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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Crisante

Jean de Rotrou· créée en 1646, imprimée en 1640· 5 actes· 1 496 vers· 11 personnages

Représenté pour la première fois en 1646.

Personnages

  • MANILIE, Général d'armée
  • CASSIE, son lieutenant
  • CLÉODORE, ami de Cassie
  • CRISANTE, Reine de Corinthe
  • ANTIOCHE, Roi de Corinthe
  • MARCIE, Damoiselle de Crisante
  • ORANTE, Damoiselle de Crisante
  • CRATES, Gentilhomme d'Antioche
  • EUPHORBE, Gentilhomme d'Antioche
  • LES GARDES
  • DEUX CHEFS DE GUERRE

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. MANILIE, gens d'Armes, CASSIE, son Lieutenants 1. Chef de guerre , 2. Chef de guerre, CLEODORE, amie de Cassie.

SCÈNE II. Cassie, Cléodore.

SCÈNE III. Crisante, Orante, Marcie et sa suite.

SCÈNE IV. Crisante, Orante, Marcie et sa suite, Cassie.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Antioche, Cratès, Euphorbe et sa suite.

SCÈNE II. Cassie, Orante.

ORANTE

Le ciel...

SCÈNE III. Crisante, Orante, ensuite Marcie.

SCÈNE IV. Cassie, Crisante, Marcie.

MARCIE

Ô divin changement !

Elle sort.

CASSIE, seul

Ainsi d'un beau parler On flatte le captif qu'on est près d'immoler ; Ainsi les criminels viennent sans résistance, Sous l'espoir qu'on leur donne, entendre leur sentence. Quoi ! voyant le secours d'un mal si furieux, Et pouvant en user, la mort me plairait mieux ? J'aurais nourri sans fruit cette importune flamme, Et serais rebuté par les cris d'une femme ? Non, non, ménageons mieux les faveurs du destin Et les travaux passés, jouissons du butin. Elle ferme l'oreille aux plaintes qu'elle attire, Blesse mortellement, et défend qu'on soupire ! Elle implore la mort, elle veut s'outrager, Et s'armer contre soi de peur de m'obliger ! Elle ne reconnaît voeux, caresses, ni larmes ; Pour ses superbes yeux la mort a plus de charmes. Ah ! c'est trop consulter, ce transport véhément Pourrait être frustré par le retardement, Et l'exécution d'une belle entreprise En doit suivre l'envie aussitôt qu'elle est prise ; Entrons, et sans respect des hommes ni des dieux, Immolons à l'amour ce butin précieux.

Il va jusqu'à la porte, et s'arrête.

Mais que vais-je attenter ? Quelle ardeur, quelle rage Jusques à ces desseins transporte mon courage ? Quelle aveugle fureur et quel enchantement Me fait sacrifier au plaisir d'un moment Le prix de tant d'exploits, mon honneur et moi-même ? Ô trop lâche furie ! aveuglement extrême, Indigne de mon coeur, indigne de mon nom, Et qui de mes aïeux obscurcit le renom ! Quoi ! de mes lâchetés Rome sera noircie, Et César rougira des crimes de Cassie ? Éteins, lascif, éteins ces feux pernicieux, Et laisse à la raison te dessiller les yeux.

Il retourne.

Non, non, défère plus au dieu qui te consomme Qu'à toi, qu'à tes aïeux, qu'à César et qu'à Rome, Et te fais un sujet de ce tyran d'honneur Où le stupide seul établit son bonheur. Les crimes sont légers quand l'amour est extrême, Et quand les dieux aimaient ils en faisaient de même. Cessez, faibles pensers, vos conseils superflus : Importune raison, je ne t'écoute plus.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Crisante, Marcie.

SCÈNE II. Cassie, Cléodore.

CLÉODORE

Qui les tua ?

SCÈNE III. Antioche, Cratès, Euphorbe.

SCÈNE IV. Antioche, Cratès, Euphorbe, Crisante, Marcie.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Cassie, Cléodore.

SCÈNE III. Une grande chambre s'ouvre, où sont Manilie et ses chefs de Guerre tenant conseil.

SCÈNE IV. Crisante, Marcie, aux pieds de Manilie.

PREMIER CHEF DE GUERRE

Ô funeste accident !

SCÈNE V. Cassie, Cléodore, Les Soldats, Manilie, le deuxième Chef de Guerre, Grisante, Marcie.

PREMIER CHEF DE GUERRE

Faites grâces à l'amour[.]

DEUXIÈME CHEF DE GUERRE

Conservez nous sa vie.

PREMIER CHEF DE GUERRE

Ô mort trop généreuse[.]

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

ANTIOCHE, seul auprès d'un lit, dans une chambre tapissée de deuil

Mais ô plainte frivole ! inutiles discours ! Pour moi le sort, les dieux et les hommes sont sourds Je conserve le jour pour sentir ma misère, Pour goûter mon malheur, pour voir une adultère, Pour sentir de son mal rougir ce pâle front, Et savoir qu'à l'outrage a succédé l'affront. Quelque point manquerait à mon malheur extrême Si je n'étais trahi par mon épouse même ; Et trop d'heur me restait si le ciel n'eût permis Qu'elle eût intelligence avec mes ennemis. Aux desseins du vainqueur l'infâme s'est soumise, Elle a de son honneur racheté sa franchise, Et, honteuse qu'elle est de mon ressentiment, Peut-être vend ma vie en ce fatal moment.

On entre en la chambre.

Mais qu'on hait mon repos ! Mes plus chères pensées Par ces gens importuns sont toujours traversées.

SCÈNE II. Cratès, Euphorbe, Antioche.

SCÈNE III.

ANTIOCHE, seul

Enfin, que résoudrai-je en ce cruel état Où la rigueur du sort réduit un potentat ? Lâche, dois-je du temps attendre l'infamie De tomber sous le joug de l'armée ennemie ? Et dans mon infortune, ai-je si peu de coeur Que de vouloir servir de trophée au vainqueur ? Non, non, de mille affronts une mort me délivre ; À qui tombe d'un trône il est honteux de vivre. Cherchons un court moyen de terminer mon sort Entre tant de chemins qui mènent à la mort. Un sceptre m'est ravi, Crisante m'abandonne, Au parti le plus fort l'infidèle se donne, Et consulte, enragée, avec cet étranger, Peut-être du dessein de venir m'égorger. Et je différerais la mort que je souhaite ! Je laisserais agir leur pratique secrète ! Et, pouvant détourner un si honteux trépas Et mourir glorieux, je ne le ferais pas ! Il faut, il faut franchir cette loi souveraine Qui dans le seul trépas mit la fin de ma peine. Aussi_bien, quand le jour me serait conservé, Qui me l'entretiendrait ? quel bien m'est réservé ? Quelle possession, quel titre, quelle marque Me peut moins faire croire un berger qu'un monarque ? Quels si pauvres pasteurs, en leur nécessité, Ne possèdent encor plus qu'il ne m'est resté ?

Il prend deux épées dans un cabinet.

Sus, sus, qu'avec honneur de l'une ou l'autre épée, De ces deux que voici ma trame soit coupée ; Servons-nous, pour ce coup si longtemps différé, De celle dont le fer sera plus acéré : Cette lame est plus propre à servir mon courage ; Tous mes gens retirés m'en permettent l'usage. Mais quelqu'un entre. Ô dieux ! cachons-les promptement,

Il met les deux épées et les essuie contre son estomac. Regardant autour de lui. Il les met sur le lit, et tire le rideau.

Et différons ce coup encore d'un moment.

SCÈNE IV. Marcie, Antioche.

SCÈNE V. Antioche, Marcie, Crisante, Cratès, Euphorbe.

Crisante, entre furieuse, tenant la tête de Cassie qu'elle jette au pied de son mari.

1 496 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica