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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

en vers et en prose· Tragédie

Marie Stuard Reine d'Ecosse

Anonyme· imprimée en 1639· 5 actes· 1 726 vers· 15 personnages

Personnages

  • MARIE STUARD, sérénissime Reine d'Écosse et d'Irlande, douairière de France. légitime héritière d'Angleterre
  • KENEDE, une de ses filles d'honneur
  • LE DUC DE NORFOLK, son amant et autrefois favori d'Élisabeth
  • MELVIN, Grand Maistre de la maison d'Écosse, et celui qui fait le récit de la mort de sa Reine
  • LE VICOMTE DE HERRIN, seigneur écossais
  • ÉLISABETH, fille naturelle de Henry VIII d'Angleterre
  • LE COMTE DE MORAY, bâtard de Jacques V. Roi d'Écosse, et frère naturel de Marie
  • LE COMTE DE KENT, Conseiller d'Élisabeth
  • LEMARES DE SCHEROBERY, Conseiller d'Élisabeth
  • LES ÉTATS D'ANGLETERRE, Conseillers d'Élisabeth
  • POMPONNE DE BELLIEVRE, Ambassadeur de France et depuis Chancelier
  • KILLEGRE, Capitaine des Gardes
  • TROUPE D'OFFICIERs, de Marie et du Duc
  • AMIAS PAULET, Concierge de la Tour où est Marie
  • PAGE DE LA CHAMBRE D'ÉLISABETH
MONSEIGNEUR,

À MONSEIGNEUR MONSEIGNEUR L'EMINENTISSIME CARDINAL DUC DE RICHELIEU

Celle qui se jette à vos pieds est cette Marie Stuard à qui feu Henry II d'heureuse mémoire, donna François son fils pour mari, c'est celle qui reçut en ce temps là fur le front, la même Couronne que vous faites briller aujourd'hui fur la tête de mon Prince, et celle dont la condition, ni la vertu ne peuvent toutefois empêcher la perte. Véritablement MONSEIGNEUR, celui est un extrême avantage de ce qu'après avoir perdu le jour sur l'échafaud, vous lui voyez rendre l'honneur sur le Théâtre, et que si sa mort ne fut point vengée, au moins son innocence sera-t-elle défendue. Elle ne pouvait espérer toute Reine qu'elle est un traitement plus humain, ni plus favorable de votre EMINENCE qui s'est donné la peine elle-même d'ouïr ses aventures, et n'a pas refusé des larmes à la représentation d'un sujet si tragique ; Mais MONSEIGNEVR, il est à craindre que comme elle fut la plus infortunée de toutes les Princesses pendant sa vie, elle ne soit la plus malheureuse de toutes nos Dames illustres après sa mort ; je vois déjà renaître avec elle un nombre infinis d'ennemis, non pas plus forts, mais plus dangereux que les premiers ; car au moins les Conseillers d'Élisabeth quelques sévères qu'ils furent, examinèrent son procès auparavant de la juger, mais ceux-ci les plus injustes et les plus envieux de tous les juges, la veulent condamner sans l'avoir jamais ouïe ; Elle aurait eu sujet de crainte en son malheur, et d'appréhension en sa faiblesse, puisque la main de celui qui la redonne au public n'est pas si votre assez forte pour la défendre EMINENCE n'eut été son refuge, et ne l'eut prise en sa protection. Je ne présume pourtant pas si fort de moi MONSEIGNEUR, que de croire d'avoir pu vous contenter en ce rencontre, il faut atteindre au suprême degré de la perfection, ou de la vanité, pour se persuader de vous satisfaire ! De moi je m'estimerai toujours trop heureux, si mon poème ne m'a point fait rougir devant votre EMINENCE, s'il m'est permis d'aspirer à la gloire de ne vous avoir point déplu, et fi vous m'honorez tant que de souffrir que je prenne à jamais la qualité,

MONsEIGNEUR,

De votre très humble très obéissant et très fidèle serviteur

REGNAULT.

APOLOGIE DE LA REINE d'ÉCOSSE au Lecteur

Ce ne m'est pas seulement peu d'honneur, mais il m'est encore très glorieux d'avoir à marcher sur les traces des plus excellents hommes du dernier siècle, et d'écrire en suite des plus rares plumes du nôtre, une histoire si recommandable que celle de MARIE STUARD.

Le divin Ronsard a tellement écrit en faveur de cette sage Princesse qu'à moins que d'être envieux, ou méchant tout à fait, on ne peut révoquer en doute son mérite.

Bucanan même, ce grand génie de qui l'Europe entière a su le nom et dont la vivacité d'esprit n'a péché qu'en ce qu'elle fut trop satyrique, n'a pu s'empêcher de la louer en mourant quoi qu'il reçut pension des Luthériens pour écrire contre elle, ce qui doit passer pour marque infaillible de fa vertu puisque son ennemi se trouve son panégyriste. Messieurs de Bellieure, Delagueste, de la Motte Aigron, et de l'Aubépine (de qui les noms sont immortels) ont si généreusement parlé pour elle contre ses ennemis, par des harangues que nos curieux conservent encore, que les enfants de ses plus grands adversaires entreprennent aujourd'hui sa défense en Angleterre.

Feu Monsieur l'Eminentissime Cardinal du Perron fit son Épitaphe peu de jours après son exécution, qui fut le Mercredi des Cendres de l'année 1587 à 4 heures du matin, ce tombeau les fera vivre l'une et l'autre en la mémoire de tous les hommes.

Un livre intitulé Le martyre de la Reine d'Ecoffe imprimé sous main dans Londres, découvrit la vérité de son histoire, obscurcie par la méchanceté des Puritains qui semaient partout des libelles diffamatoires contre son innocence.

La naissance de l'hérésie du sieur Florimond de Raymond parut en suite et fit savoir à toute la terre la longue tyrannie d'Élisabeth, et la constante patience de Marie.

Depuis peu les Révérends Pères Caussin et Hilarion, ont fait des traités particuliers de la vie et de la mort de cette grande Reine, à qui tous les écrivains ensemble ne reprochent qu'un excès de bonté.

C'est après tant d'illustres auteurs que je montre son innocence en ma Tragédie, c'est pourquoi, Lecteur, ce n'est pas pour t'en donner un argument que je t'écris, mais c'est pour t'avertir que je ne t'en donne point, un sujet si connu n'a pas besoin d'interprétation, et ce serait expliquer l'Histoire en l'Histoire même, car quoi que je me sois attaché particulièrement à la matière, j'ai disposé mon poème en telle sorte qu'il ne faut que l'ouïr, ou le lire pour le comprendre. Les récits y sont en leur lieux, tu n'y trouveras point de liaisons superflues, ni d'Episodes qui n'y soient nécessaires, les actions faites auparavant la scène, y font racontées sans aucune altération ou déguisement de la vérité de mon sujet ; j'ose avancer que sa lecture ni sa représentation n'ont pas mal réussi, puisqu'elles ont tiré des larmes des premiers, et des plus beaux yeux de la France : il est vrai que chacun voit les choses bien différemment, tel méprise ce qu'un autre estime, tous les visages font inégaux, et tous les esprits ne se ressemblent pas, je ne veux point user de tyrannie fur le tien, ni t'obliger d'adorer l'ouvrage de mes mains, parce que plusieurs l'ont approuvé, tu me favoriseras trop en le voyant d'un oeil sans passion, sois donc désintéressé pour être juge, et ne crois pas que je fois incapable de faire mieux, mais sache que je suis dans l'age où l'on commet encor tant de fautes qu'elles sont pardonnables alors qu'elles font belles.

Adieu.

ÉPIGRAME À MONSIEUR REGNAULT sur sa Tragédie Regnault, quand cette grande ReIne Vit finir la vie et sa peine Toute l'Europe en murmura : Cette mort (disait on) est injuste et cruelle, Mais depuis tu l'as faite et si juste et fi belle, Que même en la pleignant chacun l'approuvera.

ROTROU.

EPIGRAMME

À MONSIEUR REGNAULT son cher ami, auteur de Marie stuard.

De ton Élisabeth la jalouse puissance Fit mourir une Reine en sa funeste Cour, L'Angleterre autrefois lui vit perdre le jour, Mais ta plume aujourd'hui la fait revivre en France.

POUCET DE MONTAVBAN.

Épigramme

A MONsIEVR REGNAULT.

Regnault, si ta MARIE eut eu ton éloquence, Elle eut montré son innocence Aux yeux de ses persécuteurs. Et trouvant par tout des refuges Eut fait comme toi de ses Juges Ses plus humbles adorateurs,

GILLET.

Autre Épigramme

AU MÊME

Quelque cruel tourment qu'ait souffert cette Reine Nous n'avons pas sujet de regretter sa mort, Puisqu'elle est trop heureuse ayant fini son sort De s'immortaliser avec si peu de peine, Et d'avoir cet honneur qu'un des plus grands esprits La fait revivre en ses écrits.

GILLET.

À MONSIEUR REGNAULT SUR SA TRAGÉDIE Vois que tes beaux écrits charment toute la terre, Et que jamais mortel n'ait fait de si bons vers, Si ne font ils que des éclairs Qui nous présagent un tonnerre.

AVICE

EPIGRAMME

À MONSIEUR REGNAULT SUR SA TRAGÉDIE.

Quelle aimable clarté dessus notre horizon Apporte un nouveau jour qui contente la vue ? Quand d'un brillant soleil la terre est dépourvue Et par la jalousie et par la trahison. Un divin sentiment, dans la douleur nous touche, Un astre brille ici, lorsqu'un autre se couche Dans un fleuve de sang tristement répandu. Car de tes doctes vers la splendeur immortelle, Ébloui tant nos yeux d'une grâce nouvelle, La terre troue en toi ce qu'elle avait perdu.

DU PELLETIER

SONNET A MONSIEUR REGNAULT On admire ta plume en son premier effort L'Histoire de Marie étant si bien traitée, Ta gloire en même temps par le monde portée De la Tamise au Gange a déjà pris effort. Ta Reine dont l'Église á regretté le sort Est morte en Angleterre à tort persécutée, Par tes divins écrits elle est ressuscitée, Pour recevoir en France une seconde mort. Ô complice innocent des rigueurs d'Isabelle ! Ce glorieux trépas rend sa soeur immortelle, On luy doit des autels c'est la commune voie. Il est juste et apprends de sa triste aventure Que si l'on veut revivre à la race future Ainsi que cette Reine il faut mourir deux fois.

SAINT GERMAIN.

ÉPIGRAMME SUR LA MARIE D'ECOSSE DE MONSIEUR REGNAULT Tous blâment le coup déplorable Qui mit ta Princesse au tombeau, Mais loin de le blâmer, je le juge louable Puisqu'il y a fait produire un ouvrage si beau.

DE L'ISLE.

AU MÊME Tu dépeins si bien les rigueurs Et les maximes d'Isabelle Que tu fais naître dans nos coeurs De l'horreur pour cette cruelle : Et chacun confesse tout haut Que ta Marie à tant de charmes, Qu'elle a plus fait verser de larmes Au Théâtre qu'à l'échafaud.

LE COMTE.

ACTE PREMIER

SCÈNE PREMIÈRE. Marie, Le Duc de Norfolk, Kenede.

MARIE

Puisque vous désirez d'une ardeur incroyable Voir de tant d'accidents le portrait effroyable, En ce nouveau récit de mes vieilles douleurs Ne me défendez pas la liberté des pleurs Je vais vous raconter d'étranges aventures ; L'étonnement du siècle et des races futures, Mais qui feront frémir d'horreur et de pitié Ceux qui conserveront un reste d'amitié,. Sachez donc quelle fut ma première misère ! Je vis presque en naissant la perte de mon père, Car le soleil sur moi n'avait pas fait un tour. Lorsqu'on priva ce Roi de la clarté du jour, Et quel horrible feu des flambeaux de la guerre « Chassa ma mère et moi de ma natale terre, Qu'un enfant est heureux ! Lorsque dès son berceau L'astre de sa naissance éclaire à son tombeau, Que le jour qu'il anime est celui qui le tue, Et qu'il perd la lumière alors qu'il la salue, La mort dont le seul nom nous épouvante tous Ne s'apparaît à lui que d'un visage doux, » Hélas qu'un pareil sort m'eut été favorable, Cette captivité si longue et déplorable Et mille autres malheurs où mes jours sont réduits Ne me feraient pas voir en l'état ou je suis . Déjà sept fois les ans avaient changé les choses Par sept fois j'avais vu naître et mourir les roses, Quand je restai sans mère et qu'en France je vins Dessous d'autres climats trouver d'autres destins, Henri second du nom, Monarque magnanime, Y fit de ma personne une si grande estime, Qu'il me mit sous le joug des amoureuses lois Avec François son fils, digne sang des Valois. Mais le sort nous trahit et la même journée Que l'on solennisait un si bel Hyménée, Au milieu des tournois, des pompes, des festins Paris vit de ce Prince achever les destins. François son successeur brillant pour disparaître Fit mourir tôt après, l'heur qu'il m'avait fait naître Ainsi ces deux grands Rois terminèrent leurs ans, L'un dedans son automne, l'autre en son printemps Lors veuve, sans enfants, je revins en ma terre Toute sanglante encor d'une intestine guerre, Ou, d'un second Hymen j'allumai le flambeau Pour un Prince amoureux autant qu'il était beau Le COMTE_de_LENOX, doux charme de mon âme, Inspira dans mon coeur une seconde flamme, Et quoi qu'un frère ingrat s'élevât contre moi J'épousai cet amant dont je me fis un Roi. Nous jouissions déjà d'une parfaite joie Qui filait nos plaisirs sur l'or et sur la soie, Déjà nous ignorions toutes sortes d'ennuis, Nos jours duraient sans cesse, et n'avaient point de nuits, Quand mon frère glissa, dedans la fantaisie De mon peuple abusé par la vieille hérésie D'oublier son respect et sa fidélité Pour me ravir le sceptre avec la liberté. Ce dessein m'excita des querelles civiles, Révolta les sujets de mes meilleures villes, Remplit toute l'Écosse de sang et d'effroi Et conjura ma perte, après celle du Roi. Puis ce frère, où plutôt ce traître et ce perfide M'accusant de son crime et de son parricide Me conduisit lui-même en ces tristes châteaux Que le lac_de_Léven entoure de ses eaux. Ô que d'affreuses nuits ! D'horribles journées Sont depuis ce temps là dans leur cercles tournées. Que d'images de mort effrayèrent mes yeux,. Tandis qu'on me retint en ces funestes lieux. À la fin, un enfant de qui Douglas est père. Sentit son jeune coeur touché de mammifère, Et me sollicita de m'embarquer sur l'eau Par le moyen des clefs qu'il surprit au château. J'approuvai son avis, j'admirai sa prudence ; Et le priai surtout d'observer le silence M'étonnant qu'un enfant eut l'esprit assez mûr Pour faire élection d'un moyen qui fut sûr. L'astre qui fait nos jours était plongé dans l'onde Le sommeil avait clos les yeux de tout le monde. Lorsqu'il vint m'avertir au milieu de la nuit Et déprendre la fuite et d'éviter le bruit. Kenede, digne objet d'éternelle mémoire Fit lors une action toute pleine de gloire, Elle exposa sa vie à la merci de l'eau Et se précipita poursuivre mon vaisseau.

La lac de Leven ou loch Leven situé à une vingtaine de kilomètres d'Édimbourg. Un château austère su XIVème y trône sur une petite île d'une centaine de mètres de long. Marie Stuard y séjourna en 1565 puis y fut enfermée une année dès juin 1567.

SCÈNE II. Élisabeth, Le Comte de Mourray, Le Comte de Kent.

LE COMTE DE MORAY

Je n'ose.

SCÈNE III. Le Comte de Mourray, Le Comte de Kent.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE.

LE DUC

Ou ?

SCÈNE II. Élisabeth, Le Duc de Norfolk.

LE DUC, voyant son écrit contrefait :

Tu sais mon innocence et vois cette imposture Grand Dieu...

SCÈNE III.

LE DUC, demeuré seul

La cruelle s'enfuit après sa perfidie Sus ! Devenons l'auteur de quelque tragédie, Faisons lui dire vrai... qu'en ce triste accident. Elle paraisse juste au moins, en me perdant ; Laissons à cette ingrate un sujet raisonnable : Qui donne une couleur à son dessein damnable Ruinons ce pays de l'un à l'autre bout, Allumons un brasier qui le consomme tout, Aimons les ennemis de l'État_d_Angleterre Aujourd'hui faisons naître une immortelle guerre ; Puisqu'on nous hait ici courons à l'étranger Enfin n'épargnons rien qui nous puisse venger. Bientôt Élisabeth sera sans diadème Et bientôt sa grandeur périra par soi-même, Le sort qui l'éleva la fera trébucher Et son Palais Royal deviendra son bûcher. Londres sera détruite et le reste de l'île Perdra les qualités d'heureux et de fertile, Et la Tamise on jour surpassera ses bords Parles pleurs des vivants et par le sang des morts : L'Angleterre verra de nouvelles misères Et meurtrir devant soi ses enfants et ses pères, Tout sera si changé que ses yeux ébahis La rendront étrangère en son propre pays. Sus donques repoussons le crime par le crime N'ayons aucun respect pour aucune maxime Et faisons retourner ce perfide attentat, Et contre Élisabeth et contre son État. Je parle de vengeance et peut-être à cette heure La Reine à résolu dans son coeur que je meure, Mais si hors du Palais je puis faire un seul pas Tout le peuple pour moi ne s'épargnera pas Et tous mes ennemis sentiront sa furie. Cependant racontons à la Reine Marie Que Lincestre et Mourray trahissent nos amours, Et c'est si la fureur nous permet le discours.

SCÈNE IV. Élisabeth, Le Comte de Mourray, Le Comte de Kent.

SCÈNE V. Marie, Le Duc de Norfolk.

SCÈNE VI. Marie, Le Duc de Norfolk, Kenede.

SCÈNE VII. Marie, Le Duc de Norfolk, Kenede, Le Comte de Moray, Killegre avec ses Gardes.

MARIE, à Kenede

Ne vous éloignez point.

LE COMTE DE MORAY, au Capitaine des Gardes

Ne sont ils pas ensemble ?

Le Comte de Moray : James Stuart (1531-1570). Demi-frère de Marie Stuard et régent d'Écosse de 1567 à 1570.

LE COMTE DE MORAY, les saluant

Le Ciel vous soit propice ?

LE DUC, négligemment

Et vous soit favorable.

LE COMTE DE MORAY

Achevez.

KILLEGRE, Capitaine des gardes s'approchant du Duc

Monseigneur je vous fais, avec beaucoup de peine.

LE DUC, Tire son épée

Toi-même défends toi.

LE COMTE DE MORAY

Duc, Rendez lui l'épée.

MARIE

Quoi ?

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Le Duc de Norfolk, Le Capitaine des Gardes, Le Duc.

SCÈNE II. Le Comte de Moray, Le Comte de Kent, Le Vicomte de Herrin, Le Maréchal de Sherobery, Les États tous en rang.

LE MARÉCHAL DE SHEROBERY

Il est déjà confus...

LE COMTE DE KENT

Écoutons je vous prie[.]

LE COMTE DE MORAY

Vous ne répondez pas...

SCÈNE III. Le Comte de Moray, Le Comte de Kent, les États, Le Maréchal de Sherobery, Le Vicomte de Herrin, Les États.

LE COMTE DE MORAY

Va aux opinions.

Pour le juger à mort il suffira de trois.

LE MARÉCHAL DE SHEROBERY

On attend votre voix.

SCÈNE IV. Le Duc de Norfolk, ses domestiques, Le Capitaine des Gardes.

LE CAPITAINE DES GARDES

Enfin il s'y résout.

SCÈNE V. Melvin, Le Vicomte de Herrin.

SCÈNE VI. Le Comte de Kent, Le Comte de Moray.

LE COMTE DE MORAY

Ô soeur ô frère ô sang.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Marie, Kenede, Le Vicomte de Herrin.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Élisabeth, Le Comte de Kent, Lemar, Deshersbery.

LE COMTE DE KENT

Le Duc jugé par nous, est conduit au supplice Ou le peuple confus à la foule se glisse, Et du murmure long d'une commune voix Dit qu'il à mérité la rigueur de nos lois. Tous s'assemblent autour de ce triste Théâtre Comme pour voir des jeux, ou bien pour voir combattre Le Comte toutefois en détourne ses pas Et n'ose être témoin d'un si juste trépas. Outre que la vertu de ce vaillant courage S'ébranle par l'horreur d'un sinistre présage, Et sans avoir connu le sujet de sa peur Redoute le péril d'un incertain malheur. Assez mal assistés nous allons de la sorte Ou, sans aucun désir, notre désir nous porte Lorsqu'à diverses fois j'entends autour de nous Donner avec fureur et recevoir des coups. C'étaient des gens armés qui querellaient les nôtres Une troupe écossaise y paressait entre autres . Nous courons dessus eux mais malgré nos efforts Ces traîtres assassins demeurent les plus forts. Le Comte qui s'avance afin de les poursuivre. (Ô triste souvenir) cesse déjà de vivre, Atteint de mille coups il tombe renversé J'approche et je le vois plutôt mort que blessé. Ayant fait un grand bruit en trébuchant parterre Comme un chêne abattu sous l'effort du tonnerre. Là jetant un sanglot ou son âme s'enfuit Ses yeux se sont couverts d'une éternelle nuit. Ne pouvant rechercher de secours plus utile Moi-même j'avertis les gardes de la ville Chacun d'eux aussitôt précipite ses pas Sur les lâches auteurs de ce cruel trépas Et je crois qu'aujourd'hui plusieurs de leur complices Doivent être envoyés aux extrêmes supplices. Voilà comme il est mort.

SCÈNE II. Marie, Kenede, vêtues de deuil dans une chambre tendue de noir.

SCÈNE III. Marie, Kenede, Amias Paulet.

AMIAS PAULET

Madame.

KENEDE

Hélas.

SCÈNE IV. Marie, Le Comte de Kent, Le Maréchal de Sherobery, Les États, Le Capitaine des Gardes, Kenede.

LE COMTE DE KENT, sans saluer Marie

J'ai charge de vous faire un funeste rapport.

MARIE

Quel ?

MARIE

C'est ici ma dernière infortune Vous m'allez exempter de mille morts par une, En pensant me traiter avecque cruauté Vous m'accordez un don que j'ai bien souhaité. Mais quoi qu'un peuple vil insolemment me brave Et que grande Princesse il me traite en esclave. Apprenez que personne entre tous les humains Ne peut jeter sur moi ses parricides mains . On m'a ravi l'Empire où j'étais souveraine Mais il me reste encor la qualité de Reine. Vos pareils sont soumis aux volontés des Rois Sans pouvoir attenter sur ceux qui font les lois, Et cette liberté que ma prison vous donne Peut tout dessus mon sceptre rien sur ma personne. Apprenez que souvent on a vu dans mes yeux Les rayons éclatants d'un soleil glorieux. Que tous mes alliez, ont de royales marques Et qu'entre mes aïeux on compte cent monarques. J'ai trois fois soupiré pour des objets nouveaux, Trois fois j'ai de l'Hymen rallumé les flambeaux J'ai reçu pour époux trois illustres personnes Ma tête quelquefois à porté trois couronnes . Et des augustes mains de la divinité J'ai reçu cet honneur qu'on nomme Majesté Dont les astres brillants et les flammes célestes Sont de tant de grandeurs les déplorables restes. Au moins j'ai cet espoir qui me doit contenter Que pas un des mortels ne me les peut ôter. Vous donc qui me parlez, avec tant d'insolence M'apportant un arrêt tout plein de violence Vous, dont le vice même abhorre les projets Et qui fûtes heureux d'être de mes sujets Devant que la fureur d'une injuste puissance Triomphant de ma vie de mon innocence : Quel pouvoir avez-vous sur un front couronné Dites le moi de grâce et qui vous l'a donné.

SCÈNE V. Marie, Kenede.

SCÈNE VI.

MARIE, demeure seule

Il faut que ma constance Étonne les esprits de toute l'assistance ; Qu'aux fronts des spectateurs j'imprime un pâle effroi, Et que mes ennemis soient plus émeus que moi. Adieu vaines grandeurs, pompe, sceptre, couronne, Adieu plaisirs amers que l'Empire nous donne. Enfin mes chers époux, la Parque va venir Et qui nous sépara nous saura réunir. Je vous consacre à tous mes immortelles flammes Et malgré vos trépas je vais joindre vos âmes. Adieu Prince que j'aime et que j'ai mis au jour Seul gage et seul enfant que m'a donné l'amour ! Mais écoute mon fils ma dernière parole. Suis la route que prend mon âme qui s'envole Ressouviens toi toujours de Dieu qui te fit Roi Et des préceptes saints que tu reçus de moi. Toutefois je te laisse en un âge si tendre Qu'à mes raisonnements tu ne peux rien entendre. Cela rend ton malheur supportable en ce point Qu'encore qu'il soit grand, tu ne le connais point. Je ne pénètre pas dans les choses futures Et je laisse à Dieu seul, ces sciences obscures. Mais selon le progrès de ton jeune destin Si le commencement en fait juger la fin. Hélas mon cher enfant je crains bien que ta vie Ne soit d'un mauvais sort sans cesse poursuivie. C'est la même parole le même discours Que me tenait ma mère, ornement de nos jours. ( Fâcheux ressouvenir ) lorsque cette Princesse Les yeux baignés de pleurs, le coeur plein de tristesse, Plaignait les mêmes maux que maintenant je vois ; Et pour moi redoutait ce que je crains pour toi. Toi qui sur nos destins absolument présides, Grand Roi qui pour jamais dans ton trône résides, Père des immortels, seul Monarque des Cieux De grâce en ma faveur abaisse un peu les yeux, Et si de mes malheurs la grandeur t'est connue Fais que mes voeux ardents pénètrent dans ta nue ; Que le Prince écossais, digne sang de mon sang, Soit remis quelque jour en notre premier rang. Donne à ce rejeton d'une tige sacrée Notre marque Royale autrefois révérée. Fais que par ses vertus ce bel astre naissant ! Dans le Ciel de la gloire aille toujours croissant. Qu'il monte par ton aide au trône de son père Ou qu'il hérite au moins des sceptres de sa mère. Seigneur permets qu'un jour ce généreux lion Terrasse l'hérésie et la rébellion. Que ce jeune orphelin dans son âge plus tendre Comme un autre Phenix renaisse de ma cendre ; Et qu'en un siècle d'or nos fortunés, neveux Recueillent la moisson et le fruit de mes voeux. Ô monarque éternel ! Exauce ma prière Tu sais bien qu'elle est juste et que c'est ma dernière. Mais puisqu'il faut mourir finissons ce discours Augmentons notre gloire en abrégeant nos jours ; Et devant que quitter ces terrestres demeures Employons les moments de nos dernières heures : Portons en un corps faible un courage bien fort, Et voyons sans pâlir, la face de la mort.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Élisabeth, Le Capitaine des Gardes.

SCÈNE III. Élisabeth, Les Ambassadeurs.

SCÈNE IV. Élisabeth, Le Comte de Kent, Le Maréchal de Sherobery, Le Vicomte de Herrin, les États, Les Ambassadeurs, Kenede, Troupe d'Officiers de Marie.

LE MARÉCHAL DE sHEROBERY

Ha perte irréparable !

LE VICOMTE DE HERRIN

Ha funeste journée !

MELVIN

Je vais recommencer d'inutiles regrets Et rouvrir ma blessure avec de nouveaux traits : Un glaçon de frayeur dans mon âme se glisse Mais vous le commandez, il faut que j'obéisse. Hier après l'arrêt qui nous affligea tous La Reine dit ces mots l'ail tourné devers nous. « Fidèles Officiers qui depuis tant d'années Supportez avec moi mes longues destinées. Au moment qui me force à vous abandonner J'ai ce seul déplaisir de ne vous rien donner. Le Ciel reconnaîtra votre commun mérite Mais que je vous embrasse avant que je vous quitte Car je compte ce jour le dernier de mes jours. Adieu... » Cette Princesse achevait ce discours Quand nous vîmes couler de ces beaux yeux humides Parmi des flots d'argent mille perles liquides Lors mêlant nos soupirs à nos mourantes voix Nous lui dîmes adieu pour la dernière fois. Ensuite elle donne ordre aux choses nécessaires, Dispose un testament, récite des prières, Et se laisse charmer du frère de la mort Qui d'un somme profond l'assoupit et l'endort. La Lune cependant parmi ses sombres voiles A paru cette nuit sans feux et sans étoiles L'aurore en se levant pour pleurer nos malheurs A versé ce matin des larmes sur les fleurs. Et le père du jour rentrant dans sa carrière A semblé ne prêter qu'à regret sa lumière. Le Ciel même, le Ciel s'est tout couvert de deuil Voyant tant de vertus qu'on mettait au Cercueil La Reine sort du lit et cette infortunée Veut comme à son triomphe en pompe être menée. Elle se fait conduire à ces funestes lieux Nous la suivons de près tous les larmes aux yeux. D'un velours triste et noir la salle était parée Et des gardes sans nombre en défendaient l'entrée, Le peuple toutefois en ondes agité Se coule avecque nous parmi l'obscurité. Et court à l'échafaud afin que sans obstacle Il puisse regarder ce tragique spectacle. Chacun des assistants parle diversement Et chacun veut juger selon son sentiment L'on dit que ce supplice est de mauvais exemple Lorsque sans passion son âme le contemple L'autre que cet arrêt choque toutes les lois Qui respectent du moins le sacré sang des Rois. Enfin l'on oit partout un peuple qui murmure Ou de votre ordonnance ou de cette aventure.

MELVIN

D'un front majestueux, d'un port superbe et haut Elle monte aux degrés, de son triste échafaud. Ses grâces, ses beautés émeuvent l'assistance Ceux qui la consolaient admirent sa constance, Perdent cette vertu qui la vient couronner Et n'ont plus le pouvoir qu'ils lui veulent donner. Puis sans changer de face et sans être troublée Elle tient ce propos à toute l'assemblée. « C'est un spectacle bien nouveau Que de voir aux mains d'un bourreau La tête d'une grande Reine. Mais puisque le Ciel là permis Je meurs sans regret et sans peine Et pardonne à mes ennemis. » À ces mots, vers les Cieux elle jette la vue Souhaitant que son âme y puisse être reçue. Un murmure confus qui remplit tout d'horreur Nous arrête la voix nous serre le coeur. Mille images de mort, mille frayeurs soudaines, Nous altèrent les sens et nous glacent les veines. Et d'un commun effroi la mortelle pâleur Imprime à tous nos fronts une même couleur. Lors on voit des flambeaux, dont la lumière sombre Fait briller une hache, en l'épaisseur de l'ombre. Chacun dessus la Reine a les yeux arrêtés Et tous les spectateurs en sont presque enchantés. Elle paraît plus belle, ainsi que l'oeil du monde Luit avec plus de force en se couchant dans l'onde. La lampe qui s'éteint éclaire beaucoup mieux Ainsi de nouveaux feux rayonnent dans ses yeux. L'exécuteur s'approche, et prend cette victime Pour faire un sacrifice, ou pour mieux dire un crime Elle est comme l'hostie au milieu de l'autel Qui de la main du prêtre attend le coup mortel. Déjà le bras se lève, et sa tête frappée Par trois diverses fois ne peut être coupée. Quelque secret destin que je ne connais pas Voulait de notre Reine empêcher le trépas. On sépare pourtant sous l'effort d'une lame Et la tête du corps, et le corps d'avec l'âme. Le fer rougit de honte à ce coup violent, Même tout l'échafaud en demeure sanglant, La tête qui bondit donne de l'épouvante Murmurant certains mots dans sa bouche mourante Nous les avons ouïs avec étonnement Elle a dit à nos pieds, je meurs innocemment. Lors un grand bruit s'élève et toute l'assemblée Paraît de ce prodige avoir l'âme troublée. Et quelque temps après le corps perd sa chaleur, Le chef son mouvement, le sang sa couleur.

ÉLISABETH

Demeurez en ces lieux pour pleurer sur sa cendre C'est un dernier honneur que vous lui devez rendre. Allez voir derechef son froid et pâle corps Qui n'attend plus de nous que ce qu'on donne aux morts. Il faut qu'auparavant que ce soleil se couche J'imprime un long baiser sur sa divine bouche. Il faut s'il m'est permis encor de lui parler Par de justes regrets ma perte consoler. Laver son sang de pleurs, et pour devoir suprême Rechercher cette Reine en cette Reine même. Considérer ses traits que j'ai défigurés Et fermer ses beaux yeux autrefois adorés.

Elle perd le sens.

Ha j'aperçois sa tête et sa Royale face Fume encor dans son sang et bondit sur la place : Ses yeux de son trépas les muets orateurs Dont les plus inhumains furent adorateurs, Ces astres éclipsés me reprochent mon crime, Cette bouche fermée encore me l'exprime ; Et ce trône d'amour, que l'on a vu périr Coupable que je suis me condamne à mourir. Mais j'ensevelirai de crainte du tonnerre Et mon crime et ma honte au centre de la terre : Je suivrai la Tamise et sur ses larges bords Je me figurerai le noir fleuve des morts. Je quitterai ma Cour dans ce malheur extrême Et me séparerai moi-même de moi-même : En évitant mon ombre avec autant d'effroi Qu'un serpent qui se fuit, et se laisse après soi. Je sens déjà les feux d'une horrible furie Une tremblante voix sort du sang de Marie ; Elle, et le défunt Duc désirent mon trépas Leurs fantômes affreux marchent dessus mes pas.

1 726 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica