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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Comédie en un Acte,

Le Bal

Jean-François Regnard· créée en 1696· 635 vers· 12 personnages

Représenté pour la première fois le 14 juin 1696 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain.

Personnages

  • GÉRONTE, père de Léonore
  • LÉONORE
  • VALÈRE, amant de Léonore
  • MONSIEUR DE SOTENCOUR, bourgeois de Falaise
  • LISETTE, servante de Léonore
  • MERLIN, valet de Valère
  • FIJAC, Gascon, sous le nom du baron d'Aubignac
  • MATHIEU CROCHET, cousin de Sotencour
  • MONSIEUR GRASSET, rôtisseur
  • MONSIEUR LA MONTAGNE, marchand de vin
  • GILLETTE
  • Troupe de Masques
AVERTISSEMENT SUR LE BAL

Cette comédie a été représentée pour la première fois le jeudi 14 juin 1696, sous le titre du Bourgeois de Falaise. Elle a été imprimée sous ce même titre dans la première édition qui a été faite de cette pièce dans sa nouveauté. Depuis, l'auteur l'a nommée le Bal. C'est sous ce dernier titre qu'elle a reparu au théâtre, et qu'elle se trouve imprimée dans toutes les éditions des Oeuvres de Regnard.

Le personnage de Sotencour est celui que l'auteur avait regardé comme le principal de sa pièce, et qui avait donné lieu à sa première dénomination ; niais ce bourgeois ridicule n'était qu'une mauvaise copie de Pourceaugnac ; et comme la pièce n'avait réussi qu'à l'aide de deux personnages subalternes, Mathieu Crochet et le Gascon Fijac, le poète a cru devoir supprimer le premier titre, et a intitulé sa pièce le Bal.

On peut en effet justement reprocher à Regnard l'invraisemblance et la faiblesse de l'intrigue de cette pièce. Ces défauts ne sont pas rachetés par un comique soutenu ; et s'il y a quelques scènes plaisantes, il y en a plusieurs autres qui sont froides et inutiles.

Sotencour, comme nous l'avons remarqué, n'a rien de saillant, et ne présente point un caractère d'un comique décidé. Il arrive du fond de la Normandie pour faire une description ridicule des appas de sa maîtresse, qu'il n'a jamais vue. On ne dit point que ce soit la fortune du beau-père qui le décide à ce mariage, de sorte qu'on ne sait ce qui l'a déterminé à venir de sa province chercher femme à Paris.

Le stratagème qu'on emploie pour le dégoûter de sa belle ne peut pas s'appeler un artifice ; et quoiqu'il soit l'ouvrage de trois fourbes adroits, on n'y voit qu'une ruse grossière dont on est étonné que le beau-père et le gendre futurs soient les dupes.

La première supercherie du Gascon est tout à fait inutile, et ne sert en rien au dénouement. Il était indifférent de prévenir Géronte contre Sotencour, et de le faire passer pour un joueur abîmé de dettes, puisqu'on se proposait d'enlever Léonore ; et dans le fait, cet enlèvement fait seul le dénouement, et détermine seul Sotencour à renoncer à Léonore, et Géronte à la donner à Valère.

Malgré ces défauts, on reconnaît dans cette pièce le génie de Regnard. Il y a, comme nous l'avons remarqué, quelques scènes plaisantes, telles que celle de l'entrevue de Sotencour avec sa maîtresse, le bavardage ridicule de l'un et le silence méprisant de l'autre, que notre campagnard prend pour de la stupidité.

Cette situation comique, et qui a dû produire beaucoup d'effet au théâtre, a été imitée par Destouches, dans sa comédie du Dépôt.

Un marquis d'Esbignac, amoureux de la fille de Géronte, sans l'avoir vue, ou plutôt amoureux de sa fortune, dit au père, en présence de sa fille :

Mais votre fille est belle, Si j'en crois le portrait que son frère fait d'elle.

GÉRONTE lui faisant apercevoir sa fille.

Vous en pouvez juger.

LE MARQUIS.

C'est là l'original Du portrait ?

GÉRONTE.

Oui vraiment.

LE MARQUIS.

Elle n'est pas trop mal.

Et après une tirade de gasconnades extravagantes, auxquelles Angélique ne répond que par un silence méprisant, le Marquis se retourne du côté du père, et lui dit :

Est-ce que cette enfant ne parle pas encore ?

GÉRONTE, en souriant.

Oh ! Que pardonnez-moi.

LE MARQUIS.

Jusqu'ici je l'ignore ; On la croirait muette.

GÉRONTE.

Elle vous parlera Quand il en sera temps.

LE MARQUIS.

Oh ! Quand il lui plaira ; Je ne suis point pressé.

La scène dans Regnard est plus originale. La bêtise de Sotencour et son bavardage contrastent mieux avec le silence de Léonore : elle ne répond point à une question sotte et malhonnête que lui fait le provincial ; et celui-ci, au lieu de s'apercevoir de sa sottise, impute à stupidité le silence de sa maîtresse.

Nous avons remarqué aussi dans cette pièce le rôle du Gascon, qui, quoique inutile, est très plaisant. La scène où il demande à Sotencour ce qu'il prétend lui avoir gagné au jeu, quoique semblable à plusieurs autres scènes déjà au théâtre, entre autres à celle du marchand flamand de Pourceaugnac, est vivement dialoguée et d'un très bon comique.

Cette pièce est la seule des comédies de Regnard que l'on ne joue plus ; cependant elle a eu douze représentations dans sa nouveauté, et nous croyons que, malgré ses défauts, on la verrait encore avec plaisir sur notre scène.

SCÈNE I.

SCÈNE II. Merlin, M. Grasset, tenant un plat de rôt ; M. La Montagne, tenant un panier de bouteilles.

MONSIEUR GRASSET, à Merlin

Monsieur, voilà le rôt.

MONSIEUR LA MONTAGNE, à Merlin

Monsieur, voilà le vin.

MONSIEUR GRASSET

Monsieur !

MONSIEUR LA MONTAGNE

Monsieur, Vous me rendez confus.

MONSIEUR LA MONTAGNE

Vous avez des bontés !

MONSIEUR LA MONTAGNE

Vous avez pris mon vin !

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Lisette, Merlin.

LISETTE

Tout est perdu, Merlin ; Léonor se marie. Monsieur de Sotencour, pour nous faire enrager, De Falaise à Paris vient par le messager : Il arrive aujourd'hui ; et, pour lui faire fête, Hors ma maîtresse et moi, tout le monde s'apprête.

Selon les nécessités de la métrique, on a "Léonore" ou "Léonor".

Messager : est aussi celui qui est établi pour porter ordinairement les paquets et les hardes d'une ville à une autre. Le Messager de Poitiers à Paris. Le Messager de Bordeaux. On a établi des Messagers dans toutes les villes du Royaume. [Ac 1762]

On lit dans toutes les éditions autres que celle originale, "il arrive en ce jour, que l'on dû substitué au mot aujourd'hui," pour éviter l'hiatus. Voyez à ce sujet la note ci-après, dans le Distrait, à la fin de la scène VII, acte IV. (G. A. C.)

LISETTE

Autant vaut, mon enfant.

Autant vaut : Sans complément, également, semblablement. Valoir autant. [L]

MERLIN

Quoi ! Ma pauvre Lisette, Laisserons-nous crever un pauvre agonisant ?

Émétique : est un remède qui purge avec violence par haut et par bas, fait de la poudre et du beurre d'antimoine préparé, dont on a séparé les sels corrosifs par plusieurs lotions. Le vin émétique s'est mis en réputation. La poudre émétique se nomme aussi Algarot, du nom de son Auteur. Quelques-uns la nomment Mercure de vie, mais fort mal à propos. [F]

MERLIN

Mais toi, ne peux-tu rien tirer de ta boutique ? J'ai fait le diable à quatre.

Diable à quatre : Faire le diable, le diable à quatre, faire grand bruit, grand tumulte, se donner beaucoup de mouvement pour une chose. [L]

LISETTE

Et j'ai fait le dragon, Moi. J'attends même encore un mien parent Gascon, À qui j'ai fait le bec, et qui, ce soir, s'engage À venir traverser ce maudit mariage.

Bec : On lui a fait le bec, c'est-à-dire, on l'a instruit, on lui a dit ce qu'il devait dire ou faire. [L]

LISETTE

C'est lui.

SCÈNE V.

LISETTE, seule

Je veux à les servir m'employer tout entière : Ce monsieur Bas-normand me choque la visière.

Visière : (sens figurer) Blesser, choquer la visière, faire chagrin à voir. [L]

SCÈNE VI. Gillette, Lisette.

SCÈNE VII. Sotencour, Mathieu Crochet, en guêtres, un Valet, qui porte une lanterne et un sac.

MATHIEU CROCHET, en Normand

Est-elle brune ou blonde ?

SOTENCOUR

Léonore aurait-elle aucun de ces défauts ?

Aucun : au sens de quelque, s'emploie très bien dans les phrases dubitatives ou interrogatives, mais autrement c'est un archaïsme. [L]

LISETTE

Je ne dis pas cela ; mais le monde est si faux ! Une fille toujours a quelque fer qui loche.

Locher : Vieux mot qui signifiait autrefois ébranler. Il n'est plus en usage qu'en cette phrase proverbiale : il y a toujours en son fait quelque fer qui loche. [F]

SCÈNE VIII. Géronte, Léonore, Sotencour, Mathieu Crochet, Lisette.

GÉRONTE

Justement.

LISETTE, à part

Ah, la belle union !

MATHIEU CROCHET

On dit qu'à forligner il a propension.

Forligner : Dégénérer de la vertu de ses ancêtres. Familièrement et par plaisanterie, il se dit d'une fille qui a manqué à l'honneur. [L]

LISETTE, à part

Qui ne dit mot, consent,

SOTENCOUR

Lui... C'est la coqueluche Des filles de Falaise. Il étudie en droit, Et sait tout son Cujas sur le bout de son doigt.

Il connaît son traité de droit par cour. Cujas est un juriconsulte français du XVIe siècle et le représentant le plus brillant de l'École historique de droit romain.

SCÈNE IX. Léonore, Lisette, regardant partir Mathieu Crochet.

LISETTE

Voilà ce qui s'appelle un garçon fait au tour !

Fait au tour : Cette femme a le bras, la main, la gorge faite au tour, elle les a parfaitement bien faits. On dit de même : un homme fait au tour, une femme faite au tour. [L]

SCÈNE X. Léonore, Lisette, Merlin, en maître de musique, avec des porteurs d'instruments dans l'un desquels est Valère.

MERLIN, à Léonore

Voudriez-vous m'entendre ?

MERLIN, à Valère

Rentrez vite.

Valère rentre dans l'étui.

MERLIN

Maugrebleu de la masque ! Allons rouvrir l'étui. C'est Lisette, monsieur, qui cause ce vacarme.

À Lisette.

Fais mieux le guet au moins : une seconde alarme Démonterait, morbleu, l'instrument pour toujours.

Maugrebleu : Espèce de juron. Ethym. : Mau pour mal, gré, et bleu par euphémisme pour Dieu : mauvais gré de Dieu.

Masque : Terme familier d'injure dont on se sert quelquefois pour qualifier une jeune fille, une femme, et lui reprocher sa laideur ou sa malice. [L]

MERLIN, à Valère

Et rentrez.

Valère rentre dans l'étui.

LÉONORE, à Merlin

A toi je m'abandonne.

Elle sort.

SCÈNE XI. Géronte, Sotencour, Lisette, Merlin, Valère, dans l'étui.

SOTENCOUR

Bas-breton. Cet homme doit chanter sur un diable de ton ; Je crois dès à présent sa musique enragée : Jamais, de son pays, il n'est venu d'Orphée ; Pour des doubles bidets, passe.

Orphée : Personnage mythologique renommé par son excellence comme musicien et comme chantre, et dont on fit plus tard un philosophe et un théologien. Fig. Tout poëte ou musicien illustre. [L]

Bidet : Cheval de petite taille. Les meilleurs bidets viennent en France. Ce mot a aussi signifié, un petit pistolet de poche. On appelle double bidet, un cheval de taille mediocre au dessus de celle du bidet. [F]

MERLIN

Fat, animal, Vil carabin d'orchestre, atome musical, Par la mort...

Carabin : Chevau-léger armé d'une petite arme à feu qui tire avec un rouet. On appelle figurément un carabin, celui qui entre en quelque compagnie ou dans quelque jeu, sans s'y arrêter longtemps, qui ne fait que tirer son coup et s'en va. [T]

SOTENCOUR, l'arrêtant

Doucement.

MERLIN, revenant

Comment ! Me soutenir que mon air est pillé ! Un air délicieux, que j'estime, que j'aime, Et que j'ai pris plaisir à composer moi-même Dans Quimper-Corentin.

Quimper : Ville de France. Corosopitum, autrefois Curiosolitae. Elle est dans la Bretagne sur l'Oder, à vingt-trois lieues de Vannes, vers le couchant. Quimper a un Évêché suffragant de Tours. [T]

GÉRONTE

Il a tort.

MERLIN, en rapportant son étui

Et je m'introduirai de moi-même au soupé.

À part.

Ma foi, nous et l'étui, l'avons bien échappé.

Souper : Repas, ordinaire du soir (l'usage du souper tend à disparaître dans les grandes villes). [L]

SCÈNE XII. Sotencour, Lisette.

SCÈNE XIII. Le Baron d'Aubignac, Gascon ; Lisette, Sotencour.

LE BARON

Cinq cents louis pour vous, c'est une vagatelle ; Allons, payez-les-moi.

Vagatelle, ou Bagatelle : Chose de peu d'importance. C'est un homme qui s'amuse à des bagatelles. Il a donné cette maison pour une bagatelle. [F]

LE BARON

À vous.

LE BARON, mettant la main à son épée

Ah ! Jé vous en ferai souvenir, s'il vous plaît ; Car, cadédis, jé veux qué lé diable mé scie...

Cadédis : Jurement qu'on met habituellement dans la bouche des Gascons. [L]

SCÈNE XIV. Géronte, Sotencour, Lisette, Le Baron d'Aubignac.

LE BARON

Un atomé bourgeois qui perd sur sa parole, Et né veut pas payer ! ... Mais cé qui mé console, Jé veux dévénir nul, ou j'en aurai raison.

Atomé : est mis pour atome. ATOME, est aussi un nom qu'on a donné au plus petit de tous les animaux qu'on a découvert avec les plus excellents microscopes.[F]

LE BARON, à Géronte, voulant percer Sotencour

Rétirez-vous, monsieur.

LE BARON

Tant mieux : Vous nié paierez cé qu'il mé doit du jeu. Jé fais arrêt sur vous, sur la fille et la dote.

On voit facilement que l'orthographe de ce mot est ici altérée par l'auteur pour le besoin de la rime. Regnard s'est permis assez souvent cette licence et d'autres que des poètes fort au-dessous de son talent ne hasarderaient pas maintenant ; mais on passe beaucoup de négligences au vrai mérite. Les poètes médiocres sont presque toujours rigides observateurs des règles de la versification. (G. A. C.)

GÉRONTE, à Sotencour

Quoi ! Vous avez perdu ?

LE BARON, à Géronte

Nuit et jour il hanté les brélans ; Il doit encore au jeu plus dé vingt millé francs.

Brelan : Jeu qui se joue avec trois cartes, à trois, ou à quatre, ou à cinq.Par extension, maison de jeu, tripot ; il se prend en mauvaise part. [L]

SOTENCOUR

Je vous jure, Foi de vrai Bas-normand, que c'est une imposture ; Que je ne comprends rien à ce maudit jargon, Et ne sais, pour tout jeu, que l'oie et le toton.

Jeu de l'Oie : Jeu de l'oie, jeu que l'on joue avec des dés sur un carton où des figures d'oie sont placées dans un certain ordre. [L]

Toton : Jeu d'enfants qui se fait avec une pirouette, laquelle tombant sur une face marquée de certaines lettres, fait gagner, ou perdre. Quand elle tombe sur le T, elle marque qu'il faut prendre tout ce qui est au jeu. C'est de là que le jeu et la pirouette ont pris leur nom.

SCÈNE XV. Géronte, Lisette, Sotencour.

SOTENCOUR

Que l'on me pilorie, Si j'ai hanté ni vu ce Gascon de ma vie.

Pilorier : Attacher au carcan, au pilori. On a renouvellé l'usage de pilorier les banqueroutiers frauduleux. [F]

SCÈNE XVI. Mathieu Crochet, en habit de Cupidon, Géronte, Sotencour, Lisette, Léonore, couverte d'une grande mante de Taffetas, un masque à la main ; une Troupe de différents Masques.

LISETTE

Le cousin est masqué mieux que personne en France ; Il est tout à manger : les femmes, dans le bal, Le prendront pour l'Amour en propre original.

Manger : Être joli à manger, être à manger, se dit d'un joli enfant, d'une jolie personne. [F]

MATHIEU CROCHET

N'est-il pas vrai ?

SCÈNE XVII. Merlin, Géronte, Léonore, Lisette, Le Baron d'Aubignac, Sotencour, Mathieu Crochet, et tous les Masques.

SOTENCOUR

Çà, ne songeons qu'à rire. Cousin, il faut ici remuer le gigot.

Remuer le gigot : Populairement. Jambes d'une personne. Étendre ses gigots. Remuer le gigot, danser. [L]

MATHIEU CROCHET

Laissez-moi faire ; allez, je ne suis pas un sot. Je vais plus qu'on ne veut, quand on m'a mis en danse.

À Merlin.

Allons, ferme, monsieur, il est temps qu'on commence. C'est à nous de danser et d'entamer le bal.

Dans le mouvement qu'on fait pour commencer le bal, le Baron couvert d'une pareille mante que Léonore, prend sa place, et Sotencour danse avec lui. Léonore et Lisette sortent pendant leur danse.

SCÈNE XVIII. Gillette, Géronte, Sotencour, Merlin, Le Baron, et tous les Masques.

GILLETTE

Au secours ! Au secours ! Votre fille, on l'emporte ; Des carêmes-prenants lui font passer la porte.

Carême-prenant : Les trois jours gras avant le mercredi des cendres, et particulièrement le mardi. Personne masquée pendant ces jours gras ; et figurément, toute personne ridiculement vêtue. [L]

SOTENCOUR

Au diable la pécore avec ses visions ! Il faut te détromper de tes opinions. Tiens, voilà Léonor.

Il ôte le masque à la prétendue Léonore, et on reconnaît le Baron.

LE BARON

Serviteur.

LE BARON

Prêt à vous emporter ; mais pourtant fort traitable. Vous mé dévez, cherchons quelque accommodement. J'ai votré Léonor pour mon nantissement, Et jé la fais conduire au château dé la Garde : Dé l'argent, jé la rends ; point d'argent, jé la garde.

Nantissemnt : Sûreté gage que donne un débiteur à son créancier en meubles ou autres effets pour le paiment de son dû. Les usuriers ne prêtent rien que sous bons gages et nantissements. [F]

SCÈNE XIX. Valère, Géronte, Sotencour, Mathieu Crochet, Merlin, Le Baron, et tous les Masques.

MATHIEU CROCHET

Adieu, messieurs, adieu.

SCÈNE XX. Léonore, Géronte, Valère, Lisette, Merlin, Le Baron, et tous les Masques.

VALÈRE

Monsieur...

MERLIN

L'honnête homme, morbleu ! Vive monsieur Géronte ! Ma foi, sans moi, la belle en avait pour son compte. Puisque tout est d'accord maintenant entre vous, Rions, chantons, dansons, et divertissons-nous.

Tous les Masques qui sont sur le théâtre font une espèce de bal ; et, après qu'on a dansé un passe-pied, le Baron chante l'air gascon suivant :

Passe-pied : Se dit d'une espèce de danse, dont le mouvement est fort vite. [FC]

LE BARON

Cadédis, vive la Garonne ! En valur on n'y craint personne ; Les faquins y sont des héros : Jé vous lé dis en quatré mots, En amour, comme au jeu, jé vrille, Et, comme un dé, j'escamote uné fille.

On reprend la danse, après laquelle Merlin chante on passe-pied breton.

Vriller : Pirouetter en montant, suivant un mouvement hélicoïdal, comme certaines pièces d'artifice. [L]

Les Masques se prennent par la main, et dansent en chantant :

Ma bergère, laisse-moi, La la la la, rela, rela : Ma bergère, laisse-moi Prendre un tendre baiser.

LE CHOEUR

Non, Colin, ne le prends pas, La la la la, rela, rela : Non, Colin, ne le prends pas, Je vais te le donner.

Tous les Masques ayant formé une danse en rond, se retirent, et Merlin chante an Parterre le couplet suivant :

635 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0