Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers et en prose· Comédie en Trois Actes

Richard Coeur de Lion

Michel-Jean Sedaine· créée en 1784· 3 actes· 461 vers· 16 personnages

Représentée, pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre des Italien, le Mercredi 21 octobre 1784.

Personnages

  • RICHARD
  • MARGUERITE
  • BLONDEL
  • MATHURIN
  • LA VIEILLE FEMME
  • LE SÉNÉCHAL
  • FLORESTAN
  • WILLIAMS
  • LAURETTE
  • BÉATRIX
  • ANTONIO
  • SUITE de MARGUERITE
  • VIEILLES
  • VIEILLARDS
  • OFFICIERS
  • SOLDATS

ACTE I

Le théâtre représente les environs d'un château fort ; on en voit les tours, les créneaux ; il est élevé dans un lieu agreste ; des montagnes stériles et des forêts sombres et touffues paraissent entourer ce lieu. Sur un des côtés est une maison qui a l'apparence d'une gentilhommerie, on en voit la porte ; un banc est de l'autre côté. Pendant l'ouverture passent plusieurs paysans avec leurs outils de travail sur leurs épaules ; ils sont en veste, et portent leurs habits.

PROLOGUE.

SCÈNE I. Blondel, Antonio.

Blondel, feignant d'être aveugle ; il a un grand manteau, un violon dessous ; le petit garçon Antonio le conduit.

BLONDEL

Antonio, qu'est-ce que j'entends ? J'entends, je crois, chanter.

ANTONIO

Ce n'est rien, c'est tout le hameau qui s'en retourne chez lui après l'ouvrage des champs ; le soleil est couché.

BLONDEL

Où suis-je ici, mon petit ami ?

ANTONIO

Vous n'êtes pas loin d'un château où il y a des tours, des créneaux ; je vois tout en haut un soldat qui fait faction avec son arbalète.

BLONDEL

Je suis bien las.

ANTONIO

Tenez, asseyez-vous sur cette pierre ; c'est un banc...

BLONDEL

Ah ! Je te remercie.

ANTONIO

C'est un banc qui est vis-à-vis la porte d'une maison qui paraît être une ferme : c'est comme une maison de gentilhomme.

BLONDEL

Hé bien, mon ami, va t'informer si on peut m'y donner à coucher pour cette nuit.

ANTONIO

Je vous retrouverai là ?

BLONDEL

Ah ! Je n'ai pas envie d'en sortir ; quand on ne voit pas, on est bien forcé de rester où on nous dit d'attendre ; ne manque pas de revenir.

ANTONIO

Oh ! Non, car vous m'avez bien payé ; mais, père Blondel, j'ai quelque chose à vous dire.

BLONDEL

Quoi ?

ANTONIO

Ah ! C'est que...

BLONDEL

Dis, mon fils, dis : qu'est-ce que c'est ?

ANTONIO

C'est que je suis bien fâché ; je ne pourrai pas vous conduire demain.

BLONDEL

Hé ! Pourquoi donc ?

ANTONIO

C'est que je suis de noce ; mon grand-père et ma grand-mère se remarient, et mon petit-fils qui est leur frère...

BLONDEL

Ton petit-fils ! Tu as un petit-fils ?

ANTONIO

Oui, leur petit-fils, qui est mon frère, se marie, aussi le même jour de leur remariage, à une fille de ce canton.

BLONDEL

Hé, dis-moi, elle ne demeurerait pas dans ce château que tu dis, où il y a un soldat qui a une arbalète ?

ANTONIO

Non, non.

BLONDEL

Mais, mon ami, demain, comment ferai-je pour me conduire ?

ANTONIO

Ah ! Je vous donnerai un de mes camarades, il est un peu volage ; mais je vous ferai venir à la noce, et vous y jouerez du violon : ah ! ne vous embarrassez pas.

BLONDEL

Tu aimes donc bien à danser ?

BLONDEL

C'est vrai, mon fils, je suis bien à plaindre.

BLONDEL

Continue, je crois la voir.

ANTONIO

Vous la voyez ? Ah ! Vous êtes aveugle.

BLONDEL

Va, mon fils, va toujours voir si je pourrai trouver où passer cette nuit.

SCÈNE II.

BLONDEL

Oui, voilà des tours, voilà des fossés, des redoutes ; c'est bien là un château fort ; il est éloigné des frontières, dans un pays sauvage, au milieu des marais ; il n'est propre qu'à renfermer des prisonniers d'État ; on dit qu'on ne peut en approcher, nous verrons, on se méfiera moins d'un homme que l'on croira aveugle. Orphée, animé par l'amour, s'est ouvert les enfers ; les guichets de ces tours s'ouvriront peut-être aux accents de l'amitié.

ARIETTE.

Ô Richard ! Ô mon roi ! L'univers t'abandonne ; Sur la terre il n'est que moi Qui s'intéresse à ta personne : Moi seul dans l'univers Voudrais briser tes fers, Et tout le reste t'abandonne. Et sa noble amie... Ah ! Son coeur Doit être navré de douleur. Ô Richard ! Ô mon roi ! L'univers t'abandonne, etc. Monarques, cherchez des amis Non sous les lauriers de la gloire, Mais sous les myrtes favoris Qu'offrent les filles de Mémoire. Un troubadour Est tout amour, Fidélité, constance, Et sans espoir de récompense. Ô Richard ! ô mon roi ! L'univers t'abandonne ; Et c'est Blondel, il n'est que moi Qui s'intéresse à ta personne.

Mais j'entends du bruit, remettons-nous et reprenons notre rôle.

SCÈNE III. Blondel, Williams, Guillot, ensuite Laurette.

WILLIAMS, sort, tenant par l'oreille un paysans, qui crie

Je t'apprendrai à porter des lettres à ma fille.

GUILLOT

C'est de la part du gouverneur.

SCÈNE IV. Williams, Blondel.

WILLIAMS

Rentrez dans la maison... Elle dit qu'elle ne l'a point vu, et qu'elle ne lui parle pas, et il lui écrit ; je voudrais bien connaître ce que dit cette lettre ; ils ont à présent une manière d'écrire qu'on ne peut déchiffrer. Si quelqu'un... ce vieillard n'est pas de ce pays-ci : bonhomme, savez-vous lire ?

BLONDEL

Ah, mon_Dieu ! Oui, je sais lire.

WILLIAMS

Hé bien, lisez-moi cela.

BLONDEL

Ah, mon bon monsieur ! Je suis aveugle, ces méchants Sarrasins m'ont brûlé les yeux avec une lame d'acier flamboyante ; mais ne voyez-vous pas venir un petit garçon ?

WILLIAMS

Oui.

BLONDEL

C'est celui qui me conduit ; il sait lire, et il vous lira tout ce que vous voudrez. Antonio, est-ce toi ?

SCÈNE V. Williams, Blondel, Antonio.

ANTONIO

Oui, c'est moi, père Blondel.

BLONDEL

Tu as été bien longtemps.

ANTONIO

Ah ! C'est que je l'ai trouvée, et je lui ai dit un petit mot.

BLONDEL

Tiens, lis la lettre de ce monsieur que voilà, et lis bien haut, et distinctement ; lis, lis, mon petit ami.

ANTONIO

« Belle Laurette... »

WILLIAMS

Belle Laurette ! Voilà comme ils leur font tourner la tête.

ANTONIO

« Belle Laurette, mon coeur ne peut se contenir de la joie qu'il ressent par l'assurance que vous me donnez de m'aimer toujours. »

WILLIAMS

Ah, fille indigne ! Elle l'aime.

BLONDEL

Laissez, laissez ; continue.

ANTONIO

« Si le prisonnier que je ne peux quitter... »

WILLIAMS

Tant mieux.

BLONDEL, à part

Ce prisonnier !

ANTONIO

« Si le prisonnier, que je ne peux quitter, me permettait de sortir pendant le jour, j'irais me jeter... »

WILLIAMS

Fût-ce dans les fossés de ton château !

BLONDEL, à part

Qu'il ne peut quitter.

Haut.

Lis toujours.

ANTONIO

« J'irais me jeter à vos pieds ; mais si cette nuit... » Il y a des mots effacés.

BLONDEL

Ensuite ?

ANTONIO

« Faites-moi dire par quelqu'un à quelle heure je pourrais vous parler. Votre tendre, fidèle amant, et constant chevalier, Florestan. »

WILLIAMS

Ah, damnation ! Goddam !

BLONDEL

Goddam ! Est-ce que vous êtes Anglais ?

WILLIAMS

Ah ! Oui, je le suis.

BLONDEL

Vigoureuse nation ! Eh ! Comment est-il possible que, né un brave Anglais, vous soyez venu vous établir dans le fond de l'Allemagne, et dans un pays aussi sauvage qu'on m'a dit qu'il était ?

WILLIAMS

Ah ! C'est trop long à vous raconter. Est-ce que nous dépendons de nous ? Il ne faut qu'une circonstance pour nous envoyer bien loin.

BLONDEL

Vous avez raison ; car moi je suis de l'Ile-de-France, et me voilà ici : et de quelle province d'Angleterre êtes-vous ?

WILLIAMS

Du pays de Galles.

BLONDEL

Vous êtes du pays de Galles ! Ah ! Si j'avais la jouissance de mes yeux, que j'aurais de plaisir à vous voir ! Et comment avez-vous quitté ce beau pays ?

WILLIAMS

J'ai été à la croisade, à la Palestine.

BLONDEL

À la Palestine ! Et moi aussi.

WILLIAMS

Avec notre roi Richard.

BLONDEL

Avec votre roi ! Et moi de même.

WILLIAMS

Quand je suis revenu dans mon pays, n'ai-je pas trouvé mon père mort !

BLONDEL

Il était peut-être bien vieux ?

WILLIAMS

Ah ! Ce n'est pas de vieillesse : il avait été tué par un gentilhomme des environs, pour un lapin qu'il avait tiré sur ses terres. J'apprends cela en arrivant, je cours trouver ce gentilhomme, et j'ai vengé la mort de mon père par la sienne.

BLONDEL

Ainsi voilà deux hommes tués pour un lapin.

WILLIAMS

Cela n'est que trop vrai.

BLONDEL

Enfin vous vous êtes enfui ?

WILLIAMS

Oui, avec ma fille, et ma femme, qui est morte depuis ; et me voilà. La justice a mangé mon château et mon fief, et je n'ai plus rien là-bas, qu'une sentence de mort ; mais ici je ne les crains pas.

BLONDEL

Je vous demande bien pardon de toutes mes questions.

WILLIAMS

Ah ! Il ne me déplaît pas de parler de tout cela.

BLONDEL

Et à la croisade, vous avez donc connu le brave roi Richard, ce héros, ce grand homme ?

WILLIAMS

Oui, puisque j'ai servi sous lui.

BLONDEL

Et sans doute vous avez... ?

WILLIAMS

Mais j'ai affaire, et je crois que voilà cette voyageuse qui va arriver.

SCÈNE VI. Blondel, Laurette, Antonio.

Antonio, pendant cette scène, tire du pain d'un bissac, et va le manger un peu loin.

LAURETTE

Ah, bonhomme ! Je vous en prie, dites-moi ce que vous a dit mon père.

Bissac : Sac double et tout d'une pièce qui a une ouverture par le milieu, et deux poches qu'on remplit par le milieu. Les bissacs se peuvent mettre à l'arçon d'une selle. [F]

BLONDEL

C'est vous qui êtes la belle Laurette ?

LAURETTE

Oui, monsieur.

BLONDEL

Votre père est irrité ; il sait ce que contient la lettre du chevalier FLorestan.

LAURETTE

Oui, Florestan, c'est son nom. Est-ce qu'on a lu la lettre à mon père ?

BLONDEL

Non, pas moi, je suis aveugle, mais c'est mon petit conducteur.

ANTONIO

Oui, c'est moi : mais, est-ce que vous ne me l'aviez pas dit, de la lire ?

LAURETTE

On aurait bien dû ne le pas faire.

BLONDEL

Il l'aurait fait lire par un autre.

LAURETTE

C'est vrai. Et que disait la lettre ?

BLONDEL

Que sans le prisonnier qu'il garde... Et qu'est-ce que c'est que ce prisonnier ?

LAURETTE

On ne dit pas ce qu'il est.

BLONDEL

Que sans le prisonnier qu'il garde, il viendrait se jeter à vos pieds.

LAURETTE

Pauvre chevalier !

BLONDEL

Mais que cette nuit...

BLONDEL

Vous l'aimez donc bien, belle Laurette !

LAURETTE

Ah, mon_Dieu, oui, je l'aime bien !

BLONDEL

En vérité, votre aveu est si naïf que je ne peux m'empêcher de vous donner un conseil.

LAURETTE

Dites, dites. Je ne sais ici à qui me confier ; mais votre air, votre âge... Et puis vous ne pouvez me voir... Tout cela me donne la hardiesse de vous parler, et me fait, je crois, moins rougir.

BLONDEL

Hé bien, belle Laurette...

LAURETTE

Mais, qui vous a dit que j'étais belle ?

BLONDEL

Hélas ! Pour moi, pauvre aveugle, la beauté d'une femme est dans le charme, dans la douceur de sa voix.

LAURETTE

Hé bien ?

BLONDEL

Je vous dirai donc que, lorsque ces chevaliers, ces gens de haute condition, s'adressent à une jeune personne, d'un état inférieur, moins touchés souvent de la beauté, de la noblesse de son âme que de celle de leur extraction...

LAURETTE

Hé bien ?

BLONDEL

Ils ne se font quelquefois aucun scrupule de la tromper.

LAURETTE

Mais ma noblesse est égale à la sienne.

BLONDEL

Le sait-il ?

LAURETTE

Sans doute. Quoique mon père ait peu d'aisance, nous avons toujours vécu noblement ; et si je ne craignais sa vivacité, vivacité qui heureusement l'a forcé de s'établir dans ce pays-ci, je lui aurais confié les intentions du chevalier.

BLONDEL

C'est lui qui est le gouverneur de ce château ?

LAURETTE

Oui.

BLONDEL

Et tout en attendant cette confiance en votre père, vous le recevrez cette nuit : cette nuit ! Ce chevalier que vous aimez, vous lui parlerez cette nuit ! Écoutez-moi, ceci n'est qu'une chansonnette.

Un bandeau couvre les yeux Du Dieu qui rend amoureux ; Cela nous apprend, sans doute, Que ce petit Dieu badin N'est jamais, jamais plus malin Que quand il n'y voit goutte.

BLONDEL

Très volontiers.

LAURETTE

Ah ! Voici je ne sais combien de personnes qui arrivent ; des chevaux, des chariots. C'est sans doute cette dame qui descend ici : j'y cours.

BLONDEL

Écoutez donc, belle Laurette, j'ai quelque chose à vous dire.

LAURETTE

De lui ?

BLONDEL

Non.

LAURETTE

Dites donc vite.

BLONDEL

Pourrai-je passer cette nuit-ci seulement dans votre maison ?

LAURETTE

Non, cela ne se peut pas. Mon père, à la prière d'un ancien ami, a cédé, pour cette nuit seulement, la maison tout entière à une grande dame, et, à moins qu'elle ne le permette, nous ne pouvons pas disposer du plus petit endroit ; mais demain... Adieu.

BLONDEL

Allons, prenons patience... Antonio ?

ANTONIO

Plaît-il ?

BLONDEL

Va voir s'il n'y a pas d'autre retraite aux environs.

SCÈNE VII. Marguerite, Comtesse de Flandre et d'Artois ; Blondel.

Alors paraissent des gens de toute sorte, des domestiques, des chevaliers. Ils donnent le bras à *MARGUERITE ; elle paraît descendre de son palefroi, et est accompagnée de femmes suivantes. Elle a l'air de donner des ordres.

BLONDEL

Ciel ! Que vois-je ? C'est la Comtesse de Flandre ! C'est Marguerite ; c'est le tendre et malheureux objet de l'amour de l'infortuné Richard ! Ah ! J'accepte le présage ; sa rencontre ici ne peut être qu'un coup du ciel. Si le roi est ici, et si ces tours lui servent de prison... Ah, dieux ! Mais, peut-être me trompé-je ! Voyons si vraiment c'est elle. Si c'est Marguerite, son âme ne pourra se refuser aux douces impressions d'un air qu'en des temps bienheureux son amant a fait pour elle.

Il joue cet air sur son violon. Dès les premières phrases, *MARGUERITE s'arrête, écoute, s'approche.

MARGUERITE

Oh, ciel, qu'entends-je... ! Bonhomme, qui peut vous avoir appris l'air que vous jouez si bien sur votre violon ?

BLONDEL

Madame, je l'ai appris d'un brave écuyer qui venait de la Terre-Sainte, et qui, disait-il, l'avait entendu chanter au roi Richard.

MARGUERITE

Il vous a dit la vérité.

BLONDEL

Mais, madame, vous qui avez la voix d'un ange, n'êtes-vous pas cette grande dame qui doit occuper la maison qu'on m'a dit être ici tout près ?

MARGUERITE

Oui, bonhomme.

BLONDEL

Ayez pitié, je vous prie, d'un pauvre aveugle, et permettez-lui d'y passer cette nuit, dans le lieu où il n'incommodera pas.

MARGUERITE

Ah ! Je le veux bien, pourvu que vous répétiez plusieurs fois l'air que vous venez de jouer.

BLONDEL

Ah, tant qu'il vous plaira !

MARGUERITE, à ses gens

Je vous recommande ce bon vieillard.

Williams donne la main à Marguerite, et la conduit dans sa maison.

SCÈNE VIII.

Blondel se met à jouer plusieurs fois ce même air, avec des variations. Pendant ce temps, tout le bagage se décharge : les gens de la Comtesse vont et viennent. On dresse une grande table à la porte : on y met du vin et des verres.

UN PREMIER DOMESTIQUE, à Blondel

Allons, bonhomme, mettez-vous là, vous boirez un coup avec nous.

BLONDEL

Antonio ?

ANTONIO

Me voilà.

BLONDEL, lui donnant son verre plein

Tiens, bois, mon fils, bois.

On verse à Blondel un second verre, et il dit après avoir bu :

En vous remerciant, mes amis : mais je veux payer mon écot.

UN DOMESTIQUE

Hé ! Comment ça ?

BLONDEL

En vous disant une chanson, et vous ferez chorus.

UN AUTRE DOMESTIQUE

Allons, c'est un bon vivant. Courage, père.

BLONDEL

Que le sultan Saladin Rassemble dans son jardin Un troupeau de jouvencelles, Toutes jeunes, toutes belles, Pour s'amuser le matin, C'est bien, c'est bien, Cela ne nous blesse en rien ; Mais je pense comme Grégoire J'aime mieux boire.

Ces deux vers sont repris en choeur.

Saladin : Premier sultan ayoubite d'Egypte, né en 1137 à Takrit en Mésopotamie. Il reprit le royaume de Jérusalem aux Chrétiens ce qui déclencha la troisième croisade. Il combattit Richard coeur de Lion.

UN OFFICIER DE LA COMTESSE

Voilà Madame qui va se retirer dans son appartement.

UN DOMESTIQUE

Rachevons : encore un couplet, père.

BÉATRIX

Finissez donc, Madame vous entend de son appartement.

Blondel feint de prendre *Béatrix pour son petit garçon, Antonio l'emmène.

ACTE II

Le théâtre représente l'intérieur d'un château fort ; sur le devant est une terrasse ; elle est entourée de grilles de fer, et cette terrasse est disposée de façon que Richard, lorsqu'il y est, ne peut voir le fond du théâtre, qui représente un fossé, revêtu extérieurement d'un parapet ; c'est sur la terrasse que paraît Richard, et c'est sur le parapet que Blondel est vu.

SCÈNE I. Le Roi Richard, Florestan.

Le théâtre est peu éclairé, surtout dans le fond ; il s'éclaire par degrés, l'aurore se lève après le crépuscule.

FLORESTAN

L'aurore va se lever ; profitez-en, Sire, pour votre santé : dans une heure on va vous renfermer.

RICHARD

Florestan ?

FLORESTAN

Sire ?

RICHARD

Votre fortune est dans vos mains.

FLORESTAN

Je le sais, sire, mais mon honneur...

RICHARD

Pour un perfide ! Pour un traître !

FLORESTAN

Pour un traître ! S'il l'était, sire, je ne le servirais pas. Non, non, je ne le servirais pas, si je croyais qu'il fût un perfide.

RICHARD

Mais, Florestan...

Florestan fait une révérence respectueuse, ne répond rien, et sort.

SCÈNE II.

RICHARD, sur la terrasse

Ah, grand Dieu, quel funeste coup du sort ! Couvert de lauriers cueillis dans la Palestine, au milieu de ma gloire, dans la vigueur de l'âge, être obscurément confiné, comme le dernier des hommes, dans le fond d'une prison !

Il se lève.

Si l'univers entier m'oublie, S'il faut passer ici ma vie, Que sert ma gloire, ma valeur ?

Il regarde un portrait de Marguerite.

Douce image de mon amie, Viens calmer, consoler mon coeur, Un instant suspends ma douleur. Ô souvenir de ma puissance ! Crois-tu ranimer ma constance ? Non, tu redoubles mon malheur : Ô mort ! viens terminer ma peine ! Ô mort ! viens, viens briser ma chaîne ! L'espérance a fui de mon coeur.

SCÈNE III. Richard, Blondel, Antonio.

Richard est le coude appuyé sur une saillie de pierre, et paraît abîmé dans le plus profond chagrin : sa tête est en partie cachée par sa main.

BLONDEL

Petit garçon, arrêtons-nous ici : j'aime à respirer cet air frais et pur qui annonce et accompagne le lever de l'aurore. Où suis-je à présent ?

ANTONIO

Près du parapet de cette forteresse, où vous m'avez dit de vous mener.

BLONDEL

C'est bien.

Comme il semble tâter ce parapet pour monter dessus.

ANTONIO

Ah ! Ne montez pas dessus ce parapet, vous tomberiez dans un grand fossé plein d'eau, et vous vous noieriez.

BLONDEL

Ah ! Je n'en ai pas d'envie. Tiens, mon fils, voilà de l'argent, va nous chercher quelque chose pour déjeuner.

ANTONIO

Ah ! Vous me donnez trop.

BLONDEL

Le reste sera pour toi.

ANTONIO

En vous remerciant.

Il part.

BLONDEL

Quand tu seras revenu, nous irons promener. Sans doute que les campagnes sont aussi belles que je les ai vues autrefois. Au défaut de mes yeux, je me plais à l'imaginer. Tu ne réponds pas. Ah ! Est-il parti ?

SCÈNE IV. Richard, sur sa terrasse ; Blondel monte et s'arrange sur le parapet.

RICHARD

Une année ! Une année entière se passe, sans que je reçoive aucune consolation, et je ne prévois aucun terme au malheur qui m'accable !

BLONDEL

S'il est ici, le calme du matin, le silence qui règne dans ces lieux laissera sans doute pénétrer ma voix jusqu'au fond de sa retraite. Eh ! S'il est ici, peut-il n'être pas frappé d'une romance qu'autrefois l'amour lui a inspirée ? Auteur, amoureux et malheureux : que de raisons pour s'en souvenir !

RICHARD

Trône, grandeurs, souveraine puissance ! Vous ne pouvez donc rien contre une telle infortune ! Et Marguerite, Marguerite !

Pendant ce couplet, Blondel paraît accorder son violon presque en sourdine, afin de faire sentir qu'il est très loin ; il commence à jouer lors du mot, Marguerite.

Quels sons ! Ô ciel ! Est-il possible qu'un air que j'ai fait pour elle ait passé jusqu'ici ? Écoutons.

RICHARD

Quels accents... ! Quelle voix !

BLONDEL

Et de mon corps chassait Mon âme languissante : Ma dame approche de mon lit, Et loin de moi la mort s'enfuit.

Il s'arrête, et écoute.

Pendant ce couplet, Richard marque tous les degrés de surprise, de joie et d'espérance ; il cherche à se rappeler la fin du couplet, s'en souvient, et dit :

RICHARD

Un regard de ma belle Fait dans mon tendre coeur À la peine cruelle Succéder le bonheur.

Pendant ce couplet, Blondel marque la joie la plus vive ; il a même l'air de se trouver mal de saisissement.

RICHARD

C'est Blondel ! Ah ! Grands dieux.

Si Marguerite était ici, Je m'écrierais plus de souci.

BLONDEL et RICHARD, ensemble

Un regard de ma belle Un regard de sa belle Fait dans mon tendre coeur Fait dans mon tendre coeur À la peine cruelle Succéder le bonheur.

Blondel répète le refrain, en faisant la deuxième partie : il danse, il saute, exprime sa joie par l'air qu'il joue sur son violon.

SCÈNE V. Richard, Blondel, des Soldats.

Le gouverneur et des soldats font rentrer le roi ; la porte de la terrasse se ferme : des soldats s'emparent de Blondel, et le font passer par une poterne, et entrer dans les fortifications ; alors il paraît au dedans du théâtre.

SCÈNE VI. Les Précédents, Florestan, Gouverneur.

UN SOLDAT

Voici monsieur le gouverneur.

BLONDEL

Où est-il, monsieur le gouverneur ?

FLORESTAN

Me voilà.

BLONDEL

De quel côté ? Où est-il ?

FLORESTAN

Ici.

BLONDEL

J'ai un avis important à lui donner.

FLORESTAN

Hé bien ! De quoi s'agit-il ? Mais ne cherche point à mentir, ni à m'amuser, car à l'instant tu perdrais la vie.

BLONDEL

Ah ! Monsieur ! C'est être déjà mort à moitié que d'avoir perdu la vue. Eh ! Comment un pauvre aveugle pourrait-il prétendre à vous tromper ?

FLORESTAN

Hé bien ! Parle.

BLONDEL

Êtes-vous seul ?

FLORESTAN

Oui. Retirez-vous, vous autres.

Les soldats se retirent dans le fond.

BLONDEL

Monsieur, c'est que la belle Laurette...

FLORESTAN

Parle bas.

BLONDEL

C'est que la belle Laurette m'a lu la lettre que vous lui avez écrite, afin que vous vissiez que je suis envoyé par elle ; or, vous y dites que vous vous jetez à ses pieds, et vous lui demandez un rendez-vous pour cette nuit.

FLORESTAN

Hé bien, mon ami ?

BLONDEL

Hé bien, monsieur ! Elle m'a dit de vous dire que vous pourriez venir à l'heure que vous voudriez.

FLORESTAN

Comment à l'heure que je voudrais ?

BLONDEL

Il y a chez son père une dame de haut parage, qui, pour célébrer la joie d'une nouvelle intéressante, y donne toute la nuit à danser, à boire, manger et rire, et vous pourriez y venir sous quelque prétexte ; alors la belle Laurette trouvera toujours bien l'occasion de vous dire quelque petite chose.

FLORESTAN

C'est donc pour me parler que tu as chanté ?

BLONDEL

C'est pour être mené vers vous que j'ai fait tout ce bruit avec mon violon.

FLORESTAN

Il n'y a pas de mal : dis-lui que j'irai. Mais se servir d'un aveugle pour faire une commission ! Ah ! Elle est charmante. Va-t'en.

BLONDEL

Mais, Monsieur le Gouverneur ! Monsieur le Gouverneur !

FLORESTAN

Hé bien ?

BLONDEL

Ah ! Vous voilà de ce côté-là. Pour qu'on ne soupçonne rien de ma mission, grondez-moi bien fort, et renvoyez-moi.

FLORESTAN

Tu as raison ;

À part.

ce drôle a de l'esprit.

Pour le peu que tu m'as dit Fallait-il faire ce bruit !

SCÈNE VII. Les Précédents, Antonio.

ANTONIO

Ici si jamais Il revenait, Ah ! Ce serait Sans moi, sans moi. Ah ! Ce serait Sans moi, sans moi.

Blondel s'en va en repassant par la poterne avec son guide, et les soldats et le gouverneur, par la poterne qui lui a servi d'entrée.

ACTE III

Le théâtre représente la grande salle de la maison de Williams.

SCÈNE I. Blondel, Deux hommes de la Comtesse.

On entend la ritournelle du morceau.

Cette scène est chantée ensemble en duo entre Blondel et les deux hommes.

SCÈNE II. La Comtesse, Sire Williams, Les Chevaliers, Le Sénéchal, La dame de compagnie.

La dame de compagnie arrive avant la comtesse et ses chevaliers ; les deux hommes qui étaient sur la scène vont parler à la dame de compagnie, qui sort avec eux ; il reste avec la comtesse une autre dame de compagnie.

LA COMTESSE

Sire Williams, je ne peux trop vous remercier du gracieux accueil que j'ai reçu chez vous.

WILLIAMS

Madame, que ne puis-je vous y retenir plus longtemps !

LA COMTESSE

Cela ne peut être.

LE SÉNÉCHAL

Madame, tout sera bientôt prêt pour votre départ.

LA COMTESSE

Ah ! Chevalier, ce soir assignera le terme à notre voyage ; qu'il m'en coûte de vous dire ce qui va le terminer !

LE SÉNÉCHAL

Quoi donc, madame ?

LA COMTESSE

Je vais consacrer mes jours à une retraite éternelle.

LE SÉNÉCHAL

Vous, madame !

LA COMTESSE

Un long chagrin qui me dévore me rend incapable de m'occuper du bonheur de mes sujets ; je vais, chevalier, faire ajouter quelques mots à cet écrit, vous le remettrez aux états assemblés : ce sont mes volontés.

SCÈNE III. Les Précédents, Béatrix, Dame suivante.

BÉATRIX

Madame.

LA COMTESSE

Que voulez-vous ?

BÉATRIX

Ce bon homme à qui vous avez permis de passer la nuit dans ce logis, et qui n'est plus aveugle.

LA COMTESSE

Hé bien ?

BÉATRIX

Il demande l'honneur de vous être présenté.

LA COMTESSE

Que veut-il ? Ah, ciel !

BÉATRIX

Je lui ai dit que madame était bien triste ; il m'a répondu : « Si je lui parle, je la rendrai bien gaie. » Entendez-vous sa voix, madame ? il l'a très belle.

LA COMTESSE

Qu'il paraisse ; peut-être a-t-il appris cette complainte de la bouche même de Richard.

SCÈNE IV. Les Précédents, Blondel.

LA COMTESSE

Hé bien ! Bonhomme, on dit que vous demandez à m'être présenté.

BLONDEL

Oui, madame : mais qu'il est difficile d'approcher des grands, même pour leur rendre service !

LA COMTESSE

Qui était celui qui vous a appris ce que vous chantiez si bien tout à l'heure, et en quel lieu de la terre cette complainte vous a-t-elle été connue ?

BLONDEL

Je ne peux le dire qu'à vous.

Béatrix se retire.

LA COMTESSE

Hier, vous étiez aveugle.

BLONDEL

Oui, madame ; mais je ne le suis plus, et quelles grâces n'ai-je point à rendre au ciel, puisqu'il me fait jouir de la présence de Madame Marguerite, comtesse de Flandre et d'Artois.

LA COMTESSE

Ciel ! Vous me connaissez ?

BLONDEL

Oui, madame, et reconnaissez Blondel.

LA COMTESSE

Quoi, c'est vous, Blondel ! Vous étiez avec le roi : où l'avez-vous laissé ?

BLONDEL

Le roi, le roi, que je cherchais depuis un an, le roi, Madame, est à cent pas d'ici.

LA COMTESSE

Le roi !

BLONDEL

Il est prisonnier dans ce château que vous voyez de vos fenêtres ; car, sans le voir, je lui ai parlé ce matin.

LA COMTESSE

Ah, dieux ! Ah, Blondel ! Chevaliers !

BLONDEL

Madame, qu'allez-vous dire ?

LA COMTESSE

Qu'ai-je à craindre ? Ce sont mes chevaliers, tous attachés à moi, à ma personne, et sire Williams est Anglais.

Les chevaliers, Williams et Béatrix s'approchent.

SCÈNE V. Blondel, Le Comtesse, Sire Williams, Les Chevaliers

LA COMTESSE

Ah, chevaliers ! Ah, sire Williams ! Et vous Blondel ! Mon cher Blondel ! Voyez entre vous ce qu'il convient de faire pour délivrer le roi ; la joie, la surprise, cette nouvelle m'a saisie, de manière que je ne peux jouir de ma réflexion ; servez-vous de tout mon pouvoir, c'est de moi, c'est de mon bonheur que vous allez vous occuper.

Elle sort en s'appuyant sur les bras de ses femmes.

SCÈNE VI. Blondel, Williams, Le Sénéchal, Deux chevaliers.

LE SÉNÉCHAL

Oui, c'est l'infortune de Richard qui faisait toute sa peine.

BLONDEL

Sires chevaliers, sire Williams, le temps est précieux ; voyons quels sont les moyens qui s'offrent à nous pour délivrer Richard ; sachons d'abord quel est l'homme qui le garde. Williams, quel homme est-ce que ce gouverneur ? Le connaissez-vous ?

WILLIAMS

Que trop !

BLONDEL

L'intérêt peut-il quelque chose sur lui ?

WILLIAMS

Non.

BLONDEL

Et la crainte ?

WILLIAMS

Encore moins.

BLONDEL

Ni l'intérêt, ni la crainte ; c'est un homme bien rare : écoutez, chevaliers, et vous Williams, voici mon avis : le gouverneur va venir parler à votre fille.

WILLIAMS

Parler à ma fille !

BLONDEL

Oui : il sait que ce soir vous donnez un bal, une fête.

WILLIAMS

Moi !

BLONDEL

Oui, vous, et faites tout préparer à l'instant pour recevoir ici les bonnes gens des noces qui s'amusent ici près, et que j'ai prévenus de votre part.

WILLIAMS

Des noces ! Un bal ! Il sait que je donnerais une fête ! Et de qui aurait-il pu savoir... ?

BLONDEL

De moi.

WILLIAMS

De vous ! Eh ! Comment cela se peut-il ?

BLONDEL

Enfin il le sait, je vous le dirai ; mais ne perdons pas un instant, il viendra ici dans l'espoir que cette fête lui donnera les moyens de parler à la belle Laurette.

WILLIAMS

Ah ! Qu'il lui parle.

BLONDEL

Oui, il lui parlera ; mais qu'aussitôt il soit entouré des officiers de la princesse, qu'il soit sommé de rendre le roi ; s'il le refuse, alors la force...

LE SÉNÉCHAL

Oui, la force : armons-nous, forçons le château.

WILLIAMS

Forcer le château ! Et que peuvent vingt ou trente hommes, armés seulement de lances et d'épées, contre cent hommes de garnison placés dans un château fort !

LE SÉNÉCHAL

Vingt ou trente hommes ! Et les soldats qui jusqu'ici ont servi d'escorte à Marguerite, et qui sont dans la forêt voisine en attendant notre retour ? Je vais les faire avancer ; et que ne peuvent la valeur, notre exemple, et le désir de délivrer le roi ?

BLONDEL

Ah, Sénéchal ! Vous me rendez la vie ; est-il quelqu'un de nous qui ne se sacrifie pour une si belle cause ! Williams, Richard est dans les fers, et vous êtes Anglais.

WILLIAMS

Ou le délivrer, ou mourir !

BLONDEL

Sénéchal, faites promptement avancer votre escorte, faites armer tous vos chevaliers, que Florestan soit arrêté, et dès que nos gens seront au pied des murailles, le signal de l'assaut. J'ai remarqué un endroit faible, où, à l'aide des travailleurs, j'espère faire brèche, et montrer à nos amis le chemin de la victoire : en attendant, Williams, faites tout préparer ici pour la danse.

Williams sort.

SCÈNE VI..

BLONDEL

Si l'amitié la plus pure, si l'ardeur la plus vive peuvent inspirer un coeur tendre et sensible, que ne dois-je pas attendre des motifs qui m'enflamment.

SCÈNE VI.I. Williams, Laurette, Des Domestiques.

WILLIAMS, aux garçons

Préparez tout ici, rangez cette table, enlevez les meubles qui peuvent embarrasser.

LAURETTE

Est-ce qu'on va danser ?

WILLIAMS

Oui, ma fille, ma chère fille.

LAURETTE

Ma chère fille ! Ah, mon père n'est plus en colère ! On va danser ; ah ! Si le chevalier le savait, peut-être pourrait-il...

WILLIAMS

Allons, aide-nous à préparer cette salle, nous allons danser.

Cependant les garçons rangent les meubles, préparent la salle.

Mettez encore ici des lumières.

SCÈNE IX. Les Précédents, Blondel.

SCÈNE X. Williams, Laurette, Antonio.

Les noces paraissent, ensuite on danse.

FLORESTAN

Ciel ! Qu'entends-je ?

WILLIAMS, accompagné des chevaliers de Marguerite

Je vous arrête.

FLORESTAN

Vous !

WILLIAMS

Moi.

FLORESTAN

Dieux, quelle trahison !

Dieux ! qu'est-ce que prétend Ce parti violent ?

FLORESTAN

Non, jamais ses destins Ne seront dans vos mains.

Le théâtre change, et représente l'assaut donné à la forteresse par les troupes de Marguerite ; Blondel et Williams encouragent les assiégeants ; les assiégés reçoivent un renfort, et repoussent l'attaque avec avantage. Blondel alors jette son habit d'aveugle, et sous celui que couvrait sa casaque, il se met à la tête des prisonniers, il les place, et leur fait attaquer l'endroit faible dont il a parlé ; l'assaut continue ; on voit paraître, sur le haut de la forteresse, Richard, qui, sans armes, fait les plus grands efforts pour se débarrasser de trois hommes armés ; dans cet instant, la muraille tombe avec fracas. Blondel monte à la brèche, court auprès du roi, perce un des soldats, lui arrache son sabre ; le roi s'en saisit, ils mettent en fuite les soldats qui s'opposent à eux ; alors Blondel se jette aux genoux de Richard, qui l'embrasse : dans ce moment le choeur chante " vive Richard !" fanfare très-éclatante ; les assiégeants arborent le drapeau de Marguerite ; dans ce moment elle paraît, suivie de ses femmes et de tout le peuple ; elle voit Richard délivré de ses ennemis, et conduit par Blondel ; elle tombe évanouie, soutenue par ses femmes, et ne reprend ses esprits que dans les bras de Richard. Florestan ensuite est conduit aux pieds du roi par le Sénéchal et Williams ; Richard lui rend son épée. Toute cette action se passe sur la marche, depuis la fanfare qui termine le combat.

MARGUERITE, montrant Blondel

C'est à Blondel, c'est à son coeur.

RICHARD, embrasse Blondel

C'est à ton coeur.

LA COMTESSE, RICHARD, BLONDEL, WILLIAMS, FLORESTAN, LES CHEVALIERS

Ah, que le bonheur suprême L'accompagne chaque jour !

CHOEUR GÉNÉRAL

Heureux amants. etc.

TRIO.

461 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0