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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers

Le Jodelet ou Le Maître Valet.

Paul Scarron· imprimée en 1648· 5 actes· 1 856 vers· 8 personnages

Personnages

  • DON JUAN, d'Alvarade
  • DON LOUIS, de Rochas
  • DON FERNAND, de Rochas
  • ISABELLE, de Rochas
  • LUCRÈCE, d'Alvarade
  • JODELET, valet de DON JUAN d'Alvarade
  • ÉTIENNE, valet de DON LOUIS de Rochas
  • BÉATRIX, suivante d'Isabelle
Monsieur,

À MONSIEUR LE COMMANDEUR de Souvré.

Il faudrait que je fusse aussi ingrat que malade, si je ne vous dédiais pas ma Comédie, et aussi fou qu'ingrat si je prétendais en vous la dédiant me dégager assez envers vous des obligations que je vous ai. Je vous paye seulement une petite partie d'une dette dont je ne me pourrai jamais acquitter, ou plutôt je vous donne une chose en laquelle vous avez déjà grande part, puisque je ne l'ai pu faire que lorsque mes maux m'ont donné quelque relâche, et que c'est vous qui me les avez rendus plus supportables qu'ils n'étaient en me faisant toujours l'honneur de m'aimer tout malheureux que je suis. En ce bonheur-là dont je ne puis trouver en moi la cause, mais seulement en votre générosité, me console si bien que j'ose quelquefois me vanter de rire la plume à la main contre les plus enjoués et les plus heureux. Je ne doute point que quelques-uns ne disent que ma Comédie n'est qu'une farce, et si je me vante de l'avoir faite en trois semaines, qu'il ne se puisse trouver quelque homme triste qui me vienne rompre dans la visière, en me disant que j'ai écrit bien des sottises en peu de temps. Mais vous voulez bien, Monsieur, que je me serve de votre nom pour le confondre, et que je lui dise que vous n'êtes pas de ceux qui rient d'une chose froide, ou qui se laissent emporter au rire des autres, et cependant qu'elle vous a plu. À vous dont l'esprit et la conduite ont paru avec éclat dans quatre ou cinq Cours les plus renommées et les plus délicates de l'Europe. Je voudrais qu'aussi bien que de votre esprit il fut ici à propos de parler de votre courage, que vous avez exercé si dignement dans la France, dans l'Italie, et dans les Mers de Levant. Mais l'Histoire de notre temps ne s'en taira pas, et certes elle vous fera grande injustice, si toutes les fois qu'elle parlera de vous, elle ne le fait avec Éloge, et si elle épargne rien du lustre qu'elle a accoutumé de donner aux belles actions, toutes les fois qu'elle parlera des vôtres, ou nommera les lieux où vous les aurez faites. Je ne vous amuserai pas davantage avec mon Épître Liminaire, les meilleures de ce genre-là sont les plus courtes, parce qu'elles importunent le moins : je la finirai donc comme on finit toutes les autres, en vous assurant que je suis de toute mon âme,

Monsieur, Votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur,

Scarron.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Jodelet, Don Juan.

Afin d'assurer une meilleure lisibilité de la pièce, la numérotation des scènes suit l'édition de 1845, "Chefs d'oeuvre des auteurs comiques, tome I", Librairie Firmn Didot, Paris.

DON JUAN

Jodelet ?

JODELET

Don Juan ?

DON JUAN

Et bien.

SCÈNE II. Don Juan, Jodelet, Étienne.

JODELET

Mon Maître.

JODELET

Il le pourra bien faire.

À Étienne.

Cavalier.

DON JUAN, à Étienne

Est ce ici qu'il demeure.

DON JUAN

Oui-da, je vous suivrai.

Il joint Étienne qui féraille en reculant et se sauve.

SCÈNE III. Jodelet, Don Juan.

JODELET

La peste comme il drille, J'ai pourtant eu frayeur de ce chien de soudrille, Autrement sans péril je lui cassais les os : Foin je n'aurai jamais poltron plus à propos, Mais d'où diable est sorti cet autre vilain homme.

Driller : Courir vite. C'est un terme bas et populaire, qui se dit des laquais, des soldats, des gueux qui s'enfuyent, ou qu'on fait courir. Il n'y a rien tel qu'un petit Basque pour bien driller. [F]

Soudrille : Méchant et misérable soldat dont on ne fait point de cas. Saint-Amant a fait une pièce intitulée, "Cassation des soudrilles". [F]

SCÈNE IV. Don Louis, Jodelet, Don Juan.

Don Louis descend du Balcon.

DON LOUIS

Étienne.

JODELET

L'on y va.

DON JUAN

C'est son valet qu'il nomme, Celui qui devant nous vient de gagner au pied.

Gagner : (...) On dit aussi, gagner le taillis, gagner la campagne, gagner la guérite, gagner le haut, et gagner au pied, pour dire, S'enfuir. [F]

SCÈNE V. Jodelet, Don Juan.

DON JUAN

Don Juan met l'épée à la main, cherche Don Louis, rencontre l'épée nue de Jodelet, qui tombe à terre d'effroi, couché sur le dos, et pare de bas en haut les bottes que pousse son maître.

Demeure, ou tu es mort Demeure encor un coup.

JODELET

Je suis Don Jodelet natif de Sigovie.

Sigovie : Ségovie en Espagne.

JODELET

Oui.

DON JUAN

Je ne dois pas ici rien faire à la volée.

Volée : (...) On dit aussi, faire une chose à la volée, dire quelque chose à la volée, pour dire, légèrement, imprudemment, ou peu sérieusement. [F]

JODELET

Fort bien.

JODELET

Un peu mal.

DON JUAN

Je rencontre un valet où loge Don Fernand Qui me fait à dessein querelle d'Allemand, J'en vois sortir son maître.

Querelle d'Allemand : On dit proverbialement, Faire une querelle d'Allemand à quelqu'un, pour dire, l'attaquer sans sujet et de gaité de coeur. [F]

JODELET

Fort mal.

DON JUAN

Et c'est cela qui me met en cervelle.

Cervelle : Mettre, tenir en cervelle, en inquiétude, dans l'embarras. [L]

SCÈNE VI.

JODELET

Potages mitonnés, savoureux entremets, Bisques, pâtés, ragoûts, enfin dans mes entrailles Vous serez digérés, et vous lâches canailles, Courtisans de Madrid, luisants, polis et beaux Nous vous en fournirons des cocus de Burgos.

Bisque : potage exquis fait de plusieurs pigeons, poulet, béatilles, jus de mouton et autres bon ingrédients qu'on ne sert que sur la table des Grands-Seigneurs. [F]

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Isabelle, Béatrix.

BÉATRIX

Ne puissiez-vous jamais souffrir que je vous voie, Si je ne vous dis vrai, ce fut donc hier au soir Que le bon Don Louis vint ici pour vous voir, À cause qu'il pleuvait je le mis dans la salle, Ce fut bien malgré moi, car je crains le scandale : Mais le drôle qu'il est entra bon gré mal gré, Tôt après j'entendis cracher sur le degré Votre père Fernand, vous savez bien qu'il crache Plus fort qu'aucun qui soit dans Madrid que je sache : Au bruit de ce crachat Don Louis se sauva Dedans votre Balcon qu'entrouvert il trouva, Je l'enfermais encor lorsque vous arrivâtes, Avecque le vieillard très longtemps vous causâtes, Cependant Don Louis le Balcon habitait, Où de vos longs discours peu content il était : Enfin quand je vous vis dans le lit assoupie, Moi qui suis de tout temps encline à l'oeuvre pie Je l'allai délivrer très charitablement, Il me dit qu'il voulait vous parler un moment. Je dis nescio vos, et lui chantai goguette, Disant allez chercher votre dariolette, Un autre l'eût servi, car il parlait des mieux, Et je voyais tomber les larmes de ses yeux : Mais lorsqu'en me coulant en main quelques pistoles Et qu'en me conjurant de ses belles paroles, En m'appelant mon coeur, ma chère Béatrix, Il m'eût mis dans le doigt une bague de prix, Je veux bien l'avouer, j'eus une telle rage Que je pensai deux fois lui sauter au visage. Non que tous ses regrets ne me fissent pitié, Et vraiment je le tiens de fort bonne amitié : Mais dans vos intérêts je ne connais personne, Brebis partout ailleurs j'y suis une Lionne, Et lui sitôt qu'il vit que ce n'était plus jeu, Que de fine fureur j'avais la face en feu. Du Balcon sans tarder il sauta dans la rue, Où j'entendis crier tôt après tue, tue ; Voilà ce grand sujet de mon exclusion, Et le juste loyer de mon affection, Il faut bien que je sois fille peu fortunée, Je fondais mon bonheur dessus votre hyménée, Et si de Don Juan, qu'on dit être venu, Mon zèle à vous servir pouvait être connu Je n'espérais pas moins.

Oeuvre pie : Usité seulement dans la locution : oeuvre pie, oeuvre de charité, oeuvre pieuse. [L]

Nescio vos : formule familière de refus, empruntée du latin, qui signifie : je ne vous connais pas, allez vous promener. [L]

Chanter goguettes à quelqu'un : lui dire des injures, des choses offensantes, fâcheuses. [L]

Dariolette : Soubrette, suivante. Demoiselle au service d'une dame, et par extension fille qui sert un commerce amoureux. [LC]

Jeu : badinage, ce qui est opposé à sérieux, qui se dit ou se fait par divertissement, pour relâcher l'esprit ; qui n'est pas fait tout de bon, mais seulement pour rire. [T]

Le vers suivant considère que le premier "tue" a deux syllabes.

Elle sort.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Don Fernand, Béatrix.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Don Fernand, Isabelle.

SCÈNE VI. Don Fernand, Isabelle, Lucrèce voilée.

DON FERNAND, à Lucrèce

Oui da.

À Isabelle.

Retirez-vous.

Isabelle sort.

SCÈNE VII. Don Fernand, Lucrèce.

LUCRÈCE

Burgos est donc la ville où je reçus le jour, Mais cette ville aussi vit naître mon amour, Et je dois l'abhorrer, et pour l'un et pour l'autre. Hélas ! Fut-il jamais Destin pareil au nôtre Car ma mère en travail quand je naquis mourut, Mon père de regret quand mon amour parut, Cruel ressouvenir de ma faute passée Quand donnerez-vous trêve à ma triste pensée ? Diégo d'Alvarade est le nom qu'il avait Avec beaucoup de soin sa bonté m'élevait, Je lui fis espérer beaucoup de mon enfance : Mais hélas ! Ce fut bien une fausse espérance, Mes deux frères n'étaient pas moins de lui chéris ; Car le Ciel les avait traités en favoris, Je vivais avec eux contente et fortunée, Mais que l'amour bientôt changea ma destinée : Un étranger qui vint aux fêtes de Burgos Fit voir en nos tournois qu'il avait peu d'égaux, Nous nous vîmes le soir dedans une assemblée Je souffris son abord, et j'en fus cajolée, Ou plutôt mon esprit fut par le sien charmé, Il feignit de m'aimer, tout de bon je l'aimé : Mais souffrez que mes pleurs vous apprennent le reste Car tout en est honteux ; car tout en est funeste, Puisque mon crime, hélas ! un frère me ravit, Et que d'affliction mon père le suivit. Moi sans pleurer leur mort, sans rougir de ma flamme L'amour avait banni la raison de mon âme, J'adorais en esprit mon infidèle Amant, Que j'attendis deux ans à Burgos vainement, À la fin je vois bien que je suis délaissée ; Je quittai mes parents, et comme une insensée Maudissant mon amour, souhaitant le trépas, Pour trouver ce méchant j'adresse ici mes pas. Hélas ! Il m'avait dit qu'il me serait fidèle, Mais qu'on croit aisément alors qu'on se croit belle, Et que pour s'assurer d'un coeur comme le sien La beauté bien souvent est un faible lien : J'en suis, ô Don Fernand, un exemple effroyable, Car pour avoir cru trop un tigre impitoyable, Qui me pris par les yeux et triompha de moi, Se déguisant d'un nom aussi faux que sa foi, Je me vois devant vous comme une forcenée, Maudissant mille fois le jour sa destinée. Hélas ! Que contre moi le Ciel est irrité, Puisque tout mon espoir n'est qu'un nom aposté, Et qu'avec cet espoir justement je m'étonne, Quand je vois que ce nom n'est connu de personne, Cependant il est vrai qu'il habite ces lieux L'ingrat ; car l'autre jour il parut à mes yeux : Mais je ne le peux joindre, et je n'ai pu connaître Par un nom qu'il n'a pas la demeure d'un traître, Que le Ciel à mes yeux ne devrait plus cacher, Si les pleurs avaient pu jusqu'ici le toucher : Mais je m'adresse à vous comme au dernier remède, Pour trouver cet ingrat, je demande votre aide, Je sais bien vu le rang qu'en ces lieux vous tenez, Qu'il me fera raison si vous l'entreprenez : Je n'alléguerai point mon père et sa mémoire, Je veux vous conjurer par votre seule gloire, Et sans vous obliger d'un langage flatteur.

L'original porte "je l'aimé" au lieu de "je l'aimai". Nous modifions.

Aposté : ajouté. REM. Corneille a dit aposté en parlant de choses. "Je ne veux plus d'un coeur qu'un billet aposté Peut résoudre aussitôt à la déloyauté", Lexique, éd. Marty-Laveaux. Corneille, dès 1644, en changeant tout ce passage de Mélite, a remplacé aposté par supposé. [L]

SCÈNE VIII. Béatrix, Don Fernand, Lucrèce.

SCÈNE IX.

SCÈNE X. Don Louis, Don Fernand.

DON FERNAND

Où fut-ce ?

DON LOUIS

Dans Burgos.

DON LOUIS

Vous vous souvenez bien des Fêtes de Burgos, Pour le premier enfant qu'eût la grande Isabelle, Des Royales vertus le plus parfait modèle, Un ami qui faisait trop d'estime de moi M'invita de venir à ce fameux Tournoi, Pour montrer avec lui notre valeur commune. Là contre six Taureaux j'eus assez de fortune, Dans les autres combats j'eus un bonheur égal, Le soir il me mena voir les dames au Bal, Une beauté m'y prit, et je la pris de même. Dans ce commencement j'eus un bonheur extrême ; Mais tout ce grand bonheur à la fin se trouva Un des plus grands malheurs qui jamais m'arriva. Le lendemain j'obtins de l'aller voir chez elle : Mais si je lui plaisais, je la trouvais fort belle ; Et certes je l'aimais aussi sincèrement Que peut jamais aimer un véritable Amant. Pour faire court, un soir que nous étions ensemble J'entends rompre la porte, et je la vois qui tremble, Je me lève, et je mets mon épée à la main, Elle prend la chandelle et la souffle soudain : La porte s'ouvre, on entre, on m'attaque, on me blesse, Sans voir je pousse, pare, et plus d'heur que d'adresse, J'en fais d'abord choir un blessé mortellement, Puis dans l'obscurité je m'échappe aisément. Hélas ! Le jour d'après quelle fut ma tristesse, Quand le mort se trouva frère de ma maîtresse, Et de plus, ô malheur, dur à mon souvenir, Ce même intime ami qui m'avait fait venir, Comment ne sus-je point que cette pauvre amante Depuis deux ou trois mois logeait chez une tante. Comment ne sûmes-nous devant ce triste jour, Moi qu'il eut une soeur, ou lui moi de l'amour : Mais c'est vous ennuyer d'une plainte inutile, Ayant toujours celé mon nom en cette ville J'en sortis aisément sans être soupçonné. C'est à vous qui voyez l'avis qu'on m'a donné, Et qu'en cet embarras quasi tout m'est contraire De me dire en ami tout ce que j'y dois faire, Je sais bien si je veux des conseils sur ce point Qu'aucun ne peut donner ce que vous n'avez point, Que mon homme est ici, je n'en fais point de doute, Qu'il tâche à me trouver, l'apparence y est toute, Je ne puis le fuir sans grande lâcheté, Je ne puis le tuer aussi sans cruauté, Je ne puis l'inviter à se battre sans crime, Et tout menace ici ma vie ou mon estime : Mais on frappe à la porte.

Isabelle de Castille : dite aussi Isabelle la Catholique, reine d'Espagne, fille de Jean II roi de Castille, née en 1450, épousa en 1469 Ferdinant V, roi d'Aragon. (...) Elle mourut de douleur morte en 1504. [B]

L'original porte "la mort", nous corrigons en "le mort".

SCÈNE XI. Béatrix, Don Fernand, Don Louis.

DON FERNAND, à Don Louis

Oui.

BÉATRIX

J'y cours.

Elle sort.

SCÈNE XII. Don Fernand, Don Louis.

DON LOUIS, à part

Que le ciel est injuste !

SCÈNE XIII. Béatrix, Don Fernand, Don Louis, Isabelle.

DON LOUIS, à part

Que de bon coeur j'enrage.

DON FERNAND

Allons le recevoir.

L'original porte comme locuteur Don Juan, absent de la scène. Nous corrigeons en Don Fernand.

SCÈNE XIV. Jodelet, Don Juan, Isabelle, Don Fernand, Don Louis, Béatrix.

JODELET s'entretaillant avec un des éperons

Ce maudit éperon m'a blessé d'une atteinte.

DON JUAN, bas à Jodelet

Réponds...

JODELET, à bas à Don Juan

Le beau-père a de l'air d'un chat-huant,

Haussant la voix.

Et vous le bien trouvé.

ISABELLE, à part

L'agréable figure.

DON JUAN, bas à Jodelet

Que dis-tu malheureux ?

DON LOUIS, à part

La demande civile.

DON LOUIS, à part

C'est fort bien débuter.

DON FERNAND, à part

Mon gendre, encor un coup, n'est ma foi qu'un vilain :

Haut.

Béatrix, vitement, que l'on apporte un siège.

Don Fernand, Jodelet et Isabelle s'asseyent. On présente un siège à Don Louis, qui ne s'assied pas.

DON LOUIS, à Don Fernand

Vous voyez son audace.

DON LOUIS, à Don Juan

Vous vous émancipez.

JODELET, à Don Louis

Il n'a pas le coeur bas.

JODELET, donnant la main à Isabelle

Je suis sans compliment.

DON FERNAND, à Jodelet

C'est fort bien fait à vous.

Il sortent tous, excepté Don Juan.

SCÈNE XV.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Don Louis, Étienne.

SCÈNE II. Béatrix, Étienne, Don Louis.

ÉTIENNE

Non, c'est le grand Mogor.

Grand Mogor : grand Mogol, orthographe attesté chez Guez de Balzac (Lettre) et Pierre Corneille (L'illusion comique) selon Émile Littré.

BÉATRIX

Bien, bien, écoutez donc la chose en trois paroles. J'ai hâte : Don Fernand votre oncle est enragé, Et voudrais de bon coeur se voir bien dégagé, Votre chère Isabelle également enrage, Jusques là qu'elle en a souffleté son visage. Le temps est, ou jamais, de jouer votre jeu, Il faut battre le fer tandis qu'il est au feu : Et si vous ne savez bien pêcher en eau trouble, Je ne donnerais pas de votre affaire un double : Tâchez donc de la voir et de l'entretenir, Promettez comme quand on ne veut pas tenir, Employez hardiment votre meilleure prose, N'oubliez pas le lys, n'oubliez pas la rose, Dites-lui bien qu'elle est l'objet de tous vos voeux, Pleurez, et soupirez, arrachez des cheveux, Puis sur vos grands chevaux monté comme un Saint Georges, Dites, que pour bien moins on se coupe la gorge, Que Don Juan n'a pas encore ce qu'il prétend. Qu'en tout cas vous savez fort bien comme on se pend. Si l'insolent vous nuit, reprenez le modeste, Invoquez-moi la mort, ou pour le moins la peste, Ne vous étonnez point, elle fera beau bruit : Mais vous savez qu'on perd le combat quand on fuit. Or si vous tirez la moindre lacrymule, Je vous donne gagné foi de Béatricule, Vous riez Don Louis de ce diminutif, Dame nous en usons et du superlatif. Un certain jeune Auteur qui tâche de me plaire Quand je vais visiter mon cousin le Libraire, M'apprend tous ces grands mots : mais adieu je m'enfuis, J'ai causé trop longtemps, maudite que je suis ; Car voici ma Maîtresse, et son père avec elle,

Don Louis se cache.

Cachez-vous en ce coin,

À Étienne.

Et vous Jean_de_Nivelle Sauvez-vous vitement.

Double : Petite pièce ronde de cuivre qui portait d'un côté la figure du roi et de l'autre trois fleurs de lis, et qui faisait la sixième partie du sou, ou deux deniers. [L]

Grands chevaux : Monter sur ses grands chevaux, prendre les choses avec résolution, avec hauteur, se gendarmer ; locution venue de ce que les chevaliers allant en guerre et chevauchant sur de petits chevaux montaient, pour combattre, sur de grands chevaux. [L]

Saint-Georges : figure religieuse du catholicisme représenté combattant un dragon sur un cheval.

Lacrymule : Diminutif burlesque de larme. [L]

Béatricule : diminutif burlesque de Béatrix.

Donner gagné : reconnaître qu'une personne a l'avantage sur nous. [L]

Nivelle, Jean de : né en 1423, embrassa le parti du Duc de Bourgogne et refusa de marcher contre ce prince, malgré les ordres de Louis XI. (...) et devenu en France un objet de haine et de mépris et le peuple lui donne le surnom injurieux de "chien". [B] syn. de traître méprisable.

ÉTIENNE

Adieu donc faux teston.

Teston : ancienne monnaie de France. (...) On a commencé à le fabriquer soeur Louis XII (...) (Dict. Furetière)

SCÈNE III. Don Fernand, Isabelle.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Don Louis, Isabelle.

SCÈNE VI. Béatrix, Don Louis, Isabelle.

DON LOUIS

Si j'osais.

ISABELLE

Laisse-moi.

ISABELLE

Où tu voudras, pourvu qu'il soit loin de mes yeux.

Béatrix fait entrer Don Louis dans la chambre d'Isabelle.

SCÈNE VII. Isabelle, Béatrix.

SCÈNE VIII. Don Fernand, Jodelet, Isabelle, Don Juan.

DON FERNAND, s'approchant d'Isabelle

Vous êtes en colère.

DON FERNAND, à Béatrix

Retirez-vous d'ici sotte mal avisée.

SCÈNE IX. Don Juan, Jodelet assis, Isabelle assise, Béatrix.

JODELET

Qu'il a peur de faillir avec sa houppelande. Ça, radoucissez-vous sans faire le railleur, Faites bien les doux yeux, et donnez du meilleur, Je m'en vais cependant faire auprès de la porte Quelques réflexions sur chose qui m'importe.

Don Juan et Isabelle se parlant bas.

Houppelande : c'était originairement une cape ou manteau de berger fait de cuir. (...) Depuis on s'en est servi de manteau de parade, qu'on a chargé de broderies le long de coutures (...). C'était aussi autrefois un habit de femme en forme de manteau à queue traînante. (...) [F]

BÉATRIX, à part

Comment pourrai-je donc tirer hors de son trou Ce maudit Don Louis, malepeste du fou ?

Malepeste : Espèce d'interjection qui exprime la surprise. [L]

JODELET, à part

Mais n'est-ce point aussi Madame son étoile Qui la pousse sur nous, comme on dit, à plein voile ? La fortune ma foi s'irait rire de moi, Si m'offrant tel bonheur je ne vous l'empaumais. Mon Maître que sait-on peut en être bien aise ; Mais il arrive aussi que cela lui déplaise, Prenons l'occasion au péril d'un affront Par le fin beau toupet qu'elle a dessus le front, Par derrière elle est chauve, et ressemble une gogue : Mais qui l'eût jamais dit qu'un visage de dogue Peut donner de l'amour, il faut en profiter, Et quand nous serons seuls je prétends la tenter ; Rêvons un peu dessus cette présente affaire,

À Don Juan.

Mon valet vous a-t-on mis là pour ne rien faire, Vous parlez à l'oreille, ha vraiment maître sot, Ou vous parlerez haut, ou vous ne direz mot.

À pleine voile : À pleines voiles, de tout coeur. Si je ne tremblais point toujours sous la main de la Providence, je goûterais à pleines voiles les plaisirs de l'espérance, (Sévigné. Lettre 12 août 1685). [L]

Empaumer : empaumer quelqu'un, se rendre maître de son esprit. [L]

Gogue : nom, dans l'Aunis, d'une grosse cerise blanchâtre. [L]

Dogue : Gros chien. On dit aussi d'une homme gros et gras et rébarbatif, et particulièrement d'un Suisse à une porte, que c'est un gros dogue.

JODELET

Je n'en veux point démordre.

Il fait sortir Béatrix.

L'original porte "démodre", nous corrigeons.

SCÈNE X. Don Juan, Jodelet, Isabelle.

SCÈNE XI. Jodelet, Isabelle.

SCÈNE XII. Jodelet, Don Juan.

DON JUAN

Ha Coquin !

DON JUAN

Si j'avais une gaule, Je te ferais crier d'une étrange façon :

Apercevant Isabelle.

Mon_Dieu c'est elle-même.

Gaule : grande perche menue et longue avec laquelle on abat les noix, ou des pommes pour faire du cidre. [F]

SCÈNE XIII. Isabelle, Jodelet, Don Juan.

Il sort.

SCÈNE XIV. Isabelle, Don Juan.

ISABELLE

Jodelet.

DON JUAN

Madame.

Elle se retire au fond du théâtre pour parler à Béatrix.

SCÈNE XV. Béatrix, Isabelle.

BÉATRIX

Il s'en est donc allé le mignon de couchette, Je pourrai maintenant tirer de sa cachette Le Seigneur Don Louis.

Mignon : signifie aussi favori, soit en matière d'amitié soit d'amour. La plupart des princes ont des mignons, des favoris qui les gouvernent. Beaucoup de dames ont des mignons de couchette. (...) [F]

SCÈNE XVI. Béatrix, Lucrèce.

SCÈNE XVII.

SCÈNE XVIII. Lucrèce, Don Louis.

SCÈNE XIX. Don Juan, Lucrèce, Don Louis.

LUCRÈCE, reconnaisant son frère

Dieu qu'est-ce que je vois ?

DON JUAN, reconnaissant sa soeur

N'est-ce pas là ma soeur ?

DON JUAN

Je le dois.

DON LOUIS

Quoi me voir quereller Deux fois par un valet.

Lucrèce veut sortir.

DON LOUIS, à Don Juan, mettant l'épée à la main

Tu mourras de ma main.

DON JUAN, joignant le fer

Je vous tiens.

LUCRÈCE

Je suis morte.

On entend frapper à la porte.

SCÈNE XX. Don Fernand, Lucrèce, Don Juan, Don Louis, Isabelle et Béatrix dehors.

DON FERNAND, dehors

Il la faut enfoncer.

LUCRÈCE

Je ferai bien d'ouvrir.

Elle va pour ouvrir le porte.

DON JUAN, parlant bas à sa soeur

N'ouvre pas, si par toi l'on peut me découvrir.

DON LOUIS, s'élançant sur lui

Ha ! C'est pour un Valet trop de raffinement.

Don Fernand les sépare.

DON LOUIS, s'élançant encore

D'achever, tu n'as pas encore commencé.

DON FERNAND

Oui, venez.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Lucrèce, Isabelle.

SCÈNE II. Jodelet seul et en se curant les dents.

JODELET, en se curant les dents

Soyez nettes mes dents, l'honneur vous le commande, Perdre les dents est tout le mal que j'appréhende. L'Ail ma foi vaut mieux qu'un oignon, Quand je trouve quelque mignon, Sitôt qu'il sent l'ail que je mange, Il fait une grimace étrange Et dit la main sur le rognon, Fi cela n'est point honorable, Que béni soyez-vous Seigneur, Qui m'avez fait un misérable Qui préfère l'ail à l'honneur. Soyez nettes mes dents, l'honneur vous le commande, Perdre les dents est tout le mal que j'appréhende. Que ce fut bien fait au destin De faire en moi qu'un faquin. Que jamais de rien ne s'offense ; Ma foi j'ai raison quand je pense Que plus grand est l'heur du gredin, Ni que du prélat en l'Église, Ni que du prince en un État, D'être peu, beaucoup je me prise, Il n'est rien tel qu'un pied plat, Soyez nettes mes dents, l'honneur vous le commande, Perdre les dents est tout le mal que j'appréhende. Quand je mets à discourir Que le corps enfin doit pourrir, Le corps humain où la Prudence Et l'honneur font leur résidence, Je m'afflige jusqu'au mourir ; Quoi cinq doigts mis sur une face, Doivent-ils être un affront tel, Qu'il faille pour cela qu'on en fasse Appeler un homme en duel ? Soyez nettes mes dents, l'honneur vous le commande, Perdre les dents est tout le mal que j'appréhende. Un Barbier y met bien la main, Qui bien souvent n'est qu'un vilain, Et dans son métier un grand aze Alors que tel barbier vous rase, Il vous gâte un visage humain, Pourquoi ne t'en veux-tu pas battre, Toi qu'un soufflet choque si fort Que tu t'en fais tenir à quatre, Un souffleté vaut bien un mort ? Soyez nettes mes dents, l'honneur vous le commande, Perdre les dents est tout le mal que j'appréhende. Pour moi j'estime moins qu'un chien Celui qui n'aime ici bat rien Que botte en tierce ou bien en quarte, Ou cheval qui de la parte, Ou pistolet qui tire bien, Faut-il qu'en duels on abonde Pour quelque injure que ce soit, Si coups de bâton sont au monde, Qui font mal quand on les reçoit ? Soyez nettes mes dents, l'honneur vous le commande, Perdre les dents est tout le mal que j'appréhende. Messieurs les lions rugissants, Qui tout allez éclaircissant Au gré de votre jaune bile, Sachez qu'aux champs comme à la ville Un soufflet vaut mieux que cinq cent, Puisque soufflet les déshonorent, Ou les hommes sont insensés, Ou Messieurs les vivants ignorent Quels sont Messieurs les trépassés. Soyez nettes mes dents, l'honneur vous le commande, Perdre les dents est tout le mal que j'appréhende.

Cette réplique parodie celles du Cid et de Polyeucte. [note A.F.D. 1845]

Pied plat : pied plat, et quelquefois plat pied, homme qui ne mérite aucune considération : locution qui vient non du vice de conformation [...], mais d'une différence de chaussure entre les gens du peuple et les gentilshommes, ceux-ci portant des souliers avec des talons rouges très relevés, tandis que les ouvriers et les bourgeois portaient des souliers plats. [L]

Aze : Ce mot, qui est du style bas et comique, signifie un âne. [T]

SCÈNE III. Béatrix, Jodelet.

BÉATRIX, lui présentant la clef

Ha prenez-la donc vite.

BÉATRIX

Tarare suivez-moi, j'y vais tout de ce pas.

Tarare : Mot burlesque qui signifie, quand on s'en sert, qu'on se moque de ce qu'un autre dit. [T]

JODELET

Larronesse des coeurs tu n'échapperas pas ;

Béatrix se débarrasse de Jodelet, et se sauve.

Larronesse : Celle qui prend le bien d'autrui. [R]

SCÈNE IV.

JODELET, à Béatrix qui fuit

Las faut-il donc pour vous que notre poitrine arde Si vous n'êtes pour nous qu'une nymphe fuyarde.

Arder : Brûler. Vieux mot qui n'est plus en usage, mais dont il reste encore quelques traces dans cette phrase populaire d'imprécation. [Ac. 1762]

SCÈNE V. Isabelle, Béatrix.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Don Fernand, Jodelet.

DON FERNAND

La nuit.

JODELET

Se battre qui voudra, Puisque sans voir il tue alors qu'il me verra, Que pourrais-je durer contre un tel Matamore, Et, de plus voulez-vous que je vous dise encore L'avantage qu'aurait ce dangereux garçon ? C'est que cet enragé sait déjà la façon Dont il faut dépêcher ceux de notre lignage.

Matamore : Terme des comédies espagnoles. Personnage qui se vantait à tout propos de ses exploits contre les Mores. Par extension, homme faisant étalage de bravoure et se vantant d'exploits vrais ou faux. [L]

SCÈNE VIII. Don Juan, Don Fernand, Jodelet.

JODELET

Parlez mieux mon beau-père.

Don Fernand menace Jodelet, qui sort.

SCÈNE IX. Don Juan, Don Fernand.

SCÈNE X. Jodelet, Don Juan.

DON JUAN

Oui.

DON JUAN

Autre difficulté mon esprit embarrasse, S'il est court de visière.

Court de visière : Avoir la visière courte, avoir peu de sagesse, de pénétration. [L]

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Béatrix entre par une petite porte, une chandelle à la main.

Le théâtre représente une chambre à coucher, dans laquelle il y a une alcôve.

BÉATRIX

Pleurez, pleurez mes yeux, l'honneur vous le commande, S'il vous reste des pleurs, donnez m'en j'en demande. Je viens d'allumer ma chandelle, La nuit noire comme du geais Vient d'arriver pompeuse et belle Plus que je ne la vis jamais, De ses Damoiselles suivantes Les étoiles étincelantes, Elle traîne un brillant troupeau, Que ses servantes sont heureuses, Si d'un valet qui se croit beau Elles ne sont point amoureuses. Pleurez, pleurez mes yeux, l'honneur vous le commande, S'il vous reste des pleurs, donnez m'en j'en demande. Étoiles luisantes et nettes Si vous en aimiez comme moi, Toutes célestes que vous êtes Vous enrageriez sur ma foi, Tantôt ce Grenadin, ce More Comme du feu qui me dévore Je lui contais la cruauté, M'a dit que je ne valais guères, Et qu'il était bien fort tenté De me donner les étrivières. Pleurez, pleurez mes yeux, l'honneur vous le commande, S'il vous reste des pleurs, donnez m'en j'en demande. D'écus une assez bonne somme Devant lui je faisais sonner, Et lui faisais assez voir comme Moi qui prends je lui veux donner : Aussitôt cette âme rebourse M'a donné de ma même bourse Un si grand coup dessus le cou Que je m'en sens toute échinée Ô que pour aimer un tel fou Il faut que je sois forcenée ? Pleurez, pleurez mes yeux, l'honneur vous le commande, S'il vous reste des pleurs, donnez m'en j'en demande. S'il plaisait à la destinée, Qu'il fut l'importun à son tour, Et Béatrix l'importunée, Alors à beau jeu beau retour, Encore aurais-je quelque joie : Mais hélas ! Jusque dans le foie Il me brûle le faux larron, Et s'en rit l'impitoyable homme Aussi fort qu'autrefois Néron Riait alors qu'il brûlait Rome. Pleurez, pleurez mes yeux, l'honneur vous le commande, S'il vous reste des pleurs, donnez m'en j'en demande. Et ce pendant mon mal me presse ; Mais quelqu'un vient par l'escalier, C'est Isabelle ma maîtresse, Reprenons notre chandelier : Que si quelqu'un de l'assistance Trouve qu'à moi n'appartient stance, Qu'il sache que l'auteur discret Qui sait fort bien le colloque Est dangereux pour le secret M'a régalé d'un soliloque. Pleurez, pleurez mes yeux, l'honneur vous le commande, S'il vous reste des pleurs, donnez m'en j'en demande.

Le vers 1545 est la parodie du vers 799 du Cid de Pierre Corneille, Acte III, scène 3, Chimène.

Geais : ou Jais, Minéral ou pierre fossile fort noire qui se fait d'un suc lapidifique et bitumineux dans la terre, comme le charbon ; mais celui-ci s'écaille, et reçoit un beau poli. (Dict. Furetière)

Étrivière : courroie à laquelle est suspendu l'étrier. Coup d'étrivière, coup donné avec l'étrivière. [L]

Rebourse : Revêche, difficile à gouverner, à persuader. [F]

À beau jeu beau retour : se dit pour exprimer qu'on aura ou qu'on a eu sa revanche. [L]

SCÈNE II. Isabelle, Béatrix, Lucrèce.

BÉATRIX

Finissez, finissez votre quérimonie, Et gagnons l'escalier ; et sans cérémonie Quelqu'un ouvre la porte, et l'on vous surprendra, Quant à moi je m'enfuis, me suive qui voudra.

Elle sortent.

Quérimonie : Plainte qu'on fait aux juges d'églises pour avoir permission de publier monitoire. [F] ici sens figuré.

SCÈNE III.

DON JUAN ouvre la porte, et en ôte la clef

Laissons la porte ouverte, et gagnons cette alcôve, Je les entends venir.

Alcôve : les architectes le font masculin, mais dans l'usage ordinaire il est feminin. [F]

SCÈNE IV.

SCÈNE V.

JODELET, voyant entrer Don Louis, qui ferme la porte

Peste il ferme la porte,

Il met le chandelier à terre.

Que deviendrai-je donc ?

JODELET, à part, cherchant Don Juan

Mon Maître assurément n'a point de conscience.

JODELET, pousse une estocade sans être en mesure

Dieu veuille être avec nous.

DON LOUIS

Oui.

SCÈNE VI. Don Fernand, Don Louis, Don Juan, Jodelet dans l'alcôve.

DON FERNAND, dehors, l'appelant

Béatrix.

DON JUAN, bas, à Jodelet dans l'aclôve

Sors, sors vite, ou je t'étranglerai.

Jodelet sort de l'alcôve, et Don Juan y entre.

SCÈNE VII. Jodelet, Don Fernand, Don Louis, Béatrix arrivant avec une chandelle à la main, Don Juan, dans l'acôve.

DON FERNAND, entré

Qu'est-ce ci mes amis ?

DON FERNAND

Est-ce d'un estocade, ou d'un estramaçon ?

Estocade : Terme d'escrime. Botte, grand coup de pointe. Allonger une estocade. [L]

Estramaçon : Épée droite, longue et à deux tranchants. [L]

DON FERNAND, prenant la chandelle qui est à terre, en la mettant à la place de celle de Béatrix qui est allumée

Montrez-moi, vous avez la main un peu coupée.

DON FERNAND

Allons, mes chers amis, battez-vous hardiment.

Béatrix sort, en criant d'effroi.

SCÈNE VIII. Jodelet, Don Fernand, Don Louis, Don Juan, dans l'acôve.

DON LOUIS, montrant Jodelet

Et lui ?

DON FERNAND

De qui ?

DON JUAN

De lui.

DON LOUIS

De moi.

SCÈNE IX. Jodelet, Don Juan, Lucrèce, Isabelle, Don Fernand, Don Louis, Béatrix.

1 856 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica