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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Parodie en vers· Nouvelle Edition

La Mort de Bucéphale en un Acte en vers

Pierre Rousseau· créée en 1748, imprimée en 1749· 486 vers· 6 personnages

Représentée pour la première fois au théâtre de Compiègne en 1748.

Personnages

  • ALEXANDRE
  • ARIDÉE, frère d'Alexandre
  • STATIRE, fille de Darius
  • EPHESTION, confident d'Alexandre
  • PHILIPPE, Médecin d'Alexandre
  • GARDES
AVIS AU PUBLIC

On a contrefait en plusieurs endroits et principalement à Lyon, la première édition de La Mort de Bucéphale mais toutes ces éditions font imparfaites, vicieuses et tronquées celle-ci est la plus ;complette ôc la plus soignée.

PRÉFACE

Quelques recherches qu'on ait fait chez les Anciens, pour avoir une connaissance parfaite des moeurs des chevaux qui vivaient du temps d'Alexandre, on n'a rien trouvé qui pût servir à établir le caractère de Bucéphale. On ne sait s'il était hongre ou entier ; il y a apparence qu'il était plutôt l'un que l'autre ; Car suivant Quinte-Curce, Liv. I. il était un peu féroce. On serait de mauvaise humeur à moins.

Dans l'incertitude, on a mieux aimé se passer du personnage essentiel, que de s'écarter de la belle nature. Tant pis s'écriera peut-être quelque mauvais plaisant ; on se serait battu pour jouer ce rôle. Oh Messieurs les Zoiles, contentez-vous de crier au vol, au meurtre. On a pillé des vers des meilleurs auteurs ; mais ils viennent si naturellement au sujet, qu'on les aurait trouvés comme eux. Pourquoi se sont-ils tant pressés de les faire ? On s'est bien gardé de les souligner ni de les marquer en lettres italiques.

Attrape qui peut.

LA MORT DE BUCÉPHALE

SCÈNE PREMIÈRE. Alexandre, Aridée, Philippe et les Gardes.

ALEXANDRE

Une balle a percé son généreux poitrail ; Son sang... La voix me manque à ce récit funeste ; Sa vue et mes soupirs vous diront mieux le reste. Sans perdre ici le temps est de vagues discours,

À Philippe.

Allez le voir ; son mal a besoin de secours.

Philippe sort.

La fin du vers 23 depuis "la voix" est le même que le vers 679 du Cid de Pierre Corneille. Il existe 9 vers qui se termine par récit funeste.

SCÈNE II. Statire, Alexandre.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Aridée, Statire.

ARIDÉE

Qui !

STATIRE

Bucéphale.

ARIDÉE

Ô Ciel !

ARIDÉE

Philippe !

STATIRE

J'entrevois votre poltronnerie ; Eh bien, Seigneur, je vais moi-même à l'écurie, Là, de mon ennemi je saurai m'approcher ; Je percerai ce coeur où vous n'osez toucher, Et mes sanglantes mains sur moi-même tournées Sauront du même fer, joindre nos destinées ; Et tout cheval qu'il est il me sera plus doux De mourir avec lui que de vivre avec vous.

le v.110 commence comme le vers 1342 de Rodogune de Pierre Corneille.

le v.111 est le même le le vers 1249 d'Andromaque de Racine (1668). Le vers suivant se termine aussi par destinées.

LE vers 114 est le vers 1252 d'Andromaque de Racine (1668).

SCÈNE V. Aridée, Philippe.

ARIDÉE

Conçois-tu ma tristesse ; C'est à toi de calmer le trouble qui me presse ; Tu fus dans tous les temps mon plus fidèle ami.

V. 120, il existe trois autres occurrences de "le trouble qui me presse" : Eudoxie de Chabanon, Thésée de Quinault, Mérope de VOltaire.

ARIDÉE

Sa mort.

SCÈNE VI. Alexandre, Aridée.

ARIDÉE, à part, en sortant

Mes soins n'ont pas été déçus.

SCÈNE VII. Alexandre, Philippe.

SCÈNE VIII. Alexandre, Ephestion.

ALEXANDRE

Est-il mort !

ALEXANDRE

Un soufflet.

SCÈNE IX.

SCÈNE X. Alexandre, Ephestion.

EPHESTION

Seigneur...

ALEXANDRE

Poursuis.

SCÈNE XI. Aridée, Alexandre.

ALEXANDRE

C'est toi ?

ARIDÉE

C'est un droit aux Héros acquis depuis longtemps : Je vais te retracer tous tes emportements, Et par un long discours terminant ma carrière, Quand je t'aurai tout dit, je quitte la lumière. Prête sans t'émouvoir, l'oreille à ce discours, D'aucun mot, d'aucun cri, n'en interrompt le cours. Où sont tous ces Guerriers, l'honneur de la Patrie ! En est-il échappé quelqu'un à ta furie ! L'Inceste, Philotas, Parmenion, Clitus, Le sage Asclepidor, le fier Amphoterus, Ces Guerriers que tu vis au fort de la tempête, Offrir leurs boucliers réunis sur ta tête ; Sanglants, percés de coups, te couvrir de leurs corps, Et pour te faire vivre affronter mille morts. Quel prix ont-ils reçu pour ces fameux services ! L'un sur de vains soupçons, périt dans les supplices, L'autre a vu tout son sang au milieu d'un festin, Ce sang qu'il te vouait, répandu par ta main. Dans le piège cruel, que tu lui faisAis tendre, Parmenion mourut, sans qu'on daignât l'entendre ; Lui qui, poux te servir, devenant assassin , De Philotas lui-même, avait percé le sein. Ainsi de tes fureurs, instruments, ou victimes, Ils se perdaient l'un l'autre, et consommaient tes crimes. Qu'avaient fait ces Guerriers pour t'animer contre eux ! Je vois tous leurs forfaits ; ils étaient vertueux. Pour être en sûreté dans cette cour profane, Pour te plaire, il faut être un autre Narbasane, Trahir honteusement son honneur et sa foi, Te livrer sa Patrie, assassiner son Roi, Insulter les Bourgeois, jouer dans les casernes Se battre avec le guet, et casser des lanternes.

ALEXANDRE

Que dis-tu ?

ARIDÉE, en tombant après avoir fait une pirouette

Je me meurs.

SCÈNE XII.

SCÈNE DERNIÈRE. Philippe, Alexandre.

ALEXANDRE

Qui moi ! Te rappeler ! Ah monstre plein d'horreur, Quelle ivresse t'engage à braver ma fureur ! Que de ton corps la tête à cent pas de distance, Apprenne à l'Univers ton crime et ma vengeance.

Il tire un pistolet qui rate.

Ô Ciel ! Mon pistolet vient de rater tout net. Auriez-vous donc, grands Dieux, vidé le bassinet ! Le bonnet de Docteur rendra-t-il légitimes, Tant de meurtres fameux, qui pour nous font des crimes ! Quelle horrible vapeur se répand dans les airs ! Sous mes pas chancelants des gouffres entrouverts, Conduisent mes regards sur la rive infernale... Quel spectacle, grands Dieux... l'ombre de Bucéphale... Eh quoi... pour augmenter l'horreur de ses tourments, En sa présence on lit tous les nouveaux Romans. Que vois-je... dans le Styx son ombre intimidée, Cherche à se dérober aux regards d'Aridée, Le perfide la fuit... Arrête, malheureux, Ou je vais chez les Morts, pour te prendre aux cheveux. Laisse gémir en paix une ombre que j'adore, Ô rage ! ô désespoir ! Il l'a poursuit encore... Passerai-je mon temps en regrets superflus ! Je succombe et me meurs d'un cholera-morbus.

Il meurt, et les Gardes l'emportent en riant comme cela se pratique.

Le début du vers 484 commence comme le vers 237 du Cid de Pierre Corneille mais aussi comme le vers 2195 de Geneviève d'Aure, le vers 1597 de Cléomédon de Du Ryer, le vers 1347 de Téléphonte de Gilbert, le vers 656 dans Hercule mourant de Rotrou, le vers 1269 de l'Absent de chez soi d'Ouville.

Cheléro-morbus : forme désuète qui désigne une gastroentérite due à une salmonelle.

486 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica