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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers

Agesilan de Colchos

Jean de Rotrou· créée en 1635, imprimée en 1637· 5 actes· 1 922 vers· 13 personnages

Représenté pour le première fois en 1635.

Personnages

  • FLORISEL, de Niquée, Empereur de Grèce, Père de Diane
  • BRUNEO, Cavalier aventurier de Diane
  • AGESILAN, Roi de Colchos, amoureux de Diane
  • DARINEL, serviteur bouffon d'Agesilan
  • ARLANDES, Confident de Florisel
  • ROSARAN, Cavalier extravagant
  • DARAIDE, ou Agesilan déguisé en fille
  • DIANE, fille de Florisel et de Sydonie
  • ARDENIE, cousine de Diane
  • SYDONIE, Reine de Guindaye
  • UN PAGE, de Sydonie
  • ANAXARTE, Cavalier amoureux de Lucelle
  • TROIS CAVALIERS, amoureux de Diane
MADAME,

À MADAME DE COMBALET

Ce n'est ni à votre grandeur, ni à votre pouvoir, ni à ces charmes inévitables que la nature a mis sur votre visage, que je rends cette reconnaissance, et que j'apporte mon Agesilan, c'est seulement à cette incomparable vertu, qui sait si longtemps durer avec la fortune, et à ce grand esprit qui vous fait reconnaître si digne nièce, de ce digne Oncle, à qui toute la France est si obligée, que le reste de l'Europe redoute, et que tout le monde admire. En effet Madame, cette Illustre vertu, et ce divin esprit vous font des biens si naturels et si propres qu'il semble que de vouloir faire après vous profession de ces qualités, soit entreprendre sur vous, et vous les dérober ; je craindrais que votre modestie, ne s'offensât de cette vérité, si je ne savais qu'elle est si généralement publiée de toute la Cour, que vous êtes enfin obligée de le souffrir, et que ce vous serait trop de peine, que de fermer tant de bouches ; C'est seulement en ce témoignage qu'elles vous rendent, qu'elles ne sont point courtisanes, et que la Cour n'est point en la Cour même ; Aussi, MADAME, cette créance est si juste, qu'il est impossible qu'elle ait des hérétiques, et qu'Agesilan même vient de Colchos, apporter à vos pieds cette confession, et se sacrifier, à ces adorables qualités ; Faites-lui l'honneur de le protéger, et à moi MADAME, celui de souffrir que je me dise, DE VOTRE GRANDEUR,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

ROTROU.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Florisel, Brunéo se battant.

FLORISEL, s'en allant

Le Ciel te guide, adieu.

SCÈNE II. Agesilan de Colchos, Darinel son valet.

BRUNEO

S'il vous est agréable apprenez en deux mots, Quelle est cette beauté fatale à mon repos, Sydonie, est un nom connu de tout le monde, Au printemps de ses jours elle était sans seconde, Sa beauté fut l'aimant des princes d'alentour, Qui jadis tous en foule, abordaient en sa cour, La Guindaye est une île à son pouvoir soumise, Où cent Rois chaque jour apportaient leur franchise, Mais un seul rendit sien à la honte de tous, L'objet de tant d'amants, et de tant de jaloux : Florisel, c'est son nom, sous les fausses promesses D'un futur Hyménée, attira les caresses, Toutes les privautés que l'on peut commencer, Et tout ce qu'une amante a moyen d'avancer, Tout ce peut permettre une ardeur infinie, Le jeune Florisel, l'obtint de Sydonie, Mais elle apprit bientôt à sa confusion Qu'il nuit d'être prodigue en cette occasion, Qu'à tort avant l'Hymen, la fille s'abandonne, Et perd ce qu'elle a pris alors qu'elle se donne, Souvent de la rigueur dépend la sûreté, Le captif que l'on plaint songe à sa liberté. Tel comblé des faveurs d'une amante indiscrète, Cet infidèle enfin pratique sa retraite Et chacun reposant, par des lieux inconnus, Se soustrait au pouvoir de sa jeune Vénus. Jamais si vivement l'amante de Thésée, Ne ressentit l'affront de se voir abusée ; Et Didon autrefois, porta plus doucement De son beau fugitif, l'ingrat éloignement, Elle crie, elle pleure, une rage soudaine, D'une extrême amitié fait un objet de haine, Rien ne la peut résoudre, et sa juste fureur Ne médita, que sang, que carnage, et qu'horreur, Mais son ressentiment n'a point d'autre allégeance, La fuite du coupable empêche sa vengeance, Et ce jeune inconstant trop ingrat, et trop vain, Ne considère point l'effet de son dédain, Enfin de leurs baisers naquit une Princesse, Souffrez, qu'ici ma vie, et ma parole cesse ; Il m'est honteux de vivre à ce ressouvenir, Et d'elle, ce portrait vous peut entretenir, Diane fut le nom de cet ange visible Où le temps a fait voir par un cours insensible, Tant de trésors puisés des richesses des Cieux, Que qui ne l'aime pas, est sans cour, ou sans yeux. Tout ce qu'on fait de rare, et l'art et la Nature, Tous les efforts du Ciel sont moins que sa peinture, Et jamais ne parut entre les immortels, Une divinité digne de tant d'autels, Elle est de mille rois l'amour et les délices, Tous vont à ses beautés, offrir leurs sacrifices, Et Sydonie enfin, suivant sa passion, Use pour se venger de cette invention : Diane en une tour par ses soins retenue, Et de qui le Soleil à peine obtient la vue, Par édit qu'elle a fait, doit être un instrument, Pour immoler ce traître à son ressentiment. Elle est par cet édit promise pour conquête, À qui de Florisel lui portera la tête : Elle en fait disperser un nombre de portraits, Et quiconque les voit, charmé de tant d'attraits, Flatte sa passion d'une espérance vaine, Et cherche en Florisel le secours de sa peine : Mais ce prince inconstant toujours victorieux, Ne fait que ses jouets de ces audacieux, Fait éprouver à tous sa valeur infinie, Et captifs les envoie aux pieds de Sydonie, Tel puisqu'il plaît au sort, quoique d'illustre sang, Vaincu de Florisel, je vais croître leur rang, Forcé de renoncer par le malheur des armes, A la prétention de posséder ces charmes.

ACTE II

SCÈNE I. Florisel, Arlandes son ami.

SCÈNE II. Arlandes, Florisel, Rosaran.

FLORISEL

Quoi ?

Il s'en va.

SCÈNE III. Daraide, Darinel.

DARINEL, lui baillant sa guitare

Tenez !

SCÈNE IV. Diane dans une galerie, Darine, Daraide.

DARAIDE

Je tremble.

DARINEL

Achevez !

DARAIDE

Je ne puis.

SCÈNE V. Diane, Ardenie, Daraide, Darinel.

SCÈNE VI. Sydonie, Ardenie, Daraide, Diane, Darinel.

SCÈNE VII. Sydonie, Le Page.

SYDONIE

Qu'il vienne, enfin ma rage, Enfin t'a servie, on accomplit tes voeux, Et l'on apporte ici la tête que tu veux On t'a sacrifié cet amant infidèle, Ô sensible douleur ! ô vengeance cruelle ! Ô détestable effet d'un amour enragé ! Qu'à tel qui se plaignait il nuit d'être vengé, Plutôt que de passer à cet effort extrême, Que n'oubliais-je hélas ! mon honneur et moi-même ; Quel repos, quel honneur, et quel bien m'est rendu, Et que me revient-il de ce qu'il a perdu ? Quel effet vont avoir les traits qui m'enflammèrent, Et quels me paraîtront les yeux qui me charmèrent : Je verrai des oillets que la mort a déteints, Des lys ensanglantés, et des soleils éteints, Un oubli fut son crime, une mort est sa peine : Il ne fut qu'inconstant, et je suis inhumaine : Il cesse de m'aimer, et moi je l'ai haï, Il ne m'a que laissée, et moi je l'ai trahi.

À Ardenie.

Détournez de mes yeux ce funeste spectacle, À sa venue hélas ! mettez un prompt obstacle : À ceux qu'on a vengés comme ils ont souhaité, Vouloir voir leur vengeance, est une cruauté.

En la retenant.

Mais simple, cette mort est encore incertaine, Elle peut être fausse, et ta plainte être vaine, Outre que je ne puis sans trop d'aveuglement, Envier cette gloire à mon ressentiment, Ton amour tâche en vain à déguiser son crime, Ton regret est honteux, ta plainte illégitime. Après un tel affront, qui plaint son suborneur, Une seconde fois offense son honneur ; Pressez, pressez plutôt qu'empêcher sa venue, Mon honneur outragé demande cette vue, Celui ne hait pas bien qui pleure un ennemi, Et qui ne le voit mort, n'est vengé qu'à demi,

Elle l'arrête encore.

Attendez Ardenie, hélas, en cette peine, Qui le doit emporter, ou l'amour, ou la haine ? Je souhaite, et je crains d'apprendre son trépas, Je tremble, et suis de feu, je veux, et ne veux pas, Je demande sa mort, et désire sa vie, Et ne puis sur laquelle arrêter mon ennuie, Toutes deux sur mon cour font un égal effort : Mais il vient, et je meurs, Florisel est-il mort ?

SCÈNE VIII. Bruneo, Sydonie, Diane, Ardenie, Daraide, Darinel.

ACTE III

SCÈNE I. Diane, Ardenie.

DIANE, se couche près de la fontaine

Fais, tu m'obligeras.

SCÈNE II. Daraide, Darinel.

DARAIDE, en se retirant

Éloignons-nous, je tremble.

SCÈNE III. Daraide, Ardenie, Diane, Darinel.

ARDENIE

Daraide baise Ardenie.

Encore un, ma peine est beaucoup soulagée.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Sydonie, Anaxarte, Le Page.

SCÈNE VI. Diane, Sydonie, Anaxarte, Daraide, Ardenie, Le Page, Bruneo.

ACTE IV

SCÈNE I. Diane, Ardenie.

ARDENIE

Ce que je viens d'apprendre, Et qu'il m'a sans dessein lui-même fait entendre, Mais écoutez comment : à peine du Soleil, L'aurore à l'horizon annonçait le réveil ; Que déjà hors du lit, rêvant à la fenêtre, J'ai vu dans le jardin Daraide paraître : Mais Dieux ! en quel état ? tenant longtemps les yeux Tantôt dessus la terre, et tantôt vers les Cieux ; Tantôt marchant un pas, et tantôt arrêtée, Enfin de tant de soins paraissant agitée. Que je suis descendue, avec intention D'apprendre le sujet de son affliction. Elle a rêvé longtemps sur le bord d'une allée Où je m'étais sans bruit adroitement coulée, Et croisant sans dessein ses bras à tous propos, Enfin d'une voix basse a proféré ces mots ; Ô Reine du désordre ? inconstante fortune, Mon repos vient de naître, et déjà t'importune, Ce jeune astre d'amour luit à peine à mes yeux, Que ta bizarre humeur, me chasse de ces lieux ; Le ciel jusqu'ici m'était si favorable, Ô triste Agesilan ! ô Diane adorable ! Amant infortuné, combien vas-tu souffrir, Si tu peux de ces lieux t'éloigner sans mourir, Là deux ruisseaux de pleurs ont mouillé son visage Des sanglots, à sa voix, ont fermé le passage ; Et contre un espalier tristement accoudé, Il a d'un oeil mourant vers le ciel regardé ; Jugez si cependant j'avais l'âme égarée ; D'un pas tremblant enfin, je me suis retirée, Brûlante de vous voir, et de vous réjouir, De ce que le hasard m'avait permis d'ouïr ; Son mérite est extrême, il est sage, il est Prince, Falanges est son père, et Colchos sa province, Toutes ces qualités font un parfait amant, Vous offenseriez-vous de ce déguisement ? Ne pourriez-vous l'aimer, et souffrir ses visites, Et voudriez-vous punir, l'effet de vos mérites ?

SCÈNE II. Diane, Daraide, Ardenie.

SCÈNE III. Sydonie, Ardenie.

SCÈNE IV. Diane, Sydonie, Ardenie, Daraide.

SCÈNE V.

FLORISEL, au bord de la mer en Guindaye

Où m'a jeté des vents l'impétueuse rage, Sous quel Ciel respirai-je, et quel est ce rivage ; Tous mes gens sont péris, et la faveur du sort N'a soustrait que leur maître au pouvoir de la mort : Leurs corps joints pêle-mêle au débris du navire, Ont payé les tributs de son fatal Empire, Arlandes ne vit plus, et ce cher confident Éprouve un sort pareil, en pareil accident, Arlandes cher témoin de mes courses diverses, Qui partageait mes biens ainsi que mes traverses, Toi qui sus tant de fois affronter le malheur, Et charmer l'Univers du bruit de ta valeur ; Toi dont a si souvent l'insolence du Thrace, A sa honte éprouvé la généreuse audace : Toi contre qui la mort, eut agi vainement, A moins que d'un tonnerre ou que d'un élément, Puissent être à jamais tes conquêtes prisées, Cependant qu'à l'abri des myrtes Élysées, Entre les mânes saints d'un nombre de héros, Ton esprit jouira des douceurs du repos ; Et vous qui me serviez, ô troupe infortunée, Vous dont un même coup tranche la destinée, Puisse le vieux Nocher du noir fleuve des morts Vous faire peu de temps attendre sur ses bords ; Quelle rencontre enfin me tirera de peine Errant au gré des vents sur cette humide plaine, Nous n'avons observé pays, routes, ni Cieux ; Des nuages épais les cachaient à nos yeux, Et sans en être instruit, je ne puis reconnaître, En quel port, quelle Terre, et quel lieu je puis être, Mais si je ne m'abuse un confus souvenir De ce plaisant séjour vient de me revenir, A voir ces bâtiments dont la haute structure, Semble relever l'art, et braver la nature, A voir ces grandes tours dont le superbe front Va chercher dans les airs, où les éclairs se font, Je reforme une Idée en mon esprit tracée, Que la force du temps en a presque effacée, Mais dans la quantité de tant de lieux divers, Que l'honneur m'a fait voir dans ce vaste Univers : Ce confus souvenir reste sans assurance, Et ne peut de ce lieu faire la différence : Telle n'est pas Zatyr, Samothrace, Lemnos, Tel, mais ô souvenir fatal à mon repos ! Ce palais est celui de cette triste Reine, Dont mes déloyautés m'ont suscité la haine : Je reconnais ces lieux, et ces superbes tours, Ont été les témoins de nos jeunes amours : Mille fois dans ce parc, paisible, et solitaire, Nous avons vu l'amour, tel qu'il est en Cythère, Franc d'artifice, nu, beau, rempli de douceur, Et de nos jeunes cours absolu possesseur : Jeté par ton malheur en un lieu si funeste, Quelle assurance, hélas ! Et quel pouvoir te reste, Fuis triste Florisel, si tu ne hais le jour, On n'attend que ta tête en ce fatal séjour : Et ce qui fut jadis le lieu de tes délices, Sera si tu ne fuis, celui de tes supplices : Mais dépourvu de biens, de gens, et de vaisseaux, Qui commettra mes jours à l'Empire des eaux : Quel sera mon recours en ce danger extrême ? A peine je me trouve assuré de moi-même : Mon ombre : mais quelqu'un adresse ici ses pas, L'attendrai-je, fuirai-je, ou ne fuirai-je pas ?

SCÈNE VI. Florisel, Daraide, Darinel.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

SYDONIE

Enfin cruel honneur on poursuit ton injure, Je te dois satisfaire, et ta perte m'est dure, Mais qu'il m'est dur aussi de perdre Florisel, Et combien cher j'achète un regret éternel, Si contre cet ingrat mon dessein s'effectue, C'est moi que je poursuis, et c'est moi que je tue, Qu'il m'ait abandonnée, et qu'il m'ait pu trahir, Il me plaît toutefois, je ne le puis haïr, Ma rage, mon mépris, ma fureur, et ma peine Sont un excès d'amour, qui prend le nom de haine ; Lorsque plus il me fuit, j'ai pour lui plus de voeux, Il semble que sa glace, ait augmenté mes feux, Que mon affection s'excite par son crime, Et qu'en moi ses défauts accroissent son estime ; Ce cruel m'est plus cher, qu'alors que dans mes bras, Il poussait autrefois, un amoureux hélas ! L'amour dont à ses voeux ma couche fut offerte, Fut moindre que celui qui procure sa perte, Ce dessein furieux, ce funeste souhait, Prouve mieux son pouvoir, que mes faveurs n'ont fait ; Il mourra toutefois, si l'on sert ton ennuie, Cet amour est cruel, qui lui coûte la vie, Et qui doit quelque jour exposer à tes yeux, Les siens privés par toi de la clarté des cieux, Quelle constance alors ne mettra bas les armes, Quel rocher est ton cour, si tu ne fonds en larmes ; Quelles sont ces ardeurs, et quel est cet amour S'il t'est possible alors de conserver le jour, Ha ? Défends d'accomplir cet arrêt homicide, Force ta passion, fais suivre Daraide ; Mais bons Dieux ? Qu'à propos elle revient ici, Et qu'elle me guérit d'un extrême souci.

SCÈNE II. Daraide, Sydonie.

SCÈNE III. Ardenie, Darinel.

SCÈNE IV. Sydonie, Daraide, Florisel.

SYDONIE

Je tente un vain effort, Je crains également, et sa vie, et sa mort, L'une, et l'autre m'est dure, et l'une et l'autre est douce, Mon amour me retient, quand ma fureur me pousse, L'une sait m'irriter, et l'autre m'apaiser, Je voudrais le frapper, et voudrais le baiser, Ô mouvements divers, peur, désir, amour, haine, Que tous également vous me causez de peine, Étant bien amoureux, peut-on être inhumain, Puis-je exercer ensemble, et ma bouche, et ma main, Le baisant, l'outrager, et l'outrageant, le plaindre, Vouloir, ne vouloir pas, et désirer, et craindre, Plût à nos Dieux hélas ! que ce doux ennemi, Le reste de mes jours pût rester endormi, Quoiqu'il s'acquittât mal de l'amour qui m'est dû, Je jouirais au moins du plaisir de sa vue, Comme une autre Psyché, je viendrais nuit et jour, Sue ce lit précieux, contempler mon amour, Mais à mes tristes yeux, si je souffre sa vie, Cette félicité sera bientôt ravie, Il faut pour l'arrêter, résoudre son trépas, Et perdre ce cruel, pour ne le perdre pas ; Sus donc faut-il venger une amour méprisée, Et ma main de son sang doit-elle être arrosée, Il est cruel, ingrat, perfide suborneur, Il m'a coûté des voeux, mon repos, mon honneur, Le traître doit périr : mais las il a des charmes Qui me le font aimer, et m'arrachent les armes : Qu'il vive cet ingrat, qu'il vive, et que les Dieux, Soumettent mille cours au pouvoir de ses yeux : Mourons, et que pour preuve à sa force infinie, Aux objets de ses voeux, il nomme Sydonie ; Signalons ses attraits, qu'il les puisse vanter, Et qu'il doive sa vie, à qui va me l'ôter ; Peut-être que ses yeux, ces vainqueurs si barbares De quelques pleurs au moins ne seront pas avares, Des vainqueurs quelquefois ont pleuré des vaincus, Je dois mourir pour lui, si pour lui je vécus ; Prouvons tout ce que peut, une amour dans l'extrême, Et recouvrons l'honneur en nous perdons nous-même, Souffrez !

SCÈNE V. Diane, Ardenie, Daraide.

SCÈNE VI. Diane, Ardenie, Darinel, Daraide, Florisel, Sydonie.

SYDONIE

Quel ?

SCÈNE VII. Trois cavaliers vaincus par Florisel, conduits par Bruneo.

SCÈNE DERNIÈRE. Sydonie, Florisel, Daraide, Diane, Ardenie, Rosaran, cavalier étranger.

1 922 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica