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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers

Démocrite

Jean-François Regnard· créée en 1700· 5 actes· 1 653 vers· 12 personnages

Représentée pour la première fois le mardi 12 janvier 1700 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain.

Personnages

  • DÉMOCRITE
  • AGÉLAS, roi d'Athènes
  • AGÉNOR, prince d'Athènes
  • ISMÈNE, princesse promise Agélas
  • STRABON, suivant de Démocrite
  • CLÉANTHIS, suivante d'lsmène
  • CRISÉIS, crue fille de Thaler
  • THALER, paysan
  • Un Intendant
  • Un Maître d'hôtel
  • OFFICIERS DU ROI
  • LAQUAIS
AVERTISSEMENT SUR DÉMOCRITE

Cette comédie a été représentée, pour la première fois, le mardi 12 janvier 1700, sous le titre de Démocrite amoureux. Son succès a été complet ; elle a eu, dans sa nouveauté, dix-sept représentations : depuis elle a été très souvent reprise, et est restée au théâtre.

Malgré ce succès, la comédie de Démocrite a été vivement critiquée, surtout dans sa nouveauté ; mais le goût constant du public pour cette pièce a fait taire enfin les critiques : on ne peut nier cependant que plusieurs de leurs observations ne soient fondées.

On a reproché, au poète avec quelque justice, d'avoir travesti Démocrite en un pédant ridicule et peu sensé ; s'il raisonne, c'est d'une manière inintelligible, et en employant un jargon digne des Marphurius et des Pancrace ; c'est un vrai docteur de la comédie italienne qui n'a d'un savant que les dehors empruntés, et cache son ignorance en affectant un langage obscur, hérissé de termes que personne ne comprend, et qu'il ne comprend pas lui-même. Si Démocrite fait l'amour, c'est alors que le ridicule et l'extravagance sont à leur comble ; c'est une caricature digne du théâtre sur lequel Regnard a fait ses premiers essais.

On convient que les critiques ont à cet égard quelque fondement ; cependant Regnard n'est pas tout à fait inexcusable. Il n'a point cherché à nous peindre Démocrite tel qu'il était ; il a voulu seulement nous représenter sous ce nom un faux philosophe, ou plutôt un visionnaire, censeur impitoyable des défauts de ses semblables, quoiqu'il soit sujet à des faiblesses de même nature, et qu'il soit tout au moins aussi ridicule que ceux aux dépens de qui il ne cesse de rire. On ne pourrait que lui reprocher d'avoir nommé ce fou Démocrite, chose qui peut déplaire à ceux qui conservent quelque respect pour la mémoire de cet ancien philosophe.

Les autres critiques sont injustes, et le poète a bien fait de n'y avoir aucun égard. On conseillait à Regnard de retrancher le premier acte de sa pièce, pour conserver l'unité de lieu ; on l'accusait aussi d'avoir fait revivre à Athènes l'état monarchique pendant la vie de Démocrite, quoiqu'il fût éteint alors depuis plus de sept cents ans.

L'unité de lieu ne blesse ouvertement les règles que lorsqu'une partie de l'action se passe à une distance très éloignée de l'autre ; cette unité est subordonnée à celle du temps, et toutes les deux ont pour fondement la vraisemblance.

Mais nous que la raison à ses règles engage, Nous voulons qu'avec art l'action se ménage ; Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli. Jamais au spectateur n'offrez rien d'incroyable.

Boileau, Art poétique, Chant iii.

On ne peut donc point dire que l'unité de lieu soit violée, lorsque l'endroit où commence l'action est à si peu de distance de celui où elle finit, que cette distance puisse être franchie dans un espace de quelques heures, parce qu'alors il n'y a rien qui choque la vraisemblance. Tel est le premier acte de Démocrite. Il se passe à la proximité d'Athènes, dans un endroit écarté et solitaire où Démocrite s'était retiré. Le roi, qui s'était égaré à la chasse, découvre la retraite du philosophe. Les quatre autres actes se passent à Athènes, dans le palais du prince ; et comme peu d'heures ont suffi pour y transporter le philosophe et sa suite, il n'est rien qui ne soit dans les règles de la vraisemblance.

On trouve fréquemment des exemples de semblables licences, si c'en est une, et la critique la plus sévère ne s'est point permis d'en faire des reproches à plusieurs de nos poètes modernes.

Quant à l'anachronisme, Regnard n'a point prétendu que sa comédie servit à fixer des dates et à apprendre l'histoire ; et l'on ne peut raisonnablement lui faire un reproche d'une licence que l'usage et les règles de la comédie autorisent.

Un autre poète a mis aussi Démocrite sur la scène ; en 1730, Autreau fit représenter sur le théâtre de la Comédie italienne, Démocrite prétendu fou, comédie charmante rejetée par les comédiens français, et qui a fait un des principaux ornements du théâtre italien.

Le caractère de Démocrite, dans cette pièce, est mieux soutenu, et répond mieux à l'idée que nous nous sommes faite de ce philosophe ; mais il faut convenir aussi que la pièce est bien moins comique que celle de Regnard ; le dialogue est facile et plein d'esprit, niais un peu froid ; le caractère de Démocrite est le plus soigné, le mieux fait de tous, le seul qui soutienne la pièce.

Dans Regnard, au contraire, c'est celui qui est le plus négligé. Il a tellement craint que ce personnage ne se ressentît de la froideur philosophique, que, non content de l'avoir travesti en un pédant ridicule, il l'a accompagné d'une espèce de valet philosophe, extrêmement plaisant : nous parlons du personnage de Strabon ; les saillies de cette espèce d'arlequin contrastent admirablement avec les boutades de Démocrite et les naïvetés de Thaler, le seul paysan que Regnard ait introduit sur la scène.

Nous ne disons rien des deux scènes épisodiques de Strabon et de Cléanthis ; on les regarde, quant à l'idée et quant à l'exécution, comme un chef-d'oeuvre comique.

Le jeu de théâtre de ces deux personnages, au moment de leur reconnaissance, disent les auteurs de l'Histoire du Théâtre français, fut inventé par mademoiselle Beauval, chargée du rôle de Cléanthis, et par le sieur La Thorillière, chargé de celui de Strabon, et il a été religieusement observé par les acteurs et les actrices qui leur ont succédé.

On ne sait pourquoi les comédiens sont dans l'usage de supprimer, à la représentation, la scène iv du second acte. Démocrite, récemment arrivé à la cour du roi d'Athènes, paraît suivi d'un Intendant, d'un Maître d'hôtel et de quatre grands Laquais. Ce cortége excite l'humeur cynique du philosophe ; et sa situation présente, comparée à sa vie passée, lui donne matière à rire. Chacun des officiers qui le suit lui fait part des volontés du roi et de la nature des fonctions qu'il doit remplir auprès du philosophe, ce qui fournit une matière nouvelle à ses ris et à ses critiques.

La scène finit d'une manière très comique : l'Intendant et le Maître d'hôtel, qui ont l'air d'être amis et semblent chercher à se rendre mutuellement service, vantent réciproquement et à voix haute au philosophe leur intelligence et leur savoir-faire, tandis qu'ils s'approchent de son oreille ; pour démentir tout bas ces éloges exagérés. Démocrite rit de tout son coeur de ce manége si ordinaire dans les cours, et les congédie en les raillant l'un et l'autre sur leur candeur, leur amitié, et l'estime qu'ils se témoignent réciproquement.

Cette scène est très comique ; il nous semble qu'elle devrait produire de l'effet à la représentation, et nous ne pouvons imaginer la raison qui l'a fait supprimer.

NOMS DES ACTEURS

Qui ont joué dans la comédie de Démocrite, dans sa nouveauté, en 1700.

Démocrite, le sieur Poisson. Agélas, roi d'Athènes, le sieur Baron. Agénor, le sieur Dufey [1]. Criséis, Mlle Mimi-Dancourt [2]. Ismène, Mlle Dancourt sa mère. Strabon, le sieur La Thorillière, Cléanthis, Mlle Beauval, Thaler, le sieur Desmares.

Nota. Le sieur Poisson ne plut pas dans le rôle de Démocrite, et l'abandonna après quelques représentations. Il a été remplacé par le sieur Dancourt [3].

1 Pierre-Louis Villot-Dufey, comédien français, débuta par le rôle de Nicomède en 1694. Il jouait les seconds rôles dans le tragique et dans le comique : il s'est retiré en 1712, et il est mort en 1736, âgé de soixante-douze ans.

2 Cette actrice était fille de Florent Carton-Dancourt, et a débuté, en 1699, dans les rôles d'amoureuses pour la comédie : elle a joué aussi les soubrettes. Elle a épousé Samuel Boulignon-des-Hayes, et s'est retirée du théâtre en 1724 : c'était une actrice médiocre.

3 Florent Carton-Dancourt, auteur et acteur, débuta au Théâtre français en 1685, et mérita les applaudissements du public dans les rôles du haut comique, à manteau et raisonnés : il est cependant plus connu aujourd'hui par les pièces qu'il a laissées au théâtre, qui sont en très grand nombre, et qui ont été recueillies d'abord eu huit volumes, puis en dix volumes in-12. Dancourt a quitté le théâtre en 1718, et est mort en 1725, âgé de soixante-quatre ans.

ACTE I

Le théâtre représente un désert, et une caverne dans l'enfoncement.

SCÈNE I.

SCÈNE II. Strabon, Thaler.

THALER, portant une sorte de jonc et une grosse bouteille garnie d'osier

Bonjour, Strabon.

STRABON

Bonjour.

THALER

Bon ! Qui sait d'où je venons tretous ?

Tretous : Vieux mot. Tous. [Th.]

THALER

Il a l'âme un tantet férue.

Tantet : Terme familier. Une petite quantité, un peu, tant soit peu. Un tantet de pain, de vin. [L]

Férue : Terme de vétérinaire. Blessé d'un coup. Fig. Être féru d'une personne, d'une chose, en être très épris.

THALER

Je vous soutiens que je ne suis pas grue : Je flaire un amoureux, voyez-vous, de cent pas. Je vois qu'il est fâché quand il ne la voit pas.

Grue : Gros oiseau de passage qui vole en troupes rangées en triangle, et qui a un col fort long. [F]

STRABON

Parbleu, je le voudrais, m'en coûtât-il beaucoup.

Parbleu : Sorte de jurement. Ethym. Altération de par Dieu.

STRABON

Il rit.

THALER

Fort bien.

STRABON

Non, ma foi.

THALER, tirant un riche bracelet

Non ; le voilà dans ma poche.

SCÈNE III. Démocrite, Strabon, Thaler.

STRABON, à Thaler

Ce début n'est pas mal.

DÉMOCRITE

Oui, sans doute.

SCÈNE IV. Démocrite, Strabon.

STRABON

Nous sommes, dans ces lieux, à l'abri des visites Des sots écornifleurs et des froids parasites ; Car je ne pense pas que nul d'entre eux jamais Y puisse être attiré par i'odeur de nos mets. Voudriez-vous tâter, dans cette conjoncture, D'un repas apprêté par la seule nature ?

Il tire son dîner.

Ecornifleur : Celui, celle qui écornifle. c'est à dire Prendre, se faire donner çà et là de l'argent, un dîner, etc.

Dîné ou dîner : est le repas qu'on fait ordinairement à midi. Rem. On dit le dîné, ou le dîner : il est même plus usité de retrancher cette lettre en écrivant : et même quand on l'écrit, on ne la prononce pas.[FC]

DÉMOCRITE, à part

Cela n'est que trop vrai.

SCÈNE V. Criséis, Démocrite, Strabon.

CRISÉIS

Quoi ?

STRABON

L'amour.

CRISÉIS

L'amour ?

CRISÉIS

Non.

SCÈNE VI. Agélas et Agénor en habits de chasseurs, Démocrite, Criséis, Strabon.

DÉMOCRITE

Vous venez à propos ; nous nous mettions à table : Vous prendrez votre part d'un très frugal repas : Mais il faut excuser, on ne vous attend pas. Ce sera de bon coeur, et sans cérémonie.

Dans l'édition originale, c'est Démocrite qui dit ce dernier vers. Depuis il a été mis dans la bouche de Strabon, sans doute par l'acteur chargé de ce rôle. (G.A.C.)

AGÉLAS

Oui, vous.

DÉMOCRITE, à part

Pourquoi faut-il que j'aime ?

À Agélas.

Mais, seigneur...

DÉMOCRITE

Il suffit.

SCÈNE VI.. Démocrite, Agénor, Thaler, Criséis, Strabon.

THALER

Tu te gausses de moi.

Gausser : terme familier. Se railler. [L]

THALER

Pargué, j'irai fort bien, sans répugnance aucune : Pourquoi non ? M'est avis que j'y ferai fortune.

Pargué : Parguenne ou Parguienne interj. Jurements patois de l'ancienne comédie, pour pardieu.

SCÈNE VIII.

ACTE II

Le théâtre représente le palais d'Agélas, roi d'Athènes.

SCÈNE I. Ismène, Cléanthis.

ISMÈNE

Comment ?

CLÉANTHIS

Oui ! Je me suis d'aimer parfois licenciée ; J'ai fait pis ; dans Argos je me suis mariée.

Licencier : signifie aussi, Prendre de soi-même des libertés ; s'emanciper, sortir de son devoir. [T]

Variante : J'ai fait pis ; je me suis dans Argos mariée. Il est bon de faire observer encore que les variantes ne sont pas tirées de plusieurs éditions corrigées par l'auteur, mais qu'elles appartiennent à divers éditeurs. (G. A. C.).

CLÉANTHIS

Oui, moi ; mais à mon grand regret. Autant que je le puis, je tiens le cas secret. Avant que les destins, touchés de ma misère, Eussent fixé mon sort auprès de votre mère, J'avais fait ce beau coup ; mais, à vous dire vrai, Ce mariage-là n'était qu'un coup d'essai. J'avais pris un mari brutal, jaloux, bizarre, Gueux, joueur, débauché, capricieux, avare, Comme ils sont presque tous : je l'ai tant tourmenté, Excédé, maltraité, rebuté, molesté, Qu'enfin il m'a privé de sa vue importune ; Le diable l'a mené chercher ailleurs fortune.

Variante : Pour rétablir l'exactitude grammaticale, qui voudrait le participe privé au féminin dans ce vers, des éditeurs modernes l'ont ainsi retourné : "Qu'il m'a privée enfin de sa vue importune ;" ce qui procure deux élisions, j'ai presque dit deux hiatus de la même lettre dans le même vers ; mais ce changement serait-il plus heureux, il n'est pas de l'auteur, et le vers adopté est conforme à l'édition originale. (G. A. C.)

SCÈNE II.

SCÈNE III. Thaler, en habit de cour par dessus son habit de paysan, Strabon.

THALER, vers la porte d'où il sort, à des domestiques qui éclatent de rire

Oh ! Dame, voyez-vous, tout franc, je n'aime pas Qu'on se rie à mon nez, et qu'on suive mes pas ; Si quelqu'un vient encor se gausser davantage, Je lui sangle d'abord mon poing par le visage.

Se Gausser : Terme familier. Se railler. [L]

Sangler : Familièrement. Appliquer avec force un coup. [L]

THALER, revenant à Strabon

Me voilà.

STRABON

Je te vois.

SCÈNE IV. Démocrite, suivi d'un Intendant, d'un Maître d'hôtel et de quatre grands Laquais ; Strabon.

SCÈNE V. Démocrite, Strabon.

DÉMOCRITE

Que dis-tu ?

STRABON

Vous savez qu'en princesse on la traite. Je la voyais tantôt devant une toilette, D'une mouche assassine irriter ses attraits. Elle donne déjà le bon tour aux crochets. Elle montre, avec art, quoique novice encore, Une gorge timide et qui voudrait éclore. Agélas l'observait d'un oeil plein de désirs.

Mouche : est aussi un petit morceau de taffetas ou de velours noir, que les Dames mettent sur leur visage par ornement, ou pour faire paraître leur teint plus blanc. Les dévots crient fort contre les mouches, comme étant une marque de grande coquetterie. [F]

DÉMOCRITE

Agélas ?

DÉMOCRITE

Oui.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Cléanthis, Strabon.

STRABON

Je le crois.

STRABON

Madame...

STRABON

À mes désirs aussi j'en ai quelqu'un contraire ; Mais où parle I'amour, la raison doit se taire.

Ce vers est conforme à l'édition originale, et à celles qui l'ont suivie de prés ; mais son incorrection n'a pas échappé à d'habiles éditeurs plus modernes, qui ont ainsi changé le vers entier, en faisant remarquer dans une note que le solécisme de l'auteur est réparé pour la première fois (édit. de 1784, petit in-12) : J'en ai quelqu'une aussi qui me serait contraire. (G. A. C.)

STRABON, à Cléanthis

Vous avez un abord tellement attractif...

L'édition originale offre cette répétition du mot abord dans les deux vers ; plusieurs éditeurs lui ont substitué le mot aspect dans le second. (G. A. C.)

SCÈNE VIII.

ACTE III

SCÈNE I. Agélas, Agénor, Suite du Roi.

AGÉLAS

Je ne sais.

AGÉLAS

D'aimer.

SCÈNE II. Criséis, Thaler, Agélas, Agénor, Suite du Roi.

AGÉLAS

Parlez.

AGÉLAS

Qui ?

SCÈNE III. Agélas, Criséis.

CRISÉIS

Qu'il m'aime, moi, seigneur ! Je me garderais bien, S'il me parlait ainsi, d'en croire jamais rien : On parle dans ces lieux autrement qu'on ne pense ; Les plus sincères coeurs... Mais Démocrite avance.

Ces deux derniers vers manquent dans l'édition originale de 1700 ; ils se trouvent dans l'édition de 1714. Ils ont été interpolés sans doute pour rompre les quatre rimes masculines de suite. Aussi ont-ils été changés par plusieurs éditeurs qui ont imprimé les suivants. "On parle ici, dit-on, autrement qu'on ne pense. Il faut bien se garder... Mais Démocrite avance." (G. A. C.)

SCÈNE IV. Démocrite, Agélas, Criséis, Agénor, Strabon.

DÉMOCRITE

Fort mal.

STRABON

Sans doute.

AGÉLAS

L'amour.

AGÉLAS

Oui.

DÉMOCRITE

Bon ! Bon ! Vous voulez rire ! Un grand roi comme vous, au milieu de sa cour, Voudrait-il s'abaisser à cet excès d'amour ? Que dirait, s'il vous plaît, tout votre aréopage ?

Dans un exemplaire du Théâtre français ce vers est ainsi changé, et Strabon le prononce seul. "Bas, à Démocrite. Ha ! Ha ! Nous y voilà. Belle matière à rire !" (G. A. C.)

SCÈNE V. Démocrite, Criséis, Strabon.

DÉMOCRITE, à Criséis

Le roi me charge ici d'un fort honnête emploi, Et je n'attendais pas l'honneur que je reçois. Il vient de m'ordonner de disposer votre âme, Et la rendre sensible à sa nouvelle flamme : La charge est vraiment belle ; et, pour un tel dessein, Il ne me faudrait plus qu'un caducée en main. Quels sont vos sentiments ? Que prétendez-vous faire ?

La correction grammaticale exigerait la répétition de l'article de. Pour faire disparaître cette tache, le vers a été ainsi changé par de modernes éditeurs : "Il vient de m'ordonner de disposer votre âme À devenir sensible à sa nouvelle flamme." Ces deux prépositions "à" font admirablement ! (G. A. C.)

Caducée : verge entrelacée de deux serpents, qui est l'attribut de Mercure. Le caducée est un des symboles de la paix. Bâton couvert de velours et fleurdelisé, porté par le roi d'armes et les hérauts d'armes dans les grandes cérémonies.[L]

CRISÉIS

Oui.

CRISÉIS

Moi ?

DÉMOCRITE

Et vraiment oui.

SCÈNE VI. Démocrite, Strabon.

SCÈNE VII. Démocrite, Strabon, Le Maître d'Hôtel.

LE MAÎTRE D'HÔTEL

Autant.

SCÈNE VIII. Le Maître d'Hôtel, Strabon.

ACTE IV

SCÈNE I. Thaler, Criséis.

CRISÉIS

D'accord.

CRISÉIS

Oui.

CRISÉIS

Sans doute.

SCÈNE II. Démocrite, Criséis, Strabon.

SCÈNE III. Démocrite, Thaler.

DÉMOCRITE

Oui.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Cléanthis, Démocrite.

DÉMOCRITE

Moi !

CLÉANTHIS

Riez !

SCÈNE VI.

SCÈNE VI. Cléanthis, Strabon.

CLÉANTHIS

Non.

STRABON

Femme ?

CLÉANTHIS

Point du tout.

STRABON

Veuve ?

CLÉANTHIS

Je ne sais.

STRABON

Je le crois.

CLÉANTHIS, à part

Homme, veuf, ni garçon !

CLÉANTHIS, à part

Le cas est tout nouveau.

STRABON

Dans Argos.

CLÉANTHIS, à part

Dans Argos !

CLÉANTHIS

Dans Argos.

STRABON, à part

Strabon ! Haï !

STRABON

Cléanthis.

ACTE V

SCÈNE I.

SCÈNE II. Strabon, Thaler.

STRABON

Quoi ?

STRABON

Non.

STRABON

Hé bien ?

SCÈNE III. Cléanthis, Strabon, Thaler.

CLÉANTHIS

Où puis-je aller, pour fuir un si funeste objet ?

Thaler regarde Cléanthis avec attention.

THALER, à Cléanthis, la prenant par le bras

Payez-moi ce que vous me devez.

CLÉANTHIS

Qui, moi ?

SCÈNE IV. Agélas, Démocrite, Criséis, Strabon, Cléanthis, Thaler.

THALER, à part

À ma fille ? Morgué, ces courtisans de cour Ont tous, comme cela, des vartigos d'amour.

Vartigos : altération de vertigo. Terme familier. Caprice, fantaisie. [L]

THALER, à Criséis

Ne va pas t'y fier ; ce n'est qu'un stratagème.

Il manque deux rimes masculines dans le passage d'une scène à l'autre. C'est sans doute une omission de l'auteur.

SCÈNE V. Ismène, Agélas, Agénor, Criséis, Démocrite, Cléanthis, Strabon, Thaler.

THALER, à part

Tatigué, queu malin !

À Agélas.

Rendez-moi mon bijou, Et je prends, pour partir, mes jambes à mon cou.

Tatigué ou Tetigué : Altération de tête-dieu dans la bouche des paysans des anciennes comédies. On trouve aussi tatigué et tatigoin. [L]

AGÉLAS

Comment ?

CLÉANTHIS, à part

Le dénouement s'avance.

THALER, à Cléanthis

Oh ! Je vous connais bien.

THALER

Oui, vous.

AGÉLAS, à Cléanthis

Ne dissimule rien.

STRABON, à part

Je reprends mes esprits.

AGÉNOR

Seigneur...

THALER

Faites-moi maltôtier toujours pour commencer.

Maltôtier : Celui qui fait la maltôte. c'est à dire qu'i ls se disent d'une exaction indûe, et de celui qui la fait. On le dit abusivement de ceux qui lèvent les impositions. [FC]

AGÉLAS

Vous !

SCÈNE VI. Ismène, Agélas, Agénor, Criséis, Cléanthis, Strabon, Thaler.

SCÈNE VII. Cléanthis, Strabon.

1 653 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica