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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers

Orante

Georges de Scudery· créée en 1633, imprimée en 1636· 5 actes· 1 500 vers· 14 personnages

Représenté pour la première fois en 1633 au Théâtre du Jeu de Paume de La Fontaine par le Troupe de Mondory.

Personnages

  • ISIMANDRE, fils du gouverneur de Naples
  • ORANTE, dame Napolitaine
  • ROSIMOND, ami d'Isimandre
  • ORMIN, gouverneur de Pise
  • PALINICE, femme d'Ormin
  • LUCINDE, mère d'Orante
  • FLORANGE, gentilhomme Pisan
  • NÉRINE, demoiselle d'Orante
  • POLIANTE, père d'Isimandre
  • CLINDOR, écuyer d'Isimandre
  • LINDOMAN, valet de Chambre d'Orante
  • LERISTE, page d'Ormin
  • ARGAMOR, brave
  • GERTIMANT, brave
Madame,

À MADAME, MADAME LA DUCHESSE DE LONGUEVILLE.

J'avoue que ce que je présente à votre Grandeur est indigne d'elle : Mais si vous ne deviez recevoir que les choses qui méritent de l'être de vous, il est certain que vous auriez droit de refuser tout ce qu'on vous pourrait offrir.

Cette faiblesse, qui m'est commune, avec tout le reste des hommes, ne me donne point d'affliction ; je sais qu'il est même des fuites, qui ne sont pas honteuses aux particuliers, parce qu'elles sont générales, et que ceux qui se sauvent de la perte d'une bataille n'étaient pas obligez d'y mourir. Mais quand ce raisonnement n'aurait pas été capable de me faire hardi, le favorable accueil que j'ai toujours reçu de V.E. m'eût aussi bien obligé de l'être.

Oui, MADAME, votre bonté fait ma hardiesse, et mon crime vient de votre vertu : mais quoi que l'on tienne pour assuré qu'une erreur en appelle une autre, je m'empêcherai bien d'ajouter à la faute que je commets, en vous donnant une chose de si peu d'importance, celle de vous louer de mauvaise grâce : que s'il faut toutefois que je le fasse, pour suivre la coutume que les autres ont établie, je pense avoir assez d'adresse pour m'en acquitter plus dignement sans éloquence, qu'ils ne feraient avec toutes les règles et toutes les beautés de leur art. Et cela , Madame, en disant seulement que vous êtes l'illustre Sang de BOURBON, si Noble et si pur, qu'il a moins de taches que le Soleil ; de sorte que vous auriez plus de peine à faillir, que les autres n'en ont à bien faire : Et s'il faut encore ajouter à cette gloire essentielle une qui vous vienne d'ailleurs ; après avoir remarqué que vous avez l'honneur d'appartenir au plus grand Monarque de la terre : Je dirai que vous êtes Soeur d'un Prince, qui possède toutes les bonnes qualités que doit avoir un homme de la sienne, et femme d'un autre116, de qui le coeur et l'esprit disputent de grandeur avec sa naissance : C'est tout ce que peut vous dire,

Madame, Votre très humble et très obéissant serviteur,

DE SCUDERY.

AU LECTEUR

Je confesse ingénument que ma stérilité vient de l'abondance d'autrui : l'on a tant fait d'avant-propos, qu'il est comme impossible maintenant que mes pensées ne se rencontrent avec celles d'un autre ; et je ne veux point te donner sujet d'appeler larcin ce qui ne serait que concurrence. Contente-toi donc que je te prie seulement d'excuser mes fautes, et celles de l'impression.

Adieu.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Rosimond, Isimandre.

ROSIMOND

Ici l'humilité ne sent point le Rimeur. Il fallait préparer mes yeux et mes oreilles ; Me dire qu'à genoux on doit voir des merveilles ; Me réciter vos vers en accents relevés ; C'est tout leur ornement, et vous les en privés : Les maîtres du métier ont bien une autre emphase ; Pour vous ravir l'esprit, ils tombent en extase ; À chaque fin de stance on les voit se pâmer, Pour vous donner le temps qu'il faut à l'estimer ; Et faisant les yeux doux, ils semblent vouloir dire, Vous devez m'adorer, parce que je m'admire ; Mais mon visage froid désespère un auteur, Et je le fais tomber d'une belle hauteur. Or vous dont je connais, et l'adresse, et la force ; Me faisant un refus, me jetez une amorce ; En un mot, je veux voir, en voyant ce sonnet, Ce que vous enfantez dans votre Cabinet.

SONNET.

Il lit.

Qu'on me fasse un Tombeau, je ne me puis promettre De vivre désormais l'espace d'un moment : Mille ans ont fait leur cours depuis l'éloignement, De l'homme paresseux qui doit rendre ma lettre : Dieux, Parques, et Destins, me voulez vous permettre, Immortel comme vous, d'être éternellement ' Si vous êtes puissants, faites-le moi paraître, Me donnant le repos qu'on trouve au monument. Avoir vécu mille ans, n'est-ce pas un bel âge ' Mais que l'impatience, hélas ! me rend peu sage, Mon esprit agité, soi-même ne s'entend : Depuis que j'écrivis, j'ai compté mille années, Et tout considéré, ce n'est que six journées, Dieux ! Que le temps est long pour un bien qu'on attend. Quoi donc, vous en tenez' et cette humeur rebelle, Enfin dans l'univers, a pu voir une belle ' Il se trouve un objet, qui mérite vos soins ' Si ce discours est vrai, c'est Vénus pour le moins.

SCÈNE II.

ORMIN

Rude et faible raison, abandonne mon âme : Ta froideur ne saurait s'opposer à ma flamme : L'amitié vient du sang ; et j'éprouve en ce jour, Qu'elle n'est qu'un chemin qui conduit à l'amour. J'aime (je le confesse) Orante me possède ; Je suis homme, elle est belle , on m'attaque, et je cède : Ses regards ont des traits qui percent jusqu'au coeur ; Le mien est bon esclave, il aime son vainqueur. Et pourrait-on blâmer ce qui n'est point blâmable ' Pour être ma parente, est-elle moins aimable ' Lois, qui nous défendez les plaisirs innocents, Laissez nous l'esprit libre, ou nous ôtez les sens. L'objet de mon désir lui peut servir d'excuse ; Il arrache de force un coeur qu'on lui refuse ; La raison et la crainte ont beau le secourir, L'espérance le flatte, en le faisant mourir, Et trouvant que l'amour est fille de l'estime, Tout ce qu'on lui défend lui semble légitime : Une conquête aisée est digne de mépris ; La peine est une amorce aux généreux esprits ; Et quoi qu'un sot discours en pareille aventure, Oppose aux lois d'amour celles de la Nature, Il les faut mépriser, pour être possesseur ; Si j'aime une cousine, un Dieu chérit sa soeur . Oui, puis qu'amour le veut, la sentence est donnée : Allumons son flambeau par celui d'hyménée ; Laissons cueillir la fleur, pour recueillir le fruit ; Et tirons cent bons jours d'une mauvaise nuit. Orante sera mienne étant à ce Florange ; Les défauts d'un mari la porteront au change ; Et dedans son esprit toutes ses actions, Pourront servir de lustre à mes perfections. C'est de là que mon bien prendra son origine ; Je bâtis sur l'espoir de sa mauvaise mine ; L'entretien d'un brutal est capable d'aider Au dessein que j'ai pris de la persuader : J'ai le vent favorable, et j'aperçois la rive ; Pour posséder Orante, il faut que je m'en prive ; Le ciel entend mes voeux, et mon bon-heur s'y lit ; Mais, Amour avec eux n'entre pas dans le lit .

SCÈNE III. Clindor, Nérine.

SCÈNE IV. Lucinde, Florange, Palinice.

SCÈNE V.

ORANTE

STANCES.

Elle est dans sa chambre, le bras en écharpe.

Amour, je veux suivre l'envie, Qui me pousse à mourir ; Et trouver pour me secourir, La fin de mes malheurs, dans celle de ma vie : Mais puisqu'il me faut un tombeau, Amour, fais au moins qu'il soit beau. Invisible démon de flamme, Qui cause mon tourment ; Parois dessus ce Monument ; Mais aussi triomphant, que tu l'es dans mon âme : Puis que je t'ai fait immortel, Prends mon sépulcre pour autel. Pour éterniser la mémoire Des maux que j'ai soufferts, Peints-y bien mes feux et mes fers , Qui sont les seuls tableaux qui font bien voir ta gloire : Et fais y paraître mon coeur, Dessous les pieds de son vainqueur. Mais pour achever la structure, D'un si noble dessein ; Prends le trait qui m'ouvrit le sein, Et grave ces deux vers dessus ma sépulture : Sa constance a causé sa mort, Passe, va-t'en, et pleins son sort. Ce n'est pas tout ; fais qu'Isimandre, En sa pâle couleur, Y témoigne un peu de douleur, Pour la perte d'un bien qu'il n'aura pu défendre : Et qu'il semble dire à par soi, Hélas ! elle est morte pour moi. Fantastiques propos, songes, chimères vaines, Vous irritez mes pleurs, vous augmentez mes peines, Et le temps que je perds à discourir ici, Ne doit être employé qu'à finir mon souci. J'aspire après un bien qui n'a point d'apparence ; C'est me nourrir de vent, que vivre d'espérance ; Orante infortunée, et bien ne vivons plus : Bornons avec nos jours ces regrets superflus : Innocent criminel, vieil importun Florange, Par mon triste dessein, vois où le tien me range : Isimandre fidèle, apprends que je le suis ; Sans partager ma mort, partage mes ennuis ; Et juge par le sang que je m'en vais répandre, Qu'Orante n'aima rien que le seul Isimandre. Vivant en ton penser, je mourrai sans douleur : Dieux, ce sang est de flamme, il en a la couleur ; Reçois au lieu d'encens l'agréable fumée,

Elle débande le bras.

Qui sort parmi le sang de la personne aimée, Ce sont là des esprits qui vont chercher le tien : La mort n'est point un mal, à qui la connaît bien : Mais puisque ce papier se trouve favorable, Tâchons de consoler l'esprit d'un misérable ; Faisons voir que la mort ne peut rien sur l'amour :

Elle écrit de son sang.

Adieu cher Isimandre, adieu, je perds le jour.

SCÈNE VI. Orante, Nérine.

SCÈNE VII. Clindor, Nérine, Orante.

SCÈNE VIII. Lucinde, Ormin, Florange, Palinice, Nérine, Orante.

LUCINDE

Ma fille.

PALINICE

Ma Cousine,

ORMIN

Orante.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE.

PALINICE

Invisible serpent, cruelle jalousie, Qui vomis ton venin dans notre fantaisie, Bourreau de mon repos, vrai Monstre des enfers, Qui mets l'âme à la gêne, et l'esprit dans les fers ; Cesse de me montrer ta vaine, et pâle image ; Cesse de me prédire un funeste dommage ; Orante aime l'honneur, Ormin sait son devoir ; Mais Amour est aveugle, il ne saurait rien voir. La plus forte raison cède à cette manie ; Et bien qu'elle soit Reine, elle est souvent bannie. Le change a des attraits plus forts que la beauté : Toujours l'esprit d'un homme aime la nouveauté ; L'hymen est un fardeau qu'il juge insupportable ; Plus un bien est aisé, moins il est délectable ; Ce que nous possédons, est presque sans plaisir ; L'amour trouve sa fin en celle du désir ; Lorsqu'il est au sommet, il commence à descendre ; Et ce brasier s'éteint dedans sa propre cendre. Dieux ! je l'expérimente en ma juste douleur : Ormin est toujours triste, il change de couleur ; Des soupirs continus découvrent sa folie ; Son coeur suit par les yeux la belle qui le lie ; Il ne me parle plus qu'en termes de mépris ; Orante est un miracle entre les beaux esprits ; Elle seule mérite une extrême louange ; Il la peint des couleurs, dont on peindrait un ange ; Il lui donne l'encens qu'on offrirait aux dieux ; Il méprise la terre, et se moque des cieux ; Afin de l'obliger, il manque à sa promesse ; Florange n'étant qu'homme offense sa déesse ; Pour posséder ce corps il faut être immortel, Bref, pour avoir sa couche il lui dresse un autel. Il est vrai, je le vois, son âme en est blessée ; Elle est l'unique objet qu'il a dans la pensée ; Il méprise ma flamme aussi bien que sa foi ; Pour rendre Orante à lui, l'ingrat n'est plus à moi. Mais il manque d'amour, et non moi de courage ; On connaît le Pilote au milieu de l'orage ; Faisons agir l'esprit pour rompre ses desseins ; Tâchons de lui donner des sentiments plus seins : Qu'il prenne pour guérir la médecine amère, Et que son pouvoir cède à celui d'une mère.

SCÈNE II.

ORMIN

STANCES.

Oui, je la veux aimer jusqu'en la sépulture : Elle mérite bien qu'on force la Nature ; On doit à ses vertus un amour éternel ; S'il était périssable il serait criminel. On ne peut trop aimer un objet tant aimable, Jamais l'excès du bien ne peut être blâmable, (S'il est permis de mettre un excès dans le bien) Il faut que mon esprit prenne la loi du sien ; Et que ses volontés règnent sur mes pensées : Que Florange n'ait plus ses flammes insensées Puis qu'il déplaît à l'oeil que je veux adorer, Le respect qu'il me doit lui défend d'espérer ; Et mes commandements l'obligent à se taire : Ô toi de mes pensers, fidèle secrétaire, Amour ; qui les fais naître, et seul les vois au coeur ; Viens rendre une visite au bel oeil mon vainqueur ; Et pour faire un miracle, en voyant ma Rebelle ; Suis-moi dans mon retour, et demeure chez elle.

SCÈNE III. Orante, Nérine.

SCÈNE IV. Florange, Ornate, Nérine.

SCÈNE V. Lucinde, Orante, Florange, Nérine/

SCÈNE VI. Ormin, Florange, Orante, Lucinde, Nérine.

SCÈNE VII.

ISIMANDRE, seul

Que l'attente est fâcheuse à l'amant qui soupire ! Qu'un bien semble tardif alors qu'on le désire ! Le cours d'un siècle entier a bien moins de moments, Que la crainte et l'espoir ne donnent de tourments. Paresseux Messager, qui fait languir mon âme, Résous toi de quitter les beaux yeux de ma Dame : Vois mes maux, songe à moi, regarde ton devoir ; Et sois prompt à venir, si tu me veux revoir. Pense que ta longueur, m'assassine, et me tue ; Toi seul peux relever ma pauvre âme abattue : Souffre que mes désirs t'arrachent de ce Ciel ; Voudrais-tu du nectar, quand je n'ai que du fiel ' Ton immortalité me coûterait la vie : Hé ! sois plus pitoyable, en suivant mon envie : Tu m'as cent fois promis d'aider à mon dessein ; Ha bons Dieux ! le voici ; le coeur me bat au sein ; Je tremble en remarquant, qu'il s'est peint le visage, De la pâle couleur d'un funeste présage ; La tristesse le suit,et marche sur ses pas ; Je lis dedans ses yeux ce qu'il ne me dit pas ; Et dans l'incertitude où me met son silence, L'excès de mon supplice, accroît sa violence : Mes pleurs suivent les siens, sans en voir le sujet ; Toi qui fais ma douleur, monstre lui son objet. Ne me le cèle point ; veut-on forcer Orante ' As-tu vu les abois de sa vertu mourante ' As-tu vu son esprit à travers son discours ' Suis-je désespéré ' N'ai-je plus de secours ' N'implore-t-elle point le pouvoir de mes armes ' N'as-tu point vu ses pleurs, comme tu vois mes larmes ' Ne m'écrit-elle pas ' Que sert de le celer ' Enfin, dois-je mourir ' Ou si tu dois parler '

SCÈNE VIII. Clindor, Isimandre.

ISIMANDRE

Tout ce que tu me dis est rempli de mensonge : Et ton cerveau débile a fait un mauvais songe. Orante ne vit plus ! Orante est au cercueil ! Dois-je croire ta voix ' Dois-je croire mon oeil ' C'est de toi cher papier que je le veux apprendre :

BILLET.

Tienne je meurs, mon Isimandre.

Il lit ce billet.

Il n'en faut plus douter ; par la rigueur du sort, La vertu ne vit plus, et le Soleil est mort. Il n'en faut plus douter, sa plume véritable, Ne m'a que trop bien peint sa perte lamentable : Il n'en faut plus douter ; elle abandonne aux vers, Le plus rare trésor qui fût en l'univers. Orante ne vit plus ! Orante n'est que poudre : Et moi je ne meurs pas après ce coup de foudre ! Après l'avoir souffert, je respire un moment : Ha ! je ne me crois plus un véritable amant : Je flattais mon esprit, en l'estimant fidèle ; S'il eut su bien aimer, il serait auprès d'elle ; Quand la blessure est grande on finit sans parler ; Et celui qui se plaint, tâche à se consoler. Chère ombre, je te suis, si tu me veux attendre :

BILLET.

Tienne je meurs, mon Isimandre.

Il lit.

Hé n'est-ce pas répondre, à mon coeur, à ma voix ' Disant ce qu'elle a fait, on dit ce que je dois. Caractères sanglants, entrez dans ma pensée ; Représentés y bien mon Orante blessée ; Que le trait de la mort, la peigne en mon esprit, En l'état qu'elle était, en traçant cet écrit ; Ha ! je vois ce fantôme, et sa main tâche à mettre, Les derniers traits de l'âme en ceux de cette lettre ; Et l'amour semble dire à mon coeur prisonnier, Tout le sang est sorti, j'y reste le dernier. Suis moi dans les enfers, où je m'en vais descendre.

BILLET

Tienne je meurs, mon Isimandre.

Il relit.

Attends, Orante, attends, mon âme qui te suit ; Ne t'en va point sans elle en l'éternelle nuit ; Juge de mon amour, juge de ta puissance ; Remarque l'une et l'autre en mon obéissance ; Mais souffre que je pousse en un même chemin, Et le traître Florange, et le cruel Ormin : Permets que nous goûtions ceste douce allégeance, Que les coeurs irritez trouvent en la vengeance ; Mon esprit au tombeau ne peut être endormi. S'il ne mêle à mon sang celui de l'ennemi : Ma déesse demande un pareil sacrifice : Partons Clindor, allons lui rendre cet office ; Et quand j'aurai puni ces voleurs de mon bien, Je répandrai mon sang sur les marques du sien.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Isimandre, Lindoman, Clindor.

SCÈNE III. Palinice, Lucinde, Nérine.

SCÈNE IV. Orante, Lindoman.

SCÈNE V. Nérine, Orante, Lindoman.

ÉDVIGE

Ha Madame, écoutez...

Elle lui parle à l'oreille.

SCÈNE VI. Isimandre, Orante, Nérine, Clindor, Lindoman.

SCÈNE VII. Ormin, Isimandre, Orante, Nérine, Clindor, Lindoman.

ORANTE

Elle tient le premier tableau.

Monsieur, cet Ixion me semble le plus beau

Second tableau.

Troisième tableau.

Quatrième tableau.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Lucinde, Palinice, Orante, Nérine.

ORANTE

Ha ! je tremble Nérine :

Orante et Nérine en habit d'hommes les rencontrèrent.

SCÈNE II. Florange, Isimandre, Clindor.

SCÈNE III.

POLIANTE

Que n'es-tu le témoin de mon inquiétude ' Je te ferais rougir de ton ingratitude ; Fils sans obéissance, enfant sans amitié, À qui mes cheveux blancs n'ont su faire pitié. Quel exploit généreux, quelle belle aventure, Oblige ton esprit à choquer la nature ' Isimandre cruel, ton départ m'est suspect : Le véritable amour n'est jamais sans respect : Il s'impose lui-même une louable crainte ; Il estime le joug qu'il porte sans contrainte ; Et devant qu'entreprendre un dessein qu'il aura, Sans songer s'il lui plaît, il pense s'il plaira. Toutes ses volontés ne font rien en tumulte ; L'Oracle paternel est le seul qu'il consulte ; Il combat ses désirs, sans en être abattu ; Et suit heureusement les pas de la Vertu. Si son âme a des feux la raison les tempère ; Il pense qu'il est fils, et qu'il doit être père ; Et toujours l'amitié l'emportant sur l'amour, Il rend le même honneur qu'on lui doit rendre un jour. Ha ! Que tu marches loin de cette heureuse trace ; Ton esprit libertin ne craint point ma disgrâce ; Tu pars sans mon congé, tu vas quittant ces lieux, Sans songer que mes pleurs sont aperçus des Dieux , Qui pères comme moi prendront part à l'outrage, Mais célestes cléments ! Sauvez-le du naufrage ; Et ne punissant point ses désirs mutinés, Pardonnez-lui sa faute, et me le ramenez, Que j'ai le sens troublé ! que j'ai l'esprit en guerre ! Il a déjà couru tous les coing de la terre ; Ingénieux qu'il est, il feint mille dangers, Que trouve ce cher fils aux climats étrangers ; Je le crois voir aux mains avec un adversaire ; Je le crois voir sur l'onde, et pris par un corsaire Je crois que son argent tente les matelots ; Je crains comme les vents, les rochers et les flots ; Leur calme le plus doux dépend de la fortune ; Et l'inconstante y règne aussi bien que Neptune. Je le descends à terre avecque mes douleurs ; Je le vois dans un bois attaqué des voleurs ; Je l'aperçois combattre au milieu d'une armée ; J'y crois voir sa valeur par le nombre opprimée ; Je le vois tout sanglant, je le vois qui pâlit ; Je le crois voir malade, et mourir dans un lit ; Abandonné, tout seul, et privé d'assistance ; Bref, tous les accidents éprouvent ma constance ; Et pour lui mon amour se porte en un tel point, Que je ressens les maux que peut-être il n'a point. Grand Dieux, de qui les mains tiennent nos destinées ; Pour allonger ses jours, retranchez mes années ; Et bornant son voyage ainsi que mon ennui, Que je meure en moi-même, et que je vive en lui.

SCÈNE IV. Orante, Nérine.

SCÈNE V. Clindor, Orante, Nérine.

SCÈNE VI. Lucinde, Palinice.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Florange, Isimandre.

Poil signifie chevelure dans ce contexte.

Elle arrive.

SCÈNE IX. Orante, Isimandre, Florange, Clindor, Nérine.

SCÈNE X. Ormin, Palinice, Lucinde, Leriston.

SCÈNE XI. Florange, Ormin, Palinice, Leriste.

FLORANGE

Si vous cherchez Orante, elle n'est plus à Pise : Et ses charmes ont pris un amant qui la prise. Isimandre l'emmène, après m'avoir vaincu.

Pise (Pisa) est une ville d'Italie à 75km à l'est de Florence et 450km au nord de Naples, non loin de la côte méditerranéenne.

FLORANGE

Comme j'avais des feux, il avait de la flamme : L'excès de la douleur m'a fait lire en son âme ; Et comme son esprit adorait mon vainqueur, Il n'a pu retenir les sentiments du coeur. Sa raison a perdu son ordinaire usage ; Sa folle passion s'est peinte en son visage ; Ses soupirs ont fait voir en même temps au jour, Le feu de la colère, et celui de l'amour. L'un et l'autre éclatait ; l'un et l'autre visible, Me l'on fait reconnaître, amoureux et sensible. Et j'ai vu par les pleurs que répandaient ses yeux, Qu'il perdait comme moi, ce qu'il aimait le mieux. Oui, j'ai vu clairement quelle est sa maladie : L'amour qu'il a pour elle, a fait sa perfidie ; Le traître a fait mon mal, pour établir son bien ; Et rompu mon dessein pour achever le sien. Ce coup est sans remède, et moi sans allégeance, Si je ne la rencontre avecque la vengeance ; Oui, vengeons nous mon coeur des outrages soufferts, Afin de t'exciter, vois le bien que tu pers ; Figure toi les traits de la beauté d'Orante ; Songe que le perfide a trompé ton attente ; Qu'après t'avoir promis il t'a manqué de foi ; Te ravissant un bien qu'il réservait pour soi ; Voudrais-tu le souffrir ' réponds à ma demande ' Non, non qu'il soit puni puis qu'amour le commande. Vengeant la foi rompue, et qu'il eut à mépris, Qu'il n'ait point de retour au voyage entrepris. Suivons, suivons ses pas, et loin de la patrie, Faisons agir la force avecque l'industrie ; Deux braves employez seconderont mes coups ; Ce sont là des exploits qui sont dignes de nous. Aux combats inégaux la victoire est certaine ; Quand on veut rompre en lice, ou court à la quintaine L'égalité sied bien, car elle est sans danger : Je ne veux point mourir, je cherche à me venger. Je veux choisir le temps, et le moyen propice ; Je veux qu'il tombe seul dedans le précipice ; Je veux qu'après sa perte, en perdant les témoins, Je sois celui de tous qu'on en soupçonne moins. Ha ! Je nage déjà dans le sang du perfide ; J'obéis au courroux, je n'en tiens plus la bride ; Il m'emporte, il m'entraîne, il me force à courir, Je te suis, je te tiens, Ormin, il faut mourir.

La quintaine est un mannequin muni d'un bouclier utilisée pour l'entraînement pour les tournois.

ACTE V

SCÈNE I. Isimandre, Leriste

LERISTE

Du côté de Pouzzole. Mais sans vous désigner expressément le lieu, Je vous y conduirai,

Pouzzoles (Pozzuoli) se situe une quinzaine de kilomètres à l'est de Naples.

ISIMANDRE

Je le veux bien ; adieu. Séparons nous, je crains que mon père ne sorte : Je te suis pas à pas, va m'attendre à la porte. Toujours l'homme est sujet aux caprices du sort ; Et son premier repos est celui de la mort. Si tu donnes ta vie au danger qui la presse, Amant infortuné, que fera ta maîtresse ' Quoi ! La veux tu laisser sous un habit trompeur ' Ne mourra-t-elle pas ' N'en as tu point de peur ' Veux tu que sans support elle soit (vagabonde) L'oppobre, le mépris, et la fable du monde ' Ô dangereux voisins, téméraires Gaulois. Dont les mauvaises moeurs ont perverti nos lois, Que par vous mon esprit souffre une peine amère, Suivant ce point d'honneur qui n'est qu'une chimère ! Il le faut cependant ; le destin l'a voulu, Mon honneur le commande, et j'y suis résolu, Ha ! Voici mon Orante, et mon âme contrainte, Aura peine à cacher sa douleur et sa crainte : Mais je lui veux donner un conseil au besoin, Afin si je péris que quelqu'un en ait soin. Veux-tu pas te résoudre à parler à mon père ' Tu sais bien comme un coeur souffre quand il espère. Le danger nous talonne, et le mal va croissant ; Fais agir sur le sien ton esprit tout puissant : Force-le par raison, fléchis-le par des larmes, Une âme de rocher céderait à ces armes ; Fais combattre pour toi l'amour et la pitié, Et fais lui voir qu'Orante a pris son amitié. Quitte cette pudeur, elle nous est contraire ; Ressuscite Isimandre, et fais mourir son frère ; Que ce nom désormais soit banni d'entre nous ; Veux-tu pour l'obtenir que je sois à genoux '

SCÈNE II. Orante, Isimandre.

Il dit ce vers bas.

SCÈNE III. Poliante, Orante.

POLIANTE

Quel '

SCÈNE IV. Clindor, Poliante, Orante.

ORANTE

Dieux, que je suis confuse !

Elle parle bas.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Florange, Argamor, Gertimant, Ormin.

SCÈNE VII. Isimandre, Leriste, Gertimant, Argamor, Florange, Ormin.

ARGAMOR

Fuyons !

SCÈNE VIII. Lucinde, Palinice.

SCÈNE IX. Poliante, Clindor.

SCÈNE X. Ormin, Poliante, Isimandre, Clindor, Leriste.

SCÈNE XI. Lucinde, Palinice, Poliante, Ormin, Isimandre, Clindor, Leriste.

POLIANTE

Quel prodige nouveau m'attaque à l'impourvu '

Comprendre "imprévu" pour "impourvu".

SCÈNE XII. Isimandre, Lucinde, Orante, Ormin, Poliante, Palicine, Nérine, Clindor, Leriste.

1 500 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica