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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Tragi-Comédie

Le Prince Corsaire.

Paul Scarron· créée en 1658, imprimée en 1650· 5 actes· 1 567 vers· 12 personnages

Représenté pour la première fois le 1 août 1659 au théâtre du Petit Bourbon.

Personnages

  • OROSMANE, Prince Corsaire, amant de la Princesse Élise, et enfin reconnu, sous le nom d'Alcandre, pour fils de Nicanor
  • ÉLISE, Princesse de Chypre, Maîtresse d'Orosmane
  • ALCIONNE, autre Princesse de Chypre, Soeur d'Élise, maîtresse d'Amintas
  • AMINTAS, fils de Nicanor, frère d'Orosmane, amant de la Princesse Alcionne
  • NICANOR, père d'Orosmane, et d'Amintas, et Oncle des Princesses
  • SÉBASTE, Confident d'Orosmane
  • ARGANTE, lieutenant du même Orosmane
  • CLARICE, confidente des Princesses
  • CRITON, confident d'Amintas
  • LICAS, capitaine des Gardes de Nicanor
  • GARDES de Nicanor
  • CORSAIRES de la flotte d'Orosmane

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Sébaste, Clarice.

SÉBASTE

D'Élise...

SCÈNE II. Élise, Clarice.

SCÈNE I.I.

SCÈNE IV. Clarice, Élise, Sébaste.

SÉBASTE

Orosmane n'est pas tout ce qu'il paraît être, Et possible le temps le fera mieux connaître, Mais troublât-il Chypre encor plus qu'il ne fait, Il vous distingue fort de ces peuples qu'il hait, Il n'est soin ni devoir qu'il ne veuille vous rendre, Et de fortes raisons (que vous allez apprendre.) Dans vos seuls intérêts l'engagent tellement, Qu'il fait ses ennemis des vôtres seulement : Un Prince incomparable, et dont l'illustre vie, À vos yeux ses vainqueurs fut toujours asservie, Et qui jusqu'au trépas constant en son Amour, Ne regretta que vous quand il perdit le jour, Eut longtemps la fortune à ses voeux favorable ; Mais se fier en elle est bâtir sur le sable. Ce Prince malheureux vit son Trône envahi, Il fut de ses sujets abandonné, trahi, Et réduit à la fin de quitter une Terre, Où tout semblait d'accord à lui faire la guerre, Il fonda sur les flots l'espoir de son salut, N'ayant plus qu'un vaisseau de tant d'autres qu'il eût, Sa galère en ces mers tombant dans notre Armée, Se vit en un moment des nôtres enfermée, Mais lui loin de céder à l'ennemi plus fort, De vos meilleurs soldats se fit craindre d'abord, Et fit seul contre nous en sa seule galère, Ce que le Dieu de Thrace en sa place eût pu faire, Repoussant plusieurs fois de son bord investi, Les nombreux ennemis de son faible parti. Orosmane ravi de sa rare vaillance, Fait cesser le combat ; vers ce guerrier s'avance ; Lui présente à la fois, et la paix, et la main, Et ne reçoit de lui que fierté, que dédain, Il offense Orosmane, il l'attaque, il le presse, De tout ce qu'il lui reste ; et de force, et d'adresse ; Irrite son courroux par son sang répandu : Mais faible par celui qu'il a déjà perdu, Enfin il tombe aux pieds d'Orosmane invincible, Et trouva son vainqueur à son malheur sensible, Il s'appelait Alcandre.

ÉLISE

Hélas !

SÉBASTE

Orosmane...

SCÈNE V. Élise, Alcionne.

ÉLISE

Je ne refuse rien aux personnes que j'aime. Mon Alcandre était donc un Prince malheureux, Mais qui n'eut pas d'abord un destin rigoureux, D'une illustre Princesse il reçut la naissance, Et monta sur le Trône au sortir de l'enfance, Sa mère eut de l'amour pour un Prince étranger, Aimable ; mais ingrat ; infidèle, et léger, Et dont elle se vit depuis abandonnée, Bien qu'unie avec lui par un saint hyménée ; Mais qui peut s'assurer d'un esprit inconstant ? Ce Prince abandonna celle qui l'aimait tant, Et lui laissant un fils, cher ; mais funeste gage, Alla peut-être ailleurs offrir son coeur volage. Elle espéra longtemps de le voir de retour, Que n'espère-t-on point, quand on brûle d'amour ? Mais de son vain espoir enfin désabusée, Et d'un perfide époux se voyant méprisée, Elle laissa tout faire à sa juste douleur, Et prête de finir sa vie, et son malheur, Assembla ses sujets, et leur fit reconnaître, Le fils de son ingrat pour leur souverain Maître, Elle meurt, et mourant cache même à son fils, De son père inconstant le nom, et le pays, Elle ne voulut pas qu'après sa foi faussée, Un infidèle Époux d'une Reine laissée, Sût qu'il en eût un fils ; que ce fils fût un Roi, Et qu'il fît gloire ainsi d'avoir manqué de foi. Son fils donc lui succède, et son adolescence, Des Rois les plus prudents égale la prudence, Il est brave, il est juste, et de son peuple aimé ; Il est de ses voisins craint autant qu'estimé. Mon malheureux portrait le ravit, et l'enflamme, Il me fait demander à mon père pour femme, Mon père le refuse, et même avec dédain, Lui mande sur le bruit de son père incertain, Qu'on peut lui reprocher que la Reine sa Mère, Fut femme sans Époux, et qu'il est fils sans père, Alcandre refusé, mais Alcandre amoureux, Loin de se rebuter d'un refus rigoureux, Vint en Chypre où l'amour me fit bientôt connaître, Le feu que dans son coeur ma beauté faisait naître, Vous vouliez tout savoir, et je vous ai tout dit.

ÉLISE

Un malheureux se plaît à conter son malheur, Il m'aimait donc ma soeur, et ne me l'osait dire ? Mais sa langueur enfin découvrit son martyre, Et les tristes soupirs de son coeur enflammé, Le firent soupçonner d'aimer sans être aimé. La pitié par l'estime est souvent excitée, De son mal dangereux la Chypre est attristée ; En lui l'État perdait un guerrier généreux, Mon père lui devait plus d'un combat heureux, Et la Cour autrefois pleine de barbarie, Devait sa politesse à sa galanterie ; Pour moi je lui devais des soins, et des respects, Que sa condition ne rendait point suspects, La pitié de son mal dans son mal m'intéresse, Je veux savoir le nom de sa fière Maîtresse ; Je le presse en secret de me le découvrir, Si j'avais, me dit-il, quelque espoir de guérir, Vous ne sauriez jamais que par la mort d'Alcandre La cause de son mal que vous voulez apprendre. Le malheureux vous aime ; à ce mot échappé, Déjà de vos beaux yeux les foudres l'ont frappé, Il voit d'un fier dédain s'armer votre visage, Et dans ce fier dédain de sa mort le présage ; Mais ayant obéi si vous l'en haïssez, Daignez connaître au moins ce que vous punissez, Il est Prince Madame, et les Rois de sa race, N'ont point mis dans son coeur sa téméraire audace Un feu respectueux, une immuable foi, Font vivre son espoir plus que le nom de Roi ; Mais si cet humble aveu de sa flamme insensée, Paraît un nouveau crime à votre âme offensée, Un regard menaçant de vos yeux en courroux, Le feront à l'instant expirer devant vous Lorsque j'allais punir ce discours téméraire, Sa qualité de Roi suspendit ma colère, Je la sentis s'éteindre au lieu de s'allumer, Peut-on longtemps haïr ce que l'on doit aimer ; L'union de deux coeurs dans le Ciel déjà faite, Leur inspire à s'aimer une pente secrète ; Elle prévient leur choix, et tel est son pouvoir, Que l'on s'aime souvent avant que de se voir, J'écoutai donc ma soeur tout ce qu'il voulu dire, Il m'apprit que l'amour le mit sous mon Empire, Sur mon simple portrait, sur le bruit de mon nom, Que vous dirai-je encore ; il obtint son pardon.

v.347, l'original porte "aux mains" au lieu de "au moins", nous corrigeons.

ÉLISE

Ha ma soeur ! Ce n'est pas ce qui nous rend heureux, La fortune peut tout dans l'Empire amoureux, Et souvent son caprice a fait des misérables, Des plus rares beautés des aimants plus aimables, Que le calme est à craindre aux plus heureux Amants ! Que leur sort est sujet à de grands changements ! Le Soleil a deux fois enrichi les campagnes, Et deux fois a fondu la neige des montagnes, Depuis qu'amour fait voir entre ce Prince, et moi, Les plus rares effets d'une constante foi, Hélas ! De quoi nous sert d'avoir été fidèles ? En avons-nous moins eu de traverses cruelles ? Un Prince que le Ciel avait fait si charmant, Si constant à m'aimer, que j'aimai constamment, Par un indigne sort, sous une main barbare, Tombe, et me laisse aux maux que sa mort me prépare. Ha ! Sa perte m'apprend que la fidélité, Est une vertu vaine, et sans utilité, Mais il temps, ma soeur, d'aller où nous appelle De nos propres sujets, l'assemblée infidèle ; Allons voir Nicanor, d'un prétexte pieux Déguiser les desseins d'un coeur ambitieux ; Et son fils Amintas qu'un même esprit inspire, Couvrir de son amour son dessein pour l'Empire. Mais leur ambition outre l'ordre du Roi, Aura besoin encore, et de vous et de moi, Si vous voulez ma soeur être d'intelligence, Et comme moi contre eux vous armer de constance, Nous les obligerons ces Tyrans odieux, De recourir au crime, et d'offenser les Dieux, Et peut-être le Ciel qu'irrite le Coupable, D'ennemi qu'il nous est, deviendra favorable.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Nicanor, Élise, Alcionne, Amintas.

NICANOR

Madame, je veux bien ici vous répéter, Ce que dans le Conseil je viens de protester, Que mon fils Amintas vous aime, et vous adore, Et qu'il mourra plutôt du feu qui le dévore, Que de se prévaloir des volontés du Roi, Pour un bien qu'il n'attend que de sa seule foi.

Protester : signifie encore, Promettre, assurer fortement quelque chose. Il a protesté hautement qu'il se vengerait de cette injure. Il a protesté qu'il voulait vivre et mourir dans la Foi. Il a juré et protesté qu'il n'avait eu aucune part en cette action. [F]

ÉLISE, se tournant vers Alcionne

Ha je l'ai refusé ; mais sans le mépriser.

SCÈNE II. Sébaste, Élise, Nicanor, Alcionne, Amintas.

SCÈNE III. Alcionne, Clarice.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Nicanor, Criton.

SCÈNE II. Licas, Nicanor.

NICANOR

C'est assez.

SCÈNE III. Nicanor, Élise, Licas.

SCÈNE IV. Amintas, Élise, Nicanor.

SCÈNE V. Nicanor, Amintas.

SCÈNE VI. Amintas, Criton.

SCÈNE VII. Alcionne, Amintas.

SCÈNE VIII. Nicanor, Amintas.

NICANOR

Tu soupires.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Orosmane.

SCÈNE II. Élise, Clarice.

SCÈNE III. Licas, Amintas.

SCÈNE IV. Licas, Élise.

SCÈNE V. Orosmane, Élise, Amintas.

OROSMANE, dormant

À moi, cruelle Élise ;

SCÈNE VI. Élise, Orosmane.

OROSMANE

Il était de ma taille, Et l'on ne connut point son visage blessé, Sous un de mes harnais qu'il avait endossé. Ce faux bruit de ma mort ardemment désirée, Outre les miens, trompa ceux qui l'avaient jurée, Et me fit oublier aux puissants ennemis, À qui tout contre moi semblait être permis. Accablé de malheurs, et par mer, et par terre, Il me restait encore un seul vaisseau de guerre, Et j'avais conservé des amis généreux, Qui loin de mépriser un Prince malheureux, D'une fidélité qui ne s'est point lassée, Respectèrent toujours ma dignité passée. Nous montâmes en mer de la terre chassés ; La vague était émue, et les flots courroucés ; Mais c'était le parti qui nous restait à prendre, Suivis que nous étions des troupes de Pisandre. Le barbare Orosmane un corsaire inhumain, Attaqua mon navire, et mourut de ma main, Aigri des longs malheurs de mon sort déplorable, Aux Corsaires vaincus je fus inexorable, Tout tremblant sous le fer, ou dans l'onde jeté, Éprouva la rigueur du vainqueur irrité. De massacre et d'horreur ma colère assouvie, Aux tremblants matelots fit grâce de la vie. J'achevais de les vaincre, et de les désarmer, Quand je vis mon vaisseau tout_à_coup abîmer. Ce péril évité me fut de bon présage ; Réveilla mon espoir ; anima mon courage, Je prends le nom fameux du corsaire détruit. Ce nom en peu de temps est un nom de grand bruit, Et me fait espérer qu'auprès de votre père, Un corsaire fera ce qu'un Roi ne put faire. Lors je vous détrompai du faux bruit de ma mort ; Mais sans vous révéler le secret de mon sort.

SCÈNE VII. Amintas, Élise, Orosmane.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Alcionne, Élise.

SCÈNE II. Clarice, Élise, Alcionne.

SCÈNE III. Nicanor, Élise, Gardes.

Alcionne sort.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Orosmane, Élise.

SCÈNE VI. Clarice, Élise, Orosmane.

SCÈNE VII. Argante, Orosmane, Élise, Clarice, Corsaires.

SCÈNE VIII. Clarice, Élise.

SCÈNE IX. Nicanor, Élise.

SCÈNE X. Orosmane, Élise, Nicanor, Sébaste, Corsaires.

SÉBASTE, à l'oreille d'Orosmane

Seigneur ? ...

1 567 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica