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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Antigone

Jean de Rotrou· créée en 1637, imprimée en 1638· 5 actes· 1 787 vers· 15 personnages

Représenté pour le première fois en 1637.

Personnages

  • JOCASTE, mère d'Antigone
  • ÉTÉOCLE, roi de Thèbes et frère d'Antigone
  • POLYNICE, frère d'Antigone
  • ANTIGONE, fille de Jocaste
  • ISMÈNE, soeur d'Antigone
  • ADRASTE, beau-père de Polynice
  • ARGIE, femme de Polynice
  • MÉNETTE, gentilhomme d'Argie
  • CRÉON, père d'Hémon et roi de Thèbes
  • HÉMON, amant d'Antigone
  • ÉPHISE, seigneur de Thèbes
  • CLÉODAMAS, seigneur de Thèbes
  • CAPITAINES GRECS.
  • UN PAGE.
  • SUITE DE CRÉON

ACTE I

SCÈNE I. Jocaste, Ismène.

SCÈNE II. Jocaste, Ismène, Antigone.

ANTIGONE

Un instant a souvent changé l'ordre des choses ; Beaucoup d'événements ont démenti leurs causes : Mais, attendant l'entrée et l'entretien du roi, Oyez un accident qui me transit d'effroi. Je voyais de la tour le choc d deux armées, L'une et l'autre au combat âprement animées, Alors de Ménécée arrivant en ce lieu ; "Adieu, m'a-t-il crié, chère Antigone, adieu ; Le ciel se lasse enfin de vous être contraire ; Jouis d'un long repos dans les bras de mon frère." Moi qui me voyais seule, et qui ne savais pas Le généreux dessein qui portait là ses pas, Pour la fuit déjà j'avais tourné la vue, Quand lui la face ouverte et nullement émue, Hardi, s'étant planté sur le bord de la tour, Et voyant sans frayeur les bas lieux d'alentour, A regardé le camp, et d'une voix profonde A fait tourner vers lui les yeux de tout le monde : "Arrêtez, a-t-il dit d'un ton impérieux ; Arrêtez, je l'ordonne, et de la part des dieux ; Arrêtez." Cette voix est à peine entendue Que la main aux soldats demeure suspendue : Chacun reste interdit, l'oeil et le bras levé ; Le coup demeure en l'air et n'est point achevé. Là, ce jeune héros pousse une voix moins forte, Et d'un accent égal leur parle de cette sorte : "Thèbes, goûte la paix que je vais t'acheter ; Mon sang en est le prix, je viens te l'apporter ; Repousse loin de toi cet orge de guerre Qu'excite un insolent sur sa natale terre ; Possède en paix tes champs, tes temples, tes maisons, Sans autre changement que celui des saisons ; Qu'hymen mettant tes fils dans les bras de tes filles De liens éternels unissent les familles ; Règne enfin caressée et du ciel et du sort ; La promesse des dieux doit ce prix à ma mort." Il rire après ces mots une brillante épée, Et, se l'étant au sein, jusqu'aux gardes trempée, Se lance de la tour, le fer encore en main, Noble victime aux dieux pour le peuple thébain. À cet objet d'horreur, l'oeil troublé, le teint blême, J'ai demeuré longtemps plus morte que lui-même ; Et de frayeur encore tout mon sang est glacé : Mais vous allez savoir comme tout s'est passé.

SCÈNE III. Jocaste, Ismène, Antigone, Étéocle, Créon, Hémon ; deux capitaines.

SCÈNE IV. Antigone, Hémon.

SCÈNE V. Antigone, Hémon, un page.

SCÈNE VI. Polynice, sous une tente ; Adraste, Argie.

POLYNICE

Reste lâche et honteux de tant de compagnies Que cous vos étendards la Grèce m'a fournies, Et dernier de cent rois en ma faveur armés, Autant et plus que moi pour moi-même animés, Enfin j'ouvre l'oreille au conseil de la rage, Piqué de désespoir bien plus que de courage, Et je viens, mais plus tard que l'honneur n'eût voulu, Vous exposer enfin ce que j'ai résolu : C'est, mon père, un dessein que je devais éclore Lorsqu'aux veines des Grecs le sang bouillait encore : Les mânes indignés de tant de bons soldats Contre ma lâcheté ne murmureraient pas, Et j'aurais épargné tant d'illustres personnes Dont pour me couronner j'ai mis bas les couronnes : Mais puisque cet avis me vient de mon devoir, Quelque tard qu'il arrive, il le faut recevoir ; Et vous trouverez bon que je paye la Grèce Le sang de tant de peuple et de tant de noblesse. Vous avez, quoique sage, en ce commun malheur, (Vous ne témoignez pas votre juste douleur !) Vous avez pris, mon père, en l'intérêt d'un gendre Plus de part en effet que vous ne deviez prendre : C'est moi, chétif, c'est moi qui dedans vos états, Où vous régniez en paix sur tant de potentats, Mauvais hôte, ai porté de ces maudites terres Dessous un front d'amour des semences de guerre : Le flambeau de l'hymen qui allia chez vous Est le tison fatal qui vous consume tous ; Vous mettez un serpent au sein de votre fille, Qui devait étouffer toute votre famille : J'ai trop, certes, j'ai trop fait voir ma lâcheté Pour tant patience et pour tant de conté : Auteur de tant de maux, je ne veux plus de grâce ; Il est temps, ou jamais, que je vous satisfasse, Et qu'un duel enfin entre mon frère et moi... Qu'avez-vous à pâlir, et d'où naît cet effroi ?

POLYNICE

Non, non, ne point régner, les dieux m'en sont témoins, Est le ressentiment qui le touche le moins, Et jamais ma couronne, entre mes mains remise, N'aurait d'autorité qui ne vous fut soumise. Mais qu'un traître viole avec impunité Le respect de l'accord entre nous arrêté, Et que j'observe après celui de la naissance, Une vertu si lâche excède ma puissance ; Il faut trop de faiblesse à pouvoir l'exercer ; On étouffe aisément qui se laisse presser. Non, ma mère elle-même, au milieu de nos armes ; Ni mes soeurs à mes pieds, les yeux baignés de larmes ; Quelque droit d'Antigone ait dessus mes esprits, Ne détourneraient pas le dessein que j'ai pris ; Ou sa vie ou la mienne, importunes sangsues, Doivent crever du sang dont elles sont repues. M'en reste-t-il à boire, et ne voudriez-vous point Qu'à ce que j'en ai pris le vôtre encore fût joint ? Tydée, oui de tes jours j'ai la course bornée ; Des tiens, Hypomédon ; et des tiens, Capanée : Par moi, braves héros, sont veuves à la fois Vos femmes de maris, et vos villes de rois ; Et sans confusion je verrais le veuvage ! Non, non, trop de justice à ce devoir m'engage, Et trop de honte est joint à mon retardement.

Il embrasse Argie.

Adieu, vous que mon coeur aima si tendrement, Et que le ciel doué d'une vertu si rare ; Un éternel adieu peut-être nous sépare : Mais montrez votre force à dompter vos douleurs, Et ne l'obligez point à la honte des pleurs. Et vous, sage vieillard, digne d'un autre gendre, Ayez soin que la terre au moins couvre ma cendre, Et m'ouvrez le passage en l'empire des morts, Dérobant aux corbeaux le butin de mon corps : Après pour votre fille employez votre zèle, Trouvez-lui dans le Grèce une parti digne d'elle, Et que cet autre hymen lui puisse être aussi doux Que le premier fut triste et pour elle et pour vous.

Il sort.

ACTE II

SCÈNE I. Polynice, l'épée à la main, au pied des purs de Thèbes ; deux capitaines grecs.

SCÈNE II. Polynice, l'épée à la main, au pied des murs de Thèbes ; deux capitaines grecs ; Antigone, en haut des murs.

ANTIGONE

Polynice, avancez, portez ici la vue ; Souffrez qu'après un an votre soeur vous salue. Malheureuse, eh ! Pourquoi ne le puis-je autrement ? Quel destin entre nous met cet éloignement ? Après un si long temps la soeur revoit son frère, Et ne lui peut donner le salut ordinaire ; Un seul embrassement ne vous est pas permis ; Nous parlons séparés comme deux ennemis : Eh ! Mon frère, à quoi bon cet appareil de guerre ? À quoi ces pavillons sur votre propre terre ? Contre quel ennemi vous êtes-vous armé ? Ne trembleriez-vous pas si je l'avais nommé ? Accordez quelque chose à la loi naturelle : Le soleil s'est caché pour semblable querelle. Vous vous plaignez, armez et frappez à la fois : Est-ce de la façon qu'on demande ses droits ? Était-il d'un bon frère et d'un prince modeste De paraître d'abord en cet état funeste, Et de fouler aux pieds, sur un simple refus, Tout respect de nature et ne l'écouter plus ? Mon frère, au nom des dieux protecteurs de la Grèce, Car vers eux maintenant votre zèle s'adresse, Et vous n'en gardez plus pour les dieux des Thébains ; Au nom d'Argie encor, que j'aime et que le plains, Voyant qu'on lui prépare un si proche veuvage : Au nom d'Adraste enfin domptez ce grand courage ; Ne vous acquérez pas, par votre dureté, Un renom odieux à la postérité. Ô nature, toi-même à toi-même contraire, Vois que le fer en main un frère attend son frère. Cruel, eh ! Quel effet prétend votre courroux ? Du quel que le sang coule il coulera de vous ; L'un ne le veut verser sans la perte de l'autre ; En répandant le sien vous répandrez le vôtre ; Il ne diffère point, ce n'est qu'un même sang Que vous avez puisé dedans un même flanc.

SCÈNE III. Polynice, deux capitaines grecs ; Antigone, Étéocle, Créon.

SCÈNE IV. Jocaste, Créon, Hémon, Deux capitaines, Étéocle, Polynice.

JOCASTE

Plongez, plongez, cruels, vos armes dans mon sein ; Déployez contre moi votre aveugle colère, Contre moi qui donnais des frères à leur père ; Ou, si vous m'épargnez, ne versez pas le sang Que vous avez puisé dans ce coupable flanc : Accordez-le moi tout, ou ne m'en laissez goutte ; Perdez-moi toute entière, ou conservez-moi toute. Quoi ! Nul de vous encore n'a mis les armes bas ? Je parle, et de vos mains elles ne tombent pas ? Si quelque pitié règne chez vous encore, Consentez à la paix que votre mère implore ; Si le crime vous plaît, un plus grand s'offre à vous ; Ce flanc dont vous sortez est en butte à vos coups. Cessez donc cette guerre, ou cessez-en la trêve ; Faites qu'elle s'éteigne, ou bien qu'elle s'achève ; Ou n'allez pas plus outre, ou passez jusqu'au bout ; Ne considérez rien, ou considérez tout. Sus, voyons quel effet obtiendront mes prières, Car mes commandements n'en obtiendront plus guère ; Je n'avancerais rien en vous contredisant : J'ordonnais autrefois, et je prie à présent. À qui s'adresseront mes premières caresses ? Tous deux également partagent mes tendresses : Celui-là fut absent ; mais si le pacte tient, Celui-là le sera, puisque l'autre revient. Ainsi je perds l'espoir de vous revoir ensemble ; Si ce n'est que la guerre encore vous assemble ; L4heur de vous entrevoir ne vous est pas permis : Si vous ne vous fuyez, vous êtes ennemis : Vous êtes divisés ou de coeur ou d'espace ; La haine vous rapprochent et l'amitié vous chasse.

À Polynice.

Ça, mes premiers baisers s'adresseront à vous Qu'une si longue absence a séparé de nous : Venez les recevoir d'une approche civile, Et déchargez vos mains de ce fais inutile. Eh ! Quel est cet abord ? Qu'il est peu gracieux ! Pourquoi sur votre frère attachez-vous les yeux ? Je vous couvrirai tout, et pour vous faire outrage Il faudrait que par moi son fer se fit passage. Chassez de votre esprit ce défiant souci ; Si ce n'est que ma foi soit suspecte aussi.

JOCASTE

Hélas ! Qu'en la fureur dont votre âme est pressée Vous venez tout d'un sens contraire à ma pensée ! Je ne viens pas ici pour aigrir vos débats ; Je lui donne ce titre et ne vous l'ôte pas.

À Étéocle.

Pour vous la pitié peut-être a plus de charmes : Approchez, Étéocle, et mettez bas les armes ; Cachez à mes regards leur flamboyant acier : Vous les fîtes lever, posez-les le premier.

Il met son épée à terre.

Vous vous craignez l'un l'autre, et moi tous deux ensemble ; Mais tous deux pour tous deux c'est pour vous que je tremble.

À Polynice.

Mais votre défiance à la fin doit cesser. Le voilà désarmé, puis-je vous embrasser ? Faites ici, mes pleurs, l'office de ma langue. Mes sanglots, mes soupirs, commencez ma harangue. Enfin les dieux, mon fils, ont exaucé mes voeux ; J'obtiens en ces baisers la faveur que je veux : Mais fasse leur bonté, fassent mes destinées Que ce bonheur me dure encore quelques années ! Vous, faites-le, mon fils, puisque vous le pouvez, Car il me durera si vous vous conservez : Les bruits nous ont appris avec allégresse Et quel honnête accueil vous a reçu la Grèce : Vous y vîtes Adraste et l'on dit qu'en sa cour Vous avez fait un choix digne de votre amour. Mais qui dans votre lit conduisit votre épouse ? C'est un droit qu'on m'ôtait et dont je suis jalouse.. Vous songeâtes sans doute, en cette élection, En quel lieu s'adressait votre inclination ; Mais sûtes-vous juger que par cette alliance Vous nous donniez sujet de juste défiance ? Savez-vous sous quel joug cet hymen vous a mis ? De nos plus enragés et mortels ennemis, Qui ne vous ont ouvert ni leur bras ni leur terre Que pour avoir prétexte à nous faire la guerre. Sur ce simple douaire ils vous ont accordé Ce funeste parti plus tôt que demandé : Aussi portiez-vous trop, leur portant le semences Des ces divisions et de ces violences : Car quelle est cette guerre et quels sont ses objets ? Vos parents, vos amis, vos pays, vos sujets : C'est ce qu'on peut nomme votre parti contraire. De ce funeste hymen nous sommes le douaire ; Encor suis-je obligée à vos mauvais desseins ; Et j'aime cette guerre autant que je la crains, Puisqu'elle m'a rendu le bien de votre vue, Et que cette faveur lui devait être due. Tout un peuple ennemi marche dessus vos pas ; Vous lui sacrifiez votre natale terre : Enfin sans vous, mon fils, je n'aurais pas la guerre ; Mais sans la guerre aussi je ne vous aurais pas.

Premier CAPITAINE

Son entremise est vaine.

POLYNICE

Faisons tôt.

ACTE III

SCÈNE I.

SCÈNE II. Hémon, Antigone.

HÉMON

Quand leur haine obstinée eut rendu de la reine Le pouvoir sans effet et la prière vaine, Et qu'au champ du combat chacun d'eux consentit, La rage s'y vint rendre, et nature en sortit : Pareils à deux lions, et plus cruels encore, Du geste chacun d'eux l'un l'autre se dévore : Avant qu'en être aux mains ils combattent des yeux, Et se lancent d'abord cent regards furieux. Enfin, d'un maintien grave et d'une voix altière, Polynice tout haut pousse cette prière : « Ô dieux ! Si quelquefois vous consentez au mal, Quand il semble ordonné par un décret fatal, Et qu'on en peut nommer la cause légitime, Guidez ce bras vengeur et soutenez mon crime : Après, pour l'expier, à moi-même inhumain, Dedans mon propre sang je laverai ma main : Si ce traître y peut voir le sceptre qu'il me nie, Avant que de son corps son âme soit bannie, Et s'il peut en mourant emporter avec soi Le regret de savoir que je survive roi. » Là commence, l'approche, où l'ardeur les presse Pratique aux premiers coups quelque art et quelque adresse : Ils passent sans effet et d'une et d'autre part ; Mais bientôt la fureur l'emporte dessus l'art : Chacun voulant porter, et chacun voulant rendre, Quitte pour attaquer le soin de se défendre ; Et tous deux, tout danger à leur rage soumis, S'exposent aussi nus que s'ils étaient amis : Mais après que, pareils de force et de courage, Ils ont gardé longtemps un égal avantage, De Polynice enfin le sort guide le bras : Il pousse un coup mortel qui porte l'autre à bas.

HÉMON

Le roi tombe, et son sang coule sur la poussière : Mais en sa chute encore sa haine se soutient, Et son coeur veut encore éclore un espoir qu'il retient : Couleur ni mouvement ne reste à son visage ; Il semble que des sens il ait perdu l'usage : Il le réserve tout pour un dernier effort, Et sait encore tromper dans les bras de la mort. Polynice, ravi d'une fausse victoire Dont bientôt sa défaite effacera la gloire, Levant les mains au ciel, s'écrie à haute voix : « Soyez bénis, ô dieux, juste juges des rois ! Thèbes, dessus ma tête apporte ta couronne ; Elle est mienne, et le sang par deux fois me la donne. Apporte, cette vue hâtera son trépas ; Ma tête achèvera l'office de mon bras. » Il s'approche à ces mots, lui veut ôter l'épée ; Mais sa main est à peine à cette oeuvre occupée, Que l'autre, ramassant un reste de vigueur Que la haine entretient à l'entour de son coeur, Retire un peu le bras, puis, le poussant d'adresse, Lui met le fer au sein que mourant il y laisse. Polynice, à ce coup, mortellement atteint, Une froide pâleur s'emparant de son teint : "Quoi ! Ta rage, dit-il, n'est donc pas assouvie, Et tes déloyautés ont survécu ta vie ? Ta perfidie arrête où ton âme n'est pas ? Attends-moi, traître, attends, je vais suivre tes pas, Et, plus ton ennemi que e ne fus en terre, Te porter chez les morts une immortelle guerre ; Là, nos âmes feront ce qu'ici font nos corps ; Nous nous battons vivants, et nous nous battrons morts." Avecque ce discours il achève sa vie ; La lumière de ses yeux est pour jamais ravie ; Et nous, le coeur transi de frayeur et d'ennui, Demeurons sur-le-champ presque aussi morts que lui.

SCÈNE III. Ismène, Antigone.

SCÈNE IV. Les mêmes, Hémon.

HÉMON

Certes, jamais le sort n'a sur humaine race Tant versé pour un jour de peine et de disgrâce. Jocaste défaite ! Ô destin inhumain !

Dans l'édition originale, le vers commence par "Iocaste", qui comporte avec une diérèse (Rem. D. Ducoffre). Nous conservons ici la version modernisée.

SCÈNE V. Antigone, Ismène.

ISMÈNE

J'abhorre l'ordonnance et redoute la peine.

Il est signalé le manque de deux vers dans le tome 4 de l'édition de 1820 éditée chez Th. Desoer.

SCÈNE VI. Argie, Ménette, une lanterne à la main sur les remparts où s'est donné le combat.

SCÈNE VII. Les mêmes, Antigone.

ACTE IV

SCÈNE I. Créon, Cléodamas, Éphise.

SCÈNE II. Les mêmes, Un Capitaine.

Il sort.

SCÈNE III. Les mêmes, Antigone, Argie, Ménette, Gardes.

ANTIGONE

Qu'il vienne.

SCÈNE IV. Les mêmes, Ismène.

SCÈNE V. Créon, Éphise, Cléodamas ; ensuite Hémon.

HÉMON

Les dieux ne mettent pas en tous entendements Ni pareilles clartés, ni même sentiments. Je veux que cette offense attaque votre gloire ; Mais qui l'osa commette a pu ne la pas croire : En effet, qui croirait aller contre vos lois, Suivant celles des dieux qui sont maîtres des rois ? Moi, Monsieur, qui sans feinte et vous prise et vous aime Comme auteur de ma vie et source de moi-même, Qui vous souhaite un règne et glorieux et doux, Et, pour dire en un mot, qui soit digne de vous, Je cueille les vais partout où je me trouve, J'entends ce qu'on estime et ce qu'on désapprouve, Pour profiter pour vous et vous en faire part, À vous à qui moi seul ose parler sans fard. Jamais le vérité, cette fille timide, Pour entrer chez les rois ne trouve qui la guide : Au lieu que le mensonge a mille partisans, Et vous est présenté pas tous vos courtisans. Seul je vous dirai donc que le commun murmure Accuse votre arrêt d'offenser la nature ; Qu'aussi, l'on n'attend pas de votre passion L'injuste châtiment d'une bonne action. Antigone, dit-on prit une honnête audace Que le roi punira de la seule menace ; Ce qu'elle a fait est juste, et dans tous les esprits, Hors celui de Créon, son crime aura des prix ; C'est à peu près, Monsieur, ce que je viens d'entendre, Et ce que mon devoir m'oblige à vous apprendre. Déférez quelque chose au sentiment commun ; Le plus savant se trompe, et deux yeux font plus qu'un. Un changement d'avis, quand la raison en presse, N'est pas une action contraire à la sagesse : Ne voir que pas son sens est le propre des dieux, Comme il l'est des mortels de voir par beaucoup d'yeux.

ÉPHISE, voulant le retenir

Seigneur !

ACTE V

SCÈNE I.

SCÈNE II. Éphise, Hémon.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Créon, Éphise.

SCÈNE V. Les mêmes, Tyrésie, précédé par un guide ; Cléodamas.

TYRÉSIE

Bien moindre que ne doit ce funeste présage. Écoutez : ce matin, sur ces proches coteaux Nus observions le chant et le vol des oiseaux, Lorsque l'horrible cri d'une troupe d'orfraies, D'infaillibles malheurs messagères trop vraies, A rempli d'un grand bruit tous les lieux d'alentour, Et n'a point respecté la naissance du jour : Un nombre de corbeaux aussi funestes qu'elles, Leur livrant un combat de becs, d'ongles et d'ailes, A quelque temps après redoublé mon émoi, Et quelques plumes même en ont tombé sur moi. Je cours au temple alors, où la lampe allumée Jette, au lieu de lumière, une noire fumée Dont l'épaisseur corrompt la pureté de l'air, Et, presque m'étouffant, m'empêche de parler : L'encens n'y peut brûler quelque effort que j'essaie ; La victime à l'autel n'y rend rien de sa plaie Que quelque goutte ou deux d'une jaune liqueur Dont la corruption n'a fait faillir le coeur ; Mon guide, qu'à ce soin à mon défaut j'emploie, S'écrie épouvanté qu'il n'y voit point de foie : Enfin tout n'est qu'horreur et que confusion, Et tout, Créon, et tout à votre occasion ; De vous qui renverser les lois de la nature, Qui, barbare, aux défunts niez la sépulture ; De vous, qui, vrai Cerbère, ôtant ce droit aux corps, Empêchez le passage en l'empire des morts ; Qui, cruel, attaquez qui ne se peut défendre, Et commandez un mal que vous devriez reprendre. Satisfaites les dieux par votre amendement, Et sachez-moi bon gré ce cet enseignement.

SCÈNE VI. Créon, Éphise, Cléodamas.

SCÈNE VII. Les même, un Capitaine.

SCÈNE VIII. Hémon, près du corps d'Antigone, dans le tombeau de la roche ; Ismène.

SCÈNE IX. Les mêmes, Créon, Éphise, Cléodamas.

1 787 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica