Antigone, Créon, Olympe.

SCÈNE VI. Jocaste, Antigone, Olympe.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Antigone, Hémon.

SCÈNE II. Antigone, Hémon, Olympe.

OLYMPE

Hélas !

SCÈNE III. Jocaste, Polynice, Antigone, Hémon.

SCÈNE IV. Jocaste, Polynice, Antigone, Hémon, un soldat grec.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Jocaste, Olympe.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Jocaste, Antigone.

ANTIGONE

Un autre sang Madame, Rend la paix à l'État et le calme à votre âme : Un sang digne des rois dont il est découlé, Pour l'État et pour nous s'est lui-même immolé. Je sortais pour fléchir Hémon et Polynice, Ils étaient déjà loin avant que je sortisse, Je leur croyais d'attendre et d'arrêter leurs pas ; Mais loin de s'arrêter ils ne m'entendaient pas. Ils ont couru tous deux vers le champ de bataille, Et moi je suis montée au haut de la muraille, D'où le peuple étonné regardait comme moi, L'approche d'un combat qui le glaçait d'effroi. À cet instant fatal le dernier de nos princes, L'honneur de notre sang, l'espoir de nos provinces, Ménécée en un mot digne frère d'Hémon, Et trop indigne aussi d'être fils de Créon, De l'amour du pays montrant son âme atteinte, Au milieu des deux camps s'est avancé sans crainte, Et se faisant ouïr des Grecs et des Thébains, Arrêtez, a-t-il dit, arrêtez inhumains. Ces mots impérieux n'ont point trouvé d'obstacle, Les soldats étonnés de ce nouveau spectacle, De leur noire fureur ont suspendu le cours, Et ce prince aussitôt poursuivant son discours, Apprenez, a-t-il dit, l'arrêt des destinées, Par qui vous allez voir vos misères bornées. Je suis le dernier sang de vos rois descendu. Qui par l'ordre des dieux doit être répandu, Recevez donc ce sang que ma main va répandre, Et recevez la paix où vous n'osiez prétendre, Il se tait, et se frappe en achevant ces mots, Et les Thébains voyant expirer ce héros, Comme si leur salut devenait leur supplice, Regardent en tremblant ce noble sacrifice. J'ai vu le triste Hémon abandonner son rang Pour venir embrasser ce frère tout en sang. Créon à son exemple a jeté bas les armes, Et vers ce fils mourant est venu tout en larmes, Et l'un et l'autre camp les voyant retirés, Ont quitté le combat et se sont séparés. Et moi le coeur tremblant, et l'âme toute émue, D'un si funeste objet j'ai détourné la vue, De ce prince admirant l'héroïque fureur.

SCÈNE IV. Jocaste, Étéocle, Antigone, Créon.

SCÈNE V. Jocaste, Étéocle, Antigone, Créon, Attale.

SCÈNE VI. Créon, Attale.

CRÉON

Plus qu'à mes ennemis la guerre m'est mortelle, Et le courroux du ciel me la rend trop cruelle ; Il s'arme contre moi de mon propre dessein, Il se sert de mon bras pour me percer le sein. La guerre s'allumait lorsque pour mon supplice, Hémon m'abandonna pour servir Polynice ; Les deux frères par moi devinrent ennemis, Et je devins, Attale, ennemi de mon fils. Enfin ce même jour je fais rompre la trêve, J'excite le soldat, tout le camp se soulève On se bat et voilà qu'un fils désespéré, Meurt et rompt un combat que j'ai tant préparé. Mais il me reste un fils et je sens que je l'aime, Tout rebelle qu'il est, et tout mon rival même. Sans le perdre je veux perdre mes ennemis, Il m'en coûterait trop, s'il m'en coûtait deux fils. Des deux princes d'ailleurs la haine est trop puissante, Ne crois pas qu'à la paix jamais elle consente ; Moi-même je saurai si bien l'envenimer, Qu'il périront tous deux plutôt que de s'aimer. Les autres ennemis n'ont que de courtes haines, Mais quand de la nature on a brisé les chaînes, Cher Attale, il n'est rien qui puisse réunir, Ceux que des noeuds si forts n'ont pas su retenir ; L'on hait avec excès lorsque l'on hait un frère. Mais leur éloignement ralentit leur colère, Quelque haine qu'on ait contre un fier ennemi, Quand il est loin de nous on la perd à demi. Ne t'étonne donc plus si je veux qu'ils se voient ; Je veux qu'en se voyant leurs fureurs se déploient, Que rappelant leur haine au lieu de la chasser, Il s'étouffent, Attale, en voulant s'embrasser.

ATTALE

Vous n'avez plus, Seigneur, à craindre que vous-même, On porte ses remords avec le Diadème.

Diadème : C'était autrefois un bandeau royal de tissu de fil, de laine, ou de soie, qui était la marque de la royauté, parce que les rois s'en ceignaient le front pour laisser la couronne aux Dieux. [L]

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Étéocle, Créon.

SCÈNE II. Étéocle, Créon, Attale.

SCÈNE III. Jocaste, Étéocle, Polynice, Antigone, Hémon, Créon.

ANTIGONE

Princes...

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Antigone, Olympe.

SCÈNE III. Antigone, Créon, Attale, Olympe.

ANTIGONE

Mes frères et vos fils ! Dieux ! que veut ce discours ? Quelque autre qu'Étéocle a-t-il fini ses jours ?

Le vers 1432 finit par un point et la phrase est interrogative, nous mettons un point d'interrogation.

CRÉON

J'y cours, je le relève, et le prends dans mes bras, Et me reconnaissant, je meurs, dit-il, tout bas, Trop heureux d'expirer pour ma belle princesse, En vain à mon secours votre amitié s'empresse, C'est à ces furieux que vous devez courir Séparez-les, mon père, et me laissez mourir. Il expire à ces mots. Ce barbare spectacle, À leur noire fureur n'apporte point d'obstacle, Seulement Polynice en paraît affligé, Attends Hémon, dit-il, tu vas être vengé. En effet sa douleur renouvelle sa rage, Et bientôt le combat tourne à son avantage, Le Roi frappé d'un coup qui lui perce le flanc, Lui cède la victoire et tombe dans son sang. Les deux camps aussitôt s'abandonnent en proie, Le nôtre à la douleur et les Grecs à la joie, Et le peuple alarmé du trépas de son roi, Sur le haut de ses tours témoigne son effroi. Polynice tout fier du succès de son crime, Regarde avec plaisir expirer sa victime, Dans le sang de son frère il semble se baigner, Et tu meurs, lui dit-il, et moi je vais régner. Regarde dans mes mains l'empire et la victoire, Va rougir aux Enfers de l'excès de ma gloire, Et pour mourir encor avec plus de regret, Traître, songe en mourant que tu meurs mon sujet. En achevant ces mots, d'une démarche fière, Il s'approche du Roi couché sur la poussière, Et pour le désarmer il avance le bras. Le Roi qui semble mort observe tous ses pas. Il le voit, il l'attend, et son âme irritée, Pour quelque grand dessein semble s'être arrêtée, L'ardeur de se venger flatte encor ses désirs, Et retarde le cours de ses derniers soupirs. Prêt à rendre la vie il en cache le reste, Et sa mort au vainqueur est un piège funeste, Et dans l'instant fatal que ce frère inhumain, Lui veut ôter le fer qu'il tenait à la main, Il lui perce le coeur, et son âme ravie, En achevant ce coup abandonne la vie. Polynice frappé pousse un cri dans les airs, Et son âme en courroux s'enfuit dans les Enfers. Tout mort qu'il est, Madame, il garde sa colère, Et l'on dirait qu'encore il menace son frère. Son visage où la mort a répandu ses traits, Demeure plus terrible et plus fier que jamais.

CRÉON

Je sais que ce haut rang n'a rien de glorieux, Qui ne cède à l'honneur de l'offrir à vos yeux. D'un si noble destin je me connais indigne, Mais si l'on peut prétendre à cette gloire insigne, Si par d'illustres faits on la peut mériter, Que faut-il faire enfin, Madame ?

Insigne : Qu'on distingue à quelque signe remarquable ; digne d'être remarqué, d'être distingué en bien ou en mal, en parlant des choses. Insigne pris absolument ne s'accole guère qu'à des noms exprimant un vice, un défaut, et dès lors a une signification défavorable. [L]

ANTIGONE

M'imiter.

ANTIGONE, en s'en allant

Nous verrons.

CRÉON, la suivant

J'attends vos lois ici.

ANTIGONE, en s'en allant

Attendez.

SCÈNE IV. Créon, Attale.

SCÈNE V. Créon, Olympe, Attale.

Elle s'en va.

SCÈNE DERNIÈRE. Créon, Attale.

1 648 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0