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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers

Les Occasions Perdues

Jean de Rotrou· créée en 1635, imprimée en 1636· 5 actes· 1 824 vers· 13 personnages

Personnages

  • HÉLÈNE, reine de Naples
  • CLÉONTE, gentilhomme de la Reine
  • CLORIMAND, prince d'Espagne
  • ATYS, gentilhomme sicilien
  • ORMIN, gentilhomme sicilien
  • LERME, gentilhomme sicilien
  • LYSIS, serviteur de Clorimand
  • ADRASTE, amoureux d'Isabelle
  • ISABELLE, demoiselle de compagnie de la Reine
  • ALPHONSE, roi de Sicile
  • CLÉONIS, confident du roi
  • FILÉMON, confident de la Reine
  • CLÉONARD, confident de Cléonte
MADAME,

À MADAME LA COMTESSE DE SOISSONS.

Outre que j'ai pris avec la naissance l'honneur d'être votre créature, celui que vous m'avez fait de me voir si souvent de l'oeil dont vous voyez les choses qui ne vous déplaisent pas : et l'eftime que toute votre maison vous a vu faire de mes ouvrages, me rendent si justement votre obligé, et si passionnément votre serviteur, que votre nom est le plus agréable entretien de ma mémoire, comme votre mérite est la plus belle méditation de mon esprit ; En effet quelque éloquente que soit cette vieille fille de l'air qui dispense à son gré les louanges et les mépris, qui fait les héros, et les demi-dieux et qui donne aux Rois les plus beaux prix de leurs victoires, je confesse, MADAME, que bien qu'elle publie vos louanges en termes si glorieux, que notre Cour n'a point de Princesse qui la puisse entendre sans jalousie, quand elle parle de vous elle vous loue toutefois trop sobrement et depuis que j'ai l'honneur de vous approcher je connais qu'elle vous est plus avare que prodigue. Ce grand esprit qui vous fait fi clairement discerner nos grâces, et nos défauts, et cette extrême affection que vous avez pour les belles choses, vous rendent aussi considérable que votre naissance et ces qualités jointes à toutes les autres que vous possédez, excitent en ceux qui vous voient tant d'étonnement, et d'admiration, qu'ils avouent que ce que la renommée dit de vous est encor au dessous de ce qu'on en doit croire : mais votre modestie condamne déjà la longueur de cette lettre, et je ne croirais pas pouvoir satisfaire à la peine que vous avez prise de la lire à moins du présent qu'elle vous porte, et du dessein que je fais d'être toute ma vie,

MADAME,

Votre très humble, très obligé et très obéissant serviteur et sujet

ROTROU.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Hélène, Reine de Naples, en habit de chasse, Cléonte et Autres chasseurs.

SCÈNE II. La Reine, endormie, Clorimand, Atys, Ormin, Lerme.

ORMIN, lit

« L'épée à la main promptement, Et tuez Clorimand. »

Ils mettent tous l'épée à la main.

CLORIMAND

J'ai trop vu, par l'éclat qui ce front environne, Qu'il n'était destiné que pour une couronne ; Mon coeur m'en assurait, et votre seul aspect M'imposait, grande Reine, un si profond respect. Mais je ne fais déjà qu'ennuyer votre envie, Qui me veut obliger au récit de ma vie. L'Espagne est le pays où j'ai reçu le jour, Mon nom est Clorimand, ma demeure la cour ; Alphonse, jeune prince, enfin roi de Sicile, M'a longtemps honoré d'une amour inutile ; Son âge égal au mien égalait nos désirs, Nous aimions mêmes jeux, suivions mêmes plaisirs, Nous courions mêmes mers, et sa seule espérance De nos conditions faisait la différence. Enfin la mort ôta le sceptre à Ferdinand ; Alphonse fut pourvu de son grade éminent, Fils et neveu de rois, mais frère d'une dame À qui rien ne défaut qui puisse charmer l'âme : Le coeur le plus barbare obéit à sa loi, Et ses yeux n'ont pas moins de sujets que le roi. Sensible, comme un autre, à l'amoureuse atteinte, J'eus pour elle une ardeur violente, mais sainte ; Et son oeil, qui connut ce brasier apparent, Me vit d'autre façon que comme indifférent. De quiconque lui voue un service fidèle Je suis ou le plus vain, ou le plus chéri d'elle ; Je sais que rien de moi n'a mérité ce point, Mais je sais bien aussi que l'amour ne voit point. Enfin, quand nous croyons nos amours plus couvertes, Les pointes de l'envie ont nos âmes ouvertes ; Mille jaloux ont lu dans nos intentions, Et de fausses couleurs ont peint nos passions. Cette peste de gens toutes les cours infecte ; La meilleure action par eux devient suspecte. Leurs pas nous prévenaient où nous voulions aller ; Ce qu'elle me donnait, je semblais le voler ; Pas un de ses regards ne m'était légitime ; Nommer cette beauté, c'était commettre un crime ; Un sourire, un trait d'oeil, un pas, une action, Étaient en leur croyance une assignation. Mais c'est trop différer ; leur envieuse rage M'a du roi qui m'aimait altéré le courage. Hélas ! Qu'un faible effort change les favoris ! Qu'ils sont près de la haine, alors qu'ils sont chéris ! Pour m'ôter à la soeur, ils ont cru nécessaire De me rendre odieux et de m'ôter au frère ; Qu'en ce point leur envie agit subtilement ! Ils mirent des appas en mon bannissement. Je fus nommé pour chef d'une puissante armée Contre les factions de Sardaigne animée ; Amour (Ah ! Que de force en la main d'un enfant !) Prit les armes pour moi, je revins triomphant. L'infante seulement fut aise de ma gloire, Et de mille faveurs honora ma victoire ; Je vis plus que jamais son esprit engagé : Ainsi pensant me nuire on m'avait obligé. Mais un démon contraire au bonheur de ma vie Avecque son amour fît redoubler l'envie, Et, quelque autre loyer que mon bras méritât, Ces gens m'ont accusé d'attenter sur l'état. Ils ont mis dans l'esprit de ce prince facile Que ma mort seulement assurait la Sicile, Que je devais mourir, s'il aimait à régner ; Mais que pour me défaire il fallait m'éloigner ; Qu'autrement, estimé du peuple et de l'infante, Mes cendres produiraient une guerre apparente. Ce prince, ayant longtemps ce dessein consulté, M'a fait ambassadeur vers votre majesté, Feignant de souhaiter qu'un heureux mariage Joignit à votre sort sa fortune et son âge. Ceux que vous avez vus accompagnaient mes pas, Sans avoir toutefois résolu mon trépas ; Ils portaient un billet, fermé des mains du prince, Qu'ils ne devaient ouvrir que dans cette province, Où, l'ouvrant en ces lieux, ils ont lu seulement : « Hâtez-vous, tuez Clorimand. » Le ciel qui les a vus animés à ma perte M'a favorablement votre assistance offerte, A voulu vous donner un sujet aujourd'hui Qui, vous devant le jour, vous dût autant qu'à lui.

SCÈNE III. Cléonte, Lysis, lié, La Reine, Clorimand et autres serviteurs.

SCÈNE IV. Ormin, Atys, Lerme.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Adraste, Isabelle, en la cour du palais.

SCÈNE II. La Reine, Isabelle, Cléonte, Adraste, Clorimand

ISABELLE

D'Amour.

SCÈNE III. Clorimand, Cléonte, Lysis.

ISABELLE

Ici, Lysis.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Clorimand, Cléonte, Lysis.

SCÈNE III. Adraste, venant pour voir sa maîtresse, Clorimand, La Reine, Lysis.

CLORIMAND, allant à Adraste

Cléonte, parlez-moi d'une âme plus ouverte : Est-ce que votre haine a résolu ma perte ? Et quand vous me juriez une immuable foi, Était-ce de m'ôter les jours que je vous dois ? Aspirez-vous, Cléonte, aux faveurs d'Isabelle ? En me privant du jour vous me priverez d'elle, Si ce divin objet ne me chérit assez Pour suivre ma chère ombre entre les trépassés ; Mais ayant seulement de l'amour pour la Reine, Elle seule vivant sur vos jours souveraine, Que votre coeur n'a-t-il des sentiments plus sains, Et pourquoi venez-vous traverser mes desseins ? Jugez un peu des maux où votre humeur m'expose. Qu'en l'art de bien aimer vous savez peu de chose ! Vous vous en acquittez de mauvaise façon, Si vous n'en savez pas la première leçon : Les coeurs les moins versés en cette belle étude Ont appris que l'amour cherche la solitude ; Qu'il se plaît dans un bois, dans l'antre d'un rocher, Tant ce honteux enfant aime de se cacher. Pourquoi ce petit dieu se bande-t-il la vue ? Croyez-vous cette humeur de raison dépourvue ? Cléonte, c'est l'humeur du véritable amant : Ce n'est pas bien aimer, que d'aimer autrement. Je perds toute espérance, et ma mort est voisine Puisque mon confident entreprend ma ruine. En mon aveuglement je suis bien sans pareil ! Qui me perd, est celui dont je suis le conseil ; Je demande à celui qui veut m'ôter la vie, Comment j'empêcherai qu'elle me soit ravie ; Je m'enquête aux voleurs où je pourrai cacher Le trésor amoureux que mon coeur tient si cher. Je vous l'ai découvert, ce miracle visible À même point que moi se voit l'âme sensible : Si demain je n'obtiens le plaisir le plus doux, Je n'en puis accuser que votre esprit jaloux. Derechef croyez-moi, par le nom d'Isabelle, Que votre seule humeur me peut séparer d'elle.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Le Roi Alphonse, en ambassadeur, allant à Naples, Cléonis et Autres serviteur.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Clorimand, Adraste.

ADRASTE

Une femme.

CLORIMAND demeure seul étonné, et, regardant ce qu'Adraste lui a laissé, il lit la première lettre

Contenu de la première lettre.

« Adraste ne diffère plus, « On n'attend rien que tes demandes : « Tous ces écrits sont superflus, « Il te faut des faveurs plus grandes. « On autorise nos amours, « Le ciel a reçu tes offrandes, « Hymen dût avoir joint nos jours. »

ISABELLE.

Autre lettre.

« Adraste, il est vrai que je t'aime Autant qu'une fille le doit ; Si mon sexe le permettait, Je te dirais plus que moi-même. Juge, recevant ces cheveux, Combien mon amour est extrême, Et combien tu me dois de voeux. »

ISABELLE.

Autre lettre.

« Tes voeux ont enfin la victoire, Ils t'ont ce portrait procuré. En vain d'autres l'ont désiré, Vante-toi seul de cette gloire ; Baise-le, mais dans ces transports Conserve toujours la mémoire Qu'il te faut posséder le corps. »

ISABELLE.

Ah, perfide ! est-il vrai que j'idolâtre une onde ? Est-ce dessus du vent que mon espoir se fonde ? Adraste, encore un mot, je ne veux qu'un moment... Mais il n'est plus ici, j'appelle vainement. Adorable tableau ! serais-tu la peinture Du plus muable objet qui soit en la nature ? En dois-je redouter un si cruel affront ? Ne le puis-je juger par les traits de ce front ? Hélas ! il est trop vrai, ma perte est trop certaine, Elle promet en vain du secours à ma peine ; Elle tient tous objets dans un ordre commun, Et promettant à tous n'en oblige pas un. Donc, ce fut ce jaloux qui reconnut ma flamme, À qui j'ouvris hier les secrets de mon âme ? Adraste, tu vis donc que j'aimais ses appas, Aux lieux où tes soupçons avaient conduit tes pas ? Mais elle vient.

Isabelle vient.

ISABELLE

Adraste ?

SCÈNE VI. Cléonte, Le Roi de Sicile, en ambassadeur, Cléonis, La Reine.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. La Reine, Filémon, Suite de la Reine.

SCÈNE II. Alfonse, roi de Sicile, Cléonis.

SCÈNE III. Adraste, Cléonte.

SCÈNE IV. Isabelle, Adraste.

ISABELLE

Vraiment, j'allais rentrer pour punir ta paresse.

Adraste entre chez Isabelle.

SCÈNE V. Clorimand, Lysis.

SCÈNE VI. Cléonte, Cléonard, et autres qui les accompagnent.

CLORIMAND, à part, toujours caché

Ah ! parole importune !

1 824 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica