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un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers· Comédie

La Soeur

Jean de Rotrou· imprimée en 1636· 5 actes· 1 820 vers· 11 personnages

Représentée pour la première fois, en 1649.

Personnages

  • LÉLIE, amant d'Éroxène, crue Aurélie
  • ÉRASTE, amant d'Aurélie, crue Éroxène
  • ANSELME, père de Lélie
  • ORGIE, oncle d'Éroxène
  • AURÉLIE
  • ÉROXÈNE
  • CONSTANCE, mère d'Aurélie
  • LYDIE, suivante d'Aurélie, crue Éroxène
  • ERGASTE, valet de Lélie
  • GÉRONTE, vieillard
  • HORACE, fils de Géronte

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Lélie, Ergaste.

ERGASTE

Oui.

ERGASTE

Sans feinte.

SCÈNE II. Lydie, Éraste.

ÉRASTE

Achève.

ÉRASTE

De quoi ?

LYDIE, le retenant

Où courez-vous ?

SCÈNE III. Éraste, Lélie, Ergaste.

LÉLIE, à part

C'est lui !

LÉLIE, à Ergaste

Il discourt en lui-même.

ERGASTE, à Lélie

Que ne lui parlez-vous ?

ÉRASTE

Lélie.

LÉLIE

Quand de la reine Bonne, et d'effet et de nom, En Pologne mon père eut l'heur d'être échanson, Assez considéré par l'honneur de lui plaire, Pour vous le faire court, il y manda ma mère ; Et, nous voulant à tous partager son crédit, Souhaita que ma soeur encore s'y rendît, Que ma mère élevait en sa plus tendre enfance ; Car pour moi, déjà grand et hors de sa puissance, J'avais suivi mon père, et, sorti de son sang, Dedans la cour déjà possédais quelque rang ; Elles partirent donc, et croyant la fortune Avoir trop fait pour nous pour leur être importune, L'une en quête d'un père, et l'autre d'un mari, Vinrent, pour nous trouver, s'embarquer en Bari ; Mais le pilote à peine eut laissé choir les voiles, Qu'un vent impétueux, en déchirant les toiles, Les écarta si loin que l'on crut leurs vaisseaux Le débris d'un écueil ou le butin des eaux ; Quinze ans s'étaient coulés sans qu'aucunes nouvelles En Pologne ou dans Nole eussent rien appris d'elles ; Et comme, après des soins si longs et superflus, Mon père n'en cherchait ni n'en espérait plus, Depuis deux ans enfin il a su que ma mère, Tombée avec ma soeur au pouvoir d'un corsaire, Près d'une île écartée où le vent les poussa, Avait été vendue aux agents d'un bassa ; Qu'à l'égard de ma soeur elle en fut séparée, Et suivit un marchand de quelque autre contrée. Mon père à ce bonheur se sentit transporter, Et ne jugeant que moi qui les pût racheter, Outre six cents ducats, me fit pour ce voyage Ordonner l'appareil d'un honnête équipage. Venise, où j'arrivai pour mon embarquement, Vit finir mon voyage et naître mon tourment ; Et l'endroit où je crus laisser ma lassitude M'excita tant de peine et tant d'inquiétude, Mais de peine si chère et si douce à souffrir, Que jusques à présent je n'en ai pu guérir : À l'heure du souper, la table fut couverte Par des mains dont Amour avait juré ma perte, Les mains d'une beauté dont l'abord me ravit, Et qui m'asservit plus qu'elle ne me servit : Sophie était le nom de ce charme visible, Qui, surprenant un coeur jusqu'alors insensible, En fit en ce repas, par ses regards vainqueurs, Un mets à ce tyran qui ne vit que de coeurs. Enfin, blessé d'amour, je fis lever la table, Espérant perdre au lit ce tourment agréable ; Mais le sommeil, qui lors charmait tout l'univers, Ne put fermer les yeux qu'Amour avait ouverts. L'exercice du jour endort l'inquiétude ; Mais la nuit elle veille et nous devient plus rude : Le lendemain Ergaste, ignorant mon amour, Se rendit en ma chambre aussitôt que le jour, Et me dit qu'un vaisseau m'attendait à la rade.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Lélie, Aurélie, Ergaste.

SCÈNE II. Anselme, Ergaste.

ANSELME

Seul ?

ANSELME

Eh bien ?

ANSELME

Éraste !

ERGASTE

Un fourbe.

ERGASTE

Un lâche.

ANSELME

Un gueux.

ANSELME

Un infâme.

ERGASTE

Un faquin.

SCÈNE III. Éroxène, Lydie.

SCÈNE IV. Éraste, Lydie.

LYDIE, à part

Ô dieux !

SCÈNE V. Anselme, Éraste, Lydie, sans être vue.

LYDIE, seule

Ô noire perfidie ! ô siècle ! ô monde immonde ! Source en crimes, en fraude, en misères féconde ! Vil théâtre des jeux et du sort et du temps, Qui se peut garantir des lacs que tu nous tends ? Triste objet de pitié, trop fidèle Éroxène, Ou trop simple plutôt, trop crédule et trop vaine, D'avoir cru posséder assez d'autorité Pour obliger ce sexe à quelque fermeté ; Un sexe qui du nôtre incessamment se joue, Plus changeant que le sort, moins stable que sa roue, Et pour qui toutefois, malgré son changement, Notre sexe imbécile a tant d'attachement ; Fais maintenant état des devoirs de ces traîtres, Si peu nos serviteurs, et si longtemps nos maîtres, Et dont ou l'inconstance ou la possession Du jour au lendemain éteint l'affection ; Si larges en serments, si riches en promesses, Qui par tant d'artifice excitent nos tendresses ; Qui mourants, languissants, et si près de leur fin, Ressuscitent le soir de la mort du matin. Porter le coup mortel dans le sein d'Éroxène, Est travailler, dit-il, pour la tirer de peine ! Que feras-tu, chétive ? et, pour tant de douleurs, Deux yeux te pourront-ils fournir assez de pleurs ? Jamais, jamais du sort les plus sanglants outrages N'ont produit de sanglots, de désespoirs, de rages, De troubles, de transports ni de forcènements Sensibles à l'égal de tes ressentiments ! T'imite qui voudra, ton mal me rendra sage ; J'éviterai l'écueil où j'ai vu le naufrage ; Tous les charmes d'amour auront beau me tenter, Et qui m'attrapera s'en pourra bien vanter.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Géronte, Horace, tous deux vêtus a la turque.

SCÈNE II. Géronte, Horace, Anselme.

GÉRONTE

Voyez !

ANSELME

À quoi ces habits turcs ? Dansez-vous un ballet ? Portez-vous un momon ?

Momon : Espèce de danse exécutée par des masques. [L]

GÉRONTE

Horace.

ANSELME

Et bien ?

SCÈNE III. Géronte, Horace, Anselme, Aurélie.

ANSELME

Dieux !

GÉRONTE

Sophie.

AURÉLIE

Souffrez...

GÉRONTE

Je le veux.

À Horace.

Mem.

HORACE

Bel sem.

GÉRONTE

Adieu, jusqu'au revoir.

Il sort.

SCÈNE IV. Lélie, Ergaste, Anselme, Horace.

LÉLIE

Et tôt.

LÉLIE, à Ergaste

Ne te relâche pas.

LÉLIE, à part

Dieux !

ANSELME

De quoi ?

ERGASTE

Eh bien, lui parlant turc, je sais bien le confondre.

Cabrisciam ogni Boraf, embusaim, Constantinopola ?

HORACE

Ben Belmen, ne sensulez.

ERGASTE, à Horace

Carigar camboco, ma io ossasando ?

HORACE

Bensem, Belmen.

ERGASTE

Ossasando, nequet, nequet, poter lever cosir Nola ?

HORACE

Sachina, Basumbasce, agrir se.

ERGASTE

Je le saurai bientôt. Viens ça.

Siati cacus naincon catalai mulai ?

HORACE

Vare hec.

SCÈNE V. Géronte, Anselme, Horace.

ANSELME

Le voilà.

GÉRONTE, à Horace

Soler ?

HORACE

Man.

GÉRONTE, à Horace

Dieux ! Qu'entends-je ?

Jerusalasy adhuc moluc acoceras maristo, viscelei,

Huvi havete carbulach.

HORACE

Eracercheter biradam suledi, ben belmen, ne sulodii.

GÉRONTE, à Horace

Acciam sembilir bel mes, mie sulmes ?

HORACE

Acciam bien croch soler, sen belmen, sen chroch soler.

GÉRONTE, à Horace, s'en allant

Ghidelum anglan Cic !

HORACE, le suivant

Ghidelum Baba !

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Lélie, Ergaste.

SCÈNE II. Lélie, Ergaste, Constance, vêtue à la turque.

CONSTANCE

Fais donc.

SCÈNE III. Lélie, Constance.

SCÈNE IV. Anselme, Constance, Lélie.

SCÈNE V. Aurélie, Anselme, Constance, Lélie, Ergaste.

LÉLIE, à Ergaste

Elle feint bien, Ergaste !

SCÈNE VI. Ergaste, Constance, Lélie.

SCÈNE VII. Lélie, Ergaste.

SCÈNE VIII. Éraste, Éroxène.

SCÈNE IX.

SCÈNE X. Lydie, Éraste

SCÈNE XI. Orgie, Lydie.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Lydie, ensuite Anselme

SCÈNE II. Lydie, Anselme.

ANSELME

Quel ?

LYDIE

Oui ; mais par ceux de Dieu qu'on ne peut pénétrer, Et qui des plus subtils passent l'intelligence, D'un outrage inconnu vous tirâtes vengeance ; Car enfin il advint que leurs biens augmentés, Et leurs possessions passant vos facultés, Au point qu'ils méditaient et se trouvaient en peine, De vous rendre Aurélie et reprendre Éroxène, Le ciel permit sa perte, et cet événement, De leur crime secret visible châtiment, Fut pour l'un et pour l'autre une atteinte funeste Qui leur coûta le jour. Mais oyez ce qui reste. Pamphile, sur le point de partir de ce lieu, Et d'aller rendre compte au tribunal de Dieu, Disposa de ses biens en faveur de son frère, Ce traître à qui le ciel soit à jamais contraire ! Ce malheureux Orgie, aux charges néanmoins Qu'au rachat d'Éroxène apportant tous ses soins, S'il la tirait des mains de ce peuple infidèle, Il lui devait choisir un parti digne d'elle, Et pour le rencontrer sortable à ses appas, La doter sur son bien de dix mille ducats ; Ou qu'arrivant qu'enfin sa recherche fût vaine, Votre vraie Aurélie et la fausse Éroxène, Par un article exprès du même testament, En prendrait par ses mains deux mille seulement. Faisant voir maintenant que celle qu'en Turquie Votre fils racheta sous le nom d'Aurélie Est la vraie Éroxène, et sa nièce en effet, Jugez s'il aura lieu d'en être satisfait, Et si son plus beau bien retournant à sa source, Et dix mille ducats lui sortant de sa bourse, Qui sont dix mille traits qui lui fendront le sein, Il se pourra vanter que mon courroux soit vain ! Ainsi je divertis un fatal mariage, Vous redonne une fille et venge mon outrage.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Anselme, Orgie.

ORGIE

Écoutez.

SCÈNE V. Constance, Aurélie, Lydie.

SCÈNE VI. Constance, Aurélie, Lydie, Anselme, Orgie, Éroxène.

SCÈNE VII. Constance, Aurélie, Lydie, Anselme, Orgie, Éroxène, Lélie, Éraste, Ergaste.

ERGASTE, lui touchant dans la main

Va, jamais autre objet n'aura ma liberté.

1 820 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica