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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Cosroës

Jean de Rotrou· créée en 1648, imprimée en 1649· 5 actes· 1 716 vers· 10 personnages

Représenté pour la première fois en 1648 au Théâtre de l'Hotel de Bourgogne

Personnages

  • COSROËS, roi de Perse
  • SYRA, reine de Perse
  • SYROËS, fils du Roi de Perse
  • NARSÉE, femme de Syroës
  • MARDESANE, fils de Cosroës et de Syra
  • SARDARIGUE, père de Narsée
  • PALMYRAS
  • PHARNACE
  • SATRAPES
  • GARDES

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Syra, Syroës.

SCÈNE II. Mardesane, Syroës, Syra.

SCÈNE III. Palmyras, Satrape, Syroës.

PALMYRAS

Mais, soutenez-le, Prince, et prêtez-y le bras ; Le Ciel est inutile, à qui ne s'aide pas ; Quand vous pouvez agir, épargnez le tonnerre ; Avant l'aide du Ciel, servez-vous de la terre ; Usez de vos amis, de vous-même, et du temps ; Et donnez, seulement, un chef, aux mécontents. Sans peine, vous verrez votre ligue formée, De ce nombre, déjà, comptez toute l'armée ; À qui la paix, deux fois, refusée aux Romains, Fait d'un juste dépit, choir les armes des mains ; Et qui me préférant, au chef que l'on envoie, Sous main, embrassera, mes ordres, avec joie ; Des Satrapes, encor, tout le corps irrité, S'offre à prêter l'épaule, à votre autorité ; Et tous, unis pour nous, de même intelligence, Gardent encor, à part, leurs sujets de vengeance. En la mort d'Hormisdas, les uns intéressés, De ce grand attentat, sont encore blessés, Et verraient avec joie, et d'une ardeur avide Punir par un second, le premier parricide ; D'autres dépossédés de leurs gouvernements, Attendent pour s'ouvrir, les moindres mouvements ; Et d'autres offensés, en leurs propres familles, En l'honneur d'une femme, en celui de leurs filles, Trop faibles pour agir, jusqu'à l'occasion, Dissimulent leur haine, et leur confusion ; Comme un soleil naissant, le peuple vous regarde, Et ne pouvant souffrir, celui qui vous retarde ; Déteste, de le voir, si près de son couchant, Traîner si loin, son âge imbécile, et penchant. Son esprit agité du meurtre de son père, Dedans sa rêverie, à tout propos s'altère ; Et ne possédant plus, un moment de raison, Ne lui laisse de Roi, que le sang, et le nom ; Le crédit d'une femme en a tout l'exercice. Toute la Perse agit, et meut par son caprice ; Et bientôt, par son fils, qu'elle va couronner, En recevra les lois, que vous devriez donner. Juge, en votre intérêt, rendez-vous la Justice, Ravissez votre bien, qu'on ne vous le ravisse, Qui peut insolemment prétendre à votre rang, Par le même attentat, en veut à votre sang ; La Reine, qui vous craint, a trop de Politique, Pour laisser un appas, à la haine publique ; Et vous chassant du trône, oser vous épargner ; Il faut absolument, ou périr, ou régner ; Avouez, seulement, les bras qu'on vous veut tendre ; Tout le crédit du Roi, de son trône sorti, Ne s'étendra jamais, à former un parti ; Contre tous ses desseins, la Perse soulevée, Éclatera sa haine, et publique , et privée, Vengera ses Palais, et ses forts embrasés, Ses Satrapes proscrits, ses trésors épuisés, Et le sang, que sans fruit, les légions romaines, En tant d'occasions, ont puisé de ses veines.

SCÈNE IV. Pahrnace, Syroës, Palmyras.

SYROËS

Quelle !

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Cosroës, Syra, Sardarigue, Gardes.

SCÈNE II. Mardesane, Cosroës, Syra, Hormisdate, Gardes.

MARDESANE

D'un sang assez ardent, n'animez point les flammes, J'ai tous les sentiments, dignes des grandes âmes. Et mon ambition, me sollicite assez, Du rang que je rejette, et dont vous me pressez. Un trône attire trop, on y monte sans peine, L'importance, est de voir, quel chemin nous y mène ; De ne s'y presser pas, pour bientôt en sortir, Et pour n'y rencontrer, qu'un fameux repentir. Si j'en osais, Seigneur, proposer votre exemple, De cette vérité, sa preuve est assez ample ; Ce bâton, sans un sceptre, honore assez mon bras, Grand Roi, par le démon, qui préside aux États ; Par ses soins providents, qui font fleurir le vôtre, Par le sang de Cyrus, noble source du nôtre ; Par l'ombre d'Hormisdas, par ce bras indompté, D'Héraclius, encor, aujourd'hui redouté ; Et par ce que vaut même, et ce qu'a de mérite, La Reine, dont l'amour , pour moi vous sollicite, De son affection, ne servez point les feux, Et sourd en ma faveur, une fois à ses voeux, Souffrez-moi de l'Empire, un mépris salutaire, Et sauvez ma vertu, de l'amour d'une mère, Songez, de quels périls, vous me faites l'objet, Si votre complaisance, approuve son projet ; Les Grecs, et les Romains, aux pieds de nos murailles, Consomment de l'État, les dernières entrailles ; Et poussant jusqu'au bout leur sort toujours vainqueur, En ce dernier asile, en attaquent le coeur ; Des Satrapes, mon frère, a les intelligences, Et cette occasion, qui s'offre à leurs vengeances, Donne un pieux prétexte à leurs soulèvements, Et va faire éclater tous leurs ressentiments ; Un Palmyras, enflé de tant de renommée, Démis de ses emplois, et chassé de l'armée ; Un Pharnace, un Sain, dont les Pères proscrits, D'une secrète haine animait les esprits ; Peuvent-ils négliger, l'occasion si belle, Quand elle se présente, ou plutôt les appelle ? Si l'ennemi, le droit, les Grands, sont contre moi, Au parti malheureux, qui gardera la foi ? Par qui, l'autorité, que vous aurez quittée, Sera-t-elle, en ce trouble, ou crainte, ou respectée ; Si pour donner des lois, il les faut violer ? En m'honorant, Seigneur, craignez de m'immoler ; Qui veut faire usurper, un droit illégitime, Souvent, au lieu d'un Roi, couronne une victime ; Et l'État est le temple, et le trône l'autel, Où cette malheureuse, attend le coup mortel.

SCÈNE III. Syroës, Cosroës, Mardesane, Syra, Hormisdate, Gardes.

SCÈNE IV. Sardarigue, Syroës.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Syra, Hormisdate.

HORMISDATE

Quelle ?

SCÈNE II. Sardarigue, Gardes, Syra.

SARDARIGUE

Vous !

SARDARIGUE

Du Roi.

SARDARIGUE

De vous-même.

SCÈNE III. Syroës, Gardes, Parmyras, Syra, Sardarigue, Gardes.

SCÈNE IV. Narsée, Syroës, Gardes.

NARSÉE

N'attends point de succès, ô prière importune ! Je ne suis plus maîtresse, où règne la fortune ; L'amour n'a plus d'Empire, où l'intérêt en prend, Ne considérez rien, l'État vous le défend ; Il lui faut immoler, toute votre famille, Du moins, avec la mère, il faut perdre la fille ; Nous ne sommes qu'un sang, et un coeur séparé, Je pourrais achever, ce qu'elle a préparé, D'un frère contre vous, épouser la querelle, Dedans votre débris, m'intéresser comme elle ; Saper les fondements de votre autorité, Et renverser le trône, où vous êtes monté. Si ces yeux vous ont plu, gardez que de leurs charmes, Contre votre pouvoir, je ne fasse des armes, Et n'en achète l'offre, et d'un coeur, et d'un bras Qui m'osent immoler vos jours, et vos États, Prévenez, sans égard, tout ce qui vous peut nuire, Averti, détruisez ce qui vous peut détruire, Craignez l'aveuglement, d'un amour irrité, Et ne considérez, que votre sûreté. Voudriez-vous m'obliger, d'aimer mon adversaire, Souffrirai-je en mon lit, l'assassin de ma mère ? Pourrais-je sans horreur, avec son ennemi, Partager un pouvoir, par son sang affermi ? Gardes, emmenez-moi, son salut vous l'ordonne, Sauvez de ma fureur, sa vie, et sa couronne ; Hélas ! à quoi, Nature, obligent tes respects, Qu'il faille à mon amant, rendre mes voeux suspects ! Et pour en obtenir, ou ma perte, ou ta grâce, Contre ce que j'adore, employer la menace ? Par ces transports, Seigneur, jugez de mes douleurs, J'aurais plus obtenu, du secours de mes pleurs ; Mais un extrême ennui, n'en est guère prodigue.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Syroës, Artanasde.

SYROËS continue

Qu'est-ce Artanasde ?

SYROËS

Ô Dieux !

SYROËS

Ô Dieux !

ARTANASDE

Quand d'Abdenede, encore en son matin, Une troisième course, eût tranché le destin ; Tôt après, de sa mort, la tristesse bannie, Fit penser Cosroës, au sceptre d'Arménie ; Il proposa d'armer, son dessein fut conclu, De vous dire le reste, il serait superflu ; Il suffit qu'un hymen, joignit les deux couronnes, Et que l'âge, le rang, et l'état des personnes, Trouvèrent en Syra, tant de conformité, Que l'hymen, et la paix, ne furent qu'un traité ; Suffit qu'on sait encor, que dans votre famille, La veuve de Sapor, n'apporta qu'un fille. En sa plus tendre enfance, et dont les jours naissants, À peine avaient vu poindre, et remplir six croissants. Et qu'enfin, notre bonne ou mauvaise aventure, Au souci de ma soeur, commit sa nourriture ; Mais ce cher gage, à peine, en sa garde reçu, (Et voici, du secret, ce qui n'était point su ; ) D'une convulsion, l'atteinte inopinée, De cette jeune fleur, trancha la destinée ; Pour lors à Palmyras, le sort m'avait donné, Ou ma soeur m'abordant, d'un visage étonné ; Ha mon frère, en quel lieu, (me dit-elle avec peine, ) Me mettrai-je à couvert, du courroux de la Reine ? Hélas, Narsée est morte, elle vient d'expirer, Là, Palmyras entrant, et l'oyant soupirer, N'a pas si tôt appris le mal qui la possède, Qu'à l'instant, de ce mal, il trouve le remède ; Et se voyant pour lors, une fille au berceau, Éprouvez nous dit-il, si son sort sera beau, Laissons faire le temps, et voyons l'aventure, D'un jeu, de la fortune, avecques la nature ; Narsée et Sydaris, se ressemblaient si fort, Qu'outre que leur visage, avaient bien du rapport, La ressemblance encor, et du poil, et de l'âge, Par bonheur, répondait à celle du visage ; Pour achever, enfin, le soin de Sydaris, Sous le nom de Narsée à ma soeur fut commis ; Palmyras, d'autre part, sous le nom de sa fille, Inhumant la princesse, abusa sa famille, Et voit en ce jeune astre éclater des appas, Dont vingt ans, ont fait croire, et pleurer le trépas.

SCÈNE II. Sardarigue, Syroës, Gardes, Artanasde.

SCÈNE III. Narsée, Gardes, Sardarigue.

SCÈNE IV. Palmyras, Narsée, Sardarigue, Gardes.

SCÈNE V. Artanasde, Palmyras, Narsée.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Syra, Sardarigue, Gardes.

SCÈNE II. Syroës, Palmyras, Pharnace, Syra, Sardarigue, Gardes.

SYROËS lui montrant le poignard et le poison, qu'un Garde lui baille

On m'a de votre part, apporté ces présents.

SCÈNE III. Syroës, Mardesane, Sardarigue, Gardes, Palmyras, Pharnace.

SCÈNE IV. Syroës, Palmyras, Pharnaces, Gardes.

SYROËS se lève, et le Garde sort

Attends, Garde.

SYROËS

Je m'en démets, cruels, régnez, je l'abandonne ; Et ma tête, à ce prix, ne veut point de couronne ; Mon coeur, contre mon sang, s'ose, en vain révolter ; Par force, ou par amour, il s'en fait respecter ; À mon père, inhumains, donnez un autre juge, Ou dans les bras d'un fils, souffrez-lui un refuge ; Ô toi, dont la vertu, mérita son amour ! Ma mère ? Hélas ! quel fruit, en as-tu mis au jour ! Que n'as-tu dans ton sein, causé mes funérailles, Et fait mon monument, de tes propres entrailles ? Si je dois, ôter l'âme, et le titre de Roi, À la chère moitié, qui vit encore de toi ! Régnerais-je avec joie, et bourreau de mon père, Aurais-je, ni le Ciel, ni la terre prospère ? Pour cimenter mon Trône, et m'affermir mon rang, Tarirais-je la source, où j'ai puisai mon sang ? Aurait-on de la foi, pour un Prince perfide, Dont la première loi, serait un parricide ! Non, non, je ne veux point, d'un Trône, ensanglanté, Da sang, du même sang, dont je tiens la clarté ; J'ai cru la passion, aux grands coeurs si commune ; Et contre la nature, écouté la fortune ; J'ai fait de ma tendresse, une fausse vertu ; À l'objet d'un État, mon lâche sang s'est tu ; Mais au point, qu'il lui faut sacrifier un père, La nature se tait, et le sang délibère ; Il me presse, il me force, à prendre le parti, Qu'il sait être sa source, et dont il est sorti ; Le voici ! Dieux, je tremble ! et ma voix interdite, En ce profond respect, sur mes lèvres hésite ; Mais qu'attends-je ?

SCÈNE V . Cosroës, Sardarigue, Gardes, Syroës, Palmyras, Pharnace.

SARDARIGUE

Seigneur ?

SYROËS

Rendez le Prince, et délivrez Syra. Allez...

Cosroës, Sardarigue, et les Gardes sortent.

SCÈNE VI. Palmyras, Pharnace, Syroës.

SCÈNE VII. Narsées, Syroës, Palmyras, Pharnace.

SCÈNE DERNIÈRE. Sardarigue, Syroës, Palmyras, Pharnace, Gardes.

PALMYRAS le suivant

Ne l'abandonnons point.

1 716 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica