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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers

Le Prince Déguisé

Georges de Scudery· créée en 1635, imprimée en 1636· 5 actes· 1 569 vers· 17 personnages

Représenté pour la première fois en 1635.

Personnages

  • CLÉARQUE, fils d'Altomire, Roi de Naples
  • LISANDRE, Gentilhomme napolitain, demeurant en Sicile
  • FLORESTOR, écuyer de Cléarque
  • ROSEMONDE, reine de Sicile et veuve du roi Poliante
  • ARGÉNIE, unique héritière du royaume de Sicile
  • THÉOTIME, grand sacrificateur de Sicile
  • ARCHANE, ministre du temple de Palerme
  • PHILIS, fille d'honneur de l'Infante et sa favorite
  • RUTILE, jardinier de la Reine
  • MÉLANIRE, femme de Rutile
  • ANTHÉNOR, chancelier de Sicile
  • ARISTE, lieutenant des gardes de la Reine
  • ARMILE, page d'Argénie
  • TROUPE, des courtisans de la reine
  • JUGES, de camp
  • CHOEUR, du peuple Sicilien
  • CHOEUR, de trompettes
Mademoiselle,

À MADEMOISELLE DE BOURBON.

Si je ne craignais de passer au delà des bornes ordinaires d'une lettre, j'imiterais ce fameux peintre, qui de toutes les beautés de la Grèce, forma cette rare Vénus, de qui l'estime dure encore en la mémoire des hommes. Je dirais tout ce que les autres ont dit : je donnerais à votre gloire toutes les louanges qu'ils ont données ; et je vous ferais ne couronne de toutes les belles fleurs que le Parnasse a produites. Et certes,, ce ne serait pas sans raison, puisque vous possédez seule ce que toutes les beautés de la terre peuvent avoir d'excellent : et qu'il en est peu qu'ils puissent approcher de vous, sans souffrir l'affront des étoiles, quand l'éclat du Soleil paraît. Mais, Mademoiselle, il n'appartient qu'aux aigles,de regarder fixement ce bel astre ; et comme je n'en ai ni l'oeil ni la plume, il faut que je règle mon vol et mes regards sur ma faiblesse, et que je me contente de dire ce que je puis, ne pouvant dire ce que je dois ; comme vous avez l'esprit et la beauté d'un ange, vous en aurez encore la bonté. Et c'est d'elle que j'attends ma grâce, après le dessein téméraire que je prends de vous offrir mon PRINCE DÉGUISÉ. Je fis ce hardi projet, dès l'instant que j'eus l'honneur de baiser la robe à Madame_la_Princesse, et à votre Grandeur ; et j'espère même que le succès ne m'en ferait pas malheureux, vous voyant écouter avec attention, une chose indigne de l'être de vous, puis qu'elle partait de moi. Mais quoi qu'il en soit, l'honneur de l'avoir osé satisfait mon ambition, sachant bien quel_que_soit l'évènement d'une fi haute entreprise, il ne peut être que glorieux pour moi qui fuis,

MADEMOISELLE, votre très humble, et très obéissant serviteur,

de SCUDERY.

Au lecteur

Il est certains tableaux, dont le coloris est si vif et si riant, qu'il surprend agréablement la vue de tous ceux qui les regardent, trompe la connaissance des plus savants en portraiture, et fait passer d'abord pour fort beau, ce qui ne l'est point du tout : Mais lorsque cette douce illusion est dissipée, qu'on s'aperçoit de la tromperie qu'elle a faite au sens, et qu'enfin le jugement recouvre la liberté de ses fonctions ; on ne voit plus ce qu'on croyais voir : on se moque de cet ouvrage, et de soi-même ; et cette estime si mal fondée, se change en un juste mépris, je ne sais (Lecteur) si cette peinture parlante que je t'offre, n'aura point le même destin ; et je doute, si cette approbation universelle qu'elle a reçue, est un effet de ses beautés, ou de son bonheur. Le superbe appareil de la scène, la face du théâtre, qui change cinq ou six fois entièrement, à la représentation de ce poème, la magnificence des habits, l'excellence des comédiens, de qui l'action farde les paroles, et la voix qui n'est qu'un son qui meurt en naissant ; tout cela (dis-je) étant joint ensemble , est capable de donner des grâces à ce qui n'en a point, d'éblouir par cet éclat les yeux des plus clairs-voyants, et de décevoir l'oreille la plus juste, et la plus sensible au discernement des bonnes ou des mauvaises choses. Mais comme Alexandre dit autrefois à quelqu'un qui lui conseillait d'attaquer ses ennemis la nuit, qu'il ne voulait point dérober la victoire : je t'assure de même, que je ne veux point dérober la réputation d'esprit, ni la devoir à ce qui n'est pas de moi. C'est ce qui m'oblige a t'exposer cet ouvrage, dépouillé de tous autres ornements, que de ceux qui lui sont naturels, afin que ta raison ne soit point surprise, et qu'elle ne lui donne que ce qu'il mérite d'avoir. Sache donc qu'en te le montrant, je me fuis caché le pinceau dans la main, derrière les rideaux comme Appelle, résolu de corriger mes défauts par ta connaissance, et de me défaire de cet amour-propre, qui nous fait croire beau tout ce que nous faisons , et ce qui bien souvent ne l'est pas. Mais de grâce, sois juge équitable, fais que ta censure soit fille de la charité, et non pas de l'envie ; et surtout examine toi, pour m'examiner ; juge-toi pour me juger et connais tes forces pour voir ma faiblesse, et ne te mêle que de ce que tu sais bien ; autrement je me montrerai comme ce fameux peintre pour te dire

Ne sutor umtra crepidam

Si tu es de la Cour , pardonne moi ce mot de Latin, que je n'ai pu retenir : c'est une faute que je n'ai jamais commise en écrivant, et que je ne commettrai peut-être jamais : le peu que j'en sais ne me permettant pas d'en être prodigue, n'y d'en faire profusion, Adieu.

ACTE I

SCÈNE I. Cléarque, Lisandre, Florestor.

CLÉARQUE

Pour vous en éclaircir, écoutez une histoire, De qui la fin tragique afflige ma mémoire, Détruit mon espérance, ainsi que mes désirs, Et condamne mon âme à tant de déplaisirs. Six ans ont fait leur cours, depuis l'heure fatale Que je quittai les bords de ma terre natale, Et qu'un désir de voir (plus vite qu'un torrent) M'emporta sous l'habit de chevalier errant. J'erre ainsi déguisé, de province, en province ; Je visite en passant la cour de chaque prince ; Et suivant le dessein qui me fit éloigner, Je tâche de m'instruire en l'art de bien régner. Enfin, ayant couru presque l'Europe entière, Ce beau feu s'éteignit à faute de matière ; Ce désir curieux n'eut plus où s'attacher ; Je crus avoir acquis, ce que j'allais chercher ; Pleinement satisfait de mes erreurs passées, Je revins sur mes pas, je changeai de pensées ; Et forcé du destin, et conduit par l'amour, J'arrivai dans Messine, et vins voir cette cour. Ce fut là, que ce dieu triompha de mon âme ; En ce lieu je brûlai de ma première flamme ; Je me laissai surprendre aux charmes d'un beau teint ; Mon oeil en fut touché, mon coeur en fut atteint ; J'en souffris à l'instant la douce tyrannie ; Et pour tout dire enfin, j'osai voir Argenie. Je la vis, et l'aimai ; car au même moment, Qui fit que je la vis, je me fis voir amant. Mon âme à son abord fut bien peu défendue ; Et malgré ma raison la place fut rendue, Aussitôt que cet oeil, qui peut tout enflammer, Par un de ses regards eut daigné me sommer. Je fus cent fois tenté d'une ardeur violente, Qui me sollicitait d'accoster Poliante, De lui dire mon nom, et le mal que j'avais ; Mais toujours la raison me retenait la voix, Et me représentait le pouvoir de mon père : Mais comme vous savez que tout amant espère, Je crus que son désir seconderait le mien, Et qu'il m'était permis d'aspirer à ce bien. Comme en effet, dès lors je quittai la Sicile ; Et le lui proposant, je le trouvai facile ; Il approuva mon choix, en loua la grandeur, Et ne refusa rien à mes voeux pleins d'ardeur. Au contraire, aussitôt pour finir mon martyre, Il dépêche un des siens, comme je le désire, Pour demander l'infante, à ce roi malheureux : Voici le premier coup de mon sort rigoureux. Car soit que Poliante eut reçu quelque oracle, Qui fut à cet hymen un invisible obstacle ; Ou soit que son esprit eût quelque autre raison, Qui vint de ma personne, ou touchât ma maison ; Ou que le seul caprice autorisât sa haine ; Ce cruel se moqua d'une espérance vaine, Et sachant le dessein de notre ambassadeur, Il ne lui répondit qu'en termes de froideur, Et ne lui donna point d'audience publique. Altomire sensible, et qu'un outrage pique, Quelque soin que je prisse à le faire changer, Jura de le punir, et de se bien venger. Aussitôt il équipe une puissante flotte, Et mettant notre route en la main du pilote, Il s'embarque, et je suis malgré moi ses vaisseaux, Que le vent favorise, et qui fendent les eaux. Poliante averti qu'il se forme un orage, Se résout de l'attendre, et ne perd point courage ; Va toujours côtoyant la Sicile en ses bords, À dessein d'enfermer l'embouchure des ports ; Enfin, nous l'attaquons assez près de Cardonne : Tout se mêle à l'instant, la bataille se donne ; Le bruit, le sang, l'horreur, et la mort en tous lieux, Passent jusques au coeur, et s'offrent à nos yeux : Le choc de tant de nefs fait l'éclat d'un tonnerre, Qui retentit bien loin du côté de la terre, Et qui semble répondre à ces flots murmurants, Et se mêler encore aux plaintes des mourants. Par des longs cris aigus, que le soldat envoie, Il se fait un chaos de tristesse et de joie, Les vaisseaux accrochés sont horribles à voir, On attaque, on résiste, et tous font leur devoir : L'on combat main à main, et chacun s'évertue, Pour traîner avec soi, l'ennemi qui le tue. On voit tomber en l'eau mille corps tous sanglants, Et la main de la Parque éclaircit tous les rangs. La face de la mer nous paraît effroyable, Elle n'a point d'objet qui ne soit pitoyable, Un vaisseau coule à fond, un autre tout brisé, De crainte d'être pris, se fait voir embrasé, Et couvrant le soleil d'une épaisse fumée, Dérobe aux yeux de tous, et l'une et l'autre armée, Le feu se communique, entre aux autres vaisseaux ; Si bien qu'il semble naître au milieu de ces eaux. Mille pointes de flamme en l'air sont ondoyantes, Qui s'élèvent du sein des vagues aboyantes, Et ce pauvre pays crût voir en cet instant, Comme un Etna solide, un Vésuve flottant. Bellonne deux cents fois changea de capitaine ; Le sort parut douteux ; la fortune incertaine ; Elle balança bien ; mais d'un regard plus doux, La victoire à la fin se déclara pour nous ; Nous fûmes les plus forts ; et tant de nefs percées, S'abandonnent au vent, et flottent dispersées. Poliante qui voit jusqu'où va son malheur, Plein d'ire, de courroux, de rage et de douleur, S'efforce (mais en vain) de retourner la proue, De ses pauvres vaisseaux dont le destin se joue : Mais voyant que les siens sont lassés des combats, Lui même prend la fuite, et met l'étendard bas. Il fuit, mais en lion, dont l'ardente prunelle, Témoigne que la peur n'est jamais peinte en elle, Qui là manque de force, et non faute de coeur ; Et qui rugit encor sous les pieds du vainqueur. Tel parut ce grand roi, qui regagnant la rive, Crût pouvoir rassembler sa flotte fugitive ; Combattre derechef, mais plus heureusement ; Et changer de fortune, en changeant d'élément. Il tourne donc visage, et le peuple qui tremble, Forcé par son exemple autour de lui s'assemble ; Mais comme le destin ne change point ses lois, Il fut mis en déroute une seconde fois ; Il perdit en ce lieu l'espérance dernière, Et sa personne même y resta prisonnière. Nous campons sur le bord, en attendant le jour, Que peu d'heures après nous vîmes de retour. Lors mon père eut dessein d'user de la victoire, Et de pousser plus loin, et ses gens, et sa gloire : Mais l'amour que j'avais, n'y pouvant consentir, Il se remit en mer, et je le fis partir. Or pendant le voyage, il n'est obéissance, Honneur, devoir, respect, service, ou complaisance, Que ce brave captif ne reçut de ma part : Je plaignis sa valeur, j'accusai le hasard ; Je lui fis même voir sa liberté certaine, Pour chasser le dépit de cette âme hautaine ; Mais inutilement je semai ces propos ; Et rien que le trépas ne le mit en repos : Il mourut en dix jours contre toute apparence ; Et mourut avec lui toute mon espérance ; Jugeant que Rosemonde, épouse de ce mort, Rallumerait toujours le flambeau du discord ; Et qu'après ce malheur, l'adorable Argenie, Aurait sans me connaître, une haine infinie. Lors l'esprit agité de violents transports, Je poursuivis ma route, et renvoyai ce corps, Avec tout l'appareil, et les pompes funèbres, Que la coutume donne aux personnes célèbres. J'espérai que le temps me pourrait secourir, Mon amour était né, je crus le voir mourir. Mais certes ce penser fut bien peu raisonnable ; Ce dessein contre un dieu, ne m'est pas pardonnable ; Et parmi le regret, dont je suis tourmenté, Mon supplice est fort grand, mais je l'ai mérité. Enfin que vous dirai-je ? Une absence importune, M'a fait résoudre encor de tenter la fortune ; Et cet oeil plein d'attraits qui causa mon ennui, Tout ainsi qu'un aimant, m'attire auprès de lui, Résolu de périr, ou de vaincre l'orage.

Etna : volcan de Sicile.

Vésuve : volcan au sud de Naples.

SCÈNE II. Argénie, Philise.

SCÈNE III. Armile, Argénie, Philise.

SCÈNE IV. Théotime, Archane.

SCÈNE V. Lisandre, Cléarque, Florestor, Théotime, Archane.

SCÈNE VI. Rosemonde, Argénie, Philise, Anthénor, Ariste, Théotime, Archane, Clearque, Lisandre, Florestor, choeur de courtisans, choeur de gardes, choeur de peuple, Armile.

ROSEMONDE

À genoux, Argénie.

Après avoir jeté les offrandes dans le feu, il se met genoux.

ACTE II

SCÈNE I. Argénie, Philise.

SCÈNE II. Cléarque, Lisandre.

CLÉARQUE

Par le dessein hardi que j'en avais conçu. Voyant ce jardinier sur le seuil de la porte, Aussitôt je m'avance, et l'aise me transporte. Il me rend mon salut ; je le tire à quartier, Et je lui fais savoir que je suis du métier ; Mais que j'en mets encor un plus haut en pratique, Et que par les secrets qu'enseigne l'art magique, J'ai su qu'en ce jardin un trésor est caché : Lors voyant que son coeur était déjà touché, Des plus antiques rois je lui fais une histoire ; J'en r'appelle les noms tracés en ma mémoire ; Disant qu'un de ce nombre a couvert en ces lieux, Un trésor qu'un démon a fait voir à mes yeux ; Et que s'il me permet d'achever les mystères D'invoquer les esprits, tracer des caractères, Au milieu du silence, au milieu de la nuit ; Que de cette faveur, il cueillera le fruit : Et qu'il partagera tant d'excellentes choses, Que le sein de la terre en soi retient encloses. Mais que pour arriver au but de mon désir, Il faut qu'il me reçoive, et me donne loisir. Son esprit ébloui, cède et manque de force ; Il mord à l'hameçon, il engloutit l'amorce ; Et l'espoir du butin, l'oblige à m'accorder, Ce qu'inutilement je pensais demander. J'entre, et dés qu'il est nuit, je mets la main aux armes : Et feignant qu'il est temps de commencer mes charmes, Je vais seul au jardin, aux lieux plus écartés J'enterre les joyaux que moi même ai portez : Et puis pour gagner temps comme je le désire, Peu à peu devant lui, ma main les en retire ; Feignant que le démon qui répond à ma voix, M'a dit qu'on ne saurait avoir tout à la fois. Ainsi mon heur commence, ainsi ma douleur cesse ; Et je vois chaque jour promener la princesse, Qui me parle souvent, que je puis adorer : Juge si mon esprit a rien à désirer, S'il est digne d'envie, ou si l'on le doit plaindre.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Cléarque, Rutile.

SCÈNE V. Argénie, Philise, Cléarque.

CLÉARQUE

Ha ! Ce m'est trop de gloire !

Il dit ce vers tout bas.

Courage heureux amant, tout va bien jusqu'ici, Et pour vous obéir, Madame, les voici,

Stances.

Au doux climat de la Grèce, Un jeune prince amoureux, Qui n'osait voir sa maîtresse, Prit un dessein dangereux : Pour approcher de la belle, Qu'un malheur faisait rebelle, À tant de fidélité ; Pressé du trait qui le pique, Dessous un habit rustique, Il couvrit sa qualité. La fortune favorable, Pour témoigner son pouvoir, À cette nymphe adorable, L'offrit, et fit recevoir : Ainsi sous l'habit champêtre, D'un troupeau qu'il mène paître, Prenant le soin chaque jour ; Il foule aux pieds la couronne, Que sa naissance lui donne, Pour avoir celle d'amour. Il vivait de cette sorte, Plein de gloire et de plaisir ; Mais d'une espérance morte, Il fit renaître un désir ; Qui sollicita son âme, De faire éclater la flamme, Qui le privait de repos : Il crût ce conseil fidèle ; Si bien que s'approchant d'elle, Son coeur lui tint ces propos. Nymphe, prenez connaissance D'un sort qui m'est assez doux ; Puisque je tiens la naissance, Du sang des dieux comme vous : Mais si la métamorphose, Que fait celui qui dispose D'un coeur qui vous est donné, Déplaît à l'oeil de Sylvie : Ce coeur va perdre la vie, Dés qu'il l'aura condamné. Je suis... il ferme la bouche, Sur le point de se nommer : Ô quelle crainte le touche ! Et qu'on la doit estimer ! Il souffre la violence Du respect et du silence, Il paraît pâle, et transi : Et sans dire si la belle, Fut pitoyable, ou rebelle, L'histoire finit ainsi.

SCÈNE VI. Mélanire, Cléarque.

ACTE III

SCÈNE I. Cléarque, Lisandre, Florestor.

CLÉARQUE

Ils frappent des mains par dessus la muraille du jardin.

Le signal est donné, répondons-y ; Lisandre. Florestor,

SCÈNE II. Rutile, Cléarque.

CLÉARQUE

Sur peine de mourir ne parlez à personne ; Laissez-moi travailler pour notre commun bien ; Mais en votre faveur, il n'apparaîtra rien. Il en tient comme il faut, la dupe est étonnée.

Il dit ce vers tout bas.

Grande soeur de celui qui mesure l'année, Hécate au triple nom, qui vas dans les enfers, Arrache en ma faveur, un démon de ses fers ; Ouvre par tes rayons les portes de l'Averne. Afin qu'il ouvre après cette riche caverne, Où tant d'or autrefois se voit ensevelir : Ainsi jamais sorcier ne te fasse pâlir ; Ainsi le beau pasteur que ton esprit adore, Ne se puisse endormir, qu'au réveil de l'aurore ; Ainsi son vieil époux ronfle profondément, Afin que tu sois libre en ton contentement. Le charme est achevé, prenez ceci Rutile ; Quoi le genou vous tremble, et le front vous distille ?

Il lui baille quelles pierreries.

Hécate : fille de Jupiter et de Latone, remplissait trois rôles différents ; Lune dans le Ciel, Diane sur la Terre, Proserpine dans les Enfers, ce qui l'a fait nommer par les poètes « la triple Hécate ». [B]

Averne : lac de la Campanie, à 16 Km à ouest de Naples, au fond du Golfe de Baia. Il a la forme d'un puits fort profond. Il s'en exhalait des vapeurs méphitiques, ce qui le fit regarder chez les Anciens comme l'entrée des Enfers. [B]

SCÈNE III.

MÉLANIRE

Restes impertinents d'un feu trop allumé, Abandonnez mon coeur, puisqu'il est consumé : Si je manque d'espoir, vous manquez de matière ; Il faut que malgré vous ma raison reste entière ; Il faut qu'elle triomphe, ou que l'eau de mes pleurs, En éteignant mes jours, éteigne vos chaleurs. Quittons cette fureur dont notre âme est guidée : Sors, sors de mon esprit, belle et fâcheuse idée, Permets que la raison fasse enfin son devoir, Et ne me montre plus, ce qu'on ne peut avoir. J'attaque vainement un fort inaccessible ; Je n'ai de sentiments, que pour un insensible ; Dieux, un mal si cruel doit-il longtemps durer ? Après ce que j'ai vu, puis-je encor espérer ? Non, non, pensers flatteurs, vous abusez mon âme : Un glaçon est toujours incapable de flamme ; Sans changer de nature il ne saurait changer ; Et mon seul réconfort consiste à me venger. Vengeons-nous donc mon coeur, mettons tout en usage, Et détournons les yeux d'un aimable visage ; Moquons-nous des attraits d'un monstre déguisé ; Et te souviens enfin comme il t'a méprisé. Aussi bien un soupçon m'entre en la fantaisie ; Avec ma fureur j'ai de la jalousie, Ce n'est pas sans sujet que je la porte au sein ; Ce sorcier m'est suspect de quelque grand dessein : Ces charmes faits de nuit, et tant d'or qu'il nous donne, Témoignent un projet dont la fin n'est pas bonne : Je n'ai point un visage à souffrir du mépris ; Sans doute un autre objet engage ses esprits : Découvrons ce qu'il fait ; quoi qu'il en réussisse, Il faut absolument que je m'en éclaircisse : Le voici, cachons-nous ; voyons où le conduit, Ce mystère secret, qui demande la nuit.

Penser : au XVIIème et avant, ce qui donnera la « Pensée » peut être utilisée au masculin.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Argénie, Philise, Cléarque.

ARGÉNIE

D'espérer.

SCÈNE VI.

ACTE IV

SCÈNE I. Lisandre, Florestor.

SCÈNE II. Rosemonde, Anthenor, Mélanire.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Argénie, Philise, Cléarque.

ARGÉNIE

Je tremble.

SCÈNE V. Rosemonde, Anthénor, Ariste, Mélanire, choeur de gardes, Argenie, Clearque, Philise.

SCÈNE VI. Lisandre, Florestor.

SCÈNE VII. Rosemonde, Anthénor, Argénie, Cléarque, Philise, Ariste, choeur de gardes.

CLÉARQUE

Ce fut moi.

ARGÉNIE

Ce fut moi.

ACTE V

SCÈNE I. Cléarque, Ariste.

SCÈNE II. Argénie, Philise.

SCÈNE III. Lisandre, Florestor.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Rutile, Mélanire.

SCÈNE VI. Rosemonde, Anthenor, Théotime, Archane, choeur de courtisans, choeur de peuple, Armile, juges, de camp, choeur de trompettes.

SCÈNE VII. Argénie, Anthénor, Rosemonde.

ANTHÉNOR

Pour qui ?

SCÈNE VIII. Florestor, Lisandre.

SCÈNE DERNIÈRE. Cléarque, Florestor, Anthénor, Argénie, Rosemonde.

CLÉARQUE

Il a la visière baissée et dit ceci tout bas.

Adorable Argénie, accepte le service, Que mon bras te va rendre.

LISANDRE

Je le connais, Madame, et le plege au besoin.

Plaige : caution judiciaire, qui s'oblige devant le juge de représenter quelqu'un ou de payer ce qui sera juger contre lui. [F]

1 569 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica