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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers· Tragi-Comédie Pastorale

Palinice, Circeine et Florice

De Rayssiguier· imprimée en 1634· 5 actes· 1 603 vers· 8 personnages

Personnages

  • [ALCANDRE]
  • [ARIMANT]
  • [CERINTE]
  • [CIRCEINE]
  • [CLORIAN]
  • [FLORICE]
  • [PALINICE]
  • [SILEINE]
MONSIEUR,

À MONSIEUR LE COMTE DE VIEULES

Ce que la plupart des écrivains font aujourd'hui par coûtume, je le fais par devoir, et pour reconnaître selon ma portée, les honneurs que j'ai reçu de vous, et l'accueil favorable qu'il vous a plu de me faire. Je sais bien que l'ouvrage que je vous présente n'est pas digne de vous, et que des vers héroïques, où la générosité de quelque vaillant homme serait décrite, vous plairaient beaucoup mieux, que des vers simples et nus, où l'on ne voit que des effets des passions amoureuses. Toutefois puisque les plus grands hommes de la terre se délassent souvent dans la lecture de semblables oeuvres, j'ai cru que vous auriez agréable de vous divertir quelques fois à lire celle ici, cependant que notre grand Prince vous prépare des occasions où vous pourrez exercer votre valeur, et ce courage invincible qui a toujours méprisé les dangers. Si j'avais entrepris de parler ici de la grandeur de vos mérites, de vos exploits, et des avantages que vous avez reçu de votre naissance, il me faudrait ouvrir trop de tombeaux, remettre devant les yeux de tout le monde les dernières calamités de ma patrie, et au lieu d'une épitre entreprendre un gros volume : mais ce n'est pas le lieu, ni le temps de parler de choses si hautes. Et puis mon dessein ici n'est que de vous assurer que je n'ai rien de plus cher, que les soins de vous plaire, et si ce petit travail vous agrée, je fera bientôt voir dans un autre, où j'aurai plus de liberté de m'étendre, les titres glorieux que vos ancêtres se sont acquis, et que vous avez plus avantageusement hérité de leurs vertus que de leurs biens. Je ne dis rien que je ne puisse faire aisément, ayant une matière si ample, et si noble, et un si beau sujet de vous témoigner que je veux être toute ma vie,

MONSIEUR

Votre très humble, et très obéissant serviteur,

DE R.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Florice, Alcandre.

FLORICE

Palinice.

ALCANDRE

Et de qui ?

SCÈNE II. Circeine, Florice.

FLORICE

Après les avoir lus.

Et comment cet amour dure encor.

CIRCEINE

Adieu

SCENE III.

CLORIAN, seul

Amour que les mortels qui sont en ta puissance Ont des astres malins auteurs de leur naissance, Ils n'ont point de repos que parmi les travaux, Leurs biens sont fort petits, et grands leurs moindres maux. Aussitôt qu'un rayon de beau-temps leur veut luire Un tourbillon d'ennuis s'assemble pour leur nuire : Tantôt ils sont bien vus, et tantôt méprisés, Et puis dans un moment encore favorisés, Ils n'ont point de plaisirs qui leur soit de durée Leur repos est douteux, et leur peine assurée, L'objet de leur amour est toujours inégal, Qui ne fait point de bien que pour faire du mal, Et nous le connaissons, et toutefois encore Il faut que malgré nous notre âme les adore. Non non, je ferai voir au reste des amants Qu'on peut rompre ses fers, et finir ses tourments, Éteint fort aisément une flamme amoureuse, Après m'avoir donné mille marques d'amour, Cette ingrate me voit comme le premier jour, Mes services passés, ni ma persévérance N'ont point eu de pouvoir contre son inconstance, Elle a tout oublié pour un nouvel amant, Qu'à peine elle connaît que depuis un moment : Mais quoi ce sexe ingrat à l'âme si fragile, Que le dernier venu le trouve plus facile ? Rompons donc ses liens, laissons-la comme elle est, Elle n'a rien de beau qui ne me semble laid, Que dis-tu Clorian, dans quelle frénésie, Te jette maintenant ta folle jalousie ? Circeine est sans appas, as-tu perdu l'esprit ? Elle est telle qu'alors que sa beauté t'esprit, Après l'avoir aimée, il nous est impossible De cesser de l'aimer, et de rester sensible : Aimons la donc toujours, et faisons nos efforts De perdre ce rival qui rompt nos doux accords, Ma peur peut tout sur elle, il faut qu'elle l'en presse.

SCENE IV. Palinice, Clorian.

SCENE V.

SCÈNE VI. Alcandre, Circeine.

ALCANDRE

Cet Argus importun, qui sans cesse m'éclaire, Qui presse ma maîtresse en faveur de son frère, Ne viendra pas peut être en ces lieux aujourd'hui Comme elle a de coûtume accroître mon ennui. Mais j'aperçois déjà la beauté que j'adore, Qui dépouille ces lieux des richesses de Flore Qui fait comparaison des roses et des lis Quelle tient en sa main tout fraîchement cueillis, Aux neiges de son sein, au corail de sa bouche Ces oeillets sont plus beaux lorsque sa main les touche, Ses regards font en eux l'éclat beaucoup plus grand, Et le feu de ses yeux dans leurs feuilles s'éprend, Ah ! Que je porte envie à cette belle rose, Qui dans son sein de lait si doucement repose. Amour s'il te souvient que cette belle fleur Prit du sang d'un amant cette vive couleur, Fais glisser au-dedans une flamme secrète, Qui lui fasse agréer ma passion secrète, En faveur de ta mère à qui ce sang fut cher, D'un coeur de diamant fais en un coeur de chair. Et toi mère d'un Dieu, plus puissant que les autres, Si par tes déplaisirs tu peux juger des nôtres, Inspire dans son sein ces désirs amoureux Qui rendent les amants dessous tes lois heureux. Mais à quoi ce discours, puisque le vent l'emporte, Je ne saurais guérir ma douleur de la sorte, Approchons hardiment : belle que faites vous, Ces ornements sont vains pour des attraits si doux, Aussi ne crois-je pas que vous en fassiez conte, Et que vous les preniez que pour leur faire honte, La beauté de ces fleurs, dont le parterre est peint, N'a rien de comparable aux fleurs de votre teint.

SCÈNE VII. Palinice, Circeine, Alcandre.

CIRCEINE

Adieu.

ACTE II

SCÈNE I.

CERINTE, seul

SCÈNE II. Florice, Cerinte.

FLORICE

Qui sont ?

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Alcandre, Arimant.

SCÈNE V. Sileine, Palinice.

PALINICE

C'est moi.

ACTE III

SCÈNE I. Arimant, Circeine.

CIRCEINE

Je sais bien que son âme à l'étude occupée, A joint parfaitement la plume avec l'épée : Qu'il a l'esprit fort bon, qu'il est judicieux, Qu'il est au rang de ceux dont on parle mieux. Et c'est ce qui m'oblige à ne pouvoir pas croire Qu'il daigne conserver mon nom en sa mémoire, Les hommes ont le coeur à leurs discours divers, Je veux voir toutefois ce qu'il dit dans ces vers.

Vers d'Alcandre à Circeine.

SCÈNE II. Clorian, Circeine.

SCÈNE III. Sileine, Clorian.

CLORIAN

Trouve les vers dans le gant.

Voici de son forfait, une certaine preuve.

SILEINE

Lit la lettre de Palinice.

J'ai longtemps contesté si je devais recevoir les excuses de Sileine, après m'avoir si souvent offensée, et je m'étais déja résolue de ne l'écouter plus, quand les assurances que Clorian m'a donnée de sa repentance, m'ont obligée à lui accorder le pardon qu'il me demande, à condition que s'il retombe dans sa première faute, il ne doit espérer plus rien en Palinice.

SILEINE

d'Alcandre.

ACTE IV

SCÈNE I. Cerinte, Arimant.

Sortant par divers endroits.

SCÈNE II. Florice, Arimant, Cerinte.

SCÈNE III. Clorian, Arimant.

ARIMANT

Clorian s'entretient de ses pensers secrets.

Penser : nom masculin au XVIIème pour « pensée ».

SCÈNE IV. Circeine, Clorian.

SCÈNE V. Florice, Arimant, Cerinte.

ACTE V

SCENE I.

ALCANDRE, seul

Qu'on ne me parle plus de ces cruels tourments, Que le démon des coeurs fait souffrir aux amants, Qu'on ne me parle plus des rigoureuses peines, Que nous cause un bel oeil dont on porte les chaines. Un seul mot, un seul geste, un regard, un souris Nous fait être des dieux les premiers favoris, On ne se souvient plus des traverses passées, Et notre âme se plonge en de douces pensées. La moindre des faveurs qu'une beauté départ Nous fait mettre bientôt les déplaisirs à part : Nous fait nommer heureux les jours de notre vie. Et les premiers moments que nous l'avons servie Quels tourments souffre-t-on dans l'empire d'amour Que je n'aie éprouvés depuis le premier jour, Depuis le jour qu'un oeil dont j'adore les charmes, Me faisant son captif me fit rendre les armes. Inquiet, solitaire, ennemi de mon bien, Les rochers et les bois ont eu mon entretien : J'ai vécu sans repos, j'ai soupiré sans cesse, Et je ne me suis plu qu'aux objets de tristesse. Depuis j'ai mille fois au bord de ce ruisseau, Vu couler tout ensemble et mes pleurs et son eau Et depuis mille fois mes amoureuses craintes Ont fait gémir Zephire à l'accent de mes plaintes, Depuis j'ai mille fois au fort de mes douleurs Mouillé cette herbe verte, et l'émail de ses fleurs : A qui l'eau de mes yeux a redonné la vie, Quand l'ardeur du soleil la leur avait ravie : Mais depuis un moment que ce bel oeil vainqueur D'un regard favorable a soulagé mon coeur, Et qu'elle a reconnu ma passion fidèle, Je me crois trop heureux d'avoir souffert pour elle, Les tourments me sont chers dedans mon souvenir, Et l'on me fait plaisir de m'en entretenir. Arbres de qui souvent j'ai déchiré l'écorce, Ne me reprochez point cette amoureuse force, Et pour l'amour de moi conservez chèrement Les marques que j'y mets de mon contentement.

SCÈNE II. Circeine, Alcandre.

CIRCEINE

Si je m'en puis saisir j'interromprai ton aise.

Lettre de Circeine à Alcandre.

La discrétion et l'honnêteté d'Alcandre m'obligent en fin à l'assurer que ses services me sont agréables, qu'il vive donc content après cette assurance, et qu'il sache que j'estime trop ses mérites, pour ne vouloir pas qu'il continue d'aimer Circeine.

CIRCEINE

Prenant la lettre.

Non, non.

CIRCEINE

Lisez-les

SCÈNE II. Florice, Palinice.

SCÈNE III. Circeine, Florice, Palinice.

SCÈNE IV. Sileine, Cerinte, Circeine.

CIRCEINE

Et l'autre.

CERINTE

Clorian

FLORICE

revenant avec Palinice

Nous n'en avons encor appris nulle nouvelle.

SCÈNE V. Alcandre, Clorian, Florice, Circeine, Palinice, Cerinte, Sileine, Alcandre et Clorian.

SCÈNE VI. Arimant, Sileine, Palinice, Florice, Circeine, Alcandre, Cerinte, Clorian.

CIRCEINE

Mais.

CLORIAN

Ingrate.

1 603 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica