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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers· Ou les Généreux Ennemis

L'Escolier de Salamanque

Paul Scarron· créée en 1654, imprimée en 1655· 5 actes· 1 657 vers· 13 personnages

Représenté pour le première fois en 1654 à l'Hôtel de Bourgogne.

Personnages

  • LE COMTE
  • CASSANDRE, soeur du Comte
  • DON PEDRE DE CESPEDE, écolier
  • LÉONORE, soeur de Don Pedre
  • DON FÉLIX DE CESPEDE, père de Don Pedre
  • CRESPIN, valet de Don Pedre
  • BÉATRIX, suivante de Léonore
  • LISETTE, suivante de Cassandre
  • ZAMORIN, Brave
  • LA TAILLADE, Brave
  • QUATRE BRAVES.
  • UN PRÉVÔT
  • ARCHERS
Mademoiselle,

À SON ALTESSE ROYALE.

L'Escolier de Salamanque est un des plus beaux sujets espagnols, qui ait paru sur le Théâtre Français depuis la belle Comédie du Cid. Il donna dans la vue à deux écrivains de réputation en même temps qu'à moi. Ces redoutables concurrents ne m'empêchèrent point de le traiter ? Le dessein que j'avais il y a longtemps de dédier une Comédie à V. A. R. me rendit hardi comme un Lion, et je crus que travaillant pour son divertissement, je pouvais mesurer ma Plume, même avec celle de quelque Poète Héroïque, fut-il du premier ordre, et de ceux qui chaussent le cothurne à tous les jours. Je doute si Apollon bien invoqué, et ma muse bien sollicitée, m'eussent été des Divinités plus favorables, que me l'a été votre Altesse, et si plusieurs prises à pleine tasse d'eau du sacré Vallon, m'eussent fait monter plus de vapeurs Poétiques à la tête, qu'a fait l'ambition de vous plaire. Elle a eu des Obstacles à surmonter, comme les grands desseins en ont toujours. On a haï ma comédie devant que de la connaître. De belles Dames qui sont en possession de faire la destinée des Pauvres humains, ont voulu rendre malheureuse celle de ma pauvre Comédie. Elles ont tenu Ruelle pour l'étouffer dès sa naissance. Quelques unes des plus partiales ont porté contre elle des Factions par les Maisons comme on fait en sollicitant un Procès, et l'ont comparée d'une grâce sans seconde, à de la Moutarde mêlée avec de la Crème : Mais les comparaisons nobles et riches ne sont point défendues, et quand par plusieurs autres de même force, on aurait perdu de réputation ma Comédie, l'applaudissement qu'elle a eu de la Cour et de la Ville, lui en aurait plus rendu, que ne lui en aurait pu ôter une conjuration de précieuses. Que si je suis assez heureux, pour avoir aussi l'approbation de V. A. je me croirai glorieusement vengé des Dames sans pitié, qui ont tant voulu faire de mal à qui ne leur avait jamais rien fait. Votre Altesse, clairvoyante comme elle est, aura remarqué sans doute, que mon Épître, qui ne doit être pleine que de ses louanges, ne l'est jusqu'ici que des aventures de ma Comédie ; que j'en parle trop avantageusement ; et enfin, qu'il semble, que la plume à la main je ne connais plus personne, et ne me connais pas moi-même. Il est vrai que les Épîtres Liminaires doivent être des Panégyriques en Petit. Mais V. A. est trop juste pour ne considérer pas, qu'il est impossible de la louer autant qu'elle mérite d'être louée ; et que c'est tout ce que pourraient faire des Donneurs de louanges qui durent éternellement. Les façons de parler sont défectueuses où la matière est trop abondante, et tout ce qu'on peut s'imaginer à la louange d'une Princesse d'un mérite extraordinaire, ne peut quasi être que des redites. Dirai-je que V. A. est du plus Illustre Sang du Monde ? Il n'y a que quelques Indiens des plus éloignés du commerce des hommes qui le puissent ignorer. Parlerai-je de son courage ? Qui est, si je l'ose dire, encore plus grand que sa condition. Parlerai-je de son Esprit, que les hyperboles même ne peuvent assez exagérer ? De sa beauté, de sa taille et de sa mine ? Qui peuvent servir d'un riche patron aux meilleurs Poètes, pour représenter non seulement une héroïne bien vérifiée ; mais aussi une Divinité telle que la Mère d'Énée est admirablement bien décrite dans l'inimitable Virgile. Ou je ne dirais pas tout ce qu'il faut dire, ou je le dirais mal. Je ferai donc mieux de finir, en protestant que je suis plus que personne du monde,

De V. A. R.

Le très humble, et très obéissant serviteur,

SCARRON.

ACTE I

SCÈNE I. Le Comte, Léonore, Béatris.

LE COMTE

Béatrix.

BÉATRIX

Elle l'est autant vaut.

Autant vaut : locution elliptique, peu s'en faut. [L]

LÉONORE

Je ne la cherche point : mais toi m'en accuser C'est m'en vouloir faire une, et c'est en mal user. Depuis que tes respects, tes soupirs, et tes plaintes, Ont su gagner mon cour et dissiper mes craintes, Enfin depuis le temps que la première fois, Tu me juras de vivre et mourir sous mes Lois. Deux hivers à la terre ont ses beautés voilées, Et deux étés deux fois les ont renouvelées. Mon esprit, cependant par le tien enchanté, N'a jamais eu soupçon de ta sincérité, Et sur moins de serment, de lettres, de promesses Ne t'en aurait pas moins témoigné de tendresses. Pendant cet heureux temps que Tolède et l'Amour Te faisaient oublier et Madrid et la Cour ; Tu sais bien que mes yeux des Galants de Tolède, Étaient en même temps le mal et le remède. T'ayant donné mon cour, les autres vainement Cherchaient dans mes faveurs le moindre allégement. Quoique de ton amour trop tôt persuadée, Ma vertu toutefois m'avait toujours guidée. Je réglais mes faveurs aux lois de mon honneur ; Alors que trop sensible aux soupirs de ton cour, Ou pour dire le vrai, trop inconsidérée, Dans mon appartement je te donne une entrée. Là sans prêter l'oreille à ma faible raison, Et sans m'assurer mieux contre une trahison ; Sur un simple papier tu vois que je m'expose, Aux transports indiscrets d'un amant qui tout ose. Peut-être que ton feu devient déjà plus lent, Parce qu'il a trouvé le mien trop violent. La crainte d'un mépris m'a déjà l'âme atteinte, Déjà le repentir accompagne ma crainte : Mais à ce repentir, cher Comte, si tu veux Tu feras succéder la joie, et tu le peux. Tu sais que notre Race est égale à la tienne, Et que pour être pauvre, elle est fort ancienne. Ta promesse t'oblige à me donner la main ; Ta foi de l'accomplir sans attendre à demain. Tu dépends de toi-même, et contre ta parole, Tu ne peux m'alléguer qu'une excuse frivole ; Et puisque mon amour fait un excès pour toi, Il faut que ton amour fasse un excès pour moi : Mais que dis-je un excès ? Tout ce que tu peux faire, Et même cet Hymen ne me peut satisfaire, S'il faut que cet Hymen que ta main m'a promis, Par ton cour refroidi soit tant soit peu remis. L'honneur que j'en reçois, qui d'autant plus me touche, Qu'il n'aura rien d'indigne exigé de ma bouche, Ne se verra jamais hors de mon souvenir, Et jamais.

LÉONORE

Tu n'as plus rien à dire ! À moi ! Cruel, à moi ! Tu n'as plus rien à dire à qui fait tout pour toi ? Perfide ! Il n'est plus temps de déguiser ton crime. À mon amour au moins tu devais de l'estime, Et loin de m'estimer esprit méconnaissant, Tu payes mon amour d'un mépris offensant. J'adore une Maîtresse, et j'abhorre une femme ! Sont-ce là les discours d'un honnête homme ? Infâme ! Et j'abhorre une femme ! À moi, de tels discours ? Moi, Reine de ton cour, l'arbitre de tes jours : Moi, ta félicité, ta Déesse adorable, Sans qui tout autre objet t'était insupportable. Ce sont là les discours si souvent répétés, Et crus trop aisément comme trop écoutés. Tu ne les faisais donc d'une voix languissante Que pour te jouer mieux d'une fille innocente. Tu me trahissais donc ? Et de cette action, Ta vanité se rit à ma confusion. Mais tu n'es pas encor, scélérat, où tu penses, Un cour noble offensé sait venger ses offenses. Je vengerai la mienne, et si je ne le puis, Je ne veux plus survivre à l'état où je suis. La réputation n'est plus considérée, Quand on est trop éprise, ou trop désespérée. Tu me verras partout sans cesse sur tes pas, Tant que sous ma douleur je ne périrai pas : Et quand de ma douleur je serai la victime, Mon ombre jour et nuit le bourreau de ton crime, Te poursuivant partout, méchant, tu serviras, D'épouvantable exemple aux Traîtres, aux Ingrats. Mais à quoi différer mon trépas davantage, Il faut que ton fer même achève ton courage.

LÉONORE

Ha ! Cruel.

LÉONORE

On frappe à la porte.

Dieux ! L'on frappe à la porte.

DON FÉLIX, derrière le théâtre

Ouvrez.

DON FÉLIX, toujours derrière le théâtre

Ouvrez.

SCÈNE II. Don Félix, Béatris, Léonore, Le Comte.

DON FÉLIX

Je crois qu'à Salamanque il emporte le prix Des fripons signalés. Venez ouïr sa lettre, Je ne m'y fierai plus, il aura beau promettre.

LETTRE,

La paix du Seigneur vous soit donnée, etc.

Le beau commencement de lettre que voici : Croit-il me tromper mieux en m'écrivant ainsi.

La paix du Seigneur vous soit donnée : Vous apprendrez par la présente, que j'ai joué et perdu à la prime l'argent de ma pension : mais au moins j'ai la satisfaction d'avoir perdu mon argent à cinquante cinq, et qu'il n'a pas moins fallu qu'un flux pour me faire perdre. Je vous prie de ne vous en alarmer point ; car j'ai fait serment de ne renvier jamais sans les avoir en la main. Vous savez mieux que moi, que qui n'a pas de quoi manger court risque de mourir de faim, et que vous êtes tenu de m'en fournir, ne vous ayant point prié de me mettre au monde. Au reste, je suis d'une humeur si pacifique que je ne puis dormir quand j'ai une querelle si je ne la vide aussitôt. L'autre jour un écolier Aragonais m'importunant pour se battre avec moi, qu'il lui en coûta un oeil. Vous voyez par là que je ne suis pas si perdu que vous pensez. Je vous envoie Crispin, que vous me renverrez s'il vous plaît avec de l'argent. Je me recommande à vos bonnes grâces, cher Père de mon âme, lumière de mes yeux. Je prie Dieu qu'il vous conserve, et ma petite soeur aussi, de qui quoique indigne je me souviens toujours dans mes oraisons. Votre humble fils Don PEDRE DE CESPEDE,

De Salamanque ce dernier octobre.

Renvier : enchérir sur ce qu'un autre a fait auparavant. [F]

DON FÉLIX

Et voyez, je vous prie, Et son hypocrisie et sa veillaquerie. Un more grenadin est plus que lui dévot, Encore que d'origine il soit chevalier Goth. Je meure s'il songea jamais à ses prières, Je lui veux retrancher ses vertus écolières, Et vous veux faire voir son député badin, Un très rare animal, moitié cuistre et gredin, Holà, Crispin.

Veillaque : Terme vieilli. Homme sans fois, sans honneur. [F] Veillaquerie : le fait d'être un homme sans foi.

Goth : nom d'une nation germanique divisée en ostrogoths ou goths orientaux, et Visigoths ou goths occidentaux. Fig. Barbare, sans goût. [L]

SCÈNE III. Crispin, Don Félix, Léonore, Béatris.

CRISPIN

Adsum.

CRISPIN

Non possum.

Adsum, Non possum, Male facit : mots latins signifiant : Me voici, Je ne peux, Il se conduit mal.

DON FÉLIX

Si je prends un bâton, je t'assomme, Pour trois mots de Latin que le maroufle sait, Il en est importun. Hé bien donc, comment fait Mon bon vaurien de fils.

Maroufle : Terme de mépris qui se dit d'un homme grossier. Il se dit aussi d'un homme qu'on estime pas. [F]

CRISPIN

Male facit.

DON FÉLIX

Encore ? Ha ! Je t'étranglerai, Pédantesque pécore.

Pécore : bête, stupide qui a du mal à concevoir quelque chose. [F]

CRISPIN

Il loge avecque sept goulus Débauchés comme lui, dans une chambre seule, Où toujours quelqu'un jure, ou dit des mots de gueule. L'hiver, le vent y donne autant que dans les champs, Ils couchent quatre à quatre en deux lits fort méchants : Les murs y sont parés de rondelles, d'épées, De portraits de charbon, de toiles d'araignées. Ces huit bons écoliers, ou plutôt huit bandits ; Chôment les Samedis comme les Vendredis. Haïssent les leçons comme les Patenôtres, Et ne font chaque jour que débaucher les autres. La nuit venue, ils vont enlever des manteaux, Plier quelque toilette, et jouer des couteaux, Ils se couchent fort tard, et se lèvent de même, Une servante maigre, acariâtre et blême, Sèche, ferrant la mule, et qui compte trente ans Depuis qu'elle renonce à l'usage des dents, Leur apprête à manger. Chacun y mange en Diable, Ou si l'on veut en chien. Un coffre y sert de table, Du vin à quantité, peu de mets délicats, Des Livres pleins de graisses y tiennent lieu de plats. Quand l'un mange trop fort, les sept autres enlèvent Ce qu'il a devant lui, le pillent, et s'en crèvent, S'entend, alors qu'ils ont prou de quoi se crever ; Car souvent ce n'est que pas coup sûr que d'en trouver : En peu de mots, voilà de votre fils la vie.

Mots de gueule : des morts trop libres, paroles deshonnêtes, qui se disent parfois dans les repas abondants et joyeux. [L]

Rondelle : espèce de bouclier rond dont était autrefois armée l'infanterie. [F]

Plier la toilette : faire un paquet de la toilette, et, par suite, voler, emporter toutes les hardes d'une personne. [L]

Ferrer la mule : accepter une chose pour quelqu'un, et la lui compter plus cher qu'elle n'a coûté, et aussi recevoir de l'argent pour procurer accès auprès d'un personnage puissant.

DON FÉLIX

Voilà comme j'étais durant mes jeunes ans. Il faut que fils la jeunesse se passe, Tiens voilà de l'argent : mais dis-lui bien qu'il fasse Beaucoup mieux qu'il n'a fait, et qu'il soit ménager. Quoi ! Des bottes, faquin, comme un chevau-léger, Comment es-tu venu ?

Ménager : Ménager, ménagère, celui, celle qui entend le ménage. Celui, celle qui est économe.

Faquin : crocheteur, homme de la lie du peuple, vil et méprisable. [F]

Chevau-léger : cavalier armé légèrement. Il y a une compagnie des chevaux légers de la garde du Roi qui est composée de deux cent mâitres, servant par quartier. [R]

SCÈNE IV. Le Comte, Don Félix, Léonore, Béatris.

DON FÉLIX

Ha, ma fille !

LE COMTE

La bravoure sied mal à tout homme grison.

Grison : Celui dont les cheveux commencent à blanchir.[F]

ACTE II

SCÈNE I. Don Louis, Zamorin brave, 4 Braves.

ZAMORIN

Tant mieux.

ZAMORIN

Tant mieux.

ZAMORIN

Il est expédié, Je le garantis tel, s'il n'appelle à son pied. Or ça, mes compagnons, choisissons un bon poste, Et va d'estramaçon, de pointe, et de riposte.

Estramaçon : coup qu'on donne du tranchant d'une forte épée, d'un coutelas, d'un cimeterre. [F]

Riposte : terme d'escrime. Botte portée en parant. [L]

SCÈNE II. Don Pedre, Crispin.

DON PEDRE

La pecque ! Que dit-il lorsque ma lettre il lut ?

Pecque : terme d'injure. Femme sotte et impertinente qui fait l'entendue.

DON PEDRE

Mille coups d'étrivières. Aux railleurs comme toi.

Etrivière : Courroie de cuir, par laquelle les étriers sont suspendus. Donner les étrivières, c'est châtier des valets de livrée, les fouetter avec les étrivières. [F]

CRISPIN

Mille bosses et trous, À tous coureur de nuit, chats-huants comme vous. Si vous vouliez au moins tirer la laine, On s'y pourrait sauver.

Tirer la laine : On dit aussi, qu'un filou tire la laine, quand il vole la nuit les chapeaux, ou les manteaux des passants. [F]

CRISPIN

Ha le penard ! Il dit que.

Penard : terme de dénigrement. Vieux penard, ou, simplement, penard, vieillard usé. [L]

DON PEDRE

Tu perds le respect, franc pendard, Si je prends un bâton.

Pendard : Par exagération, celui, celle qui est digne de pendaison, qui ne vaut rien du tout. [F]

CRISPIN

Pour dix : mais avec vous ayant le cher Crispin, Qui n'est pas autrement homme propre à combattre. Il faut que de vos dix vous en rabattiez quatre : Qui de dix ôte quatre, il en restera six, Vous voilà tant à tant, faites bien l'Amadis.

Amadir : Manche d'une veste d'homme, serrée, et boutonnée jusqu'au poignet. On lui donna ce nom, parce qu'à la représentation de l'Opera d'Amadis, les Acteurs avaient de ces sortes de manches. [T]

DON PEDRE

Marche avant.

SCÈNE III. Don Louis, Don Pedre, Zamorin brave, Quatre Braves, Crispin, Le Comte.

DON PEDRE

Ils se battent.

Je ne sais pas mourir.

ZAMORIN

Courage.

SCÈNE IV. Cassandre, Lisette, Crispin.

SCÈNE V. Le Comte, Don Pedre, Cassandre.

SCÈNE VI. Le Prévôt, Le Comte, Des Archers, Don Pedre.

LE PRÉVÔT

Il s'en va.

Nous ferons notre charge.

DON PEDRE

Non.

LE COMTE

Vous tuer !

SCÈNE VII. Le Comte, Béatris.

LE COMTE

Sitôt ?

BÉATRIX

Béatrix, elle s'en va.

L'heure me presse.

SCÈNE VIII. Le Comte, Cassandre.

SCÈNE IX. Don Pedre, Le Comte.

DON PEDRE

Que je parle.

ACTE III

SCÈNE I. Béatris, Léonore.

BÉATRIX

S'il revient aujourd'hui, Il n'est pas sous le Ciel un plus féru que lui.

Féru : être féru d'une personne, d'une chose, en être très épris.[L]

LÉONORE

Jamais.

BÉATRIX

Buse.

SCÈNE II. Crispin, Béatris.

CRISPIN

Dieu te gard la soubrette.

Licence poétique qui supprime le "e" de garde pour la métrique.

CRISPIN

Je viens faire diète. Le fantasque vieillard a rappelé son fils. Nous venons d'arriver tous deux au jour préfix, Moi de mon pied gaillard, sur sa mule mon maître. Je ne puis deviner, où le Seigneur peut-être, Ni comment sur sa mule, et parti le premier, Il ne sera pourtant ici que le dernier. Que dis-tu, Béatris, de chose tant étrange ?

Diète : Comme quand on dit, faire diète. De diaeta : qui signifie régime de vivre, et qui vient du Grec diaita, qui signifie la même chose. [M]

Préfix : Terme certain, marqué et determiné. Il a comparu à jour prefix, au terme qu'on lui avait marqué. Les billets payables à volonté n'ont point de terme prefix. [F]

BÉATRIX

Mon_Dieu !

SCÈNE III. Le Comte, Don Pedre, Béatris.

SCÈNE IV. Don Félix, Don Pedre.

DON PEDRE, frappant sur son siège

Que peut avoir mon père ?

SCÈNE V. Léonore, Le Comte, Don Pedre, Don Félix.

LÉONORE, derrière le théâtre

C'est en vain tu ne sortiras pas.

LE COMTE, derrière le théâtre

Madame, ouvrez la porte, ou je la mets à bas.

LÉONORE, entrant sur le théâtre

Quoi ? Mon père et mon frère ?

DON FÉLIX

Ôte-toi.

DON PEDRE, voulant arrêter son père

Mon père, si jamais.

LE COMTE

La chose gît en fait. Où te faut-il attendre ?

Gît en fait : c'est-à-dire, c'est un fait, cela consiste dans un fait, ou dans des faits. [T]

ACTE IV

SCÈNE I. Crispin, Béatris.

CRISPIN

À ce bruit effroyable Que l'on a fait la nuit, à la maison du Diable Qu'ont fait le fils, le Père, et le Comte acharnés À trouver maux nouveaux, et se les dire au nez, J'ai quitté le grabat, et j'ai suivi mon Maître, Qui sortait furieux, et pâle comme un traître, Jurant entre ses dents, nommant souvent sa soeur, Et la donnant au Diable, elle et son ravisseur. De quartier en quartier il a cherché le Comte : Nous ne l'avons trouvé, ni lui, ni notre compte. Un prévôt nous a pris, et nous a mis leans ; Leans, c'est un manoir qui ressemble à céans ; Céans, c'est la prison ; Prison ; c'est où je peste ; Pester, c'est dire, mort, tête, sang, je déteste, Détester...

Prévôt : Nom qu'on donnait autrefois à certains magistrats ou officiers chargés d'une juridiction, ou préposés à une haute surveillance.[L]

Leans : Vieux mot qui signifiait, dans quelque lieu. Cet homme n'est point encore sorti de sa maison, il est leans. Les sergents disent encore, qu'ils ont mis un homme leans, pour dire, qu'ils l'ont mis en prison, qu'ils l'ont écroué. [F]

Céans : En cet endroit, en ce lieu-ci. [R]

BÉATRIX

J'appris hier cette mort pendant tout leur grabuge.

Grabuge : vieux mot qui signifie, débat et différent domestique. Il y a toujours du grabuge entre ce mari et cette femme. [F]

BÉATRIX

Adieu.

SCÈNE II. Zamorin, Crispin.

ZAMORIN

Elle n'est pas pourrie ! Et porte bien les pieds.

Porter : se dit aussi de la manière de marcher, de la posture, de l'air de la personne. Graviter incedere. Cette femme a bon air, elle porte bien son bois. Ce Danseur porte bien ses pieds en dehors, il porte bien sa jambe. [T]

ZAMORIN

Est-ce une bourse encore ;

L'original porte comme locuteur : Zamorin, en fait il s'agit de Crispin.

ZAMORIN

Si cette affaire est vraie, et va comme cela, Il y pourrait entrer un tant soit peu d'échelle : Mais à l'homme de cour ce n'est que bagatelle.

Échelle : se prend quelquefois pour le gibet, à cause qu'on fait monter avec une échelle ceux qu'on pend à une potence. Ainsi on dit, Celui-là a été condamné à assister à l'exécution, à avoir le fouet au pied de l'échelle.

ZAMORIN

Con lisenza Patron, je vais dire deux mots, À l'homme que je vois.

Con lisenza Patron : Avec notre permission.

SCÈNE III. La Taillade, Zamorin.

ZAMORIN

Un certain écolier, Galantisait la soeur de certain cavalier. Ce certain Cavalier, nous ayant fait bien boire Et bien payer aussi, pendant une nuit noire, Nous posta cinq bretteurs, pour réduire à néant, En pur assassinat ce brave étudiant. Ce brave étudiant n'était pas une poule. Cinq nous l'attaquons seul ; seul, il nous bat en foule Et donne au Cavalier d'abord entre oeil et bat, De ces coups qu'entre nous on nomme échec et mat. Le bourgeois s'accumule, et la justice arrive, On m'attrape, on m'arrête, on demande qui vive, Je ne dis pas le mot ; on me met en prison, Où j'ai toujours dit non, ainsi que de raison. On fait courir de nous un bruit sourd de Galère : Grâce à Dieu, je ne suis ni traître ni faussaire. Si l'on veut que je rame, et bien je ramerai, J'y suis maître passé : mais je me vengerai, Et certains happe-chair en auront dans leurs panses.

Bretteur : Celui qui porte une brette, qui aime à se battre et à ferrailler. On le dit aussi des filous, des gens qui ne vivent que des violences qu'ils font en des lieux de débauche, ou qui servent à venger les querelles d'autrui. [F]

Poule : froussard.

Oeil et bat : Vieux mot qui n'est plus en usage qu'en la cuisine du roi, en cette phrase : On estime les poissons selon la quantité de pouces qu'ils ont entre oeil et bat, c'est à dire, entre la tête et la queue. [F]

Happe-chair : Personne d'une excessive avidité. Cet huissier est un happe-chair. [L]

LA TAILLADE

C'est pour tuer un Comte, Le même qui te tient si bien emprisonné, Et l'on lui fait le tour pour un soufflet donné. Un cartel de défi vers le soir nous l'amène Au bout du Pont, où l'eau nous tirera de peine D'ensevelir le corps.

Cartel : écrit qu'on envoie à quelqu'un pour le défier à un combat singulier, soit pour des tournois, soit pour un duel formé. Les cartels ne sont plus en usage depuis que le Roi a si sévèrement défendu les duels, si ce n'est figurément et en raillerie, quand on veut défier quelqu'un à la dispute, et faire un assaut de réputation. [F]

ZAMORIN

Vous faites bon marché, Supprimer un seigneur pour si peu c'est péché.

Marché : Bon marché, grand marché, prix peu élevé ; meilleur marché, prix inférieur à un autre. [L]

LA TAILLADE

Sont à feu.

SCÈNE IV. Le Prévôt, Don Pedre, Zamorin.

ZAMORIN

Le secret.

SCÈNE V. Crispin, Don Pedre.

DON PEDRE

Que dis-tu ?

DON PEDRE

Je suis bien éloigné de songer à l'amour. Mais la voici qui vient. Mon brave au premier jour Nous nous revancherons.

L'original porte comme locuteur : Zamorin, en fait il s'agit de Crispin.

SCÈNE VI. Cassandre, Don Pedre, Crispin, Lisette.

CRISPIN

Et bien voyons, tant mieux. Mais j'aperçois venir le Diantre qui m'emporte. Ha mon cher Maître !

Diantre : terme populaire dont se servent ceux qui font scrupule de nommer le Diable. Allez au diantre. [F]

DON PEDRE, les faisant cacher

Entrez, entrez vitement.

SCÈNE VII. Le Comte, Don Pedre.

SCÈNE VIII., Don Félix, Don Pedre, Le Comte.

SCÈNE IX. Le Prévôt, Le Comte, Don Pedre.

Le Prévôt s'en va.

ACTE V

SCÈNE I. Crispin, Don Pedre.

DON PEDRE

Tais-toi fat.

SCÈNE II. La Taillade, 4 Braves.

SCÈNE III. Le Comte, Don Pedre, La Taillade, 3 Braves.

LA TAILLADE

Oui c'est moi.

DON PEDRE, tuant un des braves d'un coup de pistolet

Je suis pour vous, courage. Le plus méchant est mort.

LA TAILLADE

Mon arme a pris un rat.

Prendre un rat : prendre un rat, se dit d'une arme à feu quand le coup ne part pas, et qui a, pour ainsi dire, un caprice. [L]

LE COMTE

Suivons-les.

LA TAILLADE, en fuyant

Quelque fat Se ferait assommer.

DON PEDRE

De moi.

LE COMTE

De vous !

DON PEDRE

De moi.

DON PEDRE

Je le dois.

DON PEDRE

Je l'ôte.

SCÈNE IV. Crispin, Béatris, Léonore, Cassandre.

SCÈNE V. Le Comte, Léonore, Cassandre, Crispin, Béatris.

LE COMTE, sortant du bord de l'eau

Avais-je à le garder.

SCÈNE VI. Don Félix, Le Prévôt et sa suite, Léonore, etc.

LÉONORE

Mon père.

SCÈNE VII. Don Pedre, Le Comte, Don Félix, Léonore, Cassandre, Béatris, Crispin, etc.

DON PEDRE

Je l'adore.

1 657 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica