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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers

L'Heureuse Constance

Jean de Rotrou· imprimée en 1636· 5 actes· 1 765 vers· 17 personnages

Personnages

  • LE ROI DE HONGRIE
  • TIMANDRE, gentilhomme du Roi, frère de Rosélie
  • LYSANOR, gentilhomme du Roi
  • ROSÉLIE, maîtresse du Roi
  • FLORIS, nourrice de Rosélie
  • PÂRIS, ambassadeur du Roi
  • ALCANDRE, frère du Roi
  • ARGANT, gentilhomme, ami de Pâris
  • ARGANT, Reine de Dalmatie
  • UN MESSAGER DU ROI
  • OGIER, valet d'Alcandre
  • UN CONSEILLER DE LA REINE
  • FLORINÉE, dame de compagnie de la Reine
  • LYSIMANT, gentilhomme de la suite d'Alcandre
  • UN PAGE DU ROI
  • SUITE DU ROI
  • SUITE DE LA REINE
MADAME,

À LA REINE

Après que Rosélie a trouvé une favorable entrée au Louvre, et dans Saint-Germain, et que de votre propre bouche vous m'avez fait l'honneur de me dire qu'elle était infiniment agréable aux yeux de votre Majesté ; ce serait une coupable modestie, que celle qui la tiendrait encor dans la défiance de soi-même, et qui l'empêcherait de s'exposer à la vue de vos sujets : L'estime que vous en faites lui permet une honnête vanité, et pourvu qu'elle ne s'emporte pas jusques à l'insolence, vous lui avez donné de quoi soutenir toute la bonne opinion qu'elle peut avoir de foi. Les louanges d'une bouche comme la vôtre ne s'obtiennent ni par hasard ni par faveur, comme elles procèdent de cette sublime connaissance, et de ces admirables lumières qui précèdent tous vos sentiments, elles ne peuvent être soupçonnées ni d'excès ni de défauts : et je m'assure que celle de vos filles à qui vous disiez le matin qu'elle ferait belle, ne verrait son miroir de tout le jour, et n'appellerait pas du jugement de votre Majesté. Roselie se peut vanter de cette faveur ; aussi n'a-t-elle voulu consulter ni l'Academie, ni les Esprits forts, après l'honneur de votre approbation, elle se montre sans contrainte, et pour faire taire tous les envieux, elle ne dira que ce mot, JE PLAIS À LA PLUS GRANDE REINE DU MONDE.

Je suis MADAME, de votre Majesté,

Le très humble, très obéissant, et très obligé serviteur et sujet,

ROTROU.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Le Roi de Hongrie, Timandre, Lysanor, Suite du Roi, tous en habits de villageois.

SCÈNE II. Le Roi de Hongrie, Timandre, Lysanor, Suite du Roi, Rosélie en villageoise, Floris, sa nourrice.

ROSÉLIE

Vois comme ils vont gausser.

Elles s'enfuient.

SCÈNE III. Rosélie, Floris, puis Timandre.

ROSÉLIE

Quatre si bon vous semble.

À part.

Je sens rougir mon front, et tout le corps me tremble.

Elles se cachent le visage de leur mouchoir.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Pâris, Timandre.

SCÈNE II. Le Roi, Alcandre, Lysanor.

SCÈNE III. Le Roi, Timandre, Alcandre, Lysanor.

SCÈNE IV. Arthémise, Reine de Dalmatie, Florinée, Suite de la Reine.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Le Roi, Rosélie, Alcandre.

SCÈNE II. La Reine, Pâris, Argant, Suite de la Reine.

En Dalmatie.

SCÈNE III. Le Roi, Lysanor, puis Alcandre et Ogier, puis Rosélie.

En Hongrie.

LE ROI

Je proposais déjà de pourvoir là-dessus, Et je ne trouve point mes sentiments déçus ; Je me figurais bien, rompant ce mariage, Qu'elle s'allait armer pour un second voyage ; Mais si le ciel permet ce que j'ai projeté, J'ai de quoi retenir son animosité, Et de quoi m'acquérir le bonheur que j'espère, Éloignant de ces lieux l'auteur de ma misère.

Lysanor et le messager sortent.

Allez quérir Alcandre. Heureuse invention ! Dernier et seul espoir de mon affection ! Par toi je fléchirai cette belle inhumaine ; Elle sera sensible à l'excès de ma peine ; Elle ne pourra plus serrer que mes liens ; Elle n'aura plus d'yeux à sécher que les miens. Depuis qu'on a perdu l'objet de ses pensées, Les inclinations sont bientôt effacées ; Et le temps, étouffant les regrets plus cuisants, Nous a bientôt rangés sous les objets présents ; Quelque appréhension que l'hiver fasse naître, On s'y résout pourtant quand l'été cesse d'être ; Quand elle n'aura plus à répondre qu'à moi. J'aurai plus de moyen. Mais il vient, je le vois.

Alcandre vient avec Lysanor ; Ogier, valet d'Alcandre, les suit.

Vous venez partager une affaire importante Où vos contentements passeront votre attente, La couronne d'hymen va ceindre votre front ; Mille petits Amours en Cythère la font ; Et celle de monarque en Dalmatie est prête De vous donner ce titre, et d'orner votre tête. La Reine veut venger l'affront qu'elle a reçu, Mais j'ai contre ce mal un remède conçu ; Vous pouvez de ses mains faire tomber les armes, Assurer mon repos, et jouir de ses charmes : Il faut vous disposer à voir sa majesté, Pour réparer l'hymen que j'avais projeté ; Dire que ne pouvant à mes voeux satisfaire, Pour des raisons d'état, et que nous devons taire, En vous, je crois moi-même accepter cet honneur, Si nous devons encor espérer ce bonheur. J'enverrai de mes gens disposer son courage, À ne pas rejeter cet heureux mariage ; Ici, pour m'assurer de votre affection, Répondez seulement par l'exécution.

ALCANDRE

Monsieur...

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Le Roi, Pâris, Argant.

SCÈNE II. Alcandre, Ogier, en habits de prince, Suite, puis Lysimant.

En Dalmatie.

SCÈNE III. La Reine, Un Conseiller, Florinée.

SCÈNE IV. La Reine, Le Conseiller, Florinée, Ogier, Alcandre, Lysimant, Suite.

OGIER, en sortant, tâte le menton à Florinée devant la Reine

Je veux beaucoup de bien à cette belle fille ; Son port est gracieux, et sa taille gentille.

SCÈNE V. Le Roi, Un Page.

En Hongrie.

LE ROI

Détache ton bandeau, fier tyran de nos âmes ; Pèse ma qualité, considère mes flammes ; Vois qu'entre tes sujets un Roi souffre le plus, Que j'ai cent fois reçu la honte d'un refus. Esclave infortuné d'une de mes sujettes, J'ai cent fois découvert mes passions discrètes ; J'ai poussé des soupirs, j'ai langui, j'ai pleuré, J'ai ses yeux inhumains à genoux adoré, Et je trouve toujours son coeur inexorable. N'es-tu pas satisfait, tyran impitoyable ! Si tu n'as résolu de me priver du jour, Change bientôt, cruel, sa haine ou mon amour. Après avoir poussé tant d'inutiles plaintes, Je tente une autre voie, et j'ai recours aux feintes : Je sais qu'Alcandre seul rend mon sort malheureux, Et qu'autant qu'elle l'aime, il en est amoureux ; S'ils s'aimaient un peu moins, deux lettres supposées Rendraient facilement leurs âmes divisées ; L'un l'autre se croyant sous l'hymen asservis, Je verrais mes desseins d'un doux effet suivis. Quoi qu'il doive arriver, je sonde cette voie, Alcandre aura dans peu la lettre que j'envoie ; Il reste de porter à cet objet charmant Celle-ci que je viens de tracer fraîchement ; L'ingrate, la jugeant de la main de mon frère, Croira que son hymen ne se peut plus distraire ; Qu'elle doit étouffer des inutiles feux, Et se montrer enfin plus sensible à mes voeux. Comme lui, recevant l'autre écrit qu'on lui porte, Et croyant qu'il vient d'elle, et que sa flamme est morte, Que le noeud de l'hymen l'a soumise à mon sort, Oubliera ses appas qu'il a chéris si fort.

Au page.

Cours, porte cette lettre à cette âme cruelle, Et feins d'être envoyé de mon frère vers elle ; Jure de l'avoir vu sous ce joug se ranger, Et sonde si son coeur ne pourra point changer.

Le Roi sort. Le page prend la lettre, et va trouver Rosélie.

SCÈNE VI. Pâris, Argant, puis Rosélie.

SCÈNE VII. Alcandre, Ogier, Un Messager, Suite du Roi.

En Dalmatie.

ALCANDRE, ouvre la lettre, et lit

Contenu de la lettre.

« Partagez ma bonne fortune, Mon frère, Rosélie a fini ses mépris ; Un heureux mariage assemble nos esprits, Et la rigueur du sort ne m'est plus importune. Vous, possédez bientôt la Reine : Caressons à l'envi ces objets de nos voeux, Et ne songeons qu'à prendre une agréable peine, À qui se donnera le premier des neveux. »

FERNAND.

Et puis, assurons-nous en leur sexe perfide Où si visiblement l'inconstance préside ; Croyons que leurs discours ouvrent leurs sentiments ; Espérons en leur foi, révérons leurs serments ! Hélas ! Que ma croyance était mal assurée. Quelque fidélité que nous eussions jurée ! Que j'avais mal fondé mon espoir innocent ! Que son esprit est faible, et qu'un sceptre est puissant ! La femme prise peu le titre de constante Lorsque celui de Reine est l'appât qui la tente. Donc, ce cruel tyran de mes affections Mesure ses plaisirs à mes intentions ; Il possède mon bien, il goûte mes délices, Il cueille, l'inhumain, le fruit de mes services ; Ce qu'amour me donnait, le pouvoir l'a fait sien, Il obtient toute chose, et je n'espère rien ! Mais que me sert, hélas ! Cette inutile plainte ? En la fidèle ardeur dont mon âme est atteinte, Malgré son changement, j'adore ses appas, Le dessein que j'ai fait ne s'altérera pas. Je relève d'un dieu plus fort que ma colère, Je l'adorais constante, et je l'aime légère ; Je l'aimais la voyant, je l'aime sans la voir ; Je l'aimais espérant, je l'aime sans espoir. Pesant la qualité de l'appât qui la flatte, Je pardonne mon mal à cette belle ingrate ; Et je veux dans ses mains, malgré tant de froideur, Confirmer les serments d'une fidèle ardeur. Partons secrètement ; en ce point déplorable, Le respect de la Reine est peu considérable.

Il sort.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Rosélie, Floris.

Dans une chambre.

SCÈNE II. Rosélie, Floris, Lysanor, Suite.

ROSÉLIE, seule assise, et regardant la couronne

Pour qui dois-je incliner de deux objets puissants Dont l'un m'ôte le coeur, l'autre éblouit mes sens ? Quel envieux démon suscite la fortune D'offrir à mes regards sa grandeur importune ? Les charmes de l'amour ne suffisaient-ils pas ? Puis-je de tous les deux accorder les appas ? Amour ! Dieux, quel abus égale ma folie ! Aimerai-je toujours un ingrat qui m'oublie ? Portons ailleurs l'ardeur de nos voeux superflus : Mais qu'aimerais-je, hélas ! Si je ne l'aime plus ? Sors par un tel effort de ce honteux servage, La couronne est le prix de ce coup de courage. Non, je préfère Alcandre aux plus rares objets, Le Roi de mes désirs vaut mieux que des sujets ; Je vis plus glorieuse en son obéissance, Que si je possédais une entière puissance. Oui ; mais il a jugé mon destin trop heureux, Alors qu'il présidait à mon coeur amoureux ; Du rang de ses sujets l'ingrat m'a séparée, Comme si le servant j'étais trop honorée ; Et pour l'heur d'obéir que je me vois ravir, Un Roi plus glorieux m'offre de me servir. Contentons ce monarque, acceptons sa couronne, Partageons avec lui l'éclat qui l'environne ; Ôtons-nous pour jamais ce brasier hors du sein, Alcandre, cet ingrat, consent à ce dessein. Alcandre, hélas ! Ce mot divertit mon envie, Pour ne l'adorer plus, il faut perdre la vie ; Ma résolution ne se peut altérer, Quelque espoir que lui-même ait de nous séparer. Floris revient. Elle repousse le bassin.

ROSÉLIE, prenant la lettre

Ne le puis-je pas voir ?

ALCANDRE, se cachant derrière Rosélie

Tous mes soins sont trahis.

ROSÉLIE, lui donnant la lettre d'Alcandre

Sire, vous le verrez au bas de cet écrit.

LE ROI, lit

Alcandre !

LE ROI, retenant Rosélie

Rosélie, où cours-tu, ma déesse ?

SCÈNE III. La Reine de Dalmatie, Florinée, déguisées en pèlerines.

En Hongrie.

SCÈNE IV. Rosélie, Floris, puis La Reine et Florinée, puis Timandre, puis Pâris et Argant, puis Le Roi avec sa suite, puis Alcandre et Ogier.

Dans la chambre de Rosélie.

LE ROI, retenant Pâris et Timandre

Où courez-vous, animés de la sorte ?

1 765 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica