Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers

Les Sosies

Jean de Rotrou· créée en 1646, imprimée en 1638· 6 actes· 1 814 vers· 8 personnages

Représenté pour la première en 1646.

Personnages

  • JUNON, faisant le prologue
  • JUPITER, sous la ressemblance d'Amphitryon
  • MERCURE, sous la ressemblance, de Sosie
  • AMPHITRYON, mari d'Alcmène
  • ALCMÈNE, femme d'Amphitryon
  • CÉPHALIE, suivante d'Alcmène
  • SOSIE, valet d'Amphitryon
  • LES CAPITAINES
MONSIEUR,

À HAUT ET PUISSANT SEIGNEUR MESSIRE ROGER DU PLESSIS, Marquis de Liancourt, de Mont-Fort le Rotrou, et de Guercheville, Comte de la Roche-Guyon, et de Beaumont sur-Oise, Chevalier des Ordres du Roi, Conseiller de ses Conseils d'État et Privé, et Premier Gentilhomme de la Chambre du Roi.

Sans faire l'Auteur, et sans chercher de belles paroles pour farder une vie, qui de soi possède tous les [f. V] ornements qu'on lui peut donner, J'ose vous dire (et c'est une vérité que rien ne saurait contredire, que votre modestie), Que de toutes les personnes de votre condition, il n'y en a point dont la vertu soit plus confirmée, ni la réputation plus juste que la vôtre : aussi de toutes mes ambitions la plus forte était celle d'avoir l'honneur d'être vu favorablement d'un homme que toute la Cour du plus grand Roi de la terre, voit avec respect, et admiration. Je dois cette faveur à une personne de qualité, qui me procura le bien de vous faire la révérence, et certes des infinies obligations, qui me font être passionnément son serviteur, celle-là est la plus grande, quoique les autres soient extrêmes. Je ne trouvai point en vous, cette sévère vertu qui se réserve pour les personnes qui la méritent, votre courtoisie, et votre bonté m'honorèrent du plus doux accueil que je pouvais espérer, et vos civilités me firent sortir si vain de chez vous, que je doutais, si j'avais rendu la visite, ou si je l'avais reçue. Il est dangereux de se voir louer par toutes sortes de plumes, et il n'appartient pas aux mauvais Peintres, d'entreprendre de beaux visages, il n'est point d'art si délicat que celui de la louange, si elle ne relève son objet, elle l'abaisse, et si elle n'ajoute à sa gloire, elle lui en ôte. Il faut des Homères pour des Achilles, et des Plines pour des Trajans. C'est-à-dire, Monsieur, que je laisse à des bouches plus hardies que la mienne, l'entreprise de vous louer, et que mes forces sont autant au-dessous de votre mérite, que de la passion que j'ai pour votre service, et cependant pour reconnaître en quelque sorte l'affection que vous m'avez fait l'honneur de me témoigner, j'ose vous prier, Monsieur, d'accepter ce mauvais présent, et de recevoir chez vous deux plaisants, qui vous divertiront peut-être assez agréablement, et délasseront quelquefois votre esprit de la peine de la Cour. Je suis témoin de la faveur que vous leur avez faite de les estimer et la première fois que vous les vîtes, vous me fîtes l'honneur de me dire que vous alliez parler d'eux au Roi, c'est de cette obligation qu'ils vous viennent rendre grâce, avec ordre de leur auteur, de vous prier de lui permettre,

MONSIEUR, la qualité de Votre très humble, et très obéissant serviteur,

ROTROU.

PROLOGUE

JUNON, en terre

Soeur du plus grand des Dieux, (car ce nom seul me reste) Honteuse, je descends de la voûte Céleste, Et veuve d'un époux qui ne mourra jamais, Le fuis, puisqu'il me fuit, et lui laisse la paix ; Les maîtresses, enfin, l'emportent sur l'épouse, Elles sont les Junons, et je suis la jalouse, Il me prescrit la terre, et leur marque les cieux, Et du bras qu'il leur tend, il me pousse en ces lieux. Ses premières amours, cette fille profane, Que dessous les habits, et le nom de Diane, (Diane, qui préside à la virginité,) Ce traître dépouilla de cette qualité, N'y règne-t-elle pas sous la forme d'une Ourse, Et son mal, de son bien, ne fut-il pas la source ; Quel fruit eut mon courroux de transformer son corps, Elle occupe le ciel, et m'en voici dehors, Ma vengeance profite aux objets de ma haine, Et j'établis leur gloire, en méditant leur peine. Sur ce trône éternel, les sept filles d'Atlas, À ma confusion ne brillent-elles pas ? Des pudiques, la gloire est due aux vicieuses, Et le crime de trois, en fit sept glorieuses. Vis-je pas, qu'à ma honte Ariane y monta Par la faveur du fils dont Séméle avorta ? Les deux Astres Jumeaux, que l'Océan révère, N'y triomphent-ils pas du péché de leur mère ? L'honneur ne conduit plus en ces champs azurés, Les vices, aujourd'hui, s'en sont fait les degrés, Où la vertu régna, le déshonneur habite, Et le crime a le prix, qu'eut jadis le mérite ; Mais, que ma plainte, à tort, ramène les vieux ans, Où le temps lui fournit des objets si présents ; Alcmène ira bientôt y posséder la place, Que sans doute déjà, ce perfide lui trace, Déjà, je crois l'y voir en pompeux appareil, Venir remplir un lieu, plus haut que le Soleil, D'un regard dédaigneux braver ma jalousie, Et riante, à mes yeux savourer l'ambrosie ; C'est ce superbe objet de mon juste courroux, Qui tire de mon lit cet adultère époux, Qui, comblant de faveurs son ardeur effrénée, M'ôte les saints baisers qu'il doit à l'Hyménée, C'est d'elle, (si du sort qui régit l'Univers Les livres éternels à mes yeux sont ouverts,) C'est d'elle que va naître un Héros indomptable, Un Alcide, un prodige aux Monstres redoutable, Qui seul doit plus que tous obscurcir mon renom, Et qui seul doit régner au mépris de Junon. Combien dure la nuit, qui le promet au monde ? Le Soleil par respect, n'ose sortir de l'Onde, Et par solennité, la courrière des Mois, Contre l'ordre des nuits, n'en fait qu'une de trois ; Ainsi, pour honorer, ce qui me déshonore, Le ciel même fléchit, le jour ne peut éclore, Et pour un fruit honteux, de baisers criminels, La nature interrompt ses ordres éternels. Mais qu'il naisse, et commence une incroyable histoire, Sa peine avec usure achètera sa gloire, Le noir séjour des morts, l'air, la terre, le ciel Vomiront contre lui, tout ce qu'ils ont de fiel ; Mortel, il est l'objet d'une immortelle haine, Aussitôt que ses jours, commencera sa peine, Les lions, les serpents, les hydres, les taureaux Seront de son repos les renaissants bourreaux, Et je regretterais une heure de sa vie, Qui d'un nouveau travail, ne serait poursuivie ; Je sais que son courage, égal à son malheur, Remplira l'Univers du bruit de sa valeur ; Que lion, plus lion que tous ceux de Némée, Il lassera ma haine, à sa perte animée, Je sais que ses effets passeront mes desseins, Que mes yeux seront las, bien plutôt que ses mains, Qu'il achèvera plus, que je ne délibère, Et que par ses exploits, il prouvera son père, Mais que des enfers même, il sorte glorieux, Que second Encelade il attaque les Cieux, Et mette la frayeur au sein du Dieu de Thrace ; ........................................ Mon seul ressentiment, ma seule passion, Saura bien triompher de son ambition, D'autres armes manquant à ma fureur extrême, Je n'opposerai plus que lui-même, à lui-même, Lui-même il se vaincra, s'il naît pour vaincre tout ; De ce dernier ouvrage, il viendra bien à bout ; Je veux qu'il ait ensemble, et la gloire, et la honte, Qu'au rang de ses vaincus, quelque jour on le compte, S'il triomphe de tout, et si pour son trépas Tout autre est impuissant, il ne le sera pas ; Lui-même, contre lui, servira ma colère, Mieux qu'hydre, que serpents, que lion, que Cerbère, Et ne laissera pas à la Postérité, L'audace d'attenter, à la divinité.

Il manque un vers pour rimer avec Thrace.

Cerbère : chien à trois têtes, était chargé de la garde des Enfers, et veillait jour et nuit. Orpéhe l'endormit en allant chercher Eurydice, Hercule sut le contenir quand il descendit aux Enfers, Enée mit en déaut sa vigilance avec le gâteau que lui avait donné Déiphobe ; mais il d"vora Pirithoüs qui venait pour enlever Proserpine. [B]

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. La Nuit.

SCÈNE II.

SOSIE, seul, une lanterne à la main

Quelle témérité pareille à mon audace, Pourrait entrer au sein du Dieu même de Thrace ? À quelle complaisance un serf est-il réduit, Qu'il faille marcher seul, à telle heure de nuit ? Si du guet par hasard la rencontre importune, Se trouve sur mes pas, Quelle est mon infortune ? Mon innocence alors, veuve de tout secours Emploiera vainement, et raison, et discours ; Ces gens pour mon malheur trop pleins de courtoisie, Me voudront recevoir contre ma fantaisie, Et croyant me traiter bien honorablement De la maison du Roi, feront mon logement. Le plaisir de mon maître à ce malheur m'expose, Son imprudence ainsi de mes heures dispose, À ses commandements le jour ne suffit pas, Il lui plaît que la nuit exerce encor mes pas, Quelque mal qui m'arrive, il croit tout raisonnable À qui semble être né, pour être misérable ; Chez les grands, le servage est plus rude, en ce point, Qu'aux forces, le travail ne s'y mesure point, Qu'on n'y distingue point le droit de l'injustice, Et qu'il faut que tout ploie au gré de leur caprice ; Leur esprit franc de soins en son oisiveté Trouve à tous nos travaux de la facilité, Et sans considérer jour, nuit, chaud, ni froidure, Veille, course, ni peine à leur avis n'est dure. Mais dessus son malheur si longtemps méditer, Au lieu de l'amoindrir, ne fait que l'irriter, Il est plus à propos, que mon humble pensée, Compagne de mes voeux, vers le Ciel soit dressée Et que je reconnaisse avec soumission, Les biens que nous tenons de sa protection ; Certes en ce combat, contre toute apparence, Ses faveurs ont de loin passé notre espérance ; Tous ont exécuté, plus qu'ils n'avaient promis, Chaque coup, mettait bas un de nos ennemis, Et mon maître à nous voir les destins si propices, A douté, si des Dieux marchaient sous ses auspices. Des rebelles enfin, l'espérance est à bas, Créon est rétabli dedans tous ses états, Et mon maître vainqueur, m'envoie à ma maîtresse, Annoncer cette heureuse, et commune allégresse.

Cette scène a été reprise par Molière dans son Amphitryon, acte I, sc. 1.

Maison du roi : prison (trait ironique).

Créon : prince thébain, fils de Ménécée et frère de Jocaste, s'empara deux fois du trône de Thèbes : la 1ère à la mort de Laïus, la seconde après celle d'Etéocle et de Polynice, et régna en tyran. [B]

SCÈNE III. Mercure, en habit et visage de Sosie, Sosie.

SOSIE

N'omettons rien pourtant, dont on puisse juger, Que j'aie été présent, au plus pressant danger, Et ce que je n'ai vu, que par les yeux des autres, Jurons impudemment, de le tenir des nôtres. Avisons-en nous-même, à parler à propos. Je ferai mon récit, à peu près, en ces mots. Madame, Amphitryon (arrivés que nous sommes) Entre les principaux, a fait choix de deux hommes, Gens de coeur, et zélés sur tous les Citoyens, Pour envoyer d'abord, vers les Téléboyens ; Tous deux, partent du Camp, avec ordre d'apprendre, Si Ptérèle prétend, ou se perdre, ou se rendre, S'il veut par son devoir se procurer la paix : Ou s'il veut, que du bruit, nous passions aux effets. Mais en lui, ces hérauts trouvent une âme altière, Qui de notre fureur augmente la matière. D'une audace effrontée, il repart aigrement, Qu'il trouvera sa paix, en notre monument, Qu'il a depuis longtemps, appris de son courage, À ne s'effrayer pas d'un si léger orage, Et que ses gens, et lui, vieillis dans les hasards, Verraient sans peur le foudre, aux mains même de Mars. Mon maître, à ce rapport, fait sortir notre armée, D'un funeste flambeau la guerre est allumée, Les drapeaux déployés, chacun marche en son rang Et ne respire plus, que carnage, et que sang ; L'ennemi d'autre part, en superbe équipage, L'impatience aux mains, et l'audace au visage, Sort l'enclos de sa ville, et par un vain orgueil, Semble sur ces remparts marquer notre cercueil, D'un, et d'autre côté les trompettes résonnent, La terre d'alentour rend les airs qu'elles sonnent, À ce bruit éclatant, le coeur croît aux soldats, Et cette noble ardeur leur fait croître le pas, Les Chefs, des deux partis, après quelques prières, Par qui chacun se croit rendre les Dieux prospères, Sollicitent leurs gens, et marchent à la fois, Mais font mieux par l'exemple, encor que par la voix. Alors, tout ce qu'on a d'adresse, et de courage, En ce pressant besoin, on le met en usage, L'effet de la promesse, en l'ouvrage se voit, Le sang dérobe au fer la lueur qu'il avait, Il tombe par ruisseaux, il coule à chaque atteinte, L'herbe en prend la couleur, et la terre en est teinte, Chaque arme, à chaque choc, produit autant d'éclairs, Le bruit en retentit dans le milieu des airs, Et cet humide lieu, non sans raison s'étonne, Que hors de son espace, il pleuve, éclaire et tonne ; La victoire à la fin se déclare pour nous, Il tombe autant de corps, que nous portons de coups, Le mort, et le mourant, pêle-mêle s'entasse, Mais, leur trépas est beau, chacun meurt en sa place, L'ordre est en ce désordre, et de ces nobles coeurs, Le courage Héroïque étonne les Vainqueurs. Avec nous leur vertu, leur partage la gloire, Mais la force, et le sort nous donnent la victoire ; Nos efforts sont suivis, d'un prospère succès, Et notre joie alors, va jusques à l'excès.

Ptérèle : Roi des Taphiens, père de Cymethon.

MERCURE

Il tremble.

SOSIE

Oui.

SOSIE

Sosie.

MERCURE

À ton dam, misérable, Tu viens si prestement, de forger cette fable ; De cette invention cent coups seront le prix.

Il le bat.

Dam : en langage ordinaire, signifiait autrefois, perte et dommage, et n'est plus en usage qu'en cette phrase : s'il lui arrive du mal, à son dam, pour dire, ce sera lui qui en souffrira le dommage. [F]

MERCURE

Sosie ?

MERCURE

Qui ?

SOSIE

Je suis.

MERCURE

Quoi ?

MERCURE

Dis tôt.

SOSIE

Sosie.

MERCURE

Parle.

MERCURE, le battant

Encore, malheureux.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Jupiter, Alcmène, Mercure.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Amphitryon, Sosie.

AMPHITRYON

Marche tôt.

AMPHITRYON

Tu murmures pendard ?

Pendard : qui a commis des actions qui mérite la corde [pendaison], la potence. [F]

AMPHITRYON

Quoi ?

AMPHITRYON

Et pourquoi ?

AMPHITRYON

Toi ?

SCÈNE II. Alcmène, Céphalie.

SCÈNE III. Amphitryon, Alcmène, Sosie, Céphalie.

AMPHITRYON

Quand ?

SCÈNE IV.

CÉPHALIE etc

Le voici.

AMPHITRYON

Hâte-toi.

AMPHITRYON

Après.

Le vers 793 n'est pas un alexandrin. Voir haut de la page 57 de l'édition originale.

AMPHITRYON

Lors ?

AMPHITRYON

Et puis ?

AMPHITRYON

Ô malheur !

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Alcmène, Jupiter, Céphalie.

SCÈNE III. Alcmène, Jupiter.

SCÈNE IV. Alcmène, Jupiter, Sosie.

SCÈNE V.

MERCURE, descendant du Ciel sous la figure de Sosie

Hommes, dieux, animaux, sortez de mon passage, S'éloigne qui pourra, fuie quiconque est sage, Mais malheur à celui, qui ne m'évite pas, J'abats, romps, pousse, brise, et mets tout sous mes pas. J'obéis à mon père, et viens servir mon maître, Tel, un bon serviteur, tel, un bon fils doit être, Qui veut de son devoir s'acquitter dignement, Doit forcer tout obstacle, et tout empêchement ; Ce soin m'a fait quitter une réjouissance, Par qui les dieux, d'un Dieu célèbrent la naissance, Car Hercule va naître, et par un ordre exprès, Tous les Dieux en font fête, et boivent à longs traits ; Ô ! Comme le nectar s'avale à tasse pleine ; Bacchus, le bon ivrogne, en a perdu l'haleine ! Mome, à force de boire a cessé de railler, Et pressé du sommeil, ne fait plus que bailler ; Mars, voit, (pris comme il est) des troupes d'Encelades, Qui dans le ciel encor, dressent des escalades, Et de son coutelas, son ombre poursuivant, Au grand plaisir de tous, se bat contre du vent ; Vulcain, ce vieux jaloux, plein jusques à la gorge, Souffle un air aussi chaud, que celui de sa forge ; Saturne le bon père, en a jusques aux yeux, Pallas même, et Vénus, trinquant à qui mieux, mieux Noient le souvenir de leur vieille querelle, Dedans cette liqueur, aux Dieux si naturelle. Junon seule, bouffie, et de haine, et d'orgueil, Lorsque je suis entré, m'a fait un triste accueil, Se promène à grands pas, un peu loin de la troupe, Et contre sa coutume, a refusé la coupe. Ainsi, la jalousie, a jusques dans le ciel, Dégorgé son poison, et répandu son fiel ; Mais la laissant enfin, avecque sa colère, J'ai voulu, comme un autre honorer le mystère, Ganimède y faisait l'honneur de la maison, Et m'apportait déjà, la dixième raison, Quand la voix de mon père a parti de la terre ; Cette voix, de ma main a fait tomber le verre, D'où Vénus a vu choir, sur ses riches habits, S'étant trouvée au droit, un ruisseau de rubis. Tout en désordre enfin, j'ai traversé les nues, Par les routes de l'air à mes yeux si connues, Et pour ne pas ravir l'espace d'un moment, À l'ardeur que je dois à ce commandement, Dedans ce vaste champ, j'ai changé de figure, Je suis Sosie en terre, au ciel, j'étais Mercure ; J'arrive, enfin, à temps ; on ouvre, quelqu'un sort.

Nectar : terme poétique. Le breuvge des Dieux de l'Antiquité. [F]

Bacchus : dieu de la vigne et du vin chez les païens. [F]

Mome : (Momus) Dieu de la raillerie et des bons mots ; fils du soleil et de la nuit, selon Hésiode, tournait en ridicule les hommes et même les dieux. [B]

Encélade : géant redoutable, l'un de ceux qui firent la guerre aux dieux de l'Olympe, était fils du Tartare et de la Terre, et avait cent bras. Jupiter qui l'avait foudroyé, le couvrit du poids énorme de l'Etna. [B]

Vulcain : Dieu du feu et des volcans, fils unique de Jupiter et de Junon. [B]

Saturne : Fils puiné d'Uranus (Le Ciel) et épousa Cybèle (la terre). Titan son fils ainé, lui céda le trône, mais n le réservant après lui à ses fils, les Titans, et en exigeant que Saturne dévorât ses enfants mâles dès la naissance. [B]

Vénus : déesse de la Beauté. Jupiter la donna pour femme à Vulcain le plus laid des dieux. [B]

Pallas : (Minerve) Déesse de la sagesse, des arts et de la guerre, était fille de Jupiter : selon la Fable elle sortit toute armée de du cerveau de ce Dieu. [B]

Ganymède : Jeune prince d'une grande beauté, fils de Tros roi de Troie, fut selon la Fable enlevé par Jupiter et transporté au ciel pour y remplacer Hébé comme échanson des Dieux. [B]

SCÈNE VI. Mercure, Céphalie.

CÉPHALIE

Attends un peu.

MERCURE

De quoi ?

MERCURE

De ?

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. MERCURE sous la figure de Sosie. Amphytrion.

MERCURE, à la fenêtre

Qu'est-ce ?

MERCURE

Qui moi ?

AMPHITRYON

Comment ?

AMPHITRYON

Qui donc ?

SCÈNE III. Sosie, Capitaines, Amphytrion.

SECOND CAPITAINE

Avançons, le voici.

SECOND CAPITAINE

Comment ?

SOSIE, l'écoutant, dit aux Cap

Arrêtez, un mot seul, me tirera de peine.

PREMIER CAPITAINE

Le voilà.

AMPHITRYON

Qui ?

PREMIER CAPITAINE

Sosie.

AMPHITRYON

Où ?

TROISIÈME CAPITAINE

Écoutez-moi.

PREMIER CAPITAINE

Arrêtez.

PREMIER CAPITAINE

Vous a-t-il offensé ?

SOSIE

Moi ?

AMPHITRYON

De moi ?

SCÈNE IV. Jupiter, Amphitryon, Sosie, Les Capitaines.

PREMIER CAPITAINE

Et vous ?

JUPITER

Amphitryon.

PREMIER CAPITAINE

Amphitryon, épargne Amphitryon. Exerce ta valeur, ailleurs qu'à te détruire, Veuille, en d'autres plutôt, encore te reproduire, Tous deux épargnez-vous, calmez cette fureur, Je conçois le moyen de nous tirer d'erreur, Vous, parlez le premier. Le jour de la victoire, Qui sur les Taphiens, nous acquit tant de gloire, De quoi, de votre part, reçus-je un ordre exprès.

Taphies : petites iles de la mer Ionienne, entre l4arcananie et Leucade, étaient ainsi nommées de Taphius, fils de Neptune, qui y régna. Les Taphiens étaient bon marins, mais pirates. Ils furent exterminés par par Amphitryon, pour avoir tué les fils l'Electryon, cousins e ce prince. [B]

PREMIER CAPITAINE

Remplis de quel argent ?

PREMIER CAPITAINE

Nous suivrons donc vos pas.

JUPITER

Entrons.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Sosie, Mercure le battant.

MERCURE

Sosie ?

SOSIE, seul

Le Ciel, traître, sur toi répande tes bienfaits, Et lui sois-tu l'objet des offres que tu fais. Cesse, ma patience, éclate, ma colère, Il m'est honteux de craindre, et lâche de me taire, Reviens, qui que tu sois, ou sorcier, ou démon. Reviens, oui, je soutiens que Sosie est mon nom. Ha ! De quelle fureur est mon âme saisie, Oui, je suis une, deux, trois, quatre fois Sosie, L'oserais-tu nier ? Que dis-tu là-dessus, Tu recules poltron, et tu ne parais plus ? Tu l'emportes d'adresse, et sais que mon courage, Se résout lentement, à repousser l'outrage ; Mais lorsque ma colère est prête d'éclater, Lâche, tu disparais, et sais bien l'éviter. Enfin, que résoudra ma créance incertaine, Au lieu de dissiper, le temps accroît ma peine, Et je commence enfin, non sans quelque raison, À douter qui je suis, d'où, de quelle maison. Car pour quel intérêt, voudrait ôter mon être, Ce Sosie inconnu, qui me fait méconnaître, M'envierait-il un sort dont les fruits les plus doux, Sont des veilles, des soins, des jeûnes et des coups. Non, mon cerveau troublé de quelque frénésie, S'est à tort imprimé ce faux nom de Sosie, Ce nom, qui malheureux, entre tout autre nom, Comme l'ambre la paille, attire le bâton. Mais quoi, qui suis-je donc ? Ha cette ressemblance, Tient à tort si longtemps mon esprit en balance ; Convainquons l'imposture, et conservons mon nom, Soyons double Sosie, au double Amphitryon. Malheureux que je suis, par une loi commune, Cherchons le malheureux, et suivons sa fortune ; Compagnon de son sort, protégeons son souci ; S'il périt, périssons, s'il vit, vivons aussi.

SCÈNE II. Jupiter, Mercure, Alcmène, Céphalie, Les Capitaines.

SECOND CAPITAINE

Nous vous obéissons.

SCÈNE III. Les trois capitaines.

SCÈNE IV. Amphytrion, Sosie, Les gardes de Créon, Les Capitaines, Le Capitaine des gardes.

SCÈNE V. Les mêmes, Céphalie.

CÉPHALIE

Levez-vous.

AMPHITRYON

Qui me tient ?

PREMIER CAPITAINE, tombant

Dieux ? qu'est-ce que je vois ?

AMPHITRYON

Vois bien.

AMPHITRYON

Qui suis-je ?

CÉPHALIE

Amphitryon.

AMPHITRYON

Ô dieux !

SCÈNE DERNIÈRE. Les mêmes, Jupiter.

Le Ciel s'ouvre.

1 814 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica