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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Arminius ou Les Frères Ennemis

Georges de Scudery· créée en 1642, imprimée en 1644· 5 actes· 1 776 vers· 10 personnages

Représenté pour la première fois en 1642.

Personnages

  • ARMINIUS
  • AGRIPPINE
  • SEGESTE
  • HERCINIE
  • GERMANICUS
  • CECINA
  • SEGIMIRE
  • EMILE
  • FLAVIAN
  • Soldats

ACTE I

SCÈNE I. Cecina, troupe de soldats romains.

SCÈNE II.

HERCINIE

Dans ce triste récit, quelque mal qui m'arrive, C'est à moi d'obéir, puisque je suis captive, Je dois l'obéissance et la vais signaler ; Au moins si la douleur me permet de parler. Le grand Arminius, ce vrai foudre de guerre, Dont le nom glorieux est par toute la terre ; Ce grand et ferme appui, de tant de régions ; Ce vainqueur de Varus, et de ses légions ; Ce héros en qui seul la Germanie espère ; Obtint par un des siens, de Segeste mon père, Que je serais sa femme, et que pour s'unir mieux, Nous le serions ensemble, et par la main des dieux. À quelque temps de là, ce grand et brave prince Fit venir Flavian dedans notre province, Afin que par les mains d'un frère si chéri, Je me pusse trouver en celles d'un mari ; Voici le point fatal, marqué pour ma disgrâce ; Le jour qu'il arriva, j'étais seule à la chasse ; Il me vit, et son coeur qui suit la nouveauté, Crut voir en mon visage, une ombre de beauté ; Il le voit, il l'observe, il lui plaît, il l'admire ; Ce coeur brise à l'instant, les fers de Segimire ; (Car j'ai su qu'il aimait, et qu'il était aimé ; ) Et sans considérer qu'il en serait blâmé ; Et sans considérer qu'il trahissait un frère, Son artifice ordonne, à ses gens de se taire : Ainsi loin de passer pour un ambassadeur, Il parle de son frère, avec tant de froideur, Que Segeste abusé, veut en savoir la cause ; Là, comme il est adroit, il invente, il impose ; Il dit qu'Arminius n'a point d'affection, Et qu'il n'a pour objet, que son ambition. Que sans considérer l'amour ni les personnes, Ses yeux ne sont ouverts qu'à l'éclat des couronnes ; Qu'il ne fait cet hymen, qu'afin de s'élever ; Qu'on doit craindre et prévoir, ce qui peut arriver ; Qu'ayant dit son avis avec trop de franchise, De cette ambitieuse, et hautaine entreprise, Il s'était vu contraint d'abandonner la cour, Et de perdre son rang, pour conserver le jour.

SCÈNE III.

SCÈNE IV.

ARMINIUS

Je sais que l'univers, invincible empereur, En me sachant ici, m'accusera d'erreur ; Mais cette erreur est belle, et j'ose me promettre, Qu'Amour l'excusera, lui qui la fait commettre. Je viens dans votre camp, j'irais dans les enfers, Pour retirer mon coeur et ma femme des fers : Et puis, votre vertu que tout le monde estime, Autorise ma faute, et la rend légitime. Je suis dans votre camp, comme en mes pavillons ; J'y suis plus sûrement, qu'entre nos bataillons ; Vous donnez une foi sans fraude et sans contrainte ; Et mon coeur la reçoit sans faiblesse et sans crainte. Nous sommes gens d'honneur, aussi bien qu'ennemis ; Nous ne ferons jamais, ce qui n'est point permis ; Les armes à la main, nous savons nous défendre, Mais nous ne les prenons, que lors qui les faut prendre : Combattant pour la gloire, et pour la nation, Nous combattons sans fraude, et sans aversion. Je viens donc sur la foi que vous m'avez donnée, Dire que de vous seul, dépend ma destinée. Faites comme les dieux, mon bon ou mauvais sort ; Accordez-moi la vie, ou donnez-moi la mort. Que si votre bonté veut paraître infinie, Rompez en ma faveur, les chaînes d'Hercinie. Prenez tous mes trésors, pour ce rare trésor ; Changez utilement, ses fers avec cet or ; Mais comme des grands coeurs, la gloire est le partage, Cette illustre rançon vous plaira davantage. Ces aigles que ma main, ou plutôt mon bonheur, Me fit jadis gagner avec assez d'honneur ; Ces aigles que Varus perdit avec la vie, Seront si vous voulez, le prix de mon envie : Ma main les emporta, ma main vous les remet ; Enfin je suis à vous, si l'honneur le permet.

ACTE II

SCÈNE I. Segimire, Émile.

SEGIMIRE

Ne m'importune point de discours superflus, L'espérance est un bien, ou je ne prétends plus. Ma débile raison, en vain est soutenue, Je veux, je veux mourir, en esclave inconnue, Et cacher sous les fers, et dans notre prison, La honte qui me vient de cette trahison. L'ennemi qui me prit, en prenant une ville, M'obligea plus que toi, sage et cruelle Émile ; Par un sort inconnu, mes malheurs sont couverts, Et tu veux les montrer aux yeux de l'univers. Songe que ma douleur est déjà trop amère ; Et songe que je suis fille d'Inguiomere ; Songe que Segimire, est sans félicité ; Songe que Flavian est sans fidélité ; Et qu'ainsi dans l'excès de mes cruelles peines, Un trépas désiré, vaudrait mieux que mes chaînes ; Si bien qu'en l'attendant, comme un dernier secours, Dans un sort plus obscur, laisse couler mes jours. Tu sais que cet ingrat m'est toujours plus contraire ; Tu sais qu'il m'abandonne, et qu'il trahit son frère ; Tu sais qu'il a repris l'objet de ses désirs ; Et tu veux que je vive, après ces déplaisirs ! Ha, je ne le saurais ! Ma perte est résolue, Et le destin la veut de puissance absolue ; Ne t'oppose donc plus à cet arrêt des cieux, Et pense que le sort, fait céder jusqu'aux dieux. Obéissons Émile, après cette injustice, À la nécessité, qui veut que je périsse ; Contentons Flavian, contentons nous ici ; Il veut que je me perde, et je le veux aussi ; Il veut que mon trépas, assure sa conquête ; Il veut que je me perde, et j'y suis toute prête ; Il veut m'abandonner, et je lui rends son coeur ; Il paraît rigoureux, j'approuve sa rigueur ; Il veut aimer ailleurs, et j'y consens, qu'il aime, Il veut mon mal plus grand, et mon mal est extrême ; Il veut que je le quitte, et je quitte ses pas ; Bref, il veut que je meure, et je cours au trépas.

SCÈNE II. Flavian, Hercinie.

FLAVIAN

Ne vous offensez point si je romps le silence, Puisque l'on voit ma vie, et ma mort en balance : Voici, voici le jour, propice ou rigoureux, Qui rendra mon esprit content ou malheureux. Voici le jour fatal, où la belle Hercinie Va me combler de gloire, ou de peine infinie ; Va suivre mes destins, ou les abandonner ; Va me couvrir de honte, ou me va couronner. Hélas, si vous voyez dans cette incertitude, ce que souffre mon coeur en son inquiétude, Et quel est le supplice, ou la crainte l'a mis, L'espoir serait un bien qui lui serait permis. Mais puisque la nature, y met un grand obstacle ; Puisque pour voir ce coeur, il faudrait un miracle ; Et qu'il faudrait encor, (vous qui le gouvernez,) Y porter les regards que vous en détournez ; Trouvez bon que ce coeur plein de zèle et de flamme, Se serve de ma voix, pour exciter votre âme ; Souffrez que Flavian fasse agir cette voix, Pour vous représenter ce qu'il fut autrefois. Hélas, s'il vous souvient de l'état de sa gloire ; Si vous en conservez l'image en la mémoire ; Pourrez-vous consentir (quoiqu'il puisse arriver) À l'injuste dessein qui l'en pourrait priver ? Enfin triompherai-je, en cette illustre guerre ? Relevez, relevez, ces astres de la terre, Ces astres que mon coeur veut toujours adorer, Et faites voir en eux, si je dois espérer. Ha, je les vois ces yeux pleins d'attraits et de charmes, Mais je les vois couverts de foudres et de larmes ; La colère s'y mêle, avec la douleur ; J'y vois leur inconstance, et j'y vois mon malheur ; Et sans que votre voix achève ma disgrâce, Vous avez déjà dit qu'un autre a pris ma place ; Vous avez déjà dit à cet infortuné, Qu'Arminius l'emporte, et qu'il est condamné.

FLAVIAN

Quoi ?

FLAVIAN

Hélas, je le confesse, ô beauté que j'admire, Que j'ai trahi mon frère, ainsi que Segimire, Mais songez pour finir cet injuste courroux, Que ce coeur affligé, les a trahis pour vous. Que me reproche-t-on, dedans cette aventure ! J'ai combattu pour vous, l'amour et la nature. L'un et l'autre en mon coeur, agissait puissamment, Toutefois je vainquis, mais pour vous seulement. Et vous me reprochez, (ô cruelle personne,) Le crime glorieux, ou ce coeur s'abandonne ! Et vous me reprochez, une infidélité, Dont vous fûtes la cause, et par votre beauté ! Mais si vous me blâmez (souffrez que je le die,) Pourquoi m'imitez-vous en cette perfidie ? Je quitte Segimire, et vous m'abandonnez, Dieux, qui vous absoudra, si vous me condamnez ? Ou sont tant de serments, adorable infidèle ? Ou cette passion, qu'on nommait immortelle ? Vous me deviez aimer, jusques dans le tombeau ; Vous disiez que l'amour n'a jamais qu'un flambeau ; Qu'une seconde flamme, est un crime effroyable ; Et vous m'abandonnez, volage, impitoyable ! Et vous abandonnez, ô douleurs ! ô transports ! À ce nouveau vainqueur, et l'esprit, et le corps ! Ha, ce penser me tue, et réveille ma rage ! Mais ainsi qu'un nocher, puisque j'ai fait naufrage, Souffrez qu'ayant perdu des richesses sans prix, Je tâche de sauver les restes du débris. Je vous aime infidèle, aussi bien que constante ; Je n'ai pas tout mon bien, mais mon coeur s'en contente ; Et pourvu que le vôtre, enfin revienne à moi, J'oublierai mes malheurs, et ce manque de foi.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Flavian, Émile.

SCÈNE V. Segimire, Flavian.

SCÈNE VI. Segimire, Émile.

SCÈNE VII. Germanicus, Cecina, Agripine.

SCÈNE VIII.

SCÈNE IX. Cecina, Arminius.

SCÈNE X.

ARMINIUS

Ha je l'avais bien dit, que je n'obtiendrais rien ! Peuple, fier et cruel, ennemi de mon bien ; Peuple, fier et superbe, à qui les destinées, Soumettent sans raison, des têtes couronnées ; Peuple de qui l'orgueil, sans bornes et sans lois, Fait marcher des tyrans, sur la tête des rois. Mais ciel, j'ai mérité la douleur qu'il me donne, Puisque jusqu'à ses pieds, j'ai fait voir ma couronne ; Puisque j'ai pu prier avec humilité, Celui dont ma faiblesse, enfle la vanité. Ô belle, ô généreuse, ô divine Hercinie, Qui souffre comme moi, sa dure tyrannie, Après avoir régné, (mais régné sur mon coeur,) Quoi, tu suivrais le char d'un insolent vainqueur ? Quoi, ces yeux qui faisaient mes plaisirs et mes peines, Ne pourraient s'abaisser, qu'ils ne vissent des chaînes ? Et pour dernier malheur, par un décret fatal ? Tu suivrais leur triomphe, et suivrais mon rival ! Ha, non, non, ma valeur n'est pas encore morte ; Elle vainquit Varus, sans qu'elle fût plus forte ; Et tes meilleurs soldats, cruel Germanicus, Par elle, furent mis au rang de mes vaincus. Ouvrons, ouvrons mon bras, leurs légions serrées ; Faisons voir à nos pieds, cent aigles atterrées ; Du front de la bataille, allons au dernier rang ; Que tout le camp romain, soit noyé dans son sang ; Portons en chaque lieu, d'un coeur impitoyable, L'effroyable désordre, et la mort effroyable ; Que la flamme et le fer, en partant de nos mains, Extermine en ces lieux, jusqu'au nom des romains ; Et qu'un d'eux porte enfin, si nous le laissons libre, La funeste nouvelle, au rivage du Tibre. Allons, allons les vaincre, une seconde fois, Ces ennemis communs des peuples et des rois ; Et dans ce grand exploit, et dans cette aventure, Vengeons tout l'univers, et toute la nature. Mais quitter Hercinie, et partir sans la voir ! Ce dessein rigoureux, n'est pas en mon pouvoir. Une seconde fois, endurons qu'on nous brave ; Amour, je veux souffrir, puisque je suis esclave ; Demandons ce plaisir, demandons ce bonheur ; La qualité d'amant, sauvera notre honneur ; Celui qui connaîtra le beau trait qui me blesse, Me croira glorieux, d'avoir cette faiblesse ; Il saura que ce coeur, alors qu'il s'est soumis, A regardé sa reine, et non ses ennemis. Mais après avoir vu cette personne aimée, Revenons comme un foudre, au milieu de l'armée ; Faisons pleurer Tibère, à l'instant qu'il saura Quels seront nos exploits, comme Auguste pleura.

ACTE III

SCÈNE I.

FLAVIAN

Mon frère dans le camp ! Segimire à l'armée ! Celui qui fut trahi ! Celle qui fut aimée ! Ce frère généreux ! Cette illustre beauté ! Ces objets de ta fraude, et de ta cruauté ! Coeur doublement perfide, après ton imposture, N'écouteras-tu point l'amour et la nature ? Et veux-tu t'exposer à de sanglants remords, Qui sans faire mourir, font souffrir mille morts ? La nature te parle, âme ingrate et légère ; l'amour t'offre ton crime, et ta foi mensongère ; Et tu peux résister ! Et tu peux en ce jour, Traiter cruellement, la nature et l'amour ! Songe, songe inhumain, à qui tu fus contraire ; À toi-même, à ta reine, à ton prince, à ton frère ; Tu fus mauvais sujet, tu fus perfide amant, Frère sans amitié, prince sans jugement. Mais l'excès de ma faute, est de telle importance, Que ce qui fit mon crime, en fait la pénitence ; Et l'extrême rigueur, d'un fâcheux souvenir, Suffit à les venger, ainsi qu'à me punir : Ha, pour nous délivrer d'une peine infinie, Suivons notre devoir, et quittons Hercinie. Hercinie ! Ha plutôt que ne dois-je tenter, Et pour la conquérir, et pour la mériter ? Cet objet glorieux, occupe toute une âme ; Pour elle tout est beau ; rien n'est digne de blâme ; L'amitié, la vertu, la constance, la foi, Tout est faible contre elle, et cède ainsi que moi. Quand une erreur est belle, on la croit legitime ; En cette occasion, la gloire suit le crime ; Et quel_que_soit le mal que l'on doive sentir, C'est être criminel, que de s'en repentir ; Aimons donc, aimons donc : mais cet illustre frère ! Mais est-il un objet qui m'en puisse distraire ? Mais Segimire, ô dieux ! Et Segimire aussi, Augmente son triomphe, et doit céder ici. Oui, la raison s'accorde, à mon idolâtrie ; Parents, maîtresse, amour, devoir, honneur, patrie, Cédez comme je cède, et ne vous plaignez pas, ou plaignez vous du ciel qui forma ses appas. Mais son père s'approche ;

SCÈNE II. Flavian, Segeste.

SCENE III. Agripine, Germanicus, Segimire.

SCÈNE IV. Germanicus, Segeste.

SCÈNE V.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Arminius, Hercinie.

ACTE IV

SCÈNE I. Segimire, Hercinie, Émile.

SCÈNE II. Agripine, Flavian, Hercinie, Segimire.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Arminius, Germanicus.

ARMINIUS

Puisque c'est aux grands coeurs, que la pitié se trouve, Donnez m'en aujourd'hui la véritable preuve : Ayez compassion des maux que j'ai souffert, Et tirez Hercinie, et la vertu des fers. Il est de la grandeur, et de l'éclat de Rome, Elle que l'univers, craint, regarde, et renomme, De ne s'attacher point au sort d'un malheureux, À qui déjà le ciel n'est que trop rigoureux. Tant que nos bataillons, à cohortes pressées, Marchent avec ardeur, et les piques baissées ; Tant que nous combattons pour qui sera vainqueur, Qui résiste le plus, fait voir le plus de coeur. Mais lorsque l'ennemi, quitte et jette les armes, Et que sans être lâche, il a recours aux larmes ; Lorsque l'on voit fléchir un coeur à redouter, Il faut être cruel, pour ne pas l'écouter. Triomphez glorieux, de toutes les provinces ; Attachez à vos chars, et des rois, et des princes ; Traînez un grand trophée, où soient vus entassés, Armes, sceptres, drapeaux, et trônes renversés : Mais qu'une femme au moins, exempte de la chaîne, Bénisse avec moi, la clémence romaine ; Afin que si jamais la victoire nous suit, Je sois par votre exemple, à la clémence instruit. Ainsi toujours votre aigle, et superbe, et connu, Porte votre grand nom, aussi haut que la nu ; Ainsi tout l'univers, de sa gloire jaloux, Ne le puisse pourtant regarder qu'à genoux ; Et puissai-je moi-même, aux guerres dangereuses, Suivre sans déshonneur, vos enseignes fameuses ; Et vous faire connaître, au plus fort du danger, Qu'on s'oblige soi-même, en daignant m'obliger.

GERMANICUS

Adieu.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Segeste, Hercinie.

SCÈNE VII. Arminius, Segeste, Hercinie.

SCÈNE VIII. Arminius, Hercinie.

ARMINIUS

Qui ?

HERCINIE

Flavian.

ACTE V

SCÈNE I. Germanicus, Cecina.

SCÈNE II. Segeste, Cecina.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Arminus, Flavian.

SCÈNE V. Hercinie, Flavian, Arminius.

HERCINIE

Arrête sacrilège, ennemi de mon bien, Pour aller à son coeur, il faut percer le mien. Quoi, veux-tu renverser, l'appui de la province ? Quoi, ne trembles-tu point, à l'aspect de ton prince ? Songe, songe inhumain, à ton crime odieux, Et que les souverains, sont l'image des dieux. Considère méchant, ta fureur criminelle, Qui va noircir ton nom, d'une tâche éternelle ; Tremble, tremble te dis-je, esprit trop inhumain, Et qu'un injuste fer, te tombe de la main. Fais que le repentir, succède à ton audace ; Mais parais à genoux, pour obtenir ta grâce ; Fais que l'humilité, succède à ton orgueil ; Et trouve ton salut, au bord de ton cercueil. Quoi, ce perfide coeur, à peine à s'y résoudre ? Crains, crains également, et ce fer, et la foudre : C'est pour toi que je prie, en priant aujourd'hui ; Car s'il veut te punir, que peux-tu contre lui ? Barbare, c'est en vain que tu suis ta manie ; Le coeur d'Arminius, est celui d'Hercinie ; C'est à moi que s'adresse, et ta haine, et tes coups ; Et tu veux me blesser, en blessant mon époux. Oui, si ta cruauté désormais continue, Plonge, plonge ce fer, dedans ma gorge nue : Efface de ce coeur, en daignant le percer, Ce que la seule mort, à pouvoir d'effacer. C'est là que mon époux, triomphe de ton crime ; C'est là qu'il établit un règne légitime ; C'est là qu'il a son trône, et tu n'avances rien, Si pour frapper son coeur, tu ne frappes le mien. Je te l'offre cruel, je te l'offre barbare ; L'amour nous rejoindra, si la mort nous sépare ; Et malgré ta colère, et malgré ta rigueur, Un illustre mari, règnera dans mon coeur.

SCÈNE VI. Segimire, Arminius, Flavian, Émile.

SCÈNE DERNIERE. Germanicus, Arminius, Flavian, Segimire, Cecina, Agripine.

1 776 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0