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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Pastorale en vers· Tragi-Comédie

Cléagénor et Doristée

Jean de Rotrou· créée en 1634· 5 actes· 1 785 vers· 12 personnages

Représenté pour la première fois en 1634.

Personnages

  • CLÉAGÉNOR, serviteur de Doristée
  • THÉANDRE, ami de Cléagénor
  • OZANOR, ami de Ménandre
  • DORISTÉE, maîtresse de Cléagénor
  • PREMIER VOLEUR
  • DEUXIÈME VOLEUR
  • ARCHERS
  • PHILEMOND, Doristée en habit de Page
  • LE CONSEILLER
  • DORANTE, femme de Théandre
  • DIANE, damoiselle de Dorante
  • PHILACTE, serviteur de Théandre

ACTE I

SCÈNE I.

SCÈNE II. Théandre, Cléagénor.

SCÈNE III. Ozanor, Doristée, Cléagénor.

DORISTÉE sous des habits de page dans le bois avec Ozanor qui la veut forcer

Je suis morte, au secours.

CLÉAGÉNOR

C'est elle.

CLÉAGÉNOR allant à lui l'épée à la main

Ton juste repentir Que les Dieux irrités.

OZANOR tombant mort

Ô sinistre aventure !

DORISTÉE

Non, ma voix de retour t'offre à te satisfaire, Écoute le succès de l'accident fatal, Qui livra mon honneur aux mains de son rival. Le cours précipité du char où je fus mise, Où la vue un moment ne me fut pas permise, Me rendit sur le soir en un fort écarté, Tel que l'on nous figure un Palais enchanté, Et dont j'imaginais les routes inconnues, Comme d'un nouveau monde, ou tombante des nues, Arrivé en ce lieu, caressant ses amis, Par vous, leur dit Menandre, enfin tout m'est permis : Par vous j'ai Doristée, à ce mot il s'avance, Et croyant obtenir un baiser sans défense. C'en est fait, me dit-il, mes vainqueurs sont vaincus, Et j'ai sur eux enfin tous les droits qu'ils ont eus : Je l'approche, et ma main sensible à cette injure, Sur sa joue aussitôt imprime sa figure : Tous demeurent confus, lui plus confus que tous : J'espère un jour, dit-il, un traitement plus doux ; Ou si vous demeurez à mes voeux si contraire, La force m'obtiendra le plaisir que j'espère. Depuis en ce beau lieu, tombeau de mon bonheur, Il a de cent moyens assailli mon honneur. Les offres, les serments, et quelquefois les larmes En ce combat injuste étaient ses vaines armes : Et quand il s'emportait aux extrêmes efforts, Mes pleurs et mes soupirs demeuraient les plus forts. J'attendrai, disait-il, la juste repentance, Qui vous doit faire un jour couronner ma constance : Tout cède, tout se rend à la suite des jours, Et le temps a dompté des lions et des ours. Enfin de la menace il passe à l'artifice, Et comme Ozanor au détestable office, De me faire agréer les desseins criminels.

SCÈNE IV. Deux Voleurs, Doristée.

2ème VOLEUR

C'est trop, et ton trépas Suivra ta résistance, ou tu suivra nos pas.

Il semble manquer une partie au vers 340.

DORISTÉE

Je vous suis.

2ème VOLEUR

Marche tôt.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Les Archers, Cléagénor.

1er ARCHER voyant le corps d'Ozanor

Arrête.

CLÉAGÉNOR, se laissant saisir

Ô Ciel ingrat ! Ô rigoureux destin.

ACTE II

SCÈNE I. Les deux Voleurs, Doristée, sous le nom de Philemond.

1er VOLEUR

Ami, puisque le sort t'appelle à l'exercice D'un si triste, si vil, mais profitable office : Apprends en peu de mots l'unique invention De bientôt exceller en ta profession : On admet parmi nous pour première maxime Les mots de vol, larcin, meurtre, carnage, crime, Et l'on permet les noms de voleur, de pendard, Ou pires qualités comme termes de l'art. Cet art sans différence arrache à qui ne donne, Et comme la justice, il n'excepte personne. Notre office au besoin permet l'embrasement, Nous admettons la force et le violement : Il bannit de ses lois toute délicatesse, Le jeu, le long sommeil, la crainte, la paresse, Et les friands repas, si ce n'est sur le soir, Quand le butin du jour a suivi notre espoir. Lors Bacchus est souffert en notre compagnie, Nous goûtons de son jus la douceur infinie, Et trop forts avec lui, nous buvons à pleins pots La santé des Archers, et celle des Prévôts. Si quelqu'un d'entre nous est vu d'un mauvais astre, Et qu'il faille mourir, il souffre ce désastre ; Il sait que le malheur à tous nous est commun, Et s'il est généreux n'en accuse pas un : Tous lui donnent des pleurs, et chacun s'en afflige : Ces lois sont l'exercice où ta charge t'oblige : J'ai dans ce peu de mots compris ce qui dépend De ce que ton courage avec nous entreprend. Il reste maintenant d'accomplir ta promesse, Et de nous signaler ta force et ton adresse : Ne fais rien entreprendre à ta confusion, En cet endroit obscur attend l'occasion, Et nous, qu'aucune peur désormais ne possède, Au moindre sifflement serons prêts à ton aide. Nous allons partager les deux coins de ce bois, Sans t'éloigner beaucoup pour la première fois.

1er VOLEUR le posant en embuscade

De là, sans être vu, tu découvres de loin.

2ème VOLEUR se penchant et découvrant des gens qui passent

St, st.

SCÈNE II. Théandre, Philemond, Les Voleurs.

PHILEMOND se tournant de son côté

Donnons, Monsieur.

2ème VOLEUR

Ha traître !

1er VOLEUR fuyant

Ô perfidie extrême.

PHILEMOND

Hélas !

THÉANDRE

Ton nom.

SCÈNE III . Cléagénor, Le Conseiller.

SCÈNE IV. Dorante, Diane.

DIANE

Ô Dieux.

SCÈNE V. Dorante, Diane, Théandre, Philémond.

Ils entrent.

ACTE III

SCÈNE I. Dorante, Diane.

DORANTE continue

Mais j'attise insensée, Le brasier importun dont mon âme est pressée, Je cours en un péril que je dusse éviter, Loin de guérir mon mal je tâche à l'irriter, Et ma raison qui perd son empire et ses forces Combattra vainement ces dernières amorces : Triste et lâche Dorante à quoi te résous-tu ? Et que devient enfin ta première vertu ? Un Esclave, un Captif, menace ta franchise, Il t'a réduite au point d'appréhender ta prise, Il trouble ton repos, tu goûtes ses appas, Et son nom seulement ne te refroidit pas, Et tu veux acheter d'un siècle de supplices Deux heures, deux moments de brutales délices, Ton coeur dans ces plaisirs lâchement endormi, Se rend aux premiers coups d'un si faible ennemi, D'un enfant indiscret, d'humeur et d'origine, Indigne des faveurs que ton sort lui destine, In capable de voir ce que tu tiens caché Et qui prisera peu ce qu'il n'a point cherché. Romps, romps ce noeud fatal, consulte ton courage, Et rends à ta raison son ordinaire usage, Puisque le seul penser du dessein que tu fais Offense une vertu qui ne faillit jamais : Mais ô faible discours, cruel tyran de l'âme, Vain fantôme d'honneur laisse durer ma flamme Et fais suivre tes lois à ces coeurs hébétés, Dont les erreurs d'autrui règlent les volontés, Et qu'un bruit spécieux dont leur crainte est suivie, Empêche de goûter les plaisirs de la vie. Voilà ce beau charmeur des yeux et des esprits, Je vois ces doux attraits dont mon coeur est le prix.

SCÈNE II. Dorante, Diane, Philemond.

DORANTE

Donnez.

SCÈNE III. Diane, Dorante, Philemond.

DIANE

Voilà.

DORANTE, se retournant, à Diane

Vous plaît-il de me suivre ?

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Philemond, Théandre.

THÉANDRE, se retire

Fuyons subtilement.

SCÈNE VI. Théandre, Philemond.

PHILEMOND

Ha !

PHILEMOND

Ô Dieux !

ACTE IV

SCÈNE I.

DIANE, seule

Lâche, c'est trop souffrir, et ton âme discrète Est trop longtemps malade et trop longtemps muette. L'insupportable excès de ton affection Te dispense de honte et de discrétion ; Car d'autres sous le joug ont rangé leurs années, Tant d'autres ont aimé qu'on n'a pas condamnées, Et tant de jeunes coeurs se sont laissés charmer, Qu'enfin à leur exemple il t'est permis d'aimer, Ne pouvant éviter cette ardeur criminelle, C'est beaucoup faire au moins que l'offense soit belle. La force du vainqueur rend les coups glorieux, Et le tourment est beau que causent de beaux yeux. Donc craintive fais voir la douleur qui te touche, Fie timide coeur, ce secret à ma bouche, Force ici tout respect, c'est là qu'il faut oser. Qui demande avec crainte, enseigne à refuser. La honte vient trop tard choquer cette entreprise, Par le dessein l'offense est à moitié commise, Le mal où l'on consent est presque exécuté, Et c'est avoir failli que l'avoir souhaité. Peut-être qu'un succès le rendra légitime, Qu'une sainte action procédera d'un crime, Hymen peut en ma gloire allumer ses flambeaux, Et les événements ont fait des crimes beaux ; Il semble mépriser cette union des âmes, Qui fait des feux d'amour de légitimes flammes Il craint le mariage à l'égal du trépas, Mais ses froides humeurs souvent ne durent pas. Lorsque nous craignons moins Amour nous sait surprendre, Et ce Dieu force enfin si l'on ne se veut rendre. Le voilà, sois timide, implore du secours, Qu'une bouche de fille ait un mâle discours.

SCÈNE II. Diane, Philemond.

Elle s'en va.

SCÈNE III. Dorante, Philemond.

Théandre arrive et les écoute.

SCÈNE IV. Dorante, Théandre, Philemond.

ACTE V

SCÈNE I. Dorante sortant par un côté et Philemond par l'autre.

DORANTE, surprise

Laissez-moi seule, Adieu.

DORANTE

Ô Dieux.

DORANTE

Son nom.

PHILEMOND

Cléagénor.

SCÈNE II. Diane, Philemond.

PHILEMOND

Quoi ?

PHILEMOND

Tu vis.

SCÈNE III. Théandre, Dorante, Philemond, Diane, Philacte.

THÉANDRE, à Diane

Il lui parle longtemps à l'oreille, puis elle s'en va.

Tirez la porte, à Dieu.

DORANTE dans le cabinet

Le voici je l'entends.

SCÈNE IV. Théandre, Philacte, Dorante.

SCÈNE V. Diane, Dorante, Philacte, Théandre.

SCÈNE VI. Cléagénor, Dorante, Diane, Théandre, Philacte.

CLÉAGÉNOR

Apprenez en deux mots quelle heureuse aventure De ce monstre odieux a purgé la nature, Amené dès l'aurore en ce fatal séjour Par deux guides sans yeux, la fureur et l'amour, La voix de mon génie à mon âme portée M'a dit, cherche en ce lieu Menandre et Doristée, La suite de tes maux aujourd'hui finira ; Tu délivreras l'une, et l'autre périra. J'ai consulté longtemps et tenu pour frivole Et pour un faux espoir ces muettes paroles Quand à deux pas de moi Ménandre sans me voir, Car le buis me cachait. Ô rage ! Ô désespoir, Ô malheur, ç'a-t-il dit, sans m'arracher la vie, On a d'entre mes bras cette ingrate ravie. À ce triste discours j'ai reconnu sa voix, Je me suis fait passage au travers de ce bois, Et sautant furieux de mon cheval sur l'herbe J'ai vu son marcher grave, et son maintien superbe, Ma rencontre en ce lieu ne l'a non plus ému Que s'il l'eût espéré, ou s'il ne m'eût point vu ; La froideur m'a surpris, mon sang s'est fait de glace Et j'ai resté longtemps interdit sur la place, Enfin me prévenant, quel sort t'amène ici Achève, m'a-t-il dit, ma vie et mon souci, Je plains nos maux communs, tu cherches Doristée Je cherche comme toi ceux qui me l'ont ôtée : Mais perdons tout espoir et d'un commun dessein Cherchons-en le tableau gravé dans notre sein. Là ce désespéré d'une constance rare Attends le rude assaut, que ce bras lui prépare, Quand poussé d'un démon, plus juste que cruel Je finis d'un seul coup sa vie et ce duel ; De ces gens aussitôt une foule importune, Eût fait de mon trépas suivre son infortune, Si le bruit de leurs pas, et celui de leur voix Ne m'eût fait éloigner par ces détours du bois. J'ai gagné ce logis, où je trouve l'asile, Qui rend de ces voleurs la poursuite inutile.

THÉANDRE à Dorante

Commandez qu'on l'amène.

Diane va quérir Doristée.

SCÈNE VII. Cléagénor, Doristée, Théandre, Dorante, Diane, Philacte.

CLÉAGÉNOR laissant tomber son épée

Ô soupçons superflus. C'est, Madame.

1 785 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica