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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Blanche et Guiscard

Bernard-Joseph Saurin· créée en 1763· 5 actes· 1 292 vers· 7 personnages

Représentée pour la première fois le 25 septembre 1763 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain.

Personnages

  • LE COMTE DE GUISCARD,  
  • LE COMTE OSMONT, connétable de Sicile
  • SIFFRÉDI, grand chancelier
  • BLANCHE, fille de Siffredi
  • LAURE, amie et confidente de Blanche
  • RODOLPHE, frère de Laure, et confident de Guiscard
  • GARDES
NOTICE SUR SAURIN

Bernard-Joseph SAURIN naquit à Paris au mois de mai 1706, de Joseph Saurin, géomètre distingué, et membre de l'académie des sciences. Au milieu des savants de tous genres qui entourèrent pour ainsi dire son berceau, le jeune Saurin puisa le goût de la poésie ; mais la modicité de la fortune de son père ne lui permettant pas de se livrer à son penchant, il eut le courage de le vaincre et suivit pendant quinze ans avec succès la carrière du barreau. Avant de se faire connaître pour auteur dramatique, il fit paraître, sous le voile de l'anonyme, les Trois Rivaux, comédie en cinq actes en vers, qui eut six représentations. Il avait entrepris d'y faire des corrections ; mais elles ne furent point achevées. Saurin avait quarante quatre ans lorsqu'il donna Aménophis, son premier ouvrage avoué. Cette tragédie, mise au théâtre le 12 novembre 1750, n'eut point de succès. Elle fut suivie de Spartacus. Cette pièce regardée encore aujourd'hui comme la meilleure de son auteur, parut pour la première fois le 20 février 1760, et fut jouée neuf fois. Le 22 décembre de la même année, Saurin fit jouer les Moeurs du Temps, comédie en un acte en prose, qui eut beaucoup de succès.

Blanche et Guiscard, imitation de Tancrède et Sigismonde, tragédie anglaise de Thompson, parut pour la première fois le 25 septembre 1763, et fut interrompue à la troisième représentation. Elle a été reprise plusieurs fois avec succès.

L'Anglomane, comédie en un acte en vers libres, jouée avec succès le 23 novembre 1772, est la même pièce que l'Orpheline, léguée, représentée sept ans auparavant en trois actes, et à laquelle l'auteur jugea à propos de retrancher plusieurs scènes.

Saurin a encore mis au théâtre Béverleï, drame en cinq actes et en vers libres, imité d'une pièce anglaise intitulée the Gamester, le Joueur, dont l'auteur est Edouard Moore. La pièce française parut pour la première fois le 7 mai 1768, et fut jouée treize fois. On a encore du même auteur le Mariage de Julie, comédie en un acte en prose, qui n'a pas été représentée.

Saurin avait été reçu à l'académie française le 13 avril 1761 à la place de l'abbé Duresnel, et mourut à Paris le 17 novembre 1781, âgé de soixante-seize ans.

ACTE I

SCÈNE I. Blanche, Laure.

BLANCHE, à part

Ô vertueux ami !

SCÈNE II. Siffredi, Blanche, Laure.

SIFFRÉDI, à un homme de sa suite, en dehors, et qu'on ne voit pas

Ici je vais l'attendre...

À Blanche.

Le comte de Guiscard en ce lieu va se rendre. Ma fille, laissez-nous.

BLANCHE, avec une émotion marquée

Guiscard !... Le Roi !... Mon père ?

SIFFRÉDI

Il suffit. Laissez-moi ; vous saurez ce mystère.

Blanche sort avec Laure.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Guiscad, Siffrédi.

SIFFRÉDI

Ah ! Sire...

SCÈNE V.

ACTE II

SCÈNE I. Guiscard, Rodolphe.

GUISCARD, l'interrompant

À quel excès il a porté l'audace ! Apprends son attentat. Chacun avait pris place, Suivant l'ordre marqué par le titre ou le sang. Non loin de moi, Constance, assise au second rang, D'un oeil présomptueux regardait la couronne. Siffrédi, chef des lois et l'organe du trône, Après avoir, de l'oeil, pris mon commandement, En présence de tous ouvre le testament, Où, m'appelant au trône acquis à ma naissance, On me fait une loi de l'hymen de Constance. « Le roi consent à tout, ajoute-t-il soudain. Voici l'acte, signé de sa royale main, Où sa foi, sa couronne à Constance est promise. » Plein de rage, à ces mots, autant que de surprise, Mon esprit indigné méditait un parti, Quand d'acclamations la voûte a retenti. Un applaudissement,une joie unanime Se peint sur tous les fronts ; chaque bouche l'exprime : Constance est à mes pieds... Interdit et confus, Comment en ce moment annoncer mes refus ? À peine sur le trône et sans expérience, ' Ne possédant encor qu'un titre sans puissance, Comment m'opposer seul au voeu de tout l'État ? Que dirai-je ?... Peut-être il fallait un éclat. Crois qu'il m'en a coûté pour me vaincre moi-même ; Mais j'ai dans Siffrédi respecté ce que j'aime : J'ai considéré Blanche en l'auteur de ses jours ; Des soins qu'il prit de moi j'ai rappelé le cours. Par égard... par prudence... enfin, l'âme troublée, Mon ordre au lendemain a remis l'assemblée. ; C'est tout ce qu'a permis mon funeste embarras.

SCÈNE II. Siffrédi, Guiscard, Rodolphe.

SIFFRÉDI

L'esclave du devoir... Ah ! Sire, écoutez-moi... Daigne écouter encore, ô mon fils, ô mon roi, Celui qui fut ton père et forma ton jeune âge, Et qui, pour ton honneur, pour ton seul avantage, Repousse constamment l'appât le plus flatteur Qu'offre l'ambition aux désirs d'un grand coeur ; Qui refusant (dût-il en être la victime) Ce qu'un autre peut-être eût achevé du crime, À ta haute faveur préfère ton courroux...

Il se jette aux pieds de Guiscard.

Vois ton ami, ton père embrassant tes genoux, Te conjurer en pleurs de te vaincre toi-même. À tes pieds, avec moi, vois un peuple qui t'aime, Et que le ciel confie à tes soins paternels, Citoyens, magistrats, ministres des autels ; Tous ceux de qui la main aux travaux occupée Fait croître la moisson de leur sueur trempée, Qui nourrissent l'État et supportent la faim : Vois le vieillard courbé, l'enfant pressant le sein, Et l'époux et l'épouse et la mère et la fille, Tout un grand peuple, enfin, composant ta famille, (Car les sujets des rois sont leurs premiers enfants) Vois-les, dis-je, à tes pieds, incertains et tremblants : « Sauve-nous, disent-ils, d'une guerre intestine ; Faut-il à l'incendie, au meurtre, à la ruine Abandonner encor nos champs et nos cités ?... Ah ! Pour d'autres exploits que nos calamités, Réserve un sang pour toi tout prêt à se répandre !... » Résisterez-vous donc à cette voix si tendre ? Eh ! Quel triste bonheur, rapportant tout à soi, Peut balancer son peuple en l'âme d'un bon roi ?

S'apercevant que Guiscard s'attendrit.

La vôtre... Mais, seigneur, je vois qu'elle est émue ; Ah ! Ne dérobez point ces larmes à ma vue : L'orgueil du trône, hélas ! N'est que trop inhumain.

SIFFRÉDI

Seigneur...

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Osmont, Siffrédi.

ACTE III

La scène est à Belmont.

SCÈNE I.

SCÈNE II. Siffrédi, Blanche.

BLANCHE, se jetant aux pieds de son père

Mon père !

SIFFRÉDI

Levez-vous.

SIFFRÉDI, avec un effort marqué

Je vous aime, ma fille, et le fais voir assez.

BLANCHE, à part, avec l'air abîmé de douleur

Ciel !

SCÈNE III. Laure, Blanche, Siffrédi.

SCÈNE IV. Blanche, Laure.

BLANCHE, à part

Ah ! Parjure !

LAURE

Pouvez-vous balancer ?

Balancer : se dit figurément pour délibérer, hésiter ; être irrésolu et incertain. (...) [F]

LAURE, apercevant Siffrédi

Il vient.

SCÈNE V. Siffrédi, Osmont, Blanche, Laure.

OSMONT, à part

Ciel !

SIFFRÉDI, à Blanche

Ma fille !...

À part.

À peine elle respire !

BLANCHE

Ô mon père !...

À Laure.

Aide-moi... je ne puis nie conduire.

Elle sort avec Laure, qui la soutient.

SCÈNE VI. Siffrédi, Osmont.

ACTE IV

SCÈNE I.

SCÈNE II. Laure, Blanche.

LAURE, avec un air troublé, et tenant un billet à la main

Madame...

BLANCHE

Ô ciel ! Que me dis-tu ? Mais peut-on démentir ce que mes yeux ont vu ? N'importe... cette lettre... il faut la lire... Donne,

Prenant la lettre.

Ah ! Donne... Ma main tremble, et tout mon corps frissonne. Que tantôt à l'aspect d'un billet de sa main Un trouble différent eût agité mon sein !... Mais lisons...

Elle lit.

« De ton coeur je conçois les alarmes, Chère Blanche !... »

Elle s'arrête.

Ah ! mes yeux se remplissent de larmes...

Elle continue de lire.

« Je brûle de te voir et de les dissiper ; L'apparence pourtant n'a pas dû te tromper : Un coeur chéri du tien n'est ni lâche ni traître. Je volerai vers toi, dès que j'en serai maître... Ton père... À quel excès, ô ciel ! Il s'est porté !... Tantôt tu sauras tout. Sur ma fidélité Repose-toi du soin de notre destinée. Crois qu'à toi, pour jamais, la mienne est enchaînée , Et qu'en dépit de tout il n'est rien que la mort Qui puisse m'empêcher de t'unir à mon sort... »

À part, après avoir lu.

Jamais, hélas ! jamais... Qu'ai-je fait, malheureuse ? Il accuse mon père... Ô conjecture affreuse ! , Cet écrit, par moi-même, entre ses mains remis... Quoi ! Sans l'aveu du prince, il aurAit... J'en frémis !

Relisant.

« Tantôt tu sauras tout... »

À part.

Ah ! si je te suis chère, Garde-toi d'éclaircir ce funeste mystère, Guiscard !... Ah ! Par pitié, laisse-moi mon erreur ... Quel est donc mon destin ? Ciel ! Quelle en est l'horreur. Si pour Blanche il n'est plus de repos dans la vie Qu'à se croire par toi cruellement trahie ! Ô dépit insensé ! Trop aveugle courroux ! Un instant a donc mis un abîme entre nous ! De sa fidélité j'avais mille assurances : En devais-je sitôt croire les apparences ? Devais-je me hâter de nous perdre, tous deux ? C'est toi qui l'as voulu, père trop rigoureux ! De ton âge endurci la cruelle prudence, Un moment de dépit, un désir de vengeance...

À Laure.

Toi-même, Laure, hélas ! Ta fatale amitié... Vous m'avez tous trahie... et mon coeur s'est lié.

LAURE, voyant arriver Guiscard

Le roi paraît.

SCÈNE III. Guiscard, Blanche, Laure.

BLANCHE, confuse et embarrassée

Seigneur...

BLANCHE, du ton de la douleur la plus profonde

Laisse, Oh ! Laisse-moi, Guiscard !

BLANCHE, l'interrompant

Mon âme est déchirée...

À part.

Ô crime irréparable !

BLANCHE, retirant sa main

Hélas !

GUISCARD

Cruelle !

BLANCHE

Cruel !

SCÈNE IV. Osmont, Guiscard, Blanche, Laure.

SCÈNE V. Siffrédi, Giuscard, Blanche, Osmont, Laure.

BLANCHE, à Guiscard

Ah ! Seigneur...

À Siffrédi.

Ah ! mon père... Venez, et détournez les maux que je prévois.

Elle sort avec Laure.

SCÈNE VI. Guiscard, Siffrédi, Osmont.

SCÈNE VII. Osmont, Siffrédi.

SCÈNE VIII. Rodolphe, Gardes, Siffrédi, Osmont.

ACTE V

Il fait nuit.

SCÈNE I.

SCÈNE II. Osmont, Siffrédi.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Blanche, Laure.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Guiscard, Blanche.

GUISCARD, l'interrompant

Ô Blanche ! Écoute-moi.

GUISCARD

L'honneur !

GUISCARD

Inhumaine !

GUISCARD, l'interrompant

Trahi par toi, cruelle !

GUISCARD, se jetant à ses pieds

Je meurs à tes pieds !

SCÈNE VII. Osmont, Blanche, Guiscard.

GUISCARD, mettant aussi l'épée à la main

Songe, traître, à ta propre défense.

Ils se battent ; Osmont tombe mortellement blessé.

BLANCHE, à Osmont, en courant à lui

Ô malheureux époux !

OSMONT, se ranimant et la frappant de son épée

Femme perfide ! meurs.

Il retombe.

SCÈNE VIII. Siffrédi, Rodolphe, Gardes, Blanche, Guiscard.

GUISCARD, à Siffrédi

Contemple ton ouvrage.

SIFFRÉDI

Ô ma fille !

GUISCARD, à part, et voulant se frapper de son épée

Elle expire !... La mort réunira nos coeurs.

On le désarme.

1 292 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0