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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers· Tragédie Nationale

La Ligue des Fanatiques et des Tyrans

Charles-Philippe Ronsin· créée en 1791, imprimée en 1792· 3 actes· 1 014 vers· 12 personnages

Personnages

  • UN DÉPUTÉ DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE, M. Boursaut
  • UN MAIRE, M. Dussaut
  • SÉLIMARS, Commandant de la Garde Nationale. M. Villeneuve
  • MADAME SÉLIMARS, sa mère. Madame Beaupré
  • LE GÉNÉRAL DE LA LIGUE, M. Saint—Amant
  • UN CHEF DE FRANÇAIS FUGITIFS, M. Daligny
  • UN PRÉLAT RÉFRACTAIRE ET FUGITIF, M. Jeannin
  • UN OFFICIER MUNICIPAL
  • SOLDATS NATIONAUX
  • SOLDATS DES TROUPES DE LIGUE
  • SOLDATS ENNEMIS
  • PEUPLE
Citation

La guerre est déclarée aux oppresseurs du Monde.

Acte IIe, scène IVe.

ACTE I

Le théâtre représente le vestibule d'un Hôtel-de-Ville.

SCÈNE PREMIÈRE. Le maire, Officiers municipaux.

LE MAIRE

Il est trop vrai : malgré les soins que ma prudence A pris pour étouffer ce mal dans sa naissance, Le désordre à son comble est tout-prêt de monter. D'obscurs séditieux, ardents à profiter Du trouble et de l'effroi qui règnent dans la ville, Y fomentent les feux de la guerre civile. Cependant tout espoir n'est pas encor détruit : Si par les préjugés le vulgaire est conduit, Ce mal contagieux n'a point gagné l'armée : D'un zèle ardent et pur comme nous animée, Elle a choisi pour chef un de ces citoyens, Pour qui l'indépendance est le plus grand des biens, Le jeune Sélimars qui, né sur ce rivage, N'a jamais de la cour connu l'affreux langage, Qui, sans flatter personne, est adoré de tous ; Différent de ces chefs, qui, sous un air plus doux, Présentent pour amorce à l'estime publique, Ce que dans l'homme en place on nomme politique ; Mais ce qui trop souvent n'est que l'art dangereux, De cacher un coeur faux sous un dehors heureux. Aussi franc qu'intrépide, il fait sur son visage Lire l'aversion qu'il a pour l'esclavage, Privé dès le berceau d'un père infortuné, Qu'à la fleur de ses ans la guerre a moissonné. Il n'eut pour élever sa débile jeunesse, Qu'une mère dont l'âme instruite à la sagesse, Lui fit, en l'éloignant d'un monde corrompu, Sucer avec le lait l'amour de la vertu, Aussi depuis ce jour aux tyrans si terrible, Où de la liberté l'image incorruptible, Vint dans tout son éclat se montrer à nos yeux, Sélimars, digne appui d'un bien si précieux, A prouvé que toujours l'amour de la patrie Va dans les coeurs bien né jusqu'à l'idolatrie. Mais j'aperçois venir l'envoyé des États, Suivi de Sélimars, du peuple et des soldats.

SCÈNE II. Le Député, Le Maire, Sélimars, Officiers municipaux, Soldats nationaux, Troupes de ligne, Peuple.

Marche guerrière.

LE DÉPUTÉ

Deux ans sont écoulés ; et la liberté règne / Un grand peuple est rangé sous son auguste enseigne ; Mais si vers l'étranger ses despotes ont fui, De nouveaux oppresseurs sont ligués contre lui. Indignés de nous voir aussi puissants que braves, Quelques tyrans d'Europe ont armé leurs esclaves ; Ils voudraient nous punir de n'obéit qu'aux lois Dont l'antique puissance est au dessus des Rois. L'orage gronde au loin : des hordes sanguinaires De leur camp sacrilège ont couvert nos frontières ; Et tous ces insensés, qui bravent le trépas, Pour nous ravir un bien qu'ils ne connaissent pas, Ces tigres qu'on irrite au nom seul de patrie, Et de qui l'ignorance égale la furie, Se sont flattés de voir, sous leurs coups meurtriers, Tomber un peuple libre et roi dans ses foyers ! Aussi pour acharner ces monstres à leurs proie, Il n'est point de ressorts que la fourbe n'emploie ; On nous peint comme un peuple impie et criminel, Trahissant à la fois et le trône et l'autel. L'orgueil et l'intérêt, ces fléaux de la terre, Ont donné le signal de cette affreuse guerre ; Et pour en consacrer l'injustice et l'horreur, Le fanatisme y joint son aveugle fureur. Ces temps sont revenus, où le prêtre de Rome, Osant fouler aux pieds les droits sacrés de l'homme, Couvrait d'un voile saint les plus lâches forfaits, Et semait la discorde au nom d'un Dieu de paix. L'Europe a retenti de ses cris fanatiques, Qui, dans l'affreux chaos des misères publiques, Rallumant le flambeau des superstitions, Ont partagé le peuple entre deux factions. C'est delà qu'est sorti cet esprit de vengeance Qui vient d'ensanglanter les deux bouts de la France. Dans Nîmes, dans Nancy, nos frères égorgés, Sont morts pour la patrie, et ne sont pas vengés ! Vous, qui du fanatisme abjurant la furie, Savez, sans trahir Dieu, bien servir la patrie, Vous, dont la loi forma les fraternels liens, Avant d'aller combattre en dignes citoyens, Tant d'esclaves ligués pour nous donner un maître ; Le sénat m'a chargé de vous faire connaître Ces menaces des rois, et ce bref insensé Que d'une main profane un pontife a tracé. Jamais jusqu'à ce point ils n'ont poussé l'outrage Et tous à chaque mot, vous frémirez de rage... Mais soyez un moment maîtres de la fureur Dont va vous enflammer cet écrit plein d'horreur ; Dans un profond silence étouffez vos murmures ; Amis, le tems viendra de venger nos injures.

Il lit.

Au peuple Français.

« Si vous voulez que Borne et tous les potentats Opposent la clémence à la fureur si noire, De vos proscriptions et de vos attentats, Du trône et des autels rétablissez la gloire. Soumis aux volontés du Dieu qui fait les rois, Renversez un pouvoir fondé sur tant de crimes ; Et d'un Sénat parjure abhorrant les maximes, Relevez les débris de nos antiques lois... Ou craignez que cet anathème, Dont la tiare, unie au diadème, Vient de frapper un Sénat insensé, Ne soit l'avant-coureur funeste Des orages sanglants dont il est menacé Par la haine des rois et le courroux céleste ».

Après avoir lu.

C'est ainsi qu'avec nous veut traiter l'ennemi.

SCÈNE III. Les précédents et Madame Sélimars.

Le jour baisse.

SCÈNE IV. Le Député, Le Maire.

LE MAIRE

Rien qui soit légitime ; Rien qui ne soit fondé sur l'erreur et le crime. Mais vous n ignorez pas que parmi les Français Que la vengeance emporte à de si noirs excès, Il en est deux surtout, dont le haine implacable Est trop intéressée à vous trouver coupable, L'un d'eux, (et je ne puis le nommer sans horreur,) Est ce même guerrier, dont l'aveugle fureur, Par un assassinat commençant les alarmes, Dans les murs de Paris nous fit courir aux armes ; Trop tôt pour sa vengeance, assez tôt pour briser Le joug dont nos tyrans voulaient nous écraser. Sous lui marche une horde ingrate et déloyale, D'esclaves échappés de leur prison royale, Qui brûlent d'achever le complot insensé Que dans Paris leur chef a si mal commencé. Sous l'éclat imposant de la pourpre romaine, L'autre non moins barbare et cachant mieux sa haine, Est ce même prélat qui fut jusqu'à ce jour L'esclave et le jouet des intrigues de cour, Et qui ne rougit pas d'encourager le crime, À servir des tyrans dont il fut la victime : D'autant plus dangereux dans sa rébellion, Qu'il la couvre du sceau de la religion. N'en attendez jamais qu'une trêve perfide. Qui sais si dans l'accès de leur rage homicide, Ils n'oseront pas même attenter à vos jours. Ils n'ont pas oublié qu'on vous a vu toujours. Intrépide à servir le ciel et la patrie, De l'hydre féodale étouffer la furie, Jusque dans le lieu saint poursuivre les abus, Et faire de l'autel le trône des vertus. Vos reproches pourraient irriter leur colère.

ACTE II

Le Théâtre représente un camp, et dans le lointain une ville : on voit sur les remparts des soldats nationaux et des troupes de ligne.

SCÈNE PREMIÈRE. LE GÉNÉRAL ennemi, LE PRË'LAT fugitg'f, Ha ;—' sasz noir : avec une tête de mon sur le bras, dans le fond du Théâtre ; suite d'rfficien.

SCÈNE II. Le Général ennemi, Le Prélat fugitif, Officiers ennemis.

SCÈNE III. Le Général ennemi, Officiers ennemis.

SCÈNE IV. Le Général ennemi, Le Député.

LE DÉPUTÉ

La guerre est déclarée aux oppresseurs du monde. Parcourez l'univers de l'un à l'autre bout ; “Vous y rencontrerez des esclaves partout : Mais partout vous verrez ne lutte intestine Entre l'homme qui rampe, et l'homme qui domine. Un jour terrible a lui sur le front ; des tyrans, La raison les dénonce ; et j'en ai pour garants Ces immortels écrits, d'où, sur l'Europe entière, La France a fait jaillir des torrents de lumière, Et qui se propageant chez cent peuples divers, Du reste des tyrans vont purger l'univers. Déjà même, on a vu sur la Lituanie De notre liberté planer l'heureux génie, Et du pouvoir des grands affranchi par son roi, Le Polonais n'a plus de maître que la loi ; Un grand choc se prépare ; et déjà les Bataves, Brûlent de secouer ces perfides entraves Qui d'un peuple Opprimé séparant le soldat, D'un chef de république, ont fait un potentat. Né fier, mais abruti sous un vain fanatisme, L'Espagnol reprendra son antique héroïsme, Et se laissant conduire au flambeau qui nous luit, Des superstitions il percera la nuit. L'Autrichien paraît plus fait pour l'esclavage ; Mais si d'un peuple libre il touche le rivage, S'il respire un moment l'air de la liberté, Craignez que, sa défaite irritant sa fierté, Il n'aille vous unir d'avoir su le convaincre, Qu'une nation libre est impossible à vaincre. Je dis plus : cette Rome, orgueilleuse d'avoir Réuni dans ses mains le sceptre à l'encensoir, Et qui de l'univers se croit encor la reine, Un jour redeviendra Rome républicaine, Et du faste royal son prêtre dépouillé Sur son siège, longtemps par le crime souillé, Ne sera plus alors que le simple vicaire De ce Dieu, qui né pauvre et mort dans la misère Voulut que pour monter à son autel sacré L'humilité du coeur fût le premier degré. C'est alors que du sein de la loi naturelle Sortira cette paix, profonde, universelle, Qu'on traite de chimère, et dont la liberté Va faire pour l'Europe une réalité : Alors tous les humains feront avec la France Un seul peuple, ou plutôt une famille immense Dont les rois ne seront sur le trône affermis, Qu'autant qu'aux lois du peuple il se seront soumis.

SCÈNE V. Le Prélat et les mêmes.

LE DÉPUTÉ

De Français !

LE PRÉLAT, au député

Leur chef porte vers nous ses pas...

SCÉNE V. Le Chef des fugitifs et les mêmes.

LE DÉPUTÉ, au Prélat et au Chef dés fugitifs

Ne puis-je, sans témoins, (vous parler à tous deux ?

LE PRÉLAT

À nous.

SCÈNE VIII. Le Député, Le Prélat, Le Chef des Fugitifs.

SCÈNE VIII. Le prélat, le chef des fugitifs.

LE PRÉLAT

Vous l'entendez.

ACTE III

Le théâtre représente le vestibule d'un hôtel de villel.

SCÈNE PREMIÈRE. Le Député, Un Officier municipal.

L'OFFICIER MUNICIPAL

Comment ?

SCÈNE II. Madame Sélimars et les mêmes.

LE DÉPUTÉ à I'(Wc'icr Ji'Izmz'cz}wl.>

Ah ! Courons vaincre ou périr pour luui.

SCÈNE III. Le Chef des Fugitifs, Madame Sélimars, Les précédents ; Soldats de la suite des chefs des fugitifs.

MADAME SÉLIMARS, aux soldats

Vous osez.

LE CHEF DES FUGITIFS, aux Soldats

Allez.

L'OFFICIER MUNICIPAL

Ciel ! On l'entraîne...

MADAME SÉLIMARS, au chef des fugitifs

Eh quoi, tes mains perfides...

LE CHEF DES FUGITIFS

Avant qu'elle triomphe, avant que je périsse, Rome et les rois seront vengés par ton supplice.

Il sort, précédé du député que les soldats emmènent.

SCÈNE IV. Madame Sél1mars, L'Officier Municipal.

SCÈNE V. Madame Sélimars, Le Maire, L'Officier municipal.

LE MAIRE

Témoin de ses exploits, j'ose à peine les croire. Quand l'ennemi, voulant frapper des coups plus sûrs, Au mépris de la trêve eut attaqué ces murs, Et qu'aux flancs de l'airain les foudres enflammées, Eurent porté la mort au sein des deux armées, L'assaut commence : un cri passe dans tous nos rangs, « Mourir en citoyens, ou vivre sans tyrans. » À ce cri, qu'avec nous répète un peuple immense, À ce cri, sûr garant du bonheur de la France, Les ligueurs ont frémi de honte et de fureur. La guerre alors éclate en toute son horreur, Et le fer et la flamme, et la haine et la rage, Du sang des deux partis inondent le rivage : Enfin du haut des murs l'ennemi renversé, Dans ses retranchements est deux fois repoussé : Quand soudain, rassemblant les chefs de nos cohortes, « Français, que tardons—nous à faire ouvrir les portes ? Dit, Sélimars : osons marcher à l'ennemi. Profitons d'un succès dont la ligue a frémi ; De la guerre, en leurs mains, allons briser les pièges, Chassons loin de nos bords ces hordes sacrilèges. Quand le Parisien, en un danger pareil, Brava d'un camp nombreux le sanglant appareil, De tous les droits du peuple eût-il fait la conquête, Sans ce courage ardent qu'aucun péril n'arrête ? Imitons-le ». Ces mots font naître en tous les coeurs Ces sublimes transports, ces brûlantes ardeurs, Dont la liberté seule enflamme le génie, Et que dans l'homme esclave éteint la tyrannie. Par la porte du Nord, à pas lents et sans bruit Nous sortons ; et cachés dans l'ombre de la nuit, Nous allons nous ranger en ordre de bataille Sur le bord du fossé qui défend nos murailles. Sélimars, qui préside à ces grands mouvements, S'élance le premier dans les retranchements. Tout cède à son génie, à sa fureur guerrière, Et les chefs de la ligue ont mordu la poussière. Mais l'ombre ayant fait place aux premiers feux du jour, Nous combattions encor, quand des monts d'alentour, Descend d'un pas rapide une armée innombrable De guerriers citoyens, élite redoutable, Que l'amour du pays et de la liberté Amenait sur ce bord, de brigands infecté... Sur le front des ligueurs la terreur se déploie : Nos soldats jusqu'aux cieux poussent des cris de joie ; De la mort des tyrans ces cris et le signal : L'avantage entre nous n'est pas longtemps égal ; C'est pour la liberté que le sort se déclare. Du camp des ennemis le désordre s'empare ; Chefs et soldats, tout fuit ; et Sélimars alors S'écrie : - Assez de sang a coulé sur ces bords, Mes amis, suspendez l'abus de la victoire : Dans le sang des vaincus n'en souillons pas la gloire ; Il dit : le meurtre cesse ; et nos tyrans détruits, De leurs voeux insensés n'emportent d'autres fruits Que la honte d'avoir armé de vils esclaves Contre des citoyens aussi libres que braves...

SCÈNE VI. Les acteurs précédents, Le Député, Le Chef des fugitifs, et Le Prélat ; Soldats, Peuple.

LE DÉPUTÉ

En montrant le Chef des fugitifs et le Prélat, qui doivent être dans le fond du théâtre.

Qu'on mène à la tour ce traître et ses complices : Qu'ils aillent dans les fers attendre leurs supplices ; C'est au glaive des lois à punir l'assassin. Allez.

Les soldats emmènent le chef des fugitifs et le prélat, qui, en sortant, jettent des regards des regards sur le député.

SCÈNE VII. Le Député, Madame Sélimars, 1LE l\hmn, L'Officier Municipal, Soldats, Peuple.

LE DÉPUTÉ

Hélas !

SCÈNE VI et DERNIÈRE. Les Acteurs précédents, Sélimars porté sur des drapeaux ; soldats, peuple.

MADAME SÉLIMARS

Ô mon fils !

MADAME SÉLIMARS, se jetant sur lui

Mon fils, mon cher fils !

1 014 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica