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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers· Tragédie, en Cinq Actes, en Vers, Faite en 1786

Arétaphile ou La Révolution de Cyrene

Charles-Philippe Ronsin· créée en 1791, imprimée en 1793· 5 actes· 1 297 vers· 11 personnages

Personnages

  • ÉGLATOR, ancien chef de la République de Cyrène
  • ARÉTAPHILE, femme d'Églator
  • OXIANE, fille d'Églator et d'Arétaphile
  • NORATE, tyran de Cyrène
  • ÉNARUS, Gouverneur de la Tour
  • PHÉDIME, ami d'Églator
  • EURYMÈNE, Officier des Gardes de Norate
  • SÉNATEURS
  • SOLDATS
  • PRÊTRES
  • PEUPLE

ACTE PREMIER

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Églator, Phédime.

PHÉDIME

Il entre...

SCÈNE III. Énarus, Églator, Phédime.

ÉGLATOR

Qui ?

ÉNARUS

Norate...

ÉNARUS

Hé bien...

ÉNARUS

Il respire.

ÉNARUS

Vos soupçons sur ma foi n'ont rien dont je rougisse : Écoutez, et bientôt vous me rendrez justice. Né pauvre, je rampais dans des travaux obscurs, Lorsque la tyrannie arriva dans ces murs. Mon père... Ah ! Son erreur combla mon infortune, Mon père, partageant l'injustice commune, Me vendit comme esclave au tyran d'Églator ; On vous peignait coupable, et moi, crédule encor, Je fus d'abord séduit par ces lâches maximes, Qui du nom de vertus consacrent tous les crimes : Je crus que sur la feinte et la sévérité, Les rois devaient toujours fonder leur sûreté. Ainsi, d'un maître adroit, élève trop docile, Embrassant avec feu sa politique habile, Je fus bientôt chargé d'un rigoureux emploi : La garde de la tour fut commise à ma foi. Loin qu'à mes yeux ce poste eût quelque ignominie, Tous ceux qu'entre mes mains jetait la tyrannie, Fussent-ils innocents, me semblaient odieux. Digne esclave du roi qui fascinait mes yeux, Au cri de la pitié mon âme était fermée. Mais lorsque dans cette âme, avec le temps formée, L'âge eut de la raison fait luire le flambeau, Je crus renaître alors dans un monde nouveau ; Mon esprit détrompé sut enfin reconnaître Que la gloire n'est pas à ramper sous un maître Qui d'un sceptre de fer accable ses sujets. Confus de mes erreurs, honteux de ses bienfaits, Je sentis s'élever dans mon âme attendrie, Une voix qui parlait au nom de la patrie ; Je l'entendais gémir sous un maître odieux ; Et portant sur sa vie un oeil plus curieux, Je ne vis plus en lui qu'un monstre sanguinaire. Mais lorsque d'Églator rappelant la misère, De son bannissement j'interrogeai la Loi, Ce vieillard dans l'exil devint un dieu pour moi. C'est alors qu'indigné d'avoir servi le crime, Mon coeur jura vengeance à ce chef magnanime : Mais cachant avec art un si noble courroux, J'attendais le moment de frapper ces grands coups : Je l'ai trouvé... Les dieux ont servi ma colère,

ÉNARUS

Jugez si je prends part à leurs peines cruelles : Norate en leur prison ne laisse entrer que moi. Auprès d'elles chargé d'un douloureux emploi, Je suis le seul qui puisse adoucir leurs alarmes. Combien de fois mes yeux ont-ils baigné de larmes, L'aliment qu'en tremblant j'allais leur présenter, Et qu'enfin ma pitié les forçait d'accepter ! Oxiane, surtout, me voyait avec joie, Compatir aux affronts où leur vie est en proie... Pour moi, je l'avouerai, ses grâces, ses attraits, Cette noble candeur qui brille en tous ses traits, Son courage à souffrir, son amour pour sa mère, Ses vertus... Tout conspire à me la rendre chère. Hier même, livrée aux plus vives douleurs, Sa mère lui parlait de vous, de vos malheurs : Je jurais à leurs pieds de venger tant d'outrage, Lorsque soudain Norate, à qui tout fait ombrage, M'appelle, et laissant voir que son coeur plein d'effroi, Au bruit de votre mort ajoutait peu de foi, Me dit qu'il veut au trône élever Oxiane ; Et que cet hyménée, où le sort le condamne, Devait, de la discorde étouffant tous les cris, À son pouvoir suprême asservir les esprits. Mais il m'ordonne avant, de chercher le rebelle Qui de votre trépas répandait la nouvelle ; J'y consens, et je pars satisfait et jaloux D'un emploi qui s'accorde avec mes voeux pour vous. Déjà de vos destins Phédime allait m'instruire, Lorsque par un soldat Norate m'a fait dire Que cette nuit lui-même, il irait sans témoins, S'informer à la tour du succès de mes soins. C'est-là que je l'attends, c'est là que son supplice Doit de son règne affreux expier l'injustice Et ravir votre fille à des noeuds pleins d'horreur.

ACTE SECOND

SCÈNE PREMIÈRE. Arétaphile, Oxiane.

ARÉTAPHILE

À ses soins généreux j'étais loin de m'attendre ; L'exil de mon époux m'avait ravi l'espoir De rencontrer des coeurs qui je pusse émouvoir, Et regardant ces murs comme un affreux repaire, Où devait s'achever ma honte et ma misère Où de mon oppresseur l'ardente inimitié, Ne laisserait jamais pénétrer la pitié : J'atendais en pleurant la fatale journée Qu[i] devait commencer ta triste destinée : Vil jouet d'un tyran, je conjurais les dieux De cacher ta naissance à son oeil envieux ; Ô nuit toujours présente à mon âme craintive, Où ta mère éprouvant la frayeur la plus vive, Te vit naître, et sortir de ses flancs malheureux, Sans laisser échapper un seul cri douloureux ! Tu gémissais : tes cris glaçaient mon coeur de crainte ; Ainsi nos premiers jours commencent par la plainte, Malheureux, nous pleurons, même avant que nos yeux Se soient encore ouverts à la clarté des cieux. En vain par ses baisers, la plus tendre des mères S'efforçait d'étouffer tes plaintes trop amères : Que devins-je ? Quel trouble égara mes esprits ? Lorsque dans mon cachot, attiré par tes cris, Le gardien de la tour à mes yeux se présente. À l'aspect d'Énarus, pâle et presque mourante, Je cachais mon enfant dans mon sein effrayé. Mais soit que ma douleur excitât sa pitié, Soit que pour lui ta vue eût déjà quelques charmes, Ce jeune homme à mes pieds qu'il arrosait de larmes, Jura qu'il me rendrait par ses soins indulgents, Ma prison moins affreuse, et mes fers moins pesants. Un langage si doux soulagea ma tristesse ; Il n'a point un moment démenti sa promesse ; Mais tu ne conçois pas ce qu'il m'en a coûté Pour accepter l'appui que m'offrait sa bonté. L'orgueilleux souvenir de ma grandeur passée Revenait à toute heure accabler ma pensée, Me montrait un esclave attendri sur mon sort. Le croirais-tu ? Cent fois j'ai conjuré la mort D'épargner à nos jours cette ressource infâme... Mais la nature enfin l'emporta dans mon âme ; J'étais mère, et ce nom, m'aidant à rallumer Le flambeau de mes jours prêt à se consumer, Je chassai des grandeurs la mémoire importune ; Et j'éprouvai bientôt qu'au sein de l'infortune, Nous sommes trop heureux de traiter en égaux, Les derniers des humains qui pleurent sur nos maux.

SCÈNE II. Énarus, Arétaphile, Oxiane.

ÉNARUS

Et je cours vous venger.

Il sort.

SCÈNE III. Arétaphile, Oxiane.

SCÈNE IV. Énarus désarmé, Arétaphile, Oxiane, Eurymène dans le fond du théâtre, Soldats.

ARÉTAPHILE

À Eurymène.

Je vous suis...

Bas, à Enarus.

Et ton bras a-t-il puni le crime ?

ÉNARUS

Non.

ARÉTAPHILE

Quoi !

ÉNARUS, bas à Arétaphile

L'usurpateur sait que j'ai vu Phédime...

ACTE TROISIÈME

SCÈNE PREMIÈRE. Norate, Enarus, Gardes.

SCÈNE II. Arétaphile, Norate, Gardes.

ARÉTAPHILE

Et qui donc ?

SCÈNE III. Oxiane, Arétaphile.

SCÈNE IV. Norate, Arétaphile, Oxiane, Gardes.

OXIANE

Dieux !

OXIANE

Hélas !

ARÉTAPHILE, à part

Cache tes pleurs...

SCÈNE V. Énarus, et les mêmes.

ARÉTAPHILE

Songe aux mutins, et nous laisse en repos.

Norate sort suivi de ses Gardes.

SCÈNE VI. Énarus, Arétaphile, Oxiane.

OXIANE

Hélas !

ÉNARUS

Dieux !

OXIANE, à Arétaphile

Que lui dites-vous ?

SCÈNE VII. Eurymène et les mêmes.

ARÉTAPHILE, à Eurymène

Et que fait mon époux ?

SCÈNE VIII. Arétaphile, Oxiane, Énarus.

ACTE QUATRIÈME

SCÈNE PREMIÈRE. Norate, Sénateurs, Gardes.

SCÈNE II. Norate, Églator, Sénateurs.

SCÈNE III. Eurymène, Norate, Églator, Sénateurs.

SCÈNE IV. Norate, Églator, Sénateurs.

ÉGLATOR

Ma mort est donc certaine, et tu peux l'ordonner.

Norate sort avec les Sénateurs.

SCÈNE V. Églator et Énarus qui parait dans le fond du théâtre.

ÉGLATOR, en lui donnant la lettre et le poison

Prends... Tu te connais mal ; je te rends mieux justice.

SCÈNE VI. Eurymène, Églator, Énarus, Soldats.

EURYMÈNE, aux Soldats

Qu'on le mène à la tour.

SCÈNE VII. Ëurymène, Énarus.

SCÈNE VIII.

SCÈNE IX. Arétaphile, Énarus.

ÉNARUS

Ce billet d'Églator vous répond de ma foi. Lisez.

Il remet une lettre à Arétaphile.

ARÉTAPHILE

Et ce poison...

ÉNARUS

Ciel !....

Il sort.

SCÈNE X.

SCÈNE XI. Norate, Arétaphile, Gardes.

SCÈNE XII. Arétaphile, Gardes.

ACTE CINQUIÈME.

SCÈNE PREMIÈRE. Arétaphile, une coupe à la main, Oxiane, Suite.

ARÉTAPHILE, après avoir posé la coupe sur l'autel

Écoute, à tous nos voeux Énarus est fidèle...

ARÉTAPHILE

Tu pâlis.

OXIANE, en rendant la lettre à sa mère

Quels horribles destins !

SCÈNE II. Arétaphile, Oxiane, Norate, Prêtres, Soldats.

ARÉTAPHILE

J'en servirai d'exemple, et tu vas en juger.

À part, en prenant la coupe qui est sur l'autel.

Dieux, conduisez les coups qu'à ce monstre j'apprête.

Elle boit et présente la coupe à Norate.

À part.

Tiens, Norate... Ô vengeance !

NORATE, après avoir bu, à Oxiane

Et vous, Madame...

ARÉTAPHILE, à Norate

Arrête.

Elle lui arrache la coupe des mains et la pose sur l'autel.

OXIANE

Ciel !

SCÊNE III. Eurymène et les mêmes

SCÈNE IV. Églator, Énarus et les mêmes.

ÉGLATOR

Ciel !

1 297 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica