Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers

Amélie

Jean de Rotrou· créée en 1633, imprimée en 1637· 5 actes· 1 833 vers· 10 personnages

Représenté pour la première à Paris en 1633.

Personnages

  • AMÉLIE, maîtresse de Dionys
  • DIONYS, serviteur d'Amélie
  • ÉRANTE, soeur d'Amélie
  • LISIDAN, serviteur d'Éraste
  • ÉRASTE, Corrival de Dionys et serviteur de Cloris
  • CLORIS, maîtresse d'Éraste
  • LE PÈRE
  • DORISE, suivante d'Amélie
  • ÉMILE, Capitan
  • LE VALET
Notice historique et littéraire sur AMÉLIE

Amélie est destinée par son père à devenir l'épouse d'Éraste, mais elle est secrètement éprise de Dionis. Par les conseils de sa suivante, et pour instruire son amant des sentiments qu'elle a conçus pour lui, elle lui fait une déclaration en feignant de dormir. Dionis, perdant l'espoir d'obtenir l'agrément du père d'Amélie, la détermine à se laisser enlever. Ils sont poursuivis et atteints dans leur fuite par Eraste ; mais un inconnu, qui se trouve fortuitement à leur rencontre, prend la défense d'Amélie et met l'épée à la main. Éraste dans ce chevalier errant reconnaît Cloris, dont il avait été violemment amoureux et qu'il croyait morte. Son ancien amour renaît à cette vue ; et de ce moment , loin de s'opposer à l'union de Dionis et d'Amélie, il la sollicite et l'obtient du père de cette belle fugitive. Outre ces deux mariages, il y en a un autre dans la pièce entre Érante, soeur d'Amélie, et Lisidan, ami de Dionis. Cette Érante, quoique sage et vertueuse, après avoir promis sa main à Lisidan, devient éprise de Dionis, et elle fait mille efforts infructueux pour le rendre infidèle à sa soeur. Cette intrigue, fort obscure d'ailleurs, ne fait que compliquer l'action, sans la rendre plus intéressante. L'auteur y a encore introduit un matamore extravagant, personnage obligé des comédies de cette époque, et qui pouvait peut-être avoir quelques modèles dans ce siècle où les rodomontades espagnoles étaient en faveur, mais qui nous paraît aujourd'hui aussi faux que fastidieux.

Au reste, il était impossible de faire une pièce en cinq actes d'un sujet qui offre à peine quelques scènes piquantes. Nous allons bientôt voir Rotrou, s'affranchissant des entraves qui retenaient le théâtre dans sa première barbarie, prendre un nouvel essor à l'exemple de Corneille son ami, et marcher presque son rival.

Emmanuel Louis N. Viollet-le-Duc [1820], in tome III des oeuvres de Rotrou.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. AMÉLIE. damoiselle, Dorise confidente.

DORISE

Adieu.

SCÈNE II. Dionys, Dorise, Amélie.

DORISE

Retirons.

AMÉLIE, feignant de dormir

Dionys.

DORISE

Écoutons.

AMÉLIE

Quoi mais.

DIONYS

Dorise.

SCÈNE III. Éraste, Amélie, Dionys, Dorise.

AMÉLIE, s'en allant

On m'attend au logis.

SCÈNE IV. Éraste, Dionys, Dorise.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Émile soldat, Le Valet.

ÉMILE

Quel ?

SCÈNE II. Lisidan, Dionys.

SCÈNE III. Émile, Le Valet, Dionys, Lisidan.

ÉMILE

Dieux l'objet adorable ! Que vous allez juger ma défaite honorable ! Amélie.

v. 362, le texte porte "m'a défaite", nous corrigeons en "ma défaite"

DIONYS

Amélie.

ÉMILE

Adieu.

SCÈNE IV. Dionys et Lisidan seuls.

SCÈNE V. Le Père, Amélie, Éraste, Dionys, Lisidan.

SCÈNE VI. Dionys, Lisidan, Amélie.

SCÈNE VII. Érante, Amélie, Dionys, Lisidan.

ÉRANTE donnant un mot de lettre à Dionys

Lis, soit secret adieu ; j'ai deux mots à vous dire.

LISIDAN, la suivant

Je viens de ce pas.

SCÈNE VIII. Amélie, Dionys.

DIONYS

Rien.

SCÈNE IX. Lisidan, Dionys.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE DEUXIÈME. Amélie, Le Valet.

SCÈNE III. Lisidan, Le Valet.

SCÈNE IV. Lisidan, Érante à la porte Dionys.

ÉRANTE

Érante voyant sa lettre.

Et c'est là Lisidan le sujet de vos plaintes.

SCÈNE V. Dionys, Érante, Lisidan.

SCÈNE VI. Amélie, Érante, Lisidan, Dionys.

AMÉLIE

D'où ?

SCÈNE VII. Érante, Amélie, Dionys, Lisidan.

SCÈNE VIII. Émile, Le Valet, Dionys, Lisidan, Amélie, Érante.

LE VALET

Le voilà.

LE VALET

Répondez.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Dionys, Amélie, Lisidan, Érante, Cloris.

SCÈNE III. Le Père d'Amélie, La Nourrice.

SCÈNE IV. Cloris, Amélie.

CLORIS

Fille.

CLORIS

J'ai pris le jour à Douvre, et là chez mes parents, Je passais en repos des jours indifférents, Vous savez à quels jeux l'enfance nous convie, Ces jeunes passe-temps, limitaient mon envie, Et j'ai, durant quinze ans vu le flambeau du jour, Sans avoir ni senti, ni vu celui d'amour ; Mais las ! Que le tyran de nos belles années, A bien depuis ce temps changé mes destinées ; J'honorai de mes voeux ses profanes autels, Et je donnai mon coeur, au plus beau des mortels. Toutes les qualités, et toutes les caresses, Qui peuvent aux amants procurer leurs maîtresses, Tout ce qu'un honnête homme a de plus ravissant, Je l'admirais, Madame, en ce soleil naissant. Mes parents, me faisaient des menaces frivoles, J'avais perdu mon coeur, ils perdaient leurs paroles, Et je révérais peu l'aveugle aversion, Qu'ils avaient, pour l'objet de mon affection. Ils m'épiaient en vain, une entière licence, Eût pu sur mon esprit, bien plus que leur défense, Mes désirs s'animaient par leurs soins imprudents, Les brasiers qu'on restreint, deviennent plus ardents. Enfin, quand j'eus seize ans ; et que leur tyrannie, M'eût ravi tout moyen d'être en sa compagnie, Je force tout respect, je m'échappe, et je fais, La résolution de n'en sortir jamais ; Je fie à ce vainqueur, mon honneur et ma vie ; Hélas ! Sa passion égalait mon envie ; Je sais qu'il partageait ma flamme et mon ennui, Et qu'on n'aima jamais, plus ardemment que lui ; Nous fuyons déguisés nos parents, et nos peines, Nous cherchons un séjour sur les humides plaines, Et forcés d'obéir à la nécessité, Commettons la constance à l'infidélité ; La mer fut longtemps calme, et les vents et leurs grottes, Reposaient, sans dessein d'exercer nos pilotes, Nous nous jurions sans cesse une immuable foi, Et nous mourions d'amour, ce bel amant et moi, Neptune en fut jaloux, et cet effroi des âmes, Fit dessein d'engloutir, et nos corps et nos flammes, On n'a jamais parlé d'un orage si prompt, Il s'enfle de colère, il se ride le front, Fait tenir à nos gens des routes inconnues, Et jette à bonds divers notre nef dans les nues ; Tant d'épaisses vapeurs s'amassent dans les airs, Que nous ne voyons rien, qu'en faveur des éclairs Le pilote est troublé, son adresse est frivole, Le vent nous enveloppe, et le navire vole ; Jugez de nos frayeurs : cet agréable amant, Ses bras entre les miens serrés étroitement, Ne crains rien, me dit-il, le ciel est moins barbare, Que d'empêcher l'effet d'une amitié si rare : Nous vivrons, ma déesse, (il m'appelait ainsi,) Et son juste pouvoir nous doit tirer d'ici ; À ces mots il me laisse, et par tant de prières, Implore de là-haut la fin de nos misères, Que les Dieux n'avaient pu refuser du secours À des voeux si pressants, s'ils n'eussent été sourds. Le vent en un instant accroît sa violence ; Hélas ! Ce qui suivit m'ordonne le silence, Madame, épargnez-moi des discours superflus, Et parce que j'ai dit, jugez qu'il ne vit plus. Depuis, sous cet habit, sans suite, et vagabonde, Je pleure, et pleurerai ce miracle du monde.

v. 1257, le texte porte "rétreint", c'est une graphie attestée et propre à la technique de la métallurgie en ayant le même sens que "restreindre".

SCÈNE V. Éraste avec deux laquais, Amélie, Cloris.

ÉRASTE, voyant Amélie

Enfin la proie est nôtre.

ÉRASTE

Je meurs d'étonnement.

Il s'évanouit.

ÉRASTE

Un navire espagnol, sur cette humide plaine, Tenait, comme le nôtre une route incertaine, Et je crois que le Ciel l'envoyait, à dessein Que la force des flots me jetât dans son sein. Car je m'y rencontrai, dans ce péril extrême, L'orage me servit, contre l'orage même ; On me crut mort longtemps, et quand j'ouvris les yeux Rien ne me cachait plus la lumière des Cieux ; Des coeurs de Matelots la peur était bannie ; Le timon travaillait, et l'onde était unie ; Là, tous ces étrangers me comblèrent d'honneur, Comme si j'eusse été l'auteur de leur bonheur ; Et me contèrent tous, qu'à ma première vue, Un rayon du soleil avait percé la nue, Que je calmais du Ciel la forte aversion, Enfin qu'ils me devaient leur conservation ; Surtout, un homme riche, et chéri dans Valence, M'offrit dessus ses biens une entière puissance, N'attribua qu'à moi sa vie, et ses profits, Et depuis me conserve en qualité de fils ; J'ai témoigné mon deuil, par des preuves parfaites, Et les Dieux sont témoins, des plaintes que j'ai faites, Car je me croyais seul échappé du danger, D'où m'avait tiré, ce navire étranger ; Enfin, le temps, Madame, et les yeux d'Amélie, Divisèrent ma peine, et ma mélancolie Je partageais mes pleurs ; l'amour, et votre mort Sur ce coeur malheureux faisaient un même effort ; J'accusais le destin, de vous avoir ravie, Et d'avoir sous une autre assujetti ma vie ; L'effet vous répondra, de ma fidélité, J'aimais votre mémoire autant que sa beauté ; Et puisque vous vivez, les baisers de l'aurore, Ne me seraient pas doux, si je vous plais encore.

AMÉLIE, en riant

Donc ce coeur inconstant a rompu ses liens.

v. 1406, le vers commence par "Dont", nous corrigeons avec "Donc".

AMÉLIE, s'en allant

Feignez bien seulement.

SCÈNE VI.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Amélie, Cloris, Dionys.

SCÈNE III. Lisidan, Dionys, Érante.

DIONYS, le tire à part, et lui dit à l'oreille

Ha sers moi, cher ami, pour la dernière fois ; On a trahi mes voeux.

LISIDAN

Ô Dieux !

SCÈNE IV. Amélie, Cloris, Dionys, Lisidan, Érante.

ÉRANTE

Si bien.

AMÉLIE

Ô Dieux !

AMÉLIE, le baisant

Ah pardon mon souci.

SCÈNE V. Éraste, Amélie, Érante, Cloris, Dionys, Lisidan.

SCÈNE DERNIÈRE. Émile, Le Valet, Dionys, Amélie, Lisidan, Érante, Éraste, Cloris.

ÉMILE

Attends

AMÉLIE à Émile

Adieu terreur du monde.

1 833 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica