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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers

Venceslas

Jean de Rotrou· créée en 1647, imprimée en 1648· 5 actes· 1 864 vers· 9 personnages

Représenté pour la première fois en 1647.

Personnages

  • VENCESLAS, roi de Pologne
  • LADISLAS, son fils, prince
  • ALEXANDRE, infant
  • FEDERIC, duc de Curlande et favori
  • OCTAVE, gouverneur de Varsovie
  • Gardes
  • CASSANDRE, duchesse de Cunisberg
  • THÉODORE, infante
  • LÉONOR, suivante
Monseigneur,

À MONSEIGNEUR DE CRÉQUY, PRINCE DE POIX, SEIGNEUR DE CANAPLES, DE PONT-DORMY, etc et Premier Gentilhomme de la Chambre du Roi.

Venceslas, encore tout glorieux des applaudissements qu'il a reçus de la plus grande reine du monde, et de la plus belle cour de l'Europe ne pouvait restreindre son ambition, aux caresses, et à l'estime du beau monde, ose aujourd'hui se montrer à toute la France, sous l'honneur de la protection que vous lui avez promise ; et ne craint point de s'exposer aux ennemis, que sa gloire lui peut susciter, ayant pour asile l'une des plus anciennes, et des plus illustres maisons du royaume, et pour défenseur, l'héritier des vertus comme du sang, des plus fameux appuis de nos rois, et des plus redoutables bras de l'État. Personne n'ignore Monseigneur, que les grandes actions, de ces grand hommes, à qui vous avez succédé font presque toute la beauté de notre Histoire, et que l'antiquité grecque, et romaine, n'a rien vu de plus mémorable, que ce que les derniers siècles ont vu faire du grand Daguerre, père de l'une de vos aïeules, et au glorieux connétable de Esdiguierre votre bisaïeul (dont le premier sortit victorieux de ce fameux duel, qu'un de nos rois lui permit à Sedan, où son ennemi combattait avec tant d'avantage, et le second fit sa renommée si célèbre, par les batailles de Pontcharra, et de Salbertran, et servit le couronne par de si judicieux conseils, et de si prodigieux succès, qu'il en mérita les premières charges ; il fut suivi de l'indomptable Maréchal de Créquy, votre aïeul, qui signale par une infinité de preuves, la passion qu'il avait pour son prince, et par un illustre et double combat, que la postérité n'oubliera jamais, celle qu'il avait pour la gloire. La volée de canon qui l'emporta dans le glorieux emploi qu'il occupait en Italie, fait encore aujourd'hui voler son nom aussi loin que le bruit des actions héroïques peut aller ; et sa vertu se continua, en celles de Monsieur de Canaples votre père, dont la vie, et la mort représentèrent dignement celles de ses devanciers. Il est impossible de comprendre dans la juste étendue d'une lettre, la mémoire de tant de héros, et je laisse à l'Histoire de Panégyriques, des fameux Pont-Dormys, dont l'un fut frère d'armes de l'incomparable Bayart, et mérita de passer en sa créance, pour la valeur même ; je dirai seulement, Monseigneur, qu'il ne vous suffit pas d'être riche de la gloire d'autrui, vous ne vous contentez pas des acquisitions qu'on vous a faites, et ne vous croiriez pas digne successeur de ces illustres personnes, si vous ne leur ressembliez, et vous ne vous deviez la plus belle partie de votre estime ; l'Italie a retrouvé dans le fils la valeur des pères, et le sang que vous coûta l'effort qu'il fit contre votre vie, fut autant une marque de la frayeur que vous lui fîtes, que du péril où votre grand cour vous précipita ; vous avez poussé jusqu'au bord de la Segre, cette ardeur sans mesure qui vous attache si fortement aux intérêts de votre maître, et partout où votre courage vous a porté, l'on a si clairement reconnu le sang dont vous sortez, que nos ennemis peuvent avec raison douter de la perte de ces grands personnages que vous réparez dignement ; ces vérités étant très constantes, Venceslas (Monseigneur) a-t-il lieu de rien redouter, sous l'autorité d'un si digne protecteur ; faites lui la grâce de le souffrir, puisque vous l'avez daigné flatté de cette espérance, et qu'il se donne à vous sans autre considération que de l'honneur d'être vôtre, et de m'obtenir de vous, la permission de ma dire avec toutes les soumission que je vous dois, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

ROTROU

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Venceslas, Ladislas, Alexandre, Gardes.

VENCESLAS

Prêtez-moi, Ladislas, le coeur, avec l'oreille, J'attends toujours du temps, qu'il mûrisse le fruit Que pour me succéder, ma couche m'a produit ; Et je croyais, mon fils, votre mère immortelle, Par le reste qu'en vous, elle me laissa d'elle. Mais, hélas ! Ce portrait qu'elle s'était tracé, Perd beaucoup de son lustre, et s'est bien effacé, Et vous considérant, moins je la vois paraître, Plus l'ennui de sa mort, commence à me renaître, Toutes vos actions, démentent votre rang, Je n'y vois rien d'auguste, et digne de mon sang ; J'y cherche Ladislas, et ne le puis connaître, Vous n'avez rien de Roi, que le désir de l'être ; Et ce désir (dit-on) peu discret, et trop prompt, En souffre, avec ennui, le bandeau, sur son front. Vous plaignez le travail, ou ce fardeau m'engage, Et n'osant m'attaquer, vous attaquez mon âge ; Je suis vieil, mais un fruit de ma vieille saison, Est d'en posséder mieux, la parfaite raison ; Régner est un secret, dont la haute science, Ne s'acquiert que par l'âge, et par l'expérience, Un roi, vous semble heureux, et sa condition, Est douce, au sentiment, de votre ambition ; Il dispose à son gré, des fortunes humaines ; Mais, comme les douceurs, en saurez vous les peines : À quelque heureuse fin, que tendent ses projets, Jamais il ne fait bien, au gré de ses sujets ; Il passe pour cruel, s'il garde la justice, S'il est doux, pour timide, et partisan du vice ; S'il se porte à la guerre, il fait des malheureux ; S'il entretient la paix, il n'est pas généreux ; S'il pardonne, il est mol ; s'il se venge, il est barbare ; S'il donne, il est prodigue ; et s'il épargne, avare ; Ses desseins les plus purs, et les plus innocents, Toujours, en quelque esprit, jettent un mauvais sens ; Et jamais sa vertu , (tant soit-elle connue) En l'estime des siens, ne passe toute nue ; Si donc, pour mériter, de régir ses États, La plus pure vertu, même, ne suffit pas. Par quel heur voulez-vous, que le règne succède,

Le Prince tourne la tête et témoigne [de] s'emporter

À des esprits oisifs, que le vice possède ; Lors de leurs voluptés, incapables d'agir, Et qui cerfs de leurs sens, ne se sauraient régir ; Ici, mon seul respect, contient votre caprice ; Mais examinez-vous, et rendez-vous justice ; Pouvez-vous attenter, sur ceux, dont j'ai fait choix, Pour soutenir mon trône, et dispenser mes lois ; Sans blesser les respects, dûs à mon diadème, Et sans en même temps, attenter sur moi-même ? Le Duc, par sa faveur, vous a blessé les yeux, Et parce qu'il m'est cher, il vous est odieux : Mais voyant d'un côté, sa splendeur non commune, Voyez, par quels degrés, il monte à la fortune ; Songez, combien son bras, à mon trône affermi, Et mon affection, vous fait son ennemi ! Encore, est-ce trop peu ; votre aveugle colère, La hait en autrui même, et passe à votre frère ? Votre jalouse humeur, ne lui saurait souffrir, La liberté d'aimer, ce qu'il me voit chérir ! Son amour pour le duc, lui produit votre haine, Cherchez donc un digne objet, à cette humeur hautaine Employez, employez ces bouillants mouvements, À combattre l'orgueil, des peuples ottomans ; Renouvelez contre eux, nos haines immortelles, Et soyez généreux, en de justes querelle ; Mais, contre votre frère ! Et contre un favori, Nécessaire à son roi, plus qu'il n'en est chéri ! Et qui de tant de bras, qu'armait la Moscovie, Vient de sauver mon sceptre, et peut-être ma vie, C'est un emploi célèbre ! Et digne d'un grand cour ! Votre caprice, enfin, veut régler ma faveur ; Je sais mal appliquer mon amour, et ma haine, Et c'est de vos leçons, qu'il faut que je l'apprenne ; J'aurais mal profité, de l'usage, et du temps !

LE PRINCE

Souffrez...

LE ROI

Encore un mot, et puis, je vous entends ; S'il faut qu'à cent rapports ma créance réponde, Rarement le soleil, rend la lumière au monde, Que le premier rayon, qu'il répand ici bas, N'y découvre quelqu'un de vos assassinats ; Ou, du moins, on vous tient, en si mauvaise estime ; Qu'innocent, ou coupable, on vous charge du crime ; Et que vous offusquant, d'un soupçon éternel, Aux bras du sommeil même, on vous fait criminel, Sous ce fatal soupçon, qui défend qu'on me craigne, On se venge, on s'égorge, et l'impunité règne, Et ce juste mépris, de mon autorité, Est la punition, de cette impunité ; Votre valeur, enfin, naguère si vantée, Dans vos folles amours languit comme enchantée, Et par cette langueur, dedans tous les esprits Efface son estime, et s'acquiert des mépris ; Et je vois toutefois, qu'un heur inconcevable, Malgré tous ces défauts, vous rend encore aimable ; Et que votre bon astre, en ces mêmes esprits, Souffre ensemble pour vous, l'amour et le mépris ; Par le secret pouvoir, d'un charme que j'ignore, Quoiqu'on vous mésestime, on vous chérit encore ; Vicieux on vous craint, mais vous plaisez heureux, Et pour vous, l'on confond, le murmure, et les voeux ; Las ! Méritez, mon fils, que cette amour vous dure, Pour conserver les voeux, étouffez le murmure ; Et régnez dans les cours, par un sort dépendant, Plus de votre vertu, que de votre ascendant ; Par elle, rendez-vous, digne d'un diadème, Né pour donner des lois, commencez par vous-même ; Et que pas vos passions, ces rebelles sujets, De cette noble ardeur, soient les premiers objets ; Par ce genre de règne, il faut mériter l'autre, Par ce degré, mon fils, mon trône sera vôtre ; Mes États, mes sujets, tout fléchira sous vous, Et sujet de vous seul, vous régnerez sur tous ; Mais si toujours vous-même, et toujours cerf du vice Vous ne prenez des lois, que de votre caprice ; Et si pour encourir, votre indignation, Il ne faut qu'avoir part, en mon affection ; Si votre humeur hautaine, enfin, ne considère, Ni les profonds respects, dont le Duc vous révère, Ni l'étroite amitié, dont l'infant vous chérit ; Ni la soumission, d'un peuple qui vous rit ; Ni d'un père, et d'un roi, le conseil salutaire, Lors, pour être tout roi, je ne serai plus père, Et vous abandonnant à la rigueur des lois, Au mépris de mon sang, je maintiendrai mes droits.

LADISLAS

Au retour de la chasse, assisté des miens, Le carnage du cerf, se préparant aux chiens, Tombées sur le discours, des intérêts des princes, Nous en vînmes sur l'art de régir les provinces ; Où chacun à son gré, forgeant des potentats, Chacun selon son sens, gouvernants vos États, Et presque aucun avis, ne se trouvant conforme, L'un prise votre règne, un autre le réforme ; Il trouve ses censeurs, comme ses partisans ; Mais, généralement, chacun plaint vos vieux ans ; Moi, (sans imaginer, vous faire aucune injure) Je coulai mes avis, dans le libre murmure ; Et mon sein, à ma voix, s'osant trop confier, Ce discours m'échappa, je ne le puis nier ; Comment, dis-je, mon père accablé de tant d'âge, Et la force, à présent servant mal son courage, Ne se décharge-t-il, avant qu'y succomber, D'un pénible fardeau. Qui le fera tomber ? Devrait-il, (me pouvant assurer sa couronne.) Hasarder que l'État me l'ôte, ou me la donne ? Et s'il veut conserver, la qualité de roi, La retiendrait-il pas, s'en dépouillant pour moi ? Comme il fait murmurer, de l'âge qui l'accable, Croit-il de ce fardeau ma jeunesse incapable ? Et n'ai-je pas appris, sous son gouvernement, Assez de politique, et de raisonnement, Pour savoir à quels soins, oblige un diadème ? Ce qu'un roi, doit aux siens, à l'État, à soi-même ? À ses confédérés, à la foi des traités, Dedans quels intérêt, ses droits sont limités ; Quelle guerre est nuisible, et quelle d'importance A qui, quand et comment, il doit son assistance ? Et pour garder, enfin, ses États d'accidents, Quel ordre, il doit tenir, et dehors et dedans ? Ne sais-je pas qu'un roi, qui veut qu'on le révère, Doit mêler à propos, l'affable, et le sévère ? Et selon l'exigence, et des temps, et des lieux, Savoir faire parler, et son front, et ses yeux ! Mettre bien la franchise, et la feinte en usage, Porter, tantôt, un masque, et tantôt un visage, Quelque avis, qu'on lui donne, être toujours pareil, Et se croire, souvent, plus que tout son conseil ? Mais surtout (et delà, dépend l'heur des couronnes) Savoir bien appliquer, les emplois, aux personnes, Et faire, par des choix, indicieux, et sains, Tomber le ministère, en de fidèles mains ; Élever peu de gens, si haut qu'ils puissent nuire, Être lent à former, aussi bien qu'à détruire ; Des bonnes actions, garder le souvenir, Être prompt à payer, et tardif à punir ; N'est-ce pas, sur cet art (leur dis-je) et ces maximes, Que se maintient, le cours des règnes légitimes : Voilà la vérité, touchant le premier point, J'apprends, qu'on vous l'a dite, et ne m'en défends point,

LADISLAS

À l'égard de l'ardente colère, Où vous meut, le parti du Duc, et de mon frère ; Dont l'un est votre cour, si l'autre est votre bras, Dont l'un règne, en votre âme, et l'autre en vos états J'ai haï l'un, il est vrai, cet insolent ministre, Qui vous est précieux, autant, qu'il m'est sinistre ; Vaillant, j'en suis d'accord, mais vain, fourbe, flatteur, Et de votre pouvoir, secret usurpateur ; Ce Duc, à qui votre âme, à tous autres obscure, Sans crainte, s'abandonne, et produit toute pure ; Et qui sous votre nom, beaucoup plus roi que vous Met, à me desservir, ses plaisirs les plus doux ; Vous fait mes actions, pleines de tant de vices, Et me rend, près de vous, tant de mauvais offices ; Que vos yeux prévenus, ne trouvent plus en moi ? Rien, qui vous représente, et, qui promette un roi ; Je feindrais, d'être aveugle, et d'ignorer l'envie, Dont, en toute rencontre, il vous noircit ma vie ; S'il ne s'en usurpait, et m'ôtais les emplois, Qui si jeune, m'ont fait, l'effroi, de tant de rois ; Et dont ces derniers jours, il a des Moscovites, Arrêté les progrès, et restreint les limites ; Parlant pour cette grande, et fameuse action, Vous en mîtes le prix, à sa discrétion ; Mais, s'il n'est trop puissant pour craindre ma colère, Qu'il pense mûrement, au choix de son salaire ; Et que le grand crédit, qu'il possède à la Cour, S'il méconnaît mon rang, respecte mon amour ; Où tout brillant qu'il est, il lui sera frivole, Je n'ai point sans sujet lâché cette parole ; Quelques bruits, m'ont appris, jusqu'où vont vos desseins ; Et c'est un des sujets, Seigneur, dont je me plains.

LE ROI

Achevez.

SCÈNE II. Alexandre, Le Roi, Le Prince.

ALEXANDRE

Seigneur...

SCÈNE III. Le Roi, Le Prince.

SCÈNE IV. Le duc de Curlande, La Roi, Alexandre, Le Prince, Octave.

LE PRINCE, l'embrassant avec peine

Ô contrainte cruelle.

Ils s'embrassent.

SCÈNE V. Le Roi, Le Prince, Octave.

SCÈNE VI. Le Prince, Octave.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Théodore, infante, Casssandre.

SCÈNE II. Le Prince, Théodore, Cassandre.

LE PRINCE

Il y respectera, la vertu la plus digne ; Dont l'épreuve, ait jamais, fait une femme insigne ; Et le plus adorable, et plus divin objet ; Qui de son souverain, feint jamais son sujet ; Je sais trop (et jamais) ce cour vous approche, Que confus de ce crime, il ne se le reproche : À quel point d'insolence, et d'indiscrétion, Ma jeunesse, d'abord, porta ma passion ; Il est vrai, qu'ébloui de ces yeux adorables, Que font tant de captifs, et de tant de misérables ; Forcé par leurs attraits, si dignes de mes voeux, Je les contemplai seuls, et ne recherchai qu'eux ; Mon respect s'oublia, dedans cette poursuite, Mais un amour enfant, put manquer de conduite, Il portait son excuse, en son aveuglement, Et c'est trop le punir, que de bannissement ; Sitôt que le respect, m'a décillé la vue, Et qu'outre les attraits, dont vous êtes pourvue, Votre soin, votre rang, vos illustres aïeux, Et vos rares vertus, m'ont arrêté les yeux. De mes voeux, aussitôt, réprimant l'insolence, J'ai réduit sous vos lois, toute leur violence, Et restreinte à l'espoir de notre hymen futur, Ma flamme a consommé, ce qu'elle avait d'impur ; Le flambeau qui me guide, et l'ardeur qui me presse, Cherche en vous une épouse, et non une maîtresse ; Accordez-la, Madame, au repentir profond, Que détestant mon crime, à vos pieds me confond ; Sous cette qualité, souffrez que je vous aime. Et privez-moi du jour, plutôt que de vous-même ; Car, enfin, si l'on pêche, adorant vos appas, Et si l'on vous plaît, qu'en ne vous aimant pas ; Cette offense est un mal, que je veux toujours faire, Et je consens plutôt, à mourir qu'à vous plaire.

LE PRINCE

Insolente, ce mot, lui coûtera la vie ; Et ce fer en son sang, si noble, et si vanté, Me va faire raison de votre vanité ; Violons, violons ; des lois trop respectées, Ô sagesse, ô raison que j'ai tant consultées ! Ne nous obstinons point à des voeux superflus ; Laissons mourir l'amour, où l'espoir ne vit plus ; Allez indigne objet de mon inquiétude, J'ai trop longtemps souffert, de votre ingratitude ; Je vous devais connaître, et ne m'engager pas Aux trompeuses douceurs, de vos cruels appas ; Où m'étant engagé, n'implorer point votre aide, Et sans vous demander, vous ravir mon remède ; Mais, contre son pouvoir, mon cour a combattu Je ne me repends pas d'un acte de vertu ; De vos superbes lois, ma raison dégagée, A guéri mon amour, et croit l'avoir songée ; De l'indigne brasier, qui consommait mon cour, Il ne me reste plus, que la seule rougeur ; Que la honte, et l'horreur, de vous avoir aimée ; Laisseront à jamais, sur ce front imprimée ; Oui, j'en rougis, ingrate, et mon propre courroux, Ne me peut pardonner ce que j'ai fait pour vous ; Je veux que la mémoire efface de ma vie, Le souvenir du temps que je vous ai servie ; J'étais mort, pour ma gloire, et je n'ai pas vécu, Tant que ce lâche cour s'est dit votre vaincu ; Ce n'est que d'aujourd'hui qu'il vit, et qu'il respire ; D'aujourd'hui, qu'il renonce au joug de votre empire, Et qu'avec raison, mes yeux et lui d'accord, Détestent votre vue, à l'égard de la mort.

SCÈNE III. Le Prince, Théodore.

THÉODORE

Ha !

SCÈNE IV.

THÉODORE, seule

Ô raison égarée ! Ô raison suspendue, Jamais trouble pareil t'avait il confondue ? Sottes présomptions, grandeurs qui nous flattez Est-il rien de menteur comme vos vanités ? Le Duc aime Cassandre, et j'étais assez vaine, Pour réputer mes yeux les auteurs de sa peine. Et bien plus pour m'en plaindre, et les en accuser, Estimant sa conquête un heur à mépriser. Le Duc aime Cassandre, et quoi tant d'apparences, Tant de subjections, d'honneurs, de déférences, D'ardeurs, d'attachements, de craintes, de tributs, N'offraient-ils à mes lois qu'un cour qu'il n'avait plus ? Ces soupirs dont cent fois, la douce violence, Sortant désavouée a trahi son silence, Ces regards par les miens tant de fois rencontrés, Les devoirs, les respects, les soins qu'il m'a montré Provenaient-ils d'un cour qu'un autre objet engage ? Sais-je si mal d'amour expliquer le langage ? Fais-je d'un simple hommage une inclinaison ? Et formai-je un fantôme à ma présomption ? Mais insensiblement renonçant à moi-même J'avouerai ma défaite, et je croirai que j'aime. Quand j'en serais capable, aimerais-je où je veux ? Aux raisons de l'État ne dois-je pas mes voeux ? Et ne sommes-nous pas d'innocentes victimes, Que le gouvernement immole à ses maximes ? Ma voeux en un vassal honteusement bornés, Laisseraient-ils pour lui des rivaux couronnés ? Mais ne me flatte point, orgueilleuse naissance, L'amour sait bien sans sceptre établir sa puissance ; Et soumettant nos cours par de secrets appas Fait des égalités, et ne les cherche pas ; Si le Duc n'a le front chargé d'une couronne, C'est lui qui les protège, et c'est lui qui les donne ; Par quelles actions se peut-on signaler, Que ...

SCÈNE V. Léonor, suivante, Théodore.

SCÈNE VI. Alexandre, Théodore, Léonor.

THÉODORE

Quel ?

THÉODORE se retirant, appuyée sur Léonor

Mon mal s'accroît, mon frère, agréez ma retraite.

Elle s'en vont.

ACTE III

SCÈNE I. Le Duc de Cueilland, favori.

SCÈNE II. Alexandre, Le Duc, Alexandre.

SCÈNE III. Cassandre, Alexandre, Le Duc.

SCÈNE IV. Le Prince, Alexandre, Cassandre, Le Duc.

LE PRINCE

Vous en faites la vaine, et tenez ces paroles Pour des propos en l'air, et des contes frivoles, L'amour me les dictais, et j'étais transporté, S'il s'en faut rapporter, à votre vanité : Mais si j'en suis bon juge, et si je m'en dois croire je vois peu de matière à tant de vaine gloire : Je ne vois point en vous d'appas si surprenants Qu'ils vous doivent donner des titres éminents : Rien ne relève tant l'éclat de ce visage ; Ou vous n'en mettez pas tous les traits en usage. Vos yeux ces beaux charmeurs, avec tous leurs appas Ne sont point accusez de tant d'assassinats. Le joug que vous croyez tomber sur tant de têtes Ne porte point si loin le bruit de vos conquêtes, Hors un seul, dont le coeur se donne à trop bon prix : Votre empire s'étend sur peu d'autres esprits. Pour moi qui suis facile, et qui bientôt me blesse, Votre beauté m'a plu, j'avouerai ma faiblesse, Et m'a coûté des soins, des devoirs et des pas, Mais du dessein , je crois, que vous n'en doutez pas : Vous avez eu raison de ne vous pas promettre Un hymen que mon rang ne me pouvait permettre. L'intérêt de l'État qui doit régler mon sort, Avecque mon amour, n'en était pas d'accord : Avec tous mes efforts j'ai manqué de fortune, Vous m'avez résisté la gloire en est commune : Si contre vos refus j'eusse cru mon pouvoir, Un facile succès eut suivi mon espoir : Dérobant ma conquête elle m'était certaine, Mais je n'ai pas trouvé qu'elle en valut la peine : Et bien moins de vous mettre au rang où je prétends, Et de vous partager le sceptre que j'attends. Voilà toute l'amour que vous m'avez causée, Si vous en croyez plus, soyez désabusée, Votre mépris enfin m'en produit un commun ; Je n'ai plus résolu de vous être importun : J'ai perdu le désir avec l'espérance, Et pour vous témoigner de quelle indifférence J'abandonne un plaisir que j'ai tant poursuivi, Je veux rendre un service à qui m'a desservi. Je ne vous retiens plus, conduisez-là mon frère. Et vous Duc, demeurez.

SCÈNE V. Le Prince, Le Duc.

SCÈNE VI. Le Roi, Le Prince, Le Duc Gardes.

SCÈNE VII. Le roi, Le Duc, Gardes.

ACTE IV

SCÈNE I. Théodore, Léonor.

SCÈNE II. Octave, le Prince, Théodore, Léonor.

THÉODORE

Et bien ?

THÉODORE, faisant signe à Léonor qui va voir si personne n'écoute

Soignez-y, Léonor.

THÉODORE, effrayée s'appuyant sur Léonor

Le Duc ? Qu'entends-je ? Hélas !

SCÈNE III. Le Prince, Octave.

SCÈNE IV. Le Roi, Gardes, Le Prince, Octave.

LE PRINCE

Seigneur ?

LE ROI

Hélas !

LE PRINCE, se remettant sur sa chaise

Que lui dirai-je ? Hélas !

SCÈNE V. Le Duc, Le Roi, Le Prince, Octave, Gardes.

Il sort.

SCÈNE VI. Cassandre, Le Roi, Le Prince, Le Duc, Octave, Gardes.

CASSANDRE

Tous deux, ont eu dessein, dessus ma liberté. Mais avec différence, et d'objet, et d'estime, L'un qui me crut honnête, eut un but légitime, Et l'autre, dont l'amour fol, et capricieux, Douta de ma sagesse en eut un vicieux ; J'eus bientôt d'eux aussi, des sentiments contraires, Et quoiqu'ils soient vos fils, ne les trouvai point frères ! Je ne les puis aimer, ni haïr à demi, Je tins l'un pour amant, l'autre pour ennemi ! L'infant, par sa vertu, s'est soumis ma franchise, Le prince par son vice, en a maqué la prise ; Et par deux différents, mais louables effets, J'aime en l'un votre sang, en l'autre je le hais ; Alexandre, qui vit son rival en son frère, Et qui craignit, d'ailleurs, l'autorité d'un père ; Fit, quoiqu'autant ardent, que prudent et discret, De notre passion, un commerce secret ; Et sous le nom de Duc, déguisant sa poursuite, Ménagea votre vue, avec tant de conduite Que toute Varsovie, a cru jusqu'aujourd'hui Qu'il parlait pour de Duc, quand il parlait pour lui ; Cette adresse a trompé, jusqu'à nos domestiques ; Mais craignant, que le Prince, à bout de ses pratiques, (Comme il croit tant pouvoir, avec impunité,) Ne suivit la fureur, d'un amour irrité, Et dessus mon honneur, osât trop entreprendre, Nous crûmes que l'hymen, pouvait seul m'en défendre, Et l'heure prise, enfin, pour nous donner les mains, Et bornant son espoir, détruire ses desseins, Hier (déjà le sommeil, servant partout ses charmes En cet endroit, Seigneur, laissez couler mes larmes ;

Pleurant.

Leurs cours vient d'une source, à ne tarir jamais, L'infant, de cet hymen , espérant le succès, Et de peur de soupçon, arrivant sans escorte, À peine eut mis le pied sur le seuil de la porte, Qu'il sent, pour tout accueil, une barbare main, De trois coups de poignard, lui traverser le sein.

LE PRINCE, bas

Ô mon aveugle rage, Tu t'es bien satisfaite, et voilà ton ouvrage.

Le roi sied, et met son mouchoir sur son visage.

CASSANDRE

Oui, Seigneur, il est mort, et je suivrai ses pas, À l'instant que j'aurai, vu venger son trépas ; J'en connais le meurtrier, et j'attends son supplice, De vos ressentiments, et de votre justice ; C'est votre propre sang, Seigneur, qu'on a versé, Votre vivant portrait, qui se trouve effacé : J'ai besoin d'un vengeur, je n'en puis choisir d'autre, Le mort est votre fils, et ma cause est la vôtre ; Vengez-moi, vengez-vous, et vengez un époux, Que veuve, avant l'hymen, je pleure à vos genoux ; Mais apprenant, grand Roi, cet accident sinistre, Hélas ! En pourriez-vous soupçonner le ministre ! Oui, votre sang suffit, pour vous en faire foi :

Montrant le prince.

Il s'émeut, il vous parle, et pour, et contre soi ; Et par un sentiment, ensemble horrible et tendre, Vous dit, que Ladislas, est meurtrier d'Alexandre : Ce geste, encore, Seigneur, ce maintien interdit, Ce visage effrayé, ce silence le dit ; Et plus que tout, enfin. Cette main encore teinte De ce sang précieux, qui fait naître ma plainte ; Quel des deux sur vos sens, fera le plus d'effort, De votre fils meurtrier, ou de votre fils mort ? Si vous étiez si faible, et votre sang si tendre, Qu'on l'eut impunément, commencé de répandre ; Peut être verriez-vous, la main qui l'a versé, Attenter sur celui, qu'elle vous a laissé ; D'assassin de son frère, il peut être le vôtre, Un crime pourrait bien, être un essai de l'autre ; Ainsi, que les vertus, les crimes enchaînés, Sont toujours, ou souvent, l'un par l'autre traînés : Craignez de hasarder, pour être trop auguste, Et le trône, et la vie, et le titre de juste ; Si mes vives douleurs ne vous peuvent toucher, Ni la perte d'un fils qui vous était si cher : Ni l'horrible penser du coup qui voua la coûte, Voyez, voyez le sang dont ce poignard dégoûte ; Et s'il ne vous émeut, sachez où l'on l'a pris, Votre fils l'a tiré du sang de votre fils ; Oui, de ce coup, Seigneur, un frère fut capable, Ce fer porte le chiffre, et le nom du coupable Vous apprend de quel bras il fut l'exécuteur, Et complice du meurtre en déclare l'auteur ; Ce fer, qui chaud encore, par un énorme crime, A traversé d'amour la plus noble victime ; L'ouvrage le plus pur que vous ayez formé, Et le plus digne cour dont vous fussiez aimé ; Ce cour, enfin, ce sang, ce fils, cette victime, Demandent par ma bouche un arrêt légitime ; Roi, vous vous feriez tort, par cette impunité, Et père de votre fils, vous devez l'équité ; J'attends de voir pousser votre main vengeresse, Ou par votre justice, ou par votre tendresse ; Ou, si je n'obtiens rien de la part des humains, La justice du ciel me prêtera les mains ; Ce forfait contre lui cherche en vain du refuge, Il en fut le témoin, il en sera le juge ; Et pour punir un bras d'un tel crime noirci ; Le sien saura s'étendre, et n'est pas raccourci ; Si vous lui remettez à venger nos offenses.

LE PRINCE

La voilà !

LE ROI, la baillant au Duc

Tenez, Duc !

LE PRINCE, ayant fait la révérence au Roi, et à Cassandre

Presse la fin où tu m'a destiné, Sort ! Voilà de tes jeux, et ta roue a tourné ?

LE ROI

Duc !

SCÈNE VII. Le Roi, Cassandre, Octave, Gardes.

ACTE V

SCÈNE I. Théodore, Léonor.

SCÈNE II. Le Duc, Léonor.

SCÈNE III. Le Roi, Le Duc, Gardes.

SCÈNE IV. Le Roi, Le Prince.

LE ROI, pleurant

Embrassez-moi, mon fils.

SCÈNE V. Le Roi, Gardes.

SCÈNE VI. Théodore, Cassandre, Léonor, Le Roi, Gardes.

SCÈNE VII. Le Duc, Le Roi, Théodore, Cassandre, Léonor, Gardes.

LE ROI

Quoi !

SCÈNE VIII. Octave, Le Roi, Le Duc, Théodore, Cassandre, Léonor, Gardes.

LE ROI, à Octave

C'est assez, faites-le moi venir.

Octave va quérir le Prince.

SCÈNE DERNIÈRE. Le Prince, Le Roi, Le Duc, Théodore, Cassandre, Léonor, Gardes.

LE PRINCE, au pied du Roi

Le Prince et Octave entrent.

Par quel heur.

LE PRINCE

Quelle ?

1 864 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica