Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers

Don Bernard de Cabrere

Jean de Rotrou· créée en 1646, imprimée en 1647· 5 actes· 1 923 vers· 12 personnages

Représenté pour la première fois en 1646.

Personnages

  • DON BERNARD DE CABRERE, favori du roi
  • DON LOPE DE LUNE, ami de Don Bernard
  • DON PEDRE, roi d'Aragon
  • L'INFANTE, sa soeur, maîtresse de Don Bernard
  • LÉONOR, maîtresse du Roi
  • IGNES, suivante
  • LE COMTE, capitaine des gardes
  • PEREZ, secrétaire du Roi
  • LAZARILLE, suivant de Don Lope
  • LE GOUVERNEUR DE SARAGOSSE
  • SOLDATS
  • GARDES
ELEGIE

À MONSEIGNEUR MONSEIGNEUR L'ÉMINENTISSIME CARDINAL MAZARIN

Soeur du Dieu des saisons que la mélancolie, Dans le tombeau d'ARMAND, avait ensevelie ; Et qui malgré l'éclat d'un bruit doux et flatteur ; Ne pus souffrir ton frère, après ton protecteur, Force enfin, ma Clion, cette douleur extrême, Qui te le ravissant, te ravit à toi-même : Et comme son trépas t'excita cet ennui, Aujourd'hui qu'il renaît, ressuscite avec lui. JULES heureux soutien de mon jeune Alexandre, Comme un autre Phoenix engendré de sa cendre, Fait voir par un miracle égal à son renom, Qu'ARMAND a seulement changé d'âge et de nom ; Oui, du divin ARMAND la haute Intelligence, Soutient encore en lui la splendeur de nos lois, Rend encor notre Roi, l'effroi des autres Rois ; Dessus nos ennemis gagne encor des batailles, Sous les herbes encor fait chercher leurs murailles ; De cent climats divers fait encor les destins, Maintient nos alliés, et contient nos mutins ; Sous lui l'Aigle inexperte à défendre ses terres, Comme dessous ARMAND, lâche encore ses serres : Sous lui l'Espagne tremble et son Lion rugit Effrayé de son sang, dont l'Ibère rougit. Depuis qu'enfin du Ciel les bontés tutélaires Ont mis entre ses mains le timon des affaires ; Notre barque craint moins ni sable ni rocher ; Que quand le Grand ARMAND en était le rocher, Et sans se voir briser, voiles, mâts, ni cordages, De tous ses aquilons surmonte les orages : Mais si les intérêts de l'État seulement, En JULES, ma Clion, te remontraient ARMAND, Et si les tiens encor n'y trouvaient ce Grand homme, Je te pourrais souffrir l'ennui qui te consomme ; Et l'éminent éclat dont il est revêtu, Ni le sort qu'il a fait captif de sa vertu, Ni cet art qu'il enseigne aux puissances suprêmes, De faire sur leurs fronts briller leurs diadèmes ; Ne devraient ranimer ni l'ardeur ni l'espoir, Que l'estime d'ARMAND t'avait fait concevoir : Mais si JULES parfois comme lui se délasse, Des travaux de l'État sur les fleurs du Parnasse, Si sous lui d'Hélicon les deux sommets sacrés, Comme sous RICHELIEU, sont encor révérés, Et si j'ai mérité qu'un des fruits de mes veilles, Sans les faire souffrir, ait touché ses oreilles ; Qu'avons-nous plus perdu, qu'as-tu plus à pleurer, Et quel sujet as-tu de plus désespérer ? Viens, il te souffrira la généreuse audace, Qui te doit inviter d'aspirer à sa grâce ; Et j'ose, sans trembler, lui demander pour toi, Une protection commune avec mon Roi. Mais révérant les soins qu'il rend à ce grand Prince, Épargnons-lui le temps de toute la Province ; Et si jusques à nous il se daigne abaisser ; N'occupons son esprit que pour le délasser. Un jour faisons-lui voir sur ce noble théâtre, Dont nos fameux Acteurs font la Cour idolâtre : Son illustre pays, sous Romule naissant, Un autre sous son joug le monde obéissant, Tantôt sous ses Consuls sa vigueur florissante, Tantôt sa liberté sous ses Rois gémissante : Aujourd'hui pour son vice, un Tarquin détrôné, Demain pour ses vertus, un Trajan Couronné : D'autres fois le grand coeur d'un Curse, ou d'un Scevole Dont l'un se précipite, et dont l'autre s'immole. Ainsi sans se lasser d'un art industrieux, Exposons à Paris toute Rome à ses yeux : Cette Rome sa mère en Héros si féconde, Qu'il pourrait rendre encor la maîtresse du monde, Si son zèle inouï, pour notre nation, N'eut honoré Paris de son adoption. Puis quand lassée enfin du travail de la Scène, Ta vigueur quelquefois voudra reprendre haleine, Pour lui faire ta Cour, porte en son Cabinet, Le divertissement d'une Ode, ou d'un Sonnet ; Ou touchant quelque trait de son mérite extrême, Et comme en un tableau le montrant à lui-même, Ce glorieux soutien du trône de mon Roi, Se regarde en passant, et te vois avec soi. Tu trouveras en lui les sujets les plus vastes, Dont jamais nos Héros aient enrichi nos fastes : Tu peux sans le flatter prendre ces grands projets, Qui de tous nos voisins vont faire nos sujets ; Tu peux parler sans fard de cet esprit solide, Dont l'avis au besoin n'est ni lent ni timide ; Et par qui si LOUIS suit tous ses sentiments, Nous verrons sous ses pieds les trônes Ottomans. Tu peux tracer ses moeurs dans la même innocence, Où le Ciel et la terre étaient en leur naissance ; Et sur tout ce portrait peut encor s'enrichir, D'une fidélité qui ne saurait gauchir ; Et d'un zèle si pur que la même imposture, N'en osera médire à la race future. Oui, JULES, la vertu dont tu nous éblouis, Fait autant prospérer les armes de LOUIS, Que ce grand jugement qui jamais ne sommeille, Et dans tous ses besoins l'assiste et le conseille ; Aussi par un visible et juste soin des Cieux, N'ayant point de défaut, tu n'as point d'envieux ; La fortune pour toi sage et judicieuse, Perdra les noms d'aveugle et de capricieuse, Et quoi qu'elle t'acquière et d'estime et de droit, Croit te donner encor moins qu'elle ne te doit ; Que dis-je, te donner ? si sa splendeur extrême, Sa pompe, son pouvoir lui viennent de toi-même ; Si ses bontés pour toi sont ses propres effets, Si tu lui donnes tout, si c'est toi qui la fais : Et si par tes travaux depuis tant de campagnes ; Elle triomphe en France, aux dépends des Espagnes, Fais-lui sous l'étendard de notre Potentat, Achever tes desseins pour le bien de l'État. Et quand la guerre enfin qui depuis tant de lustres, Nous coûte tant de sang, et tant d'hommes Illustres, Par des événements conformes à tes voeux, Aura mis notre gloire au point où tu la veux, Pour comble des succès de ton soin salutaire, Fais pour notre repos, ce qu'ARMAND n'a su faire ; Et content des lauriers que nous avons cueillis, Fais remonter la paix sur le trône des Lys ; Lors si la Seine encor me compte entre ses cygnes, Et si de tes hauts faits mes sentiments sont dignes, J'épuiserai ma veine à te faire un tableau, Dont si l'antiquité vit jamais rien de beau, Et si d'un faux espoir mon zèle ne me flatte, La touche au gré de tous, sera si délicate, Que qui verra l'ouvrage, en louera l'artisan, Et qu'il n'aura rival qui n'en soit partisan.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Don Lope de Lune, Lazarille Valet de Chambre.

LAZARILLE

Est perdu.

SCÈNE DEUXIÈME. Le Roi, Le Comte, Capitaine des Gardes, Suite d'Archers, Don Lope, Lazarille.

SCÈNE III. Don Sanche, Le Roi.

SCÈNE IV. Le Secrétaire, Le Roi, Le Comte, Don Lope, Lazarille, Soldats.

DON LOPE, s'avançant

Prince, rare ornement...

LE COMTE, le faisant retirer

Le Roi lit, attendez.

LAZARILLE

Allez.

SCÈNE V. Le Roi, Le Comte, Le Secrétaire.

SCÈNE VI. Don Lope de Lune, Lazarille, Le Roi, Le Comte, Gardes.

LE ROI, prenant la requête

Donnez.

LE ROI, lisant

Don Lope de...

SCÈNE VII. Le Secrétaire, Le Roi, Don Lope, Le Comte, Lazarille, Gardes.

LE COMTE, à Don Lope

Hors.

SCÈNE VIII. Léonor, Le Roi, Le Comte, Le Secrétaire, Gardes.

LE ROI, relevant Léonor qui en entrant fait un faux pas

Hé, Madame !

LÉONOR

Seigneur !

SCÈNE IX. Don Lope de Lune, Lazarille, sortant de l'antichambre.

DON LOPE

Qu'est-ce ?

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Don Bernard, Don Lope, Lazarille.

SCÈNE II. Le Roi, Le Comte, Gardes.

SCÈNE III. Don Bernard de Cabrera, Don Lope, Lazarille, Soldats, Le Roi, Le Comte, Gardes.

DON BERNARD, aux pieds du Roi

Seigneur !

DON BERNARD

Moi, Sire.

LE ROI le relevant

Et Duc d'Ossone.

DON BERNARD

Ô Ciel !

DON BERNARD

À peine vos vaisseaux, Déradés traversaient le vaste champ des eaux, Que les vents ennemis de cette humide plaine Selon notre besoin, mesurant leur haleine, D'irrités qu'ils étaient, aussitôt apaisés, Firent voir le respect que vous leur imposez ; Cette sèche forêt, eut enfin de Neptune, L'inconstante faveur, à tel point opportune, Qu'avec un seul Soleil, une nuit seulement, Voit et notre arrivée, et notre embarquement, L'aurore allait sortir, quand je fis prendre terre À ces Mars Espagnols, ces démons de la guerre, Ces fléaux des attentats, et des rebellions, Que l'honneur d'être à vous, rend autant de Lions. Comme l'ardeur peut tout, jointe à l'intelligence, Le temps fut ménagé par tant de diligence ; Que le camp découvert, les murs des ennemis, Avant qu'un vent de flamme en eût porté l'avis, Et que de notre abord Calaris avertie Pût, où nous prîmes port, faire aucune sortie ; Nul ne gardait l'accès de ces perfides murs, Mais pour être déserts, les champs n'étaient pas sûrs. Car cette ingrate ville en ruses trop experte, Avait d'arbres couchés la campagne couverte, Et parsemé de clous les chemins d'alentour, Qui nous firent besoin et d'adresse, et de jour. L'un et l'autre à la fin, nous aidant le passage, Après un long travail du piège nous dégage ; Et suivant un sentier qui descend d'un coteau, À son pied verdissant, nous trouvons un ruisseau, Dans le trouble cristal qui sortait d'une roche, De gens qui le foulaient, nous fit juger l'approche ; Là chacun attentif, considérant les lieux, Un brillant escadron se présente à nos yeux, Dont le maintien superbe, et le riche équipage, Loin de nous étonner, nous enfle le courage, Nous fait sauter de joie, et nous promet le fruit, Du pénible travail de l'onde et de la nuit. Il n'est soldat si las, à qui le coeur ne vole, Et qui n'ait la vigueur comme l'âme Espagnole ; Et presque en un instant tous nos rangs disposés, Séparent les trois corps dont ils sont composés.

DON BERNARD

L'escadron reconnu, lorsque pour l'investir, Notre avant-garde enfin commença de partir, Au même instant des arcs de ce peuple rebelle, Nous vîmes dessus nous fondre une épaisse grêle, Qui tant que pût durer un choc si violent, À leur témérité fut un rempart volant Il semble à cet effort que nos rangs se séparent, Mais leurs traits épuisés, nos forces se déclarent, Et nous fondons sur eux plus prompts que les éclairs Ne nous frappent la vue, et ne percent les airs ; Le plus hardi s'effraye à ces vives alarmes, Rien ne résiste plus au torrent de nos armes, Et nous pavons le champ d'un mélange confus, De bras, de pieds, de corps, d'arcs, de traits, et d'écus, Ceux enfin que la fuite a sauvés de l'orage, À leur ville alarmée annoncent ce naufrage ; On s'y prépare au siège, on en munit le fort, Et la rébellion tente un dernier effort ; Mais, Sire, ce Héros, ce prodige incroyable,

Montrant Don Lope de Lune.

Admirable aux vainqueurs, aux vaincus effroyable, Des siècles à venir, futur étonnement, Et de celui qui court, la gloire et l'ornement ;

Le Roi dort.

Pour tout comprendre enfin, le Grand Lope de Lune, Par une invention fameuse, et non commune, Qu'un Grec tenta jadis sur l'empire Latin, A rendu vain l'effort de ce peuple mutin : Il se tire du camp, s'étant avec courage, Découpé d'un poignard, le sein, et le visage, Et dessus un coureur, qu'il rend presque aux abois, À leurs murs arrivé, s'écrie à haute voix, Si chez vous la vertu peut trouver quelque asile, Ô Sardes généreux ! Ouvrez-moi votre ville, Si l'homme, encor pour l'homme a quelque humanité, Sauvez-moi d'un tyran et de sa cruauté, On ouvre, à sa requête ; il obtient audience, Et sur l'esprit de tous, gagne tant de créance, Qu'à la tête souvent de cinq ou six d'entre eux, Nous venant faire au camp des défis généreux, En différentes fois, il se fit des plus braves, Par notre intelligence, un tel nombre d'esclaves, Qu'enfin tous joints ensemble, et s'étant par moyens, Pratiqué le secours de quelques citoyens, Par qui de ce secret je reçus le message, Dans les murs ennemis, ils se firent passage, Et Don Lope, s'acquit un renom glorieux, Qui fait revivre en lui l'éclat de ses aïeux ?

SCÈNE IV. Don Lope, Lazarille.

SCÈNE V. Don Bernard, Le Comte, Don Lope, Lazarille.

SCÈNE VI. Don Lope, Dorothée à la fenêtre, Lazarille.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. L'Infante, Léonor.

L'INFANTE

Quoique au choix d'un amant, mon âme irrésolue, Sur cette passion, soit encor absolue, Et que ce Don Bernard, de qui les qualités, Triomphent ( dites-vous ) de tant de libertés, Quelques myrtes nouveaux, qui lui couvrent la tête, N'ait pas sujet encor de vanter ma conquête ; Je ne puis toutefois sitôt déterminer, Sur le consentement de vous l'abandonner ; Que l'état que j'en fais, doive passer l'estime. Et sur votre créance, ou fausse, ou légitime. Et le peu de respect que vous me faites voir, D'avoir eu du dessein, où j'en pouvais avoir, Mon coeur déjà touché de ses vertus insignes, Conçoit en sa faveur des sentiments si dignes, Qu'avant que dans résoudre et d'en rien ordonner, Avec plus de loisir, je veux l'examiner ; Qui peut faire d'un Roi négliger le servage, Se pourra bien trouver digne de mon hommage ; Et m'est autant qu'à vous, préférable à des Rois, S'il est assez puissant pour me donner des lois. C'était manquer à vous, d'adresse et de prudence, Que de mettre à mes yeux vos feux en évidence, Sans savoir si mon coeur y pourrait consentir, Puisque si peu de coeurs s'en peuvent garantir. Vous avez dû savoir qu'à l'humeur de la femme, C'était persuader que défendre une flamme ; Et que la jalousie et surtout dans la Cour, Est mère aussi souvent, que fille de l'amour. Le temps me donnera l'avis que je dois prendre, Sur ce que je vous dois ou permettre, ou défendre ; Cependant délivrez votre esprit d'un tourment, Qui lui pourrait durer peut-être vainement. Elle s'en va la regardant de côté.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Le Secrétaire, Léonor.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Le Roi, Le Secrétaire.

LE SECRÉTAIRE, écrivant

Des têtes Souveraines.

LE SECRÉTAIRE, écrivant

Et les fers glorieux...

LE SECRÉTAIRE, écrivant

L'éclat...

LE SECRÉTAIRE, écrivant

Et par sa pureté.

LE SECRÉTAIRE, écrivant

Je prétends...

LE ROI, lui arrachant l'écrit

Voyons traître, à quoi tu peux prétendre.

LE SECRÉTAIRE, surpris

À rien, Sire, j'écris...

LE SECRÉTAIRE

Dieux !

LE SECRÉTAIRE

Seigneur !

SCÈNE VI. Gardes, Le Roi, Le Secrétaire.

LE SECRÉTAIRE

Ô Ciel !

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Le Roi, Le Comte, Don Bernard.

SCÈNE IX. Don Bernard, Don Lope, Lazarille.

la scène IX est noté DIXIÈME dans l'édition originale.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Le Roi, Le Comte, Léonor, Suite de gardes.

SCÈNE DEUXIÈME. Le Roi, Léonor, Gardes.

SCÈNE III. L'Infante, Le Comte, Le Secrétaire, Le Roi, Léonor, Gardes.

SCÈNE IV. Don Bernard avec le bâton de Général, Don Lope, Lazarille, Soldats, Le Roi, l'Infante, Léonor.

DON BERNARD

D. Bernard salue l'Infante et Léonor. Sitôt que j'eus rejoint vos légions fidèles, Dégoûtantes encor du sang de vos rebelles, Et les coeurs encor pleins de nobles sentiments, Qui portent aux progrès des grands événements. Ce grand corps pour son chef au travail insensible, Cet invincible bras d'un monarque invincible ; Marche sous le pouvoir que vous m'aviez commis, Et brûle de se rendre au camp des ennemis, Nous marchons jusqu'au point que de ses voiles sombres, La nuit sur l'univers vient étendre les ombres, Et que deux espions surpris à Laugarez, M'apprirent effrayés que l'armée était près ; À ce bruit épandu le sang bout, le coeur vole, Nous trouvons en la nuit un obstacle frivole, Nous marchons sans broncher dans les plus sombres lieux, Pour y guider nos pas, nos coeurs nous servent d'yeux, Et l'ardeur qui conduit nos âmes invincibles, Craint d'autant moins les coups, qu'ils seront moins visibles ; Enfin dans le silence et l'ombre de la nuit, Par un taillis épais, nos rangs filant sans bruit, Et de tous les côtés chacun prêtant l'oreille, Dans ce calme profond, un bruit sourd nous réveille ; Que du commencement nous ne distinguons pas, Mais qui s'élève enfin et croît à chaque pas, On fait halte, et la doute est bientôt confirmée ; Nous discernons au bruit la marche de l'armée ; Je cueille les avis en ce besoin instant, Autant à notre honneur qu'à l'État important. Et le dessein formé, fais donner les alarmes, Par un son de tambours, de trompettes et d'armes, Capable par son bruit d'exciter tant d'horreur, Que parmi tout le Camp il jette la terreur ; Pendant qu'il délibère au coup de ce tonnerre, Dans un canton du bois le nôtre se resserre ; Et chacun ( mais toujours par le soin que j'en prends ) En état de donner, s'y couche dans ses rangs ; Sur ce temps un soldat de mérite et de marque, Pour qui j'aurais besoin, ô généreux Monarque, De toute l'éloquence et de toutes les voix, Dont le Sénat Romain retentit autrefois ; Et que l'antiquité donne à la renommée, Tirant un Camp volant du gros de notre armée ; Descend une colline, et d'un coeur indompté, Favorisé des lieux et de l'obscurité, Par un sentier secret se jette où l'adversaire, Dessus cette surprise, effrayé délibère ; Il lâche après le pied, recule en combattant Feint de faire retraite, et retourne à l'instant ; Suit enfin si longtemps ce généreux caprice, Et donne aux ennemis un si long exercice, Que les plus aguerris, et les plus gens de coeur, Perdent en ce travail leur plus mâle vigueur, Pendant que dans le bois à l'abri de l'orage, Des nôtres reposants, la force se ménage.

DON BERNARD

À peine de la nuit, le jour tirait les voiles, Et de ses traits dorés faisait fuir les Étoiles, Que nos gens rejoignant ce généreux soldat, Délassés, frais, dispos, et brûlants du combat, Ont paru dans la plaine et fait voir sur leur face, Aux ennemis tremblants leur martiale audace ; Les deux Camps approchés, enfin ce jeune Mars, S'étant saisi d'ardeur, d'un de nos étendards, Pour exciter encor nos vigueurs r'affermies, Le lançant dans les rangs des troupes ennemies, Retirons, a-t-il dit, Coeurs nobles et vaillants, Les drapeaux d'Aragon des mains des Castillans ; Donnons mes compagnons. À ce mot il s'avance, Le Cimeterre en main comme un foudre s'élance, Et sans rien redouter passant de rang en rang, À tout le Camp qui suit, fraye un chemin de sang, Tout l'obstacle où nos bras lancent notre tonnerre, Contre notre valeur, ne semble que du verre ; À ce choc, l'ennemi déjà demi détruit, Par l'incommodité du travail de la nuit, Défend si faiblement et sa vie et sa gloire, Qu'il semble hors d'espoir, négliger la victoire ; Et nous vouloir ôter prévoyant son malheur, La gloire que l'obstacle apporte à la valeur. Ce noble coeur enfin pour presser sa conquête, Du premier qu'il rencontre ayant tranché la tête ; Et l'exposant en vue à tous les deux partis, Le Ciel ( dit-il ) est juste, et nous a garantis ; Ce bras, de Don Carlos, vient d'expier l'audace, Le sang des ennemis à ce discours se glace, Et les plus fiers du sort détestant la rigueur, À peine pour la fuite ont assez de vigueur ; Tout nous fait jour, tout ploie, et par ce stratagème, Notre victoire arrive à sa gloire suprême ; Je n'ose vous nommer ce démon des combats, Mais je le nomme assez en ne le nommant pas : Et n'en puis mieux parler que par la violence, Qui me ferme la bouche, et m'oblige au silence.

LÉONOR, bas

Ses bienfaits sont trop peu pour son mérite extrême, S'il ne lui fait encor un présent de moi-même.

Tous s'en vont, le Roi conduit Léonor, et Don Bernard l'Infante.

SCÈNE V. Don Lope, Lazarille.

SCÈNE VI. Dorothée, Don Lope.

DOROTHÉE, à Lazarille

Viens.

SCÈNE VII. Don Bernard, Don Lope.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. l'Infante, Don Bernard.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Don Lope, l'Infante.

SCÈNE V. Le Roi, Gardes, Don Lope, l'Infante.

DON LOPE, s'approchant du Roi

Mon mauvais sort, Grand Roi...

LE ROI, se retirant

Passe, que me veux-tu ?

GARDES, le tirant par les épaules

Tôt dehors.

SCÈNE VI. Le Roi, l'Infante.

SCÈNE VII. Don Bernard, Don Lope.

SCÈNE VIII. Lazarille, Don Lope, Don Bernard.

DON LOPE, jetant la lettre et l'écharpe

Quel mortel à ce point fut jamais interdit ?

SCÈNE IX. Le Roi, Le Comte, Le Secrétaire, Gardes, Don Bernard.

SCÈNE DERNIÈRE. l'Infante, Le Comte, Léonor, Le Secrétaire d'un côté, Le Roi, Don Bernard d'autre côté.

LE ROI, les faisant embrasser

Il en a le nom même avecques le mérite.

1 923 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0