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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers

Les Deux Pucelles

Jean de Rotrou· imprimée en 1639· 5 actes· 1 932 vers· 14 personnages

Personnages

  • AMÉLIE, maîtresse de Dionys
  • ANTOINE, Serviteur de Théodose
  • LINDAMOR, Confident d'Antoine
  • THÉODOSE, Maîtresse d'Antoine
  • LÉOCADIE, Maîtresse d'Alexandre
  • DON SANCHE, Père de Léocadie
  • DORILAS, Hôtelier
  • ALCIONNE, Hôtelière
  • ALEXANDRE, Serviteur de Léocadie
  • FILÉMOND, Valet d'Alexandre
  • TROIS VOLEURS
  • QUATRE ARCHERS
  • DON LOUIS ADORNE, Père d'Antoine
  • DON HENRI, Père de Théodose, et d'Alexandre
MADEMOISELLE,

À MADEMOISELLE DE LONGUEVILLE.

Il est impossible, qu'étant très humble sujet, comme je suis, de la maison de Soissons , et qu'ayant particulièrement admiré, en cette illustre famille, toutes les vertus, et tous les mérites qu'on peut souhaiter en de grands Princes, et que de grandes Princesses peuvent posséder : Il est impossible (dis-je) qu'en un ciel, éclairé de tant d'astres, je n'aie découvert la nouvelle étoile, dont les rayons sont déjà si brillants, et qui nous promet tant d'heureuses influences , c'est de vous, Mademoiselle, que j'ose parler qui rendez à douze ans, de si visibles témoignages, et de votre noble naissance, et de votre bonne nourriture , que les grandes promesses que vous donnez, ne sont plus incertaines, et que nous pouvons dès à présent établir un solide jugement de votre vie, et croire que vous hériterez aussi parfaitement des vertus de votre maison, que de ses grandeurs, et de ses richesses. En effet, on voit rarement en un âge qui commence une sagesse achevée, comme la vôtre, et quand j'ai eu l'honneur de vous faire la révérence , quelque profond respect que m'ordonnât votre qualité, j'avoue que cette douce modestie, et cette honnête gravité qui ne vous quitte point, m'en imposèrent encore davantage, et que je crus voir Madame_la_Comtesse votre mère , sous le visage de sa petite fille. J'oserai bien dire, Mademoiselle, sans crainte de vous déplaire, qu'en cela, les mérites que vous possédez, sont moins admirables, qu'il semble que vous ne pouviez descendre d'elle, et ne les posséder pas, puisqu'en effet, c'est sur cette généreuse Princesse, que toute l'Europe jette aujourd'hui les yeux, comme sur la plus grande merveille de notre siècle et qui sait le plus dignement, et le plus noblement soutenir la grandeur de sa condition, et la noblesse de son sang. On ne peut avoir l'honneur de la voir avec tant de majesté, sans juger que l'intention de la nature était d'en faire une Reine, et que la seule envie de la fortune, lui a dénié cette qualité . C'est d'elle que nous tenons ce grand Prince , qui s'est mis si haut dans l'estime de la France, et c'était d'elle que nous était née cette pieuse, et sage Duchesse , que le ciel lui a laissée en vous, quand il lui a plu d'en disposer. Pardonnez-moi, donc, Mademoiselle, si je considère votre mérite, comme un bien que vous n'avez pas acquis, et qui vous était infaillible, dès auparavant que vous fussiez au monde. Les biens que vous pourrez désormais appeler vôtres, seront les conquêtes que vous allez faire, puisqu'il est certain, que vous allez acquérir autant de serviteurs, que vous daignerez regarder de Princes, et que les ornements de votre visage, aussi bien que vos autres qualités, vont être l'estime, et la passion de tout un Royaume : Pour n'être pas des derniers à vous rendre mes hommages, j'ose vous prier, Mademoiselle, de souffrir que votre nom serve à la recommandation de cet ouvrage, où je m'assure que vous vous divertirez aussi agréablement qu'en ceux que vous avez eu la bonté de m'entendre lire, dans le cabinet de Madame_la_Comtesse votre mère, où votre attention m'a fait juger du plaisir, que vous y preniez . Je serai trop satisfait de mon travail, s'il a le bonheur de ne vous déplaire pas, et je sortirai de chez vous, le plus glorieux de tous les hommes, si vous me permettez d'en emporter la qualité de

MADEMOISELLE,

Votre très humble, et très obéissant serviteur.

ROTROU.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE.

La nuit.

DON ANTOINE, seul une lanterne à la main

Dieux ! Que le Ciel ce soir, couvre d'un voile obscur Le Lambris étoilé de sa voûte d'azur ! Ô nuit ! Pour m'exaucer, tu passes ma prière, Tu sembles moins cacher, qu'éteindre la lumière. J'ai de l'art, la clarté que tu me viens d'ôter, Et ta faveur m'a mis au besoin d'emprunter, Celle qui sur ton cours inconstante préside Comme sachant l'endroit où mon dessein me guide, Et tenant pour affront d'y conduire mes pas, N'éclaire point du tout, pour ne m'éclairer pas. Elle fait une preuve à la feinte innocence Du refus d'éclairer pour une jouissance , Elle qui voit bien pire, et ne refuse pas D'éclairer pour les vols, et les assassinats, Mais qu'importe pourquoi sa clarté s'est couverte, Puisque l'art aisément en répare la perte, Et que ce peu de feu suffit pour me guider, Au comble des plaisirs que je vais posséder. Ô moment fortuné sur tous ceux de ma vie, À quel excès de joie est mon âme ravie ! Douce assignation ! pareils ou moins heureux, Estimait Jupiter ses larcins amoureux, Et Pâris moins content, entre les bras d'Hélène, Au premier rendez-vous, alla finir sa peine. Qu'un bien longtemps douteux, et longtemps poursuivi, Se laissant posséder, rend un esprit ravi, La peine d'acquérir, donne le prix aux choses, La main qui s'est piquée en aime mieux les roses, Un refus bien adroit excite les désirs, Et les difficultés font le goût aux plaisirs. On arrête mes pas sur le point de ma fuite, Toute chose est promise à ma longue poursuite, J'excite des souhaits, où fut tant de rigueur, Et la prise au vaincu, tarde plus qu'au vainqueur, Montrons donc une ardeur digne de la victoire La paresse ôte ici la moitié de la gloire, Qui ne se précipite est lâche en ces combats, Qui n'arrache le prix ne le mérite pas. L'amour ne doit plus rien à qui s'est fait attendre, Et sa faveur, se doit plutôt ravir, que prendre. Enfin, mon oeil s'abuse, ou me voici rendu, Bien proche du séjour, où je suis attendu, Soupçons, crainte, respect, mon coeur vous congédie, Adieu laissez-moi seul avec Léocadie, Aux mystères d'amour vous n'êtes point admis, Et ce Dieu vous bannit, comme ses ennemis. Mais quelqu'un en ce lieu, dessus mes pas s'avance, Mon homme aurait-il fait si prompte diligence ! Me suit-il de si près ? Est-ce toi Lindamor ?

SCÈNE II. Lindamor, Antoine.

SCÈNE III.

LÉOCADIE, en habit de nuit à sa porte

Astres, Globes roulants sur la voûte Céleste, Suivez plus lentement le chemin qui vous reste, Du surplus de mes nuits accourcissez mes jours, Antoine ne vient point, et vous courez toujours. Même, comme à dessein d'empêcher sa venue, Vos rayons peu courtois ne passent pas la nue , Et la nuit semble exprès opposer à ses pas, Une ombre que le jour ne dissiperait pas. Ô nuit ! de tant d'amour fidèle confidente, Toi qui luis quand tu veux de tant de feux ardente, Toi qui quand il te plaît sais si courtoisement, Éclairer, et couvrir les larcins d'un Amant : Des secrets de mon âme unique secrétaire, Déesse du repos, pourquoi m'es-tu contraire ? Laisse briller les feux à l'Olympe attachés, Et fais, cruelle, au moins grâce aux premiers péchés, Tu n'éclaireras pas l'incestueux martyre, De Caune, et de Biblis, de Myrrhe, et de Cinyre Tu favoriseras des feux presque innocents, Et qu'Hymen est tout prêt de permettre à nos sens. Par ce consentement Antoine me prépare, À tromper la rigueur d'un père trop avare, Qui choque nos amours par son autorité, Et fait de ma faiblesse une nécessité . Mais pourquoi querellé-je un objet insensible, Et qu'est-ce qu'un amant doit trouver d'impossible ? L'amour le conduit bien, tout aveugle qu'il est, À l'assignation d'un objet qui lui plaît, Il n'est si haut rocher, ni si bas précipice Que l'ardeur qui le presse aisément ne franchisse, Pour elle, il n'est dessein, ni trop grand, ni trop haut, Et l'impuissance ici découvre le défaut. Antoine, ta froideur paraît en ta paresse, Qui se peut faire attendre, aime peu sa maîtresse, Et quelque empêchement qui se puisse opposer, Un Amant a failli quand il doit s'excuser, Hélas ! qu'il est bien vrai chétives que nous sommes, Que nos affections passent celles des hommes, Que nous souffrons plus qu'eux, leur offrant du secours, Et que leur passion est toute en leur discours. Ils parlent de la bouche, et nous parlons de l'âme, Ils ne sont qu'éloquents, et nous sommes de flamme, Ils feignent seulement ce que nous recelons, Et ne sont qu'échauffés, alors que nous brûlons. Pour faire moins languir mon attente incertaine, Tu devais m'ordonner la moitié de la peine, Cruel, j'aurais forcé pour t'aller au devant , Et la noirceur de l'ombre, et la rigueur du vent, Il n'est si mauvais temps ni si cruel orage, Qui pût de ce dessein détourner mon courage, J'aurais bien moins tardé.

SCÈNE IV. Don Sanche de Cardène, père de Léocadie, Léocadie.

DON SANCHE, en habit de nuit, sortant de sa maison, dans l'obscurité

Dieux ! qu'est-ce que je vois ?

LÉOCADIE, se retirant

Évitons sa fureur.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Dorilas, Alcionne, Hôte, et Hôtesse de Castelblanc.

SCÈNE II. Alexandre, Alcionne, Dorilas.

SCÈNE III.

La nuit.

La chambre s'ouvre.

THÉODOSE, en homme couché sur un lit pleurant

Triste jouet du sort, chétive abandonnée, À quoi te résous-tu ? quelle est ta destinée ? Quel divorce as-tu fait avecque ta vertu, Comment, en quel état, où te rencontres-tu ? Hélas ? quelle est ma vie ? et dans quelles mémoires, Passera-t-elle un jour au nombre des histoires ? Quelles inventions égalent mes effets ? Et quels Romans si faux ont dit ce que je fais. Sans suite , désolée, errante, vagabonde, La honte de mon sexe, et la fable du monde, Esclave dans les fers du pire des amants, Je m'expose aux rigueurs de tous les Éléments, Sans craindre en embrassant cette vie importune Qu'avec moi mon honneur coure même fortune ? Mais qu'emploierais-je, hélas ! que des soins superflus, Pour la garde d'un bien, qui ne m'appartient plus ? Pour la garde d'un bien , qui par mon dessein même, A servi de butin au perfide que j'aime. Mon bonheur me devance au chemin que je suis, Il est à cet ingrat, il partit avec lui. Ils tiennent même route, et rien ne les divise, Mais j'ai ce déplaisir, qu'il suit qui le méprise, Qu'il n'a pas le crédit de m'arrêter un coeur , Et qu'il devient un prix importun au vainqueur, Honneur, devoir, amour, cruels tyrans des âmes, Quand accorderez-vous, vos glaces et vos flammes, Immortels ennemis, si vous ne me quittez, Que produiront enfin vos contrariétés ? Quelle nécessité contre moi vous assemble, Et me fait relever de trois tyrans ensemble ? Ha ! donne quelque trêve à mon cruel tourment, Sommeil, ferme mes yeux une heure seulement.

Elle s'endort.

SCÈNE IV. Alcionne, avec une lanterne sourde conduisant Alexandre, Théodose.

ALEXANDRE, s'étant mis sur le lit

Allez.

ALEXANDRE[, à part]

Qu'entends-je !

THÉODOSE

Ô Dieux !

THÉODOSE

Hélas ! autant de fois que de ce souvenir, La misère où je suis me fait entretenir, Moi-même, autant de fois, je me cherche en moi-même, Je ne me connais pas en ce malheur extrême, Mon penser se confond, et celle que je fus, En celle que je suis ne se retrouve plus. Enfin quand je croyais qu'un heureux hyménée, Était prêt d'adoucir ma triste destinée, Qu'Antoine y travaillait, et que sa passion, Sollicitait son père à cette intention, Tel que d'un beau Soleil quelquefois le visage, Se perd en un moment en un proche nuage, Ce traître, et mon espoir aussi traître que lui, S'éclipsant, m'ont laissée, en proie à mon ennui. Hier, il disparut, et ma fortune est telle Que le seul bruit commun m'en apprit la nouvelle Jugez si j'ai puni mon sein, et mes cheveux, Et tout ce que j'ai cru complice de mes voeux, Contre moi, mon amour a déployé sa haine, Mon coeur à mon visage a reproché sa peine, Et de tous les moyens d'affliger les esprits, La douleur n'en sait point qu'elle ne m'ait appris. Enfin, sous ces habits, sans suite abandonnée, Je suis , triste Didon ce vagabond Énée, Et tends vers l'Italie, où s'adressent ses pas, À dessein de trouver ce traître, ou le trépas. Cette ennuyeuse histoire, est du sort lamentable, Qui cause mes ennuis le discours véritable.

Elle se tait, un peu et puis recommence.

Que peut délibérer en un malheur pareil, Un esprit dépourvu d'espoir, et de conseil. Quel sera mon recours ?

Voyant qu'il ne dit mot, elle continue.

Mais sans doute il sommeille, Et ma voix sans effet a frappé son oreille. Je m'étonne, comment un si triste propos, N'excite la douleur, plutôt que le repos.

ALEXANDRE

Ha !

SCÈNE V.

ALCIONNE, demi nue, avec la lanterne, entrant doucement

Telle Psyché d'amour, pour l'Amour même atteinte, À ce Dieu sommeillant fait sa muette plainte , Telle va sur Hymette, à son chasseur dormant, L'Aurore le matin reprocher son tourment .

Regardant Alexandre.

Dieux ! qu'est-ce que je vois ? quelle est cette aventure, Par quel secret pouvoir, merveille de nature, Viens-tu jusqu'en mon lit, plus beau que le Soleil, Traverser mon repos, et troubler mon sommeil, Veillant je te possède, et lorsque je repose, Je possède un fantôme aussi beau que la chose, Mais ô songe, ô regards, vous n'êtes qu'un faux bien, Et veillant, ni dormant, je ne possède rien.

Elle va au lit de Théodose.

Et toi premier auteur de ma naissante flamme, Agréable charmeur du repos de mon âme ; Qui joins tant de tristesse avec tant de beauté Quel est ton différend contre ma liberté, Que ne pourrais-tu vaincre avec tant de mérites, Mon respect est déjà bien près de ses limites, Et certes, mon amour n'est pas fort loin, d'oser Dessus ta belle bouche entreprendre un baiser, La grâce est là plus douce.

Au lit d'Alexandre.

Elle est ici plus mâle Mais la perfection en tous deux est égale, Tous deux sont accomplis, et cette égalité Me pourrait du choix même ôter la liberté, Ce qu'un peut espérer, l'autre le peut prétendre, Ne pouvant que laisser, je ne pourrais, que prendre, Mais de quoi s'entretient ma folle passion ? N'ayant ni l'un ni l'autre, en son Élection ? Cette importune ardeur, dont mon âme est pressée, Espérance, désir, sortez de ma pensée, Et laissez à mes yeux, tout le fruit d'une amour , Qui ne passera pas la naissance du jour.

SCÈNE VI. Dorilas, Alcionne, Théodose, Alexandre.

ALEXANDRE, éveillé

Çà, partons, est-il tard ?

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Alexandre, Théodose, dans le bois.

SCÈNE II. Filémond, valet d'Alexandre, hors d'haleine et presque nu [, les mêmes].

SCÈNE III.

LÉOCADIE, attachée à un arbre, vêtue en homme

Qu'un instable pouvoir gouverne nos destins, Combien de vilains jours suivent de beaux matins ? Mon être à peine accroît l'être commun des choses, À peine mon printemps pousse encore des roses, Que j'éprouve déjà la rigueur des hivers, À peine je me trouve, et déjà je me perds ; Te plais-je en cet état Déesse du désordre , Ta rage dessus moi n'a-t-elle plus à mordre ? Suffit-il de laisser en proie à ta rigueur, Jusques à mon espoir, et jusques à mon coeur ? Si de ces biens encor tu n'es pas assouvie, Va plus outre inhumaine, et prends jusqu'à ma vie ; C'est ce que l'on conserve avec le plus de soins, Et c'est le bien pourtant, que je plaindrai le moins. Mais sachant que la mort, tant soit-elle inhumaine, Plus humaine que toi, terminerait ma peine, Sachant que de tous maux elle borne le cours, Pour prolonger mes maux, tu prolonges mes jours, Tu sais que m'épargner, c'est m'être plus nuisible, Que la perte du jour rend toute autre insensible, Ainsi, tu fais moins voir quelle est ta cruauté, En ce que tu m'as pris, qu'en ce qui m'est resté , Et ne m'outrager point, m'est un outrage extrême, Que tu sais en rigueur passer l'outrage même. Lions que faites-vous ? tigres, loups ravissants , Corbeaux, où cherchez-vous des butins innocents, Cependant que le sort jusqu'ici nous envoie, Une si criminelle, et si facile proie . Mais je vous parle en vain, j'ai beau vous désirer, Autre Corbeau qu'Amour ne me vient dévorer, Autre Tigre que lui, si cruel de nature, En ce coupable sein ne cherche sa pâture, Autre voleur que lui ne m'a mise en ce lieu, Ce tigre, ce corbeau, ce voleur est un Dieu. Infidèle , barbare, arrête un peu ta fuite, Viens, et vois les profits que j'acquiers à ta suite . Mais je puis au besoin réclamer ces passants Attirés par le bruit de mes tristes accents.

SCÈNE IV. Alexandre, Théodose, Filémond, Léocadie.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Alcionne, Dorilas.

SCÈNE VII. Alexandre, Théodose, Léocadie.

En la chambre.

SCÈNE VIII. Léocadie, Théodose, seuls.

THÉODOSE[, à part]

Ô quelle est ma misère !

LÉOCADIE

Hélas !

LÉOCADIE

Écoutez ;

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Alexandre, Léocadie.

SCÈNE III. Alcionne, Léocadie.

LÉOCADIE

Ha !

SCÈNE IV. Alcionne, Léocadie, Antoine, poursuivi par trois Voleurs, Lindamor, son valet.

SCÈNE V. Alcionne, Théodose, Alexandre, Dorilas, [Antoine, Léocadie, évanouis.]

ALEXANDRE

Qu'est-ce ?

SCÈNE VI. Théodose, Alexandre, Antoine, Léocadie, Lindamor, en la chambre.

ANTOINE

Si près de traverser le funeste passage, Où nous laissons la vie, et le corps au rivage, Et si près d'exposer aux juges éternels, Mes plus simples pensers, et les plus criminels, Il est bien temps, qu'enfin je vous montre mon âme Non telle qu'autrefois, pleine de tant de flamme, Et vaine de l'honneur d'être en votre prison, Mais remise, et sujette aux lois de la raison, Sachez donc en deux mots, belle Léocadie, Si le mal que je sens, permet que je le die, Que je vous promettais des titres absolus Sur des biens engagés, et que je n'avais plus,

Là, Léocadie se lève.

Théodose, une jeune aimable, et sage fille, À qui cède en beauté le reste de Séville, Par telles actions m'engage à la servir, Que mon coeur est un bien, qu'on ne lui peut ravir ; Et si (lorsque j'ai vu vos plus chères pensées Soutenir votre espoir) je vous ai délaissées, Vous confuse, et trompée, elle en l'étonnement, Que lui dut apporter ce prompt éloignement, Imputez-en la faute, à ma seule imprudence, Qui de cette action n'a pas vu l'importance, Et qui m'a fait laisser à la merci du sort, Ma crainte, mon espoir, mon orage et mon port, Enfin des justes Dieux la fureur vengeresse, Par ma mort envers vous dégage ma promesse, Ayant quitté Séville, et par quelque séjour, En un Château voisin diverti mon amour, J'ai fait de ces voleurs la rencontre importune, Le ciel devait par eux achever ma fortune, Tel était mon arrêt ; et je sens que la mort, Contre vos appareils fait un dernier effort. En ce fatal moment, aimable Théodose, Que ne peut par tes mains, ma paupière être close ? Ce serait quelque fruit à ta chaste amitié, De voir au moins de toi séparer ta moitié ; Mais le ciel ne veut pas qu'en mourant je t'embrasse, Et refuse à mes voeux cette dernière grâce.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Alcionne, Léocadie.

SCÈNE IX. Léocadie, Théodose.

THÉODOSE

C'est ?

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Léocadie, quatre Archers, et des valets.

SCÈNE III.

SCÈNE IV.

DON LOUIS Adorne, père d'Antoine

Arrivé sur le lieu fatal aux téméraires, Qui font des lois d'honneur, d'un faux zèle de père, Derechef je t'atteste, auteur de l'univers, S'il est vrai qu'à tes yeux nos secrets soient ouverts, Toi, qui des armes tiens l'équitable balance Que forcé je me rends à cette violence, Que je viens innocent, où l'honneur me conduit De leur témérité payer le triste fruit. Tu sais si j'ai donné, receleur de leur race, Une juste matière à leur sotte menace, Tu connais, si j'eus part au dessein de mon fils , Et tu peux témoigner des plaintes que j'en fis, A-t-on vu jusqu'ici, que du nom des Adorne, D'une étroite vertu nul ait passé les bornes, A-t-on vu rien à dire, et rien à désirer, À cet antique honneur, qui les fait révérer. Non, jusques à tel point cette injure me touche, Qu'elle étouffe ma voix, et me ferme la bouche, Et de telle fureur je me sens enflammer, Que mon coeur, par mes mains brûle de s'exprimer, Ce bras est propre encor, à servir mon courage, Sa force passera la promesse de l'âge, Une juste colère, en un mourant Éson Produira les effets d'une verte saison, Ce fer a quelquefois lâché des coups funestes, Poussé d'une vigueur, qui laisse encor des restes L'âge affaiblit mon coeur , mais il est toujours haut, Et si mon sang ne bout, il est encore chaud, Mandé par ces cartels , le premier sur la place, J'apporte un châtiment à leur aveugle audace, Je n'ai point fait de grâce à ces membres pesants Et n'ai point prétendu de dispense à mes ans, Les voici, ne montrons, de geste, ou de visage, Signe, qui de ce fer me défende l'usage.

SCÈNE V. Don Louis Adorne, Don Henri, de Montcastre, Don Sanche, de Cardène.

SCÈNE VI. Don Louis, Don Henri, Don Sanche, Antoine, Théodose, Lindamor.

THÉODOSE

Mon père,

SCÈNE DERNIÈRE. DON HENRI, DON LOUIS, DON SANCHE, ANTOINE, THÉODOSE, LINDAMOR, ALEXANDRE, poursuivant, ARCHERS, LÉOCADIE tenue par des Valets, FILÉMOND valet d'ALEXANDRE.

ALEXANDRE, se battant

Traîtres :

LÉOCADIE, qu'on tient liée

Hé Dieux !

1 932 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0