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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Le Véritable Saint Genest

Jean de Rotrou· créée en 1646, imprimée en 1648· 5 actes· 1 750 vers· 20 personnages

Représenté pour la première fois en 1646.

Personnages

  • DIOCLÉTIAN, Empereur
  • MAXIMIN, Empereur
  • VALÉRIE, fille de Dioclétian
  • CAMILLE, suivante
  • PLANCIEN, Préfet
  • GENEST, comédien
  • MARCELE, comédienne
  • OCTAVE, comédien
  • SERGESTE, comédien
  • LENTULE, comédien
  • ALBIN, comédien
  • DÉCORATEUR
  • ADRIAN, représenté par Genest
  • NATALIE, par Marcele
  • FLAVIE, par Sergeste
  • MAXIMIN, par Octave
  • ANTHYME, par Lentule
  • GARDE, par Albin
  • GEÔLIER
  • Suite de Soldats et Gardes

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Valérie, Camille.

VALÉRIE

Le premier des césars apprit bien que les songes Ne sont pas toujours faux, et toujours des mensonges ; Et la force d'esprit, dont il fut tant vanté, Pour l'avoir conseillé, lui coûta la clarté. Le ciel, comme il lui plaît, nous parle sans obstacle ; S'il veut, la voix d'un songe est celle d'un oracle ; Et les songes, sur tout, tant de fois répétés, Ou toujours, ou souvent, disent des vérités Déjà cinq ou six nuits, à ma triste pensée, Ont de ce vil hymen la vision tracée, M'ont fait voir un berger, avoir assez d'orgueil, Pour prétendre à mon lit, qui serait mon cercueil ; Et l'Empereur mon père, avec violence, De ce présomptueux appuyer l'insolence ; Je puis, s'il m'est permis, et si la vérité Dispense les enfants à quelque liberté, De la mauvaise humeur, craindre un mauvais office ; Je connais son amour, mais je crains son caprice ; Et vois qu'en tout rencontre il suit aveuglément La bouillante chaleur d'un premier mouvement ; Sut-il considérer, pour son propre hyménée, Sous quel joug il baissait sa tête couronnée, Quand Empereur il fit sa couche et son État Le prix de quelques pains, qu'il emprunta soldat, Et par une faiblesse, à nulle autre seconde, S'associa ma mère à l'Empire du monde ? Depuis, Rome souffrit, et ne réprouva pas Qu'il commit un Alcide, au fardeau d'un Atlas, Qu'on vit sur l'Univers deux têtes souveraines, Et que Maximian en partagea les rênes : Mais pourquoi pour un seul tant de maîtres divers, Et pourquoi quatre chefs au corps de l'univers ? Le choix de Maximin, et celui de Constance, Étaient-ils à l'État de si grande importance, Qu'il en dut recevoir beaucoup de fermeté, Et ne put subsister sans leur autorité ? Tous deux différemment, altèrent sa mémoire, L'un par sa nonchalance, et l'autre par sa gloire ; Maximin, achevant tant de gestes guerriers, Semble, au front de mon père, en voler les lauriers ; Et Constance souffrant qu'un ennemi l'affronte, Dessus son même front en imprime la honte ; Ainsi, ni dans son bon, ni dans son mauvais choix, D'un conseil raisonnable, il n'a suivi les lois ; Et déterminant tout, au gré de son caprice, N'en prévoit le succès, ni craint le préjudice.

Alcide : autre nom d'Hercule.

SCÈNE II. Un Page, Valérie, Camille.

LE PAGE

Madame.

VALÉRIE

Quelle ?

SCÈNE III. Dioclétian, Maximin, Gardes, Soldats, Valérie, Camille, Plancien.

Il se fait un bruit de tambours et de trompettes. Maximin baise les mains de Valérie.

DIOCLÉTIAN

Suffit que c'est mon choix, et que j'ai connaissance Et de votre personne et de votre naissance ; Et que si l'une enfin n'admet un rang si haut, L'autre, par sa vertu, répare son défaut, Supplée à la nature, élève sa bassesse, Se reproduit soi-même, et forme sa noblesse ; À combien de bergers les Grecs et les Romains Ont-ils pour leur vertu vu des sceptres aux mains ? L'histoire des grands coeurs, la plus chère espérance, Que le temps traite seule avecques révérence, Qui ne redoutant rien, ne peut rien respecter, Qui se produit sans fard, et parle sans flatter, N'a-t-elle pas cent fois publié la louange De gens que leur mérite a tiré de la fange ? Qui par leur industrie ont leurs noms éclaircis, Et sont montés au rang où nous sommes assis ? Cyrus, Sémiramis, sa fameuse adversaire, Noms, qu'encor aujourd'hui la mémoire révère, Lycaste, Parrasie, et mille autres divers, Qui dans les premiers temps ont régi l'univers ; Et récemment encor dans Rome, Vitellie, Gordian, Pertinax, Macrin, Probe, Aurélie, N'y sont-ils pas montés ? Et fait de mêmes mains Des règles aux troupeaux, et des lois aux humains ; Et moi-même, enfin moi, qui de naissance obscure Dois mon sceptre à moi-même, et rien à la nature, N'ai-je pas lieu de croire en cet illustre rang Le mérite dans l'homme, et non pas dans le sang ? D'avoir, à qui l'accroît fait part de ma puissance, Et choisi la personne, et non pas la naissance ?

À Valérie.

Vous, cher fruit de mon lit, beau prix de ses exploits, Si ce front n'est menteur, vous approuvez mon choix ; Et tout ce que l'Amour, pour marque d'allégresse, Sur le front d'une fille amante, mais princesse, Y fait voir sagement que mon élection Se trouve un digne objet de votre passion.

SCÈNE IV. Un Page, Dioclétian, Maximin, Valérie, Camille. Gardes, Soldats, Plancien.

DIOCLÉTIAN

Qu'il entre.

SCÈNE V. Genest, Dioclétian, Maximin, Plancien, Valérie, Camille. Gardes, Soldats.

GENEST

Mon goût, à dire vrai, n'est point pour les récents ; De trois ou quatre au plus, peut-être la mémoire Jusqu'aux siècles futurs, conservera la gloire ; Mais de les égaler à ces fameux auteurs, Dont les derniers des temps seront adorateurs, Et de voir leurs travaux, avec la révérence Dont je vois les écrits d'un Plaute et d'un Térence, Et de ces doctes Grecs, dont les rares brillants Font qu'ils vivent encor si beaux après mille ans, Et dont l'estime enfin ne peut être effacée, Ce serait vous mentir, et trahir ma pensée.

Plaute : poète comique latin, né vers 227 avant JC à Sarsine (Ombrie), mort en 183, était directeur de troupe en même temps qu'auteur, et jouait souvent lui-même. (...) Plaute avait composé, dit-on, jusqu'à 120 pièces, mais on lui en attribuait beaucoup qui n'étaient pas de lui. Nous n'avons plus que 20 de ses pièces dont Meneschmes. [B]

Térence : poète comique latin, né probablement à Carthage vers 200 avant JC, fut esclave du sénateur Terentius Lucanus, qui l'affranchit et lui fit donner une bonne éducation, et dont le poète prit le nom par reconnaissance. (...) On a de Térence six comédies. Molière a tiré les Fourberies de Scapin du Phormion et Baron a imité l'Adrienne. (...) [B]

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Genest, Décorateur.

Le théâtre s'ouvre.

SCÈNE II. Genest seul, se promenant, et lisant son rôle, dit comme en repassant, et achevant de s'habiller.

SCÈNE III. Marcelle, Genest

SCÈNE IV. Genest seul, repassant son rôle, et se promenant.

GENEST

Il serait, Adrian, honteux d'être vaincu ; Si ton dieu veut ta mort, c'est déjà trop vécu ; J'ai vu, ciel, tu le sais, par le nombre des âmes Que j'osai t'envoyer, par des chemins de flammes, Dessus les grils ardents, et dedans les taureaux, Chanter les condamnés, et trembler les bourreaux.

Il répète ces quatre vers.

J'ai vu, ciel, tu le sais, par le nombre des âmes Que j'osai t'envoyer, par des chemins de flammes, Dessus les grils ardents, et dedans les taureaux, Chanter les condamnés, et trembler les bourreaux.

Et puis ayant un peu rêvé, et ne regardant plus son rôle, il dit.

Dieux, prenez contre moi ma défense et la vôtre ; D'effet, comme de nom, je me trouve être un autre ; Je feins moins Adrian, que je ne le deviens, Et prends avec son nom, des sentiments chrétiens ; Je sais (pour l'éprouver) que par un long étude, L'art de nous transformer, nous passe en habitude ; Mais il semble qu'ici, des vérités sans fard, Passent, et l'habitude, et la force de l'art, Et que Christ me propose une gloire éternelle, Contre qui ma défense est vaine et criminelle ; J'ai pour suspects, vos noms de dieux et d'immortels ; Je répugne aux respects qu'on rend à vos autels ; Mon esprit à vos lois secrètement rebelle, En conçoit un mépris qui fait mourir son zèle ; Et comme de profane, enfin sanctifié, Semble se déclarer, pour un crucifié ; Mais où va ma pensée, et par quel privilège Presque insensiblement, passai-je au sacrilège ? Et du pouvoir des dieux, perds-je le souvenir ? Il s'agit d'imiter, et non de devenir.

Le ciel s'ouvre, avec des flammes, et une voix s'entend, qui dit.

SCÈNE V. Le décorateur, venant allumer les chandelles, Genest.

LE DÉCORATEUR s'en allant, ayant allumé

Il repassait son rôle, et s'y veut surpasser.

SCÈNE VI. Dioclétian, Maximin, Valérie, Camille, Plancien, Suite de Soldats, Gardes.

DIOCLÉTIAN

Pour le bien figurer, Genest n'oubliera rien ; Écoutons seulement, et trêve à l'entretien.

Une voix chante avec un Luth.

LA PIÈCE COMMENCE.

SCÈNE VII. GENEST seul sur le Théâtre élevé, Diolcétian, Maximin, Valérie, Camille, Plancien, Gardes, assis. Suite de Soldats.

GENEST, sous le nom d'ADRIAN

Ne délibère plus, Adrian, il est temps, De suivre avec ardeur ces fameux combattants ; Si la gloire te plaît, l'occasion est belle ; La querelle du ciel, à ce combat t'appelle ; La torture, le fer, et la flamme t'attend ; Offre à leurs cruautés, un coeur ferme et constant ; Laisse à de lâches coeurs verser d'indignes larmes, Tendre aux tyrans les mains, et mettre bas les armes ; Toi, tends la gorge au fer, vois-en couler ton sang, Et meurs, sans t'ébranler, debout, et dans ton rang. La faveur de césar, qu'un peuple entier t'envie, Ne peut durer, au plus, que le cours de sa vie ; De celle de ton dieu, non plus que de ses jours, Jamais nul accident ne bornera le cours : Déjà de ce tyran, la puissance irritée, Si ton zèle te dure, a ta perte arrêtée ; Il serait, Adrian, honteux d'être vaincu ; Si ton dieu veut ta mort, c'est déjà trop vécu. J'ai vu, ciel, tu le sais, par le nombre des âmes Que j'osai t'envoyer, par des chemins de flammes, Dessus les grils ardents, et dedans les taureaux, Chanter les condamnés, et trembler les bourreaux ; J'ai vu tendre aux enfants une gorge assurée, À la sanglante mort qu'ils voyaient préparée ; Et tomber sous le coup d'un trépas glorieux, Ces fruits à peine éclos, déjà mûrs pour les cieux. J'en ai vu, que le temps prescrit par la nature, Était prêt de pousser dedans la sépulture, Dessus les échafauds presser ce dernier pas, Et d'un jeune courage, affronter le trépas ; J'ai vu mille beautés, en la fleur de leur âge, À qui jusqu'aux tyrans, chacun rendait hommage, Voir avecque plaisir, meurtris et déchirés, Leurs membres précieux, de tant d'yeux adorés ; Vous l'avez vu, mes yeux, et vous craindriez sans honte, Ce que tout sexe brave, et que tout âge affronte ! Cette vigueur, peut-être, est un effort humain ? Non, non, cette vertu, Seigneur, vient de ta main, L'âme la puise au lieu de sa propre origine, Et comme les effets, la source en est divine. C'est du ciel que me vient cette noble vigueur, Qui me fait des tourments mépriser la rigueur, Qui me fait défier les puissances humaines, Et qui fait que mon sang se déplaît dans mes veines ; Qu'il brûle d'arroser cet arbre précieux, Où pend pour nous le fruit le plus chéri des cieux. J'ai peine à concevoir ce changement extrême, Et sens que différent, et plus fort que moi-même, J'ignore toute crainte ; et puis voir sans terreur, La face de la mort, en sa plus noire horreur. Un seul bien que je perds, la seule Natalie, Qu'à mon sort un saint joug heureusement allie, Et qui de ce saint zèle ignore le secret. Parmi tant de ferveur, mêle quelque regret. Mais que j'ai peu de coeur, si ce penser me touche ! Si proche de la mort, j'ai l'amour en la bouche !

SCÈNE VIII. Flavie, Tribun représenté par Sergeste Comédien, Adrian, deux Gardes.

SCÈNE IX. Dioclétian, Maximin, Valérie.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Dioclétian, Maximin, Valérie, Camille, Plancien, Suite de gardes et de soldats.

SCÈNE II. Maximin, représenté par Octave Comédien, Adrian chargé de fers, Flavie, Suite de Gardes et de Soldats.

SCÈNE III. Maximin Acteur, Gardes.

SCÈNE IV. Flavie ramenant Adrian à la prison, Adrian, Le geôlier, Gardes.

SCÈNE V. Natalie, Flavie, Adrian, Le geôlier.

FLAVIE

Je vais faire espérer cet heureux changement ; Voyez-le.

Flavie s'en va avec les gardes et le geôlier se lève.

ADRIAN

Tais-toi femme, et m'écoute un moment. Par l'usage des gens, et par les lois romaines, La demeure, les biens, les délices, les peines, Tout espoir, tout profit, tout humain intérêt, Doivent être communs, à qui la couche l'est ; Mais que comme la vie, et comme la fortune, Leur créance toujours leur doive être commune, D'étendre jusqu'aux Dieux cette communauté ; Aucun droit n'établit cette nécessité. Supposons toutefois que la loi le désire, Il semble que l'époux, comme ayant plus d'empire, Ait le droit le plus juste, ou le plus spécieux, De prescrire chez soi le culte de ses dieux. Ce que tu vois enfin, ce corps chargé de chaînes, N'est l'effet ni des lois, ni des raisons humaines ; Mais de quoi des chrétiens j'ai reconnu le dieu, Et dit à vos autels un éternel adieu. Je l'ai dit, je le dis, et trop tard pour ma gloire, Puisqu'enfin je n'ai cru, qu'étant forcé de croire ; Qu'après les avoir vus, d'un visage serein, Pousser des chants aux cieux dans des taureaux d'airain ; D'un souffle, d'un regard, jeter vos dieux par terre, Et l'argile et le bois, s'en briser comme verre ; Je les ai combattus, ces effets m'ont vaincu ; J'ai reconnu par eux l'erreur où j'ai vécu ; J'ai vu la vérité, je la suis, je l'embrasse ; Et si César prétend par force, par menace, Par offres, par conseil, ou par allèchements, Et toi, ni par soupirs, ni par embrassements, Ébranler une foi si ferme et si constante, Tous deux vous vous flattez d'une inutile attente. Reprends sur ta franchise un empire absolu, Que le noeud qui nous joint, demeure résolu ; Veuve dès à présent, par ma mort prononcée, Sur un plus digne objet, adresse ta pensée ; Ta jeunesse, tes biens, ta vertu, ta beauté, Te feront mieux trouver, que ce qui t'est ôté. Adieu ; pourquoi (cruelle à de si belles choses) Noyes-tu de tes pleurs ces oeillets et ces roses ? Bientôt, bientôt le sort, qui t'ôte ton époux, Te fera respirer sous un hymen plus doux. Que fais-tu ? Tu me suis ! Quoi tu m'aimes encore ? Ô si de mon désir l'effet pouvait éclore ; Ma soeur, (c'est le seul nom dont je te puisse nommer)

L'embrassant.

Que sous de douces lois nous nous pourrions aimer ! Tu saurais que la mort, par qui l'âme est ravie, Est la fin de la mort, plutôt que de la vie ! Qu'il n'est amour ni vie en ce terrestre lieu, Et qu'on ne peut s'aimer, ni vivre qu'avec Dieu.

NATALIE

Je te vais satisfaire. Il me fut inspiré, presque aux flancs de ma mère ; Et presque en même instant le ciel versa sur moi La lumière du jour, et celle de la foi. Il fit qu'avec le lait, pendante à la mamelle, Je suçai des chrétiens la créance et le zèle ; Et ce zèle, avec moi, crût jusqu'à l'heureux jour, Que mes yeux, sans dessein, m'acquirent ton amour. Tu sais, s'il t'en souvient, de quelle résistance Ma mère, en cette amour, combattit ta constance ; Non qu'un si cher parti ne nous fût glorieux, Mais pour sa répugnance au culte de tes dieux ; De César toutefois, la suprême puissance, Obtint ce triste aveu de son obéissance ; Ses larmes seulement marquèrent ses douleurs, Car qu'est-ce qu'une esclave a de plus, que des pleurs ? Enfin le jour venu, que je te fus donnée, Va, me dit-elle à part, va fille infortunée, Puisqu'il plaît à César ; mais surtout souviens-toi, D'être fidèle au dieu, dont nous suivons la loi, De n'adresser qu'à lui tes voeux, ni tes prières, De renoncer au jour, plutôt qu'à ses lumières, Et détester autant les dieux de ton époux, Que ses chastes baisers te doivent être doux. Au défaut de ma voix, mes pleurs lui répondirent, Tes gens dedans ton char aussitôt me rendirent, Mais l'esprit si rempli de cette impression, Qu'à peine eus-je des yeux pour voir ta passion ; Et qu'il fallut du temps pour ranger ma franchise, Au point où ton mérite à la fin l'a soumise. L'oeil qui voit dans les coeurs clair comme dans les cieux, Sait quelle aversion j'ai depuis pour tes dieux ; Et depuis notre hymen, jamais le culte impie, (Si tu l'as observé) ne m'a coûté d'hostie ; Jamais sur leurs autels mes encens n'ont fumé ; Et lorsque je t'ai vu de fureur enflammé, Y faire tant offrir d'innocentes victimes, J'ai souhaité cent fois de mourir pour tes crimes ; Et cent fois vers le Ciel, témoin de mes douleurs, Poussé pour toi des voeux, accompagnés de pleurs.

SCÈNE VI. Flavie, Gardes, Arian, Natalie.

FLAVIE, le livrant au geôlier, et s'en allant

Vous en êtes coupable, en ne l'évitant pas.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Genest, Dioclétian, Maximin, etc.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Dioclétian, Maximin, Valérie, Camille, Plancien, Gardes, descendant du théâtre.

SCÈNE II. Adrian représenté par Genest, Flavie représentée par Segeste, Gardes, Dioclétian, Maximin, Valérie, Camille, Plancien, Suite de Gardes.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Natalie, Adrian.

ADRIAN, la voulant embrasser

Enfin chère moitié...

SCÈNE V. Anthyme, Adrian, Natalie.

MARCELE, qui représentait Natalie

Ma réplique a manqué, ces vers sont ajoutés.

SCÈNE VI. Flavie, Gardes, Marcelle, Lentule, Dioclétian, etc...

SCÈNE VII. Genest, Sergeste, Lentule, Marcele, Gardes, Dioclétian, Valérie, etc..

LENTULE, regardant derrière la tapisserie

Holà, qui tient la pièce ?

LENTULE

Quoi qu'il manque au sujet, jamais il ne hésite.

Au vers 1315, la négation est marquée "ne" pour faire l'alexandrin.

GENEST

Excusez-les, Seigneur, la faute en est à moi, Mais mon salut dépend de cet illustre crime ; Ce n'est plus Adrian, c'est Genest qui s'exprime ; Ce jeu n'est plus un jeu, mais une vérité, Où par mon action je suis représenté, Où moi-même l'objet et l'acteur de moi-même, Purgé de mes forfaits par l'eau du saint baptême, Qu'une céleste main m'a daigné conférer, Je professe une loi, que je dois déclarer. Écoutez donc, Césars, et vous troupes romaines, La gloire et la terreur des puissances humaines, Mais faibles ennemis d'un pouvoir souverain, Qui foule aux pieds l'orgueil et le sceptre romain ; Aveuglé de l'erreur dont l'enfer vous infecte, Comme vous, des chrétiens j'ai détesté la secte ; Et (si peu que mon art pouvait exécuter) Tout mon heur consistait à les persécuter ; Pour les fuir, et chez vous suivre l'idolâtrie, J'ai laissé mes parents, j'ai quitté ma patrie ; Et fait choix à dessein d'un art peu glorieux, Pour mieux les diffamer, et les rendre odieux ; Mais par une bonté qui n'a point de pareille, Et par une incroyable et soudaine merveille, Dont le pouvoir d'un dieu, peut seul être l'auteur, Je deviens leur rival de leur persécuteur ; Et soumets à la loi que j'ai tant réprouvée, Une âme heureusement de tant d'écueils sauvée ; Au milieu de l'orage, où m'exposait le sort, Un ange par la main, m'a conduit dans le port ; M'a fait sur un papier voir mes fautes passées, Par l'eau qu'il me versait, à l'instant effacées ; Et cette salutaire et céleste liqueur, Loin de me refroidir, m'a consommé le coeur ; Je renonce à la haine, et déteste l'envie, Qui m'a fait des chrétiens, persécuter la vie ; Leur créance est ma foi, leur espoir est le mien, C'est leur dieu que j'adore, enfin je suis chrétien ; Quelque effort qui s'oppose, en l'ardeur qui m'enflamme, Les intérêts du corps, cèdent à ceux de l'âme ; Déployez vos rigueurs, brûlez, coupez, tranchez, Mes maux seront encor moindres que mes péchés ; Je sais de quel repos cette peine est suivie, Et ne crains point la mort, qui conduit à la vie ; J'ai souhaité longtemps d'agréer à vos yeux, Aujourd'hui je veux plaire à l'empereur des cieux ; Je vous ai divertis, j'ai chanté vos louanges, Il est temps maintenant de réjouir les anges ; Il est temps de prétendre à des prix immortels, Il est temps de passer du théâtre aux autels ; Si je l'ai mérité, qu'on me mène au martyre ; Mon rôle est achevé, je n'ai plus rien à dire.

MARCELE, à genoux

Si la pitié, Seigneur.

PLANCIEN

Repassant cette erreur d'un esprit plus remis...

Dioclétian, sort avec toute la Cour.

SCÈNE VIII. Octave, Le Décorateur, Marcele, Plancien, Gardes.

PLANCIEN

Gardes ?

Un GARDE

Seigneur ?

SCÈNE IX. Plancien, Marcele, Octave, Sergeste, Lentule, Albin, Gardes, Décorateur, et autres assistants.

PLANCIEN, à Marcele

Que représentiez-vous ?

PLANCIEN, à Octave

Et vous ?

PLANCIEN, à Sergeste

Vous ?

PLANCIEN, à Lentule

Ce vieillard ?

PLANCIEN, à Albin

Et toi ?

ALBIN Garde

Les assistants.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Genest seul dans sa prison, avec des fers.

SCÈNE II. Marcele, Le Geôlier, Genest.

LE GEÔLIER, à Marcele

Entrez.

MARCELE

Ô ridicule erreur ! De vanter la puissance D'un Dieu, qui donne aux siens la mort pour récompense ! D'un imposteur, d'un fourbe, et d'un crucifié ! Qui l'a mis dans le ciel ? Qui l'a déifié ? Un nombre d'ignorants, et de gens inutiles ? De malheureux, la lie et l'opprobre des villes ? De femmes et d'enfants, dont la crédulité, S'est forgée à plaisir une divinité ? De gens, qui dépourvus des biens de le fortune, Trouve dans leur malheur la lumière importune, Sous le nom des chrétiens, font gloire du trépas, Et du mépris des biens, qu'ils ne possèdent pas ? Perdent l'ambition, en perdant l'espérance, Et souffrent tous du sort, avec indifférence ! De là naît le désordre épars en tant de lieux, De là naît le mépris, et des rois et des dieux, Que césar irrité, réprime avec justice, Et qu'il ne peut punir d'un trop rude supplice ; Si je t'ose parler d'un esprit ingénu, Et si le tien, Genest, ne m'est point inconnu ; D'un abus si grossier, tes gens sont incapables, Tu te ris du vulgaire, et lui laisses ses fables ; Et pour quelque sujet, mais qui nous est caché, À ce culte nouveau, tu te feins attaché ; Peut-être que tu plains ta jeunesse passée, Par une ingrate Cour, si mal récompensée ; Si César en effet était plus généreux, Tu l'as assez suivi, pour être plus heureux ; Mais dans toutes les cours cette plainte est commune, Le mérite bien tard y trouve la fortune, Les rois ont ce penser inique et rigoureux, Que sans nous rien devoir, nous devons tout pour eux ; Et que nos voeux, nos soins, nos loisirs, nos personnes, Sont de légers tributs, qui suivent leurs couronnes. Notre métier surtout, quoique tant admiré, Est l'art où le mérite est moins considéré. Mais peut-on qu'en souffrant, vaincre un mal sans remède ? Qui se sait modérer, s'il veut tout lui succède ; Pour obtenir nos fins, n'aspirons point si haut, À qui le désir manque, aucun bien ne défaut ; Si de quelque besoin ta vie est traversée, Ne nous épargne point, ouvre-nous ta pensée ; Parle, demande, ordonne, et tous nos biens sont tiens ; Mais quel secours, hélas ! Attends-tu des chrétiens ? Le rigoureux trépas, dont César te menace ? Et notre inévitable et commune disgrâce ?

GENEST

Marcele, (avec regret) j'espère vainement De répandre le jour sur votre aveuglement ; Puisque vous me croyez l'âme assez ravalée, (Dans les biens infinis dont le ciel l'a comblée,) Pour tendre à d'autres biens, et pour s'embarrasser, D'un si peu raisonnable et si lâche penser. Non, Marcele, notre art n'est pas d'une importance, À m'en être promis beaucoup de récompense ; La faveur d'avoir eu des Césars pour témoins, M'a trop acquis de gloire, et trop payé mes soins ; Nos voeux, nos passions, nos veilles et nos peines, Et tout le sang enfin qui coule de nos veines, Sont pour eux des tributs de devoir et d'amour, Où le ciel nous oblige, en nous donnant le jour ; Comme aussi j'ai toujours, depuis que je respire, Fait des voeux pour leur gloire et pour l'heur de l'Empire ; Mais où je vois s'agir de l'intérêt d'un Dieu. Bien plus grand dans le ciel, qu'ils ne sont en ce lieu ; De tous les empereurs, l'Empereur et le Maître, Qui seul me peut sauver, comme il m'a donné l'être ; Je soumets justement leur trône à ses autels, Et contre son honneur, ne dois rien aux mortels. Si mépriser leurs dieux, est leur être rebelle, Croyez avec raison je leur suis infidèle ; Et que loin d'excuser cette infidélité, C'est un crime innocent dont je fais vanité. Vous verrez si ces dieux de métal et de pierre, Seront puissants au ciel, comme on les croit en terre ; Et s'ils vous sauveront de la juste fureur, D'un dieu, dont la créance y passe pour erreur. Et lors ces malheureux, ces opprobres des villes, Ces femmes, ces enfants, et ces gens inutiles, Les sectateurs enfin de ce crucifié, Vous diront si sans cause ils l'ont déifié. Ta grâce peut, Seigneur, détourner ce présage ! Mais hélas ! Tous l'ayant, tous n'en ont pas l'usage ; De tant de conviés, bien peu suivent tes pas, Et pour être appelés, tous ne répondent pas.

SCÈNE III. Le Geôlier, Marcele, Genest.

MARCELE

Adieu cruel.

GENEST

Adieu.

SCÈNE IV. Le Geôlier, Genest.

SCÈNE V. Dioclétian, Maximain, Suite de Gardes.

DIOCLÉTIAN

Puisse par cet hymen, votre couche féconde, Jusques aux derniers temps, donner des rois au monde ; Et par leurs actions, ces surgeons glorieux, Mériter comme vous, un rang entre les dieux ! En ce commun bonheur, l'allégresse commune, Marque votre vertu, plus que votre fortune ; Et fait voir qu'en l'honneur que je vous ai rendu, Je vous ai moins payé, qu'il ne vous était dû. Les dieux, premiers auteurs des fortunes des hommes, Qui dedans nos États, nous font ce que nous sommes ; Et dont le plus grand roi, n'est qu'un simple sujet, Y doivent être aussi notre premier objet ; Et sachant qu'en effet ils nous ont mis sur terre, Pour conserver leurs droits, pour régir leurs tonnerres, Et pour laisser enfin leur vengeance en nos mains, Nous devons sous leurs lois, contenir les humains ; Et notre autorité, qu'ils veulent qu'on révère, À maintenir la leur, n'est jamais trop sévère ; J'espérais cet effet, et que dans ce trépas, Du reste des chrétiens, r'adresseraient les pas : Mais j'ai beau leur offrir de sanglantes hosties, Et laver leurs Autels du sang de ces impies ; En vain j'en ai voulu purger ces régions, J'en vois du sang d'un seul, naître des légions ; Mon soin nuit plus aux Dieux, qu'il ne leur est utile, Un ennemi défait, leur en reproduit mille ; Et le caprice est tel, de ces extravagants, Que la mort les anime, et les rend arrogants. Genest, dont cette secte aussi folle que vaine, A si longtemps été la risée et la haine, Embrasse enfin leur loi contre celle des dieux, Et l'ose insolemment professer à nos yeux ; Outre l'impiété, ce mépris manifeste, Mêle notre intérêt à l'intérêt céleste ; En ce double attentat, que sa mort doit purger, Nous avons, et les dieux, et nous-même à venger.

SCÈNE VI. Valérie, Camille, Marcele Comédien, Octave Com., Sergeste Comédien, Lentule Comédien, Albin, Dioclétian, Maximin, Suite de Gardes.

Tous les Comédiens se mettent à genoux.

SCÈNE VII. Plancien, Dioclétian, Maximin, Valérie, Camille, Marcele, Octave, etc...

1 750 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica