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un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers

L'Amante Ennemie

Monsieur de Sallebray· créée en 1641, imprimée en 1642· 5 actes· 1 688 vers· 9 personnages

Représenté pour la première fois en 1641 à l'Hôtel de Bourgogne.

Personnages

  • TERSANDRE, héros de la pièce
  • MELIARQUE, ami de Tersandre
  • CLAIRONDE, ou Floridan, ennemie de Tersandre
  • LUCINE, ou Dorimon, confidente de Claironde
  • ALCINOR, amant de Claironde, et en suite de Flaviane
  • FLAVIANE, soeur de Tersandre, amoureuse de Floridan
  • CLYMÈNE, confidente de Flaviane, amoureuse de Dorimon
  • DIOMÈDE, domestique de l'Oncle de Claironde
  • TROIS VOLEURS

ACTE I

CLAIRONDE, LUCINE, TERSANDRE, MELIARQUE.

SCÈNE PREMIÈRE. Claironde, Lucine, tenant une guiterre, toutes deux en habits d'homme.

CLAIRONDE

Que dis-tu ?

SCÈNE II. Tersandre, Meliarque, Claironde, Lucine.

CLAIRONDE, à l'écart avec Lucine

C'est lui-même.

LUCINE, bas

Écoutons.

MELIARQUE

Votre père...

TERSANDRE

Ha ! Je meurs à ce ressouvenir, De son funeste sort, puis-je t'entretenir. L'avantage que j'ai dessus mon adversaire, Me fait jeter souvent les yeux dessus mon père, Pour voir si son courage a besoin de mon bras : Mais enfin j'aperçois qu'un coup le porte à bas. Mon désespoir redouble à ce triste spectacle, J'abandonne Philandre, et sans aucun obstacle Je cours tout furieux sur ce vil meurtrier, Qui d'un coup de hasard était déjà tout fier ; En achevant son crime il sentit ma vengeance, Et dedans un grand mal j'eus un peu d'allégeance. Son fils y vint trop tard, qui m'appelant cruel, S'efforce de m'abattre, et finir ce duel : Mais sa témérité ranimant ma colère, Je fais par son trépas ce qu'il désirait faire ; Mes vainqueurs sont vaincus, et moi percé de coups, Tout faible que j'étais je retournai chez nous. Et si parmi mon sang mon âme n'est sortie, Ce n'est pas que mon corps en chacune partie Ne lui fournit assez de passage au besoin : Mais c'est que de mon sort quelque Dieu prit le soin. Étant presque échappé de ce fatal orage, Où ma vie en mon sang pensa faire naufrage ; La peur d'une prison me fit sauver ici, Où ma soeur avec moi voulut venir aussi, Notre aïeul commandait dedans cette Contrée, Et c'est ce qui rendit notre fuite assurée. Depuis j'ai su qu'Élise était morte de deuil, Ayant vu son époux, et son fils au cercueil : Mais, ce qui plus m'étonne, elle a perdu la vie Sans perdre toutefois sa haine et son envie. On dit qu'étant malade, ou cédant à l'effort De plusieurs maux divers qui causèrent sa mort ; Les yeux déjà fermés, la chaleur presque éteinte, Le corps blessé partout d'une mortelle atteinte : Bref, prête à rendre l'âme, et dont les déplaisirs Se connaissaient encor par quelques longs soupirs, Elle appela sa fille, et presque dans la Terre, L'obligea de la sorte à me livrer la guerre. Si vous m'aimez encore en l'état où je suis, D'une mourante mère allégez les ennuis ; Jurez qu'à votre hymen nul ne pourra prétendre Qu'en vous venant offrir la tête de Tersandre. Claironde le promit, et sa mère expira. Elle a gardé depuis ce qu'elle lui jura. Mais, grâce aux Immortels, sa rigueur obstinée N'a pu jusqu'à présent forcer ma destinée ; Ses amants ont perdu ce titre glorieux, Par l'effort de mon bras toujours victorieux. Me dois-je toutefois vanter de ces victoires, Qui me font retracer nos tragiques histoires ?

CLAIRONDE, bas

Feignons de reposer, ils tombent dans nos rets.

Rets : Filet pour prendre du poisson, du gibier. [L]

TERSANDRE, bas, et à l'écart

Acceptez...

LUCINE, feignant de se réveiller

Fait-il jour ?

LUCINE, feignant de se vouloir lever

Je songeais au matin, et croyais être au gîte, Mais...

ACTE II

FLORIDAN, DORIMON, TROIS VOLEURS, ALCINOR, TERSANDRE, MELIARQUE, FLAVIANE, CLYMÈNE.

SCÈNE PREMIÈRE.

FLORIDAN, seule dans une chambre

Insolents ennemis de ma nouvelle flamme, Fureurs, rages, transports, Abandonnez mon âme : Et contre mon vainqueur cessez tous vos efforts ; Oui, ne m'inspirez plus le sang et le carnage ; J'ai des sentiments plus humains, Et je sens tomber de mes mains Le fer que contre lui préparait mon courage. On ne peut l'offenser puis qu'un Dieu le défend, Et l'Amour est plus fort, bien qu'il ne soit qu'enfant. En vain pour m'irriter vous le chargez de crimes, Mon Amour les croit faux, Ou les croit légitimes, Et c'est l'allègement que je trouve à mes maux. Je cesse d'accuser le bonheur de ses armes, Mon destin me porte à l'aimer, Et si ma voix l'a su charmer, Mon coeur cède à son tour au pouvoir de ses charmes ; Ne l'attaquez donc plus puis qu'un Dieu le défend, Je sens l'Amour plus fort bien qu'il ne soit qu'enfant. Mais suivant le dessein d'une âme généreuse, Dois-je pas étouffer Qui me rend malheureuse, Et donner le trépas à ce monstre d'Enfer ? Ha ! Revenez, Fureurs, pour perdre ce vipère. Revenez, rage, désespoir, Et faites par votre pouvoir Que je venge sur lui le meurtre de mon père. Toutefois demeurez, un Dieu me le défend, Et l'Amour est plus fort bien qu'il ne soit qu'enfant. Quoi donc, je fausserai pour moins qu'une chimère Le solennel serment Que je fis à ma mère, De le persécuter jusques au monument ? Ha ! Revenez, Fureurs, pour perdre ce Barbare ; Revenez à moi mes transports, Et renouvelez vos efforts, Pour me résoudre au coup que mon bras lui prépare : Toutefois demeurez, un Dieu me le défend, Et l'Amour est plus fort bien qu'il ne soit qu'Enfant. Dieux ! Quand tout s'offre à moi je manque de courage Et ne me souviens plus Que ce meurtrier nage Dans des fleuves de sang par son bras répandus : Ha ! Revenez à moi pour perdre cet Infâme ; Haine, transports, rage, fureurs, Et par un trépas plein d'horreurs De son perfide corps allons arracher l'âme : Toutefois demeurez, un Dieu me le défend, Et l'Amour est plus fort bien qu'il ne soit qu'Enfant. Pourrais-je assassiner un homme que j'adore : Mais puis-je conserver celui qui saigne encore. Arrête ma fureur, oui, Tersandre me plaît, Tout fier, tout criminel, et tout sanglant qu'il est : Oui, Tersandre me plaît, et la perfide lame Qui percerait son corps, irait jusqu'à mon âme ; Oui, Tersandre me plaît, et par le même effort Qui le ferait mourir je recevrais la mort.

SCÈNE II. Dorimon, Floridan.

SCÈNE III. Trois voleurs, Alcinor, Floridan, Dorimon.

FLORIDAN

Pourquoi ?

ALCINOR, sortant

Je n'y manquerai pas.

SCÈNE IV. Floridan, Dorimon.

SCÈNE V. Tersandre, Meliarque.

SCÈNE VI. Flaviane, Clymène.

FLAVIANE, bas

Ne craignons plus.

SCÈNE VII. Floridan, Tersandre, Dorimon, Flaviane, Clymène.

FLAVIANE

Et quel ?

TERSANDRE, à Clymène

Elle est auprès du lit.

CLYMÈNE, sortant

Je l'apporte à l'instant.

ACTE III

FLORIDAN, ALCINOR, TERSANDRE, DORIMON.

SCÈNE PREMIÈRE.

FLORIDAN, seule dans une chambre, sortant de dessus un lit

Puissant Dieu du Sommeil, en vain tu veux m'abattre, Je ne saurais dormir lors que je dois combattre ; Mars me donne un emploi meilleur que ton repos, Et j'estime un laurier plus que tous mes pavots ; Il faut vaincre ou mourir où ce Dieu nous appelle, Notre mort en ce lieu ne peut être que belle ; Et si mon bras terrasse un barbare amoureux, On parlera par tout de ce coup généreux. Oui, les neveux diront, apprenant mon histoire, Elle était de son sexe, et l'honneur et la gloire. Mais, lâches sentiments d'un amour aveuglé, Où portez vous mon coeur que vous avez troublé ; Perdre un jeune héros dont je me vois aimée Seulement par le bruit que fait ma renommée, Qui s'expose au combat pour mes seuls différents, Et qui vient pour venger la mort de mes parents. Amour, pardonne moi si je n'y puis entendre : Mais il s'est déclaré l'ennemi de Tersandre. Allons sans plus tarder acquérir du renom, Il faut dans ce combat signaler notre nom ; Et sans considérer qu'il vient pour ma défense, Le faire repentir d'un dessein qui m'offense. Comme tout à propos, dans cet appartement, Je trouve ce qu'il faut pour mon déguisement, Avec ce casque en tête, et sous cette casaque, Je semblerai Tersandre, à celui qui l'attaque, Et mon cruel amant croira voir son vainqueur, Il n'en sera pas loin puisqu'il est dans mon coeur ; C'est lui qui conduira cette main vengeresse ; Lui qui me donnera la force avec l'adresse D'achever le destin de cet hydre puissant, Moi par qui tant de fois on l'a vu renaissant : Mais, puis qu'en cet état je suis méconnaissable, Hâtons nous d'occuper une place honorable ; Exécute, mon bras, mon coeur te l'a permis, Ce que trois assassins auraient sans toi commis. Qu'il meure, ce Barbare, ennemi de ma joie, Il faut que dans son sang mon déplaisir se noie ; Tu sais depuis long temps ce métier généreux, Et que tes moindres coups sont toujours dangereux. Mais j'aperçois déjà ce superbe adversaire, En faveur de l'enfant dont tu chéris la mère. Prête moi ton secours, puissant Dieu des combats, Et fais qu'au premier coup ce monstre tombe à bas.

SCÈNE II. Floridan, Alcinor.

SCÈNE III. Dorimon, Floridan.

FLORIDAN, levant la visière

Que veux-tu ?

SCÈNE IV. Dorimon, Tersandre, Floridan.

DORIMON

Elle dit ce premier mot bas.

Bon, qu'apercevez-vous ?

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Alcinor, Tersandre, armé comme l'était Floridan, et la visiere abaissée.

ACTE IV

DORIMON, FLORIDAN, FLAVIANE, CLYMÈNE, TERSANDRE, ALCINOR, MELIARQUE.

SCÈNE PREMIÈRE. Dorimon, Floridan.

SCÈNE II. Clymène, Flaviane, Floridan, Dorimon, à l'écart.

CLYMÈNE

Pourquoi ?

SCÈNE III. Tersandre, Alcinor, Floridan, Flaviane.

ALCINOR, reconnaissant Floridan

Enfin notre bonheur nous le fait rencontrer.

SCÈNE IV. Flaviane, Alcinor.

SCÈNE V. Dorimon, Clymène, retournant de la promenade.

CLYMÈNE

Fort bien.

SCÈNE VI. Meliarque, Dorimon, Clymène.

MELIARQUE, les voyant se baiser

Enfin je vous y prends, au milieu des plaisirs.

ACTE V

DIOMÈDE, TERSANDRE, MELIARQUE, FLAVIANE, ALCINOR, FLORIDAN, DORIMON, CLYMÈNE.

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Tersandre, Meliarque, Diomede.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Flaviane, Diomede, endormi.

SCÈNE V. Alcinor, Flaviane, Diomede, endormi.

FLAVIANE

Un cruel.

ALCINOR

Ô Ciel !

SCÈNE VI. Alcinor, Diomede, endormi.

ALCINOR

Malheureux Alcinor, quelle est ta destinée, Et quel astre inclément la rend infortunée ? Tu deviens amoureux d'une fille en fureur, De qui la cruauté te devait faire horreur : Ton âme est bien ici de raison dépourvue, Tu prends ses intérêts sans l'avoir jamais vue, Et pour exécuter son barbare dessein Tu viens sur l'innocent les armes à la main ; On veut t'assassiner entrant sur cette Terre, Et sans voir que le Ciel te livre cette guerre, Pour divertir ton coeur du dessein qu'il a fait, Tu suis les mouvements de ton lâche projet ; Tu choisis son ami pour lui faire un outrage, Tu prends ton défenseur pour seconder ta rage, Et lui-même opposant son bras à ton effort, Pour la seconde fois te sauve de la mort : Ayant senti les coups d'un Vainqueur légitime, Tu détestes enfin le sujet de ton crime : Mais pour tous ces remords en es tu mieux traité, As-tu lieu d'espérer te voyant rebuté ; Sous le prétexte faux d'un autre objet qu'elle aime ? Quel conseil dois-je prendre en ce besoin extrême, Irai-je de son frère implorer le secours ? La brigue des parents est un faible recours ; Perdrai-je son ingrat dont le mépris me venge ? Et comment le connaître en ce pays étrange ; Attendrai-je la fin de son feu qui me nuit ? Mais languir dans le mien, et le jour et la nuit ; Remettrai-je en mon coeur une amour mal fondée ? Dieux ! Préférer au corps une incertaine idée, Dans ce mortel danger qui fera son effort Pour divertir l'orage, et me pousser au Port ? Au secours ma raison, Amour m'ôte la vie, Empêche par tes soins qu'elle me soit ravie ; Je soumets mon esprit à tes sages avis, Pardon si jusqu'ici je les ai mal suivis : Espère, me dit-elle, en ta persévérance, Oui, Raison, tu le veux, j'aurai donc espérance : Mais sachons, s'il se peut, quel est ce conquérant, Qui pour tant de beauté se trouve indifférent.

SCÈNE VII. Diomède, endormi, Dorimon, Clymène.

Alcinor rentre dans le château qui est au milieu du théâtre, et ces deux femmes sortent chacune par un des côtés, disant tout à la fois ce demi-vers sans se voir.

SCÈNE VIII. Diomede endormI, Dorimon, Floridan.

FLORIDAN

Justement.

FLORIDAN

Quel ?

SCÈNE IX. Tersandre, Floridan, Dorimon, Diomède.

SCÈNE X. Meliarque, Tersandre, Floridan, Dorimon, Diomède.

SCÈNE XI. Alcinor, Flaviane, Floridan, Tersandre, Clymène, Meliarque, Dorimon, Diomède.

SCÈNE DERNIÈRE.

1 688 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica