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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers· Cinquième Empereur des Turcs

Bajazet

Comte de Sommerive· créée en 1737, imprimée en 1741· 5 actes· 1 528 vers· 12 personnages

Représentée pour la première fois à Paris en 1737.

Personnages

  • TAMERLAN, empereur des Tartares
  • BAJAZET, empereur des Turcs
  • THÉMIR, fils de Tamerlan
  • ASTÉRIE, fille de Bajazet
  • ADANAXE, prince du sang de Tamerlan
  • AXALLA, ministre et général des Tartares
  • ODMAR, ministre et général des Parthes
  • ZAÏRE, confidente d'Astérie
  • USBEK, officier des gardes de Tamerlan
  • MIRSAS, officier des gardes de Tamerlan
  • CIARCAN, officier des gardes de Tamerlan
  • GARDES de Tamerlan et de Bajazet
MONSEIGNEUR,

À SON ALTESSE SERENISSIME MONSEIGNEUR LE PRINCE DE CONTI

Quelle gloire pour l'illustre sang dont son sort VOTRE ALTESSE SERENISSIME, d'avoir peuplé l'Europe de héros ? Quand toute l'Asie, depuis Alexandre, en a produit peu d'autres, dignes de lui être présentés que Tamerlan et Bajazet. Heureux, si éclairés par les lumières de la vraie religion, ces Monarques aussi célèbres, que fameux conquérants, en eussent fait la base de leur héroïsme. Leur grandeur aurait été plus solide, et leur gloire digne de l'immortalité, s'ils avaient pu connaître ces vertus épurées qui ne tirent leur véritable source que du christianisme, et se modeler sur ces sentiments vraiment magnanimes, sur ces qualités plus qu'humaines qui ont toujours été et sont encore l'apanage des Bourbons, et que l'on voit, MONSEIGNEUR, se réunir dans VOTRE ALTESSE SERENISSIME. Ces vertus essentielles et seules dignes de nos hommages, étant par leur principe et par leurs effets, d'un bien autre prix que celles qui ont attiré tant d'admiration à ces princes infidèles, eux-mêmes, s'ils vivaient aujourd'hui, en feraient les admirateurs ; et dans le desir qu'ils avaient d'éterniser leur mémoire, ils auraient ambitionné un suffrage aussi glorieux que celui de VOTRE ALTESSE SERENISSIME. Je n'ose, MONSEIGNEUR, VOUS le demander pour eux ; mais du moins sous les auspices de ces deux héros, agréez le respect profond avec lequel je suis, MONSEIGNEUR, DE VOTRE ALTESSE SERENISSIME ,

Le très humble et très obéissant Serviteur LE COMTE DE SOMMERIVE, Commandeur de l'Ordre de Saint Lazare.

PRÉFACE

Les Historiens qui ont écrit de Tamerlan, conviennent tous qu'il fut un des plus illustres conconquérans de l'Asie ; mais on ne peut rien de plus opposé que les idées qu'ils en donnent d'ailleurs.

Dans les uns, il est peint comme un héros si accompli, que par le parallèle qu'ils en font avec Alexandre, ils le croyent au-dessus de lui. Les autres en ont fait un brigand et un scélérat heureux.

Ces Historiens ne sont pas plus d'accord sur sa naissance et sur sa véritable origine. Quelques-uns l'ont fait descendre du sang royal ; d'autres ne lui ont donné pour titre que celui de pastre.

Les Poètes dramatiques qu ont travaillé ce sujet semblent avoir adopté ce dernier sentiment, quoique d'ailleurs ils lui prodiguent l'héroïsme. À l'égard de ses passions particulières, ils l'ont fait tel qu'il leur convenait qu'il fut, jusqu'à le rendre passionnément amoureux de la fille de son ennemi et de son captif ; et en cela ils se sont visiblement écartés de la vérité, et même de la vraisemblance. Tamerlan âgé de 78 ans, lorsqu'il vainquit Bajazet, était, et au delà, dans cet âge où l'amour, quelque puissant qu'il soit, n'est plus maître de nous enflammer. D'ailleurs cet empereur usé par les fatigues de guerres continuelles, était boiteux et manchot. Des défauts si visibles et si rebutans lui permétaient-ils seulement l'espoir d'être écouté d'une jeune et belle princesse ? Cependant selon nos auteurs tragiques, il ne prétendait pas moins que de s'en faire promptement aimer ; mais cet altier et farouche conquérant méprisait trop un ennemi qu'il tenait dans les fers, pour s'abaisser à contracter une alliance sérieuse avec sa fille.

Il y a plus : Tamerlan, indépendamment d'une multitude de concubines, avait réellement deux femmes, toutes deux descendues des princes Chétéens. L'une nommée Tomane était la grande reine, comme la plus considérable et la plus accomplie, et qui lui survécut. L'autre, qui s'appellait Gelbane , n'était que sa seconde reine, quoique plus belle et plus agréable.

Dans cette circonstance, s'il avait été possible que Tamerlan eût eu quelque penchant pour Astérie, il y aurait tourt lieu de présumer que cela n'aurait pu être que dans sa vue d'augmenter le nombre de ses concubines ; mais nulle apparence qu'il ait eu cette faiblesse pour la fille de Bajazet, et encore moins le dessein de l'épouser ; c'est ce qui m'a fait croire, après plusieurs personnes éclairées, que l'amour passionné que Pradon avait donné à ce guerrier estropié et décrépit dans la tragédie qu'il en a faite , en avait été la pierre d'achopement, indépendamment de la catastrophe qui pêche contre le sentiment que j'établis à la fin de cette préface.

Je ne songeais point à traiter ce sujet, lorsque j'y fus excité par la découverte que je fis de l'histoire des quarante-neuf Califs, à la fuite de laquelle se trouve celles de Tamerlan intitulée : Mémorial des merveilles dans la vie et les actions du grand Tamerlan divisée en sept livres, contenant l'origine, la vie et la mort de ce fameux conquérant, composé par Achamed Arabe fils de Gérsspe. Cette seconde histoire est suivie d'un livre entier qui a pour titre : Portrait du grand Tamerlan par le même auteur, lequel après un récit fort étendu de ses vertus et, de ses vices, peint son véritable caractère, les qualités de son esprit, son naturel en général et ses inclinations particulières.

Dans son mémorial, le fils de Géraspe expose les divers discours qui se répandirent quelques années après la mort de Tamerlan sur la bassesse de son origine ; mais il les rejette tous comme n'étant appuyés d'aucune vraisemblance, et soutient que le plus vraisemblable était, que son père Targaï avait été un des plus grands de la cour du sultan, sur quoi Achamed poursuit en ces termes : J'ai vu à la fin d'une chronique Persane nommée la choisie, qui tient depuis le commencement du monde jusqu'à Tamerlan, c'est un fort bel ouvrage, j'ai vu, dis-je, à la fin de cette chronique une généalogie qui fait venir Tamerlan de Genghis-Knan par les femmes, quant à l'extraction. En effet, après qu'il se fut rendu maître des pays de delà la rivière et fait grand seigneur, il épousa les filles des princes, ce qui fit ajouter à ses qualités celle de Couracan, c'est-à-dire, en Mogol le gendre, parce qu'il était gendre des princes et perpétuellement dans leurs. maisons. Chézine alors sultan avoit quatre vizirs qui tous avaient des tribus, et c'est de Berlase l'un d'eux , dont sortit Tamerlan. Pour sa personne, il devint jeune homme d'esprit et de courage, généreux, prudent, actif, civil, qui sut gagner l'affection de ses pareils enfants des vizirs, et fit une ligue composée des principaux de la jeunesse ; et un jour qu'ils s'étaient assemblés, il leur dit : Une certaine femme du nombre de celles qui ont le don de deviner et prophétiser, a vu un certain songe qu'elle a examiné selon les règles de l'onirocritique, et trouvé par-là qu'elle verroit dans peu un enfant de la ligue dompter les nations et subjuguer les peuples, se rendant puissant seigneur, et réduisant sous son obéissance les rois du siécle, C'est moi qu'elle entend, poursuivit-il, et c'est bientôt que ceci doit arriver. Promettez moi donc fidélité, et m'assurez de m'accompagner, et de m'aider en mon entreprise constamment et vaillamment, sans m'abandonner jamais, et ils lui accordèrent tout ce qu'il demandait, etc.

En effet, ses premiers exploits furent une espèce de brigandage, ce qui aura sans doute donné lieu aux reproches méprisans que Bajazet lui en fit ; et c'est sur ces reproches que les Historiens se sont persuadés que Tamerlan n'avait été originairement qu'un vil pâtre, et par la fuite un brigand révolté, ce qu'il ne fut jamais selon notre auteur Arabe, d'autant plus croyable qu'il était chrétien Jacobite, fort considéré pour sa doctrine, ennemi et contemporain de Tamerlan, qu'il avait si particulièrement connu qu'il en dépeint jusqu'à la taille et la mine. Depuis sa mort Achamed avait conversé avec quantité d'honnêtes gens qui avoient passé la plus grande partie de leur vie au service de cet empereur, il en devait parler avec connaissance ; et l'histoire qu'il en a faite, n'ayant été publiée que trente-cinq ans après sa mort, il en pouvait parler librement, temps auquel, ainsi qu'il l'assure, les choses avaient bien changé de face.

J'ai donc été autorisé à adopter cet auteur préférablement à tous autres comme le mieux instruit, et c'est lui qui apprend que Tamerlan à l'âge de quatre-vingt quatre ans, avait encore le jugement sain et entier, l'esprit si ferme et si égal, que les bons et les mauvais succès ne faisaient sur lui aucune impression différente. Entreprenant et hardi, il n'était, pas moins, tranquille et prudent.

Aussi fin politique qu'intrépide guerrier, il ne laissait rien transpirer de ses desseins, il n'aimait que les gens de coeur ; il vouloit qu'ils lui parlassent avec franchise, et souffrait qu'on, lui dit la vérité, mais rarement dans la vue d'en faire usage. Son sentiment réglait seul ses desseins et ses résolutions. Subtil et intelligent dans ses réflexions, il était toujours sûr dans ses conjectures. C'était un esprit délié, adroit, qui savait le langage des yeux et des paupières. Une expérience infinie dans les entreprises, lui faisait connaître quelle en serait l'issue. Habile à pénétrer les intrigues les plus cachées , il en perçait les ruses les plus fines, et on ne pouvait pénétrer dans les siennes ; il avait de faux mouvements par lesquels il trompoit les plus clairvoyants. Dans les choses qu'il avait à contrecoeur, il paraissait ne demander pas mieux et ne feignait de n'en vouloir pas d'autres qu'il désirait ardemment. Quoique dévoré d'ambition, il affectait des sentiments de magnanimité que son coeur et les évènements démentaient ; et plus insatiable encore de conquêtes que de gloire, sous des motifs qu'il avait l'art de rendre les plus spécieux, il y facrifiait tout. Aussi sa clémence n'était-elle dûe qu'à sa politique. Sa justice découvrait son penchant pour la sévérité ; et pardonnant rarement, il la portait presque toujours jusqu'à la cruauté. Le même historien Arabe parle fort succintement de Bajazet. Il dit que Tamerlan avoit résolu de l'enfermer dans une cage de fer, et de le traîner à sa suite dans le voyage qu'il fit à Azare ou il mourut ; mais que le malheureux Ottoman s'empoisonna. Peut-être la résolution de Tamerlan avait-elle transpiré jusqu'à sa prison ; mais Achamed n'instruit point de quelle manière le poison était parvenu jusqu'à ce prince qui sut toujours très étroitement renfermé. Il est probable que quelques-uns des siens trouvèrent moyen de lui en faire donner pour épargner à Bajazet un traitement aussi humiliant que celui dont il était menacé, et dont l'affront aurait rejailli sur tout l'empire Ottoman. Cette conjecture est d'autant plus vraisemblable, que Michel Baudier dans son inventaire de l'histoire générale des Turcs, dit, que ceux qui étaient a la suite de Bajazet et parmi l'armée de Tamerlan, firent bien tout ce qu'ils purent pour mettre leur prince en liberté ; mais qu'ils ne furent pas moins malheureux en leurs desseins, qu'ils l'avaient été dans la guerre ; car ayant fait une mine pour aller au dessous de sa prison, ils sortirent trop tôt, et percèrent droit au lieu ou étaient les gardes, ce qui fut cause qu'il fut plus sûrement renfermé, et ajoute que selon quelques-uns, ce fut dans une cage de fer. En rapprochant ce récit de celui d'Achamed, on ne peut douter que ce fut cette tentative qui avait déterminé Tamerlan à traîner son captif avec lui d'une manière si barbare et si honteuse. Le même Baudier fait une histoire si détaillée de Bajazet, qu'en rassemblant ce qu'en rapporte cet auteur Français avec ce que l'auteur Arabe récite de Tamerlan, il est facile de connaître que l'un et l'autre, animés de la plus violente ambition, étaient également avides de gloire ; mais qu'ils y tendaient par des motifs qui n'étaient pas également purs. Bajazet l'aimait noblement, et n'employait pour l'acquérir que les voies que lui inspirait une valeur intrépide ; il ne consultait qu'elle dans ses entreprises ; et ne prenant d'autres mesures que celles que lui dictaient l'espoir et l'honneur de vaincre, il n'en attendait le succès que d'un courage si fougueux, qu'il le fit surnommer foudre de guerre. Tamerlan au contraire marquoit beaucoup plus d'ardeur à conquérir, qu'à mériter la gloire d'avoir conquis, qu'il faisait plus consister dans l'étendue et dans la difficulté des conquêtes, que dans l'honneur du triomphe. L'un concevait des projets plus nobles, l'autre en formait de plus vastes. Le Tartare assurait ses entreprises par de profondes et d'utiles réflexions ; et l'Ottoman les manquait faute de réfléchir, ce qui causa sa perte. Celui-là fit des conquêtes plus étendues et celui-ci en fit de plus rapides. Le premier obtint plus de victoires : l'autre, avant sa défaite, en avait obtenu de plus éclatantes. Si Tamerlan eut le bonheur de subjuguer quantité de nations, elles étaient presque toutes barbares, et ce fut par ses généraux ; et Bajazet eut l'honneur de vaincre en personne les Européens. Enfin, il ne lui était pas inférieur en valeur, et il lui fit tout au moins égal en gloire ; et s'il n'eût été vaincu par la trahison des Tartares, il auroit en tout surpassé son vainqueur, si l'on en juge par cette fermeté inflexible, et le courage inébranlable, avec lesquels il soutint également le malheur de sa défaite et les horreurs de sa captivité, et qui lui ont dû faire regagner toute la gloire que sa défaite lui avait enlevée.

C'est ici le lieu de répondre à quelques personnes qui ont crû que Bajazet aurait dû se tuer ou s'empoisonner dès l'instant qu il en a eu les moyens. Mais l'héroïsme consiste-t-il à se donner la mort aussitôt que l'on est malheureux ?

L'effet propre d'une vertu mâle ne consiste-t-il pas au contraire à lutter et à se raidír contre les plus grandes infortunes et les disgrâces les plus horribles, et si c'est, comme on en peu douter, cette fermeté inébranlable , et le courage infléxible avec lesquels on supporte les revers les plus accablants, qui constitue le véritable héroïsme, c'est donc une faiblesse de s'en laisser abattre, et une lâcheté d'y succomber, surtout au point de ne pouvoir y survivre.

Indépendamment de ces motifs de gloire, Bajazet en avait encore d'autres bien naturels pour ne pas se donner la mort dès qu'il en a été le maître. En le faisant, il laissait l'honneur , et peut-être la vie d'Astérie à la merci de deux ennemis également dangereux, l'un par sa haine, et l'autre par un amour aussi entreprenant qu'emporté, et que Bajazet du moins contenait par sa présence ; mais Bajazet mort, nul doute que Thémir aussi passionné, et aussi violent qu'il est dépeint, ne se fût livré aux derniers excès pour satisfaire une passion d'autant plus à craindre, qu'elle étoit irritée par les mépris d'Astérie et par l'opposition déclarée de Tamerlan ; de sorte que si Bajazet se fût tué ou empoisonné dès l'instant qu'il en a eu les moyens, il aurait agi en homme désespéré ce qui est bien éloigné de l'héroïsme ; il aurait même agi contre le sentiment naturel, et c'eût été précisément une action si déplacée, qu'elle aurait mérité une critique à laquelle il n'aurait pas été possible de répondre, Mais, dira-t-on, Bajazet ne s'empoisonne-t-il pas ? J'en conviens ; mais dans quel temps et dans quelles circonstances le fait-il ? Dans celles, où chez, les Orientaux, ainsi que parmi les Romains, il était non seulement en usage, mais même glorieux de se tuer, non pour se délivrer de ses malheurs, ce qui eût été un lâche désespoir ; mais pour s'arracher à l'infâmie lorsqu'elle y était attachée, ou pour se dérober à une mort infâme. Or tant que Bajazet ne se trouve point dans l'un ou l'autre de ces cas, quelque affreuse, à tous égards, que soit sa situation, il ne doit point se donner la mort, puisqu'au contraire sa vie touté infortunée qu'elle était , servoit à la conservation de l'honneur de sa fille ; mais dès que Bajazet, en refusant, avec dédain le tribut onéreux etc humiliant que Tamerlan exige de lui, se voit menacé d'une mort prochaine, il s'empoisonne, parce qu'alors la mort qu'il se donne de sa propre main lui est aussi glorieuse qu'elle lui aurait été honteuse de la main de son vainqueur ; et ce n'est même qu'après avoir pourvu à la sûreté de la vie et de l'honneur d'Astérie par le poignard qu'il lui donne, et par l'usage qu'il lui intime d'en faire, indépendamment des secours et de la défense qu'elle avait tout lieu d'attendre de l'amour d'Adanaxe pour elle, et qui était autorisé par Tamerlan. Sans ces motifs également fondés et pressans, et selon les notions non d'un héroïsme arbitraire, mais du Vrai Bajazet, n'aurait pas dû se donner la mort ; et s'il l'eût fait, il n'aurait pas laissé douter que le désespoir de sa défaite joint aux rigueurs de la captivité, ne lui eussent aliéné l'esprit, ainsi que nous en fournissent assez de tristes exemples ces coeurs lâches, dénués de tous sentiments de vertu ; et qui ne pouvant survivre à leur infortune, courent à la première disgrâce se pendre ou se noyer, mais dont assurément les noms ne sont pas inscrits dans le catalogue des héros.

C'en est assez pour faire sentir le faux du sentiment contraire au mien sur cet endroit, qui juíqu'à présent a été le seul attaqué. Je n'en crois pas pour cela cette pièce exempte d'autres défauts, loin de les défendre, je suis très disposé à les avouer à ces censeurs respectables par leurs sentiments encore plus que par leurs lumières, lorsqu'ils me feront l'honneur de me critiquer.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Astérie, Zaïre.

ASTÉRIE

Ma honte et ma vertu t'en ont fait un mystère ; Mais un coeur tendre en vain cèle ses sentiments , Il ne peut pas toujours renfermer ses tourments ; Il faut que tôt ou tard sa douleur se soulage. De mes malheurs secrets voici la triste image. Mon père, du Bulgare à peine était vainqueur , Qu'aussitôt dans l'Asie il porta la terreur Ce prince, dès longtemps maîtrisant la victoire, Consentit que je fusse un témoin de sa gloire. Il prend Burse, et de là, des triomphes nouveaux Jusques dans l'Arménie entraînent ce héros : Pour n'y point hasarder mon sexe et ma jeunesse, Il m'ordonne, à regret, de retourner en Grèce. Mais, connaissant les Grecs jaloux de se grandeur, Il voulut de mon rang leur cacher la splendeur ; Et, déguisant partout mon nom et ma naissance, Sous le nom de Néphis j'arrivai dans Byzance. D'Arsane chez les Grecs on vantait la valeur ; Quoi qu'étranger, ce prince était leur défenseur. Les grâces, les vertus peintes sur son visage Fixaient de tous les coeurs et l'amour et l'hommage. Dans ce jeune héros, une douce fierté Mêlait la modestie avec la majesté. Par ses soins généreux, par sa magnificence, Il avait ramené les plaisirs dans Byzance ; Là, dans un doux repos mon coeur se complaisait À voir l'empire Grec soumis à Bajazet : Mais bientôt j'essuyai les plus vives alarmes ; Dans le sein de la paix je vois Byzance en armes, J'entends de toutes parts ces horribles clameurs... Vengeons-nous, vengeons-nous de nos usurpateurs ; Bravons des Ottomans la fureur vengeresse, Et lavons dans leur sang la honte de la Grèce. Juge, juge à ces cris, ce que souffrit Nephis ? Exposée aux fureurs de cruels ennemis, J'allais en être esclave, et peut-être victime, Quand Arsane soudain, ce prince magnanime Parût. Ah, me dit-il, fuyez loin de ces lieux Que la haine des Grecs vous rend si périlleux. Dans de plus doux climats allez vivre tranquille ; Un vaisseau vous attend, choisissez un asile. Pleine de joie alors, je voulais l'exhaler ; Mais cent fois je soupire, et je ne puis parler. D'un trait si généreux je sens mon âme émue ; Tant de vertu m'inspire une ardeur inconnue. Arsane, en ce moment, ce cher libérateur, Me fait voir tout l'amour que peut sentir un coeur ; Et le mien, entraîné par la reconnaissance, Lui laisse voir celui dont je sens la puissance. En vain je rappelai mon faible coeur à soi, Lui-même, hélas ! M'apprit qu'il n'était plus à moi. À l'aspect du vaisseau préparé pour ma fuite, Arsane, m'écriai-je, il faut que je vous quitte... De mutuels soupirs finissent nos adieux, Notre vaisseau fend l'onde et m'enlève à ses yeux. Inconnue, en secret j'aborde chez mon père ; Mais à peine y goûtais-je une douceur si chère, Que, malgré sa valeur, le plus grand des revers Nous a précipités dans de rigoureux fers ; Sans espoir d'en sortir je m'y vois condamnée.

SCENE II. Astérie, Thémir, Zaïre.

SCÈNE III.

SCÈNE I.. Thémir, Mirsas.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Tamerlan, Axalla, Odmar, Gardes.

SCÈNE II. Tamerlan, Astérie , Axalla, Odmar, Gardes.

SCÈNE III. Tamerlan, Axalla, Odmar, Gardes.

SCÈNE IV. Tamerlan, Thémir, Axalla, Odmar, Gardes.

SCÈNE V. Tamerlan, Axalla, Odmar, Gardes.

ODMAR

Votre courage seul a guidé la victoire, Et votre bras, Seigneur, en a toute la gloire ; Par vos exploits fameux on peut compter vos jours. Tamerlan est vainqueur, le sera-t-il toujours ? La fortune aux héros n'est pas toujours propice ; Bajazet dans les fers prouve assez son caprice : Et si vous n'immolez un si grand ennemi, Vous n'en aurez, Seigneur, triomphé qu'à demi. La ruse dans ces lieux, malgré la vigilance, N'a-t-elle pas déjà tenté sa délivrance ? Tous ces gardes en vain veillent à sa prison, La force ne peut rien contre la trahison. Bajazet, sûr des siens, s'attend à voir leur haine, Laver dans votre sang la honte de se chaîne, Et vous verrez s'armer mille ennemis jaloux, Moins par pitié pour lui, que par haine pour vous. De vos nouveaux exploits la Syrie en alarmes, Pour venger l'Ottaman déjà reprend les armes : Et votre nom partout porte en vain la terreur : Bajazet respirant peut trouver un vengeur. Seigneur, tant qu'il vivra, l'on prendra sa défense ; Bajazet mort peut seul étouffer la vengeance. Vous saurez par ce coup, nécessaire à l'État, Désarmer mille bras et vaincre sans combat. Devez-vous, sans jouir des fruits de la victoire, À de nouveaux dangers exposer votre gloire ? Que lui sert Bajazet murmurant dans les fers, S'il n'accorde un tribut que vous doit l'Univers ; De son coeur inhumain la fière résistance Doit contraindre le vôtre à bannir la clémence ; Et de sa cruauté les coupables transports Vous exemptent, Seigneur, du moindre des remords.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Tamerlan, Adanaxe.

TAMERLAN

Quoi ?

ADANAXE

J'aime...

TAMERLAN

Eh bien ?

ADANAXE

Astérie.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Adanaxe, Axalla.

SCÈNE II. Bajazet enchaîné, Adanaxe, Axalla, Gardes de Bajazet.

BAJAZET

Quoi ?

SCÈNE III. Bajazet, Axalla.

SCÈNE IV. Bajazet, Astérie, Axalla, Gardes.

SCÈNE V. Bajazet, Astérie.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Adanaxe, Astérie.

ASTÉRIE, à part

Quel son me frappe ?

ADANAXE

Princesse,

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Tamerlan, Adanaxe, Axalla, Odmar, Cciarcan, Gardes.

SCÈNE II. Tamerlan assis, Bajazet enchaîné, Adanaxe, Odmar, Ciarcan, Gardes de Tamerlan et de Bajazet.

BAJAZET, en se retirant

Je l'attends.

BAJAZET, en sortant

Je n'écoute plus rien.

SCÈNE III. Tamerlan, Adanaxe, Axalla, Odmar, Gardes de Tamerlan.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Thémir, Adanaxe.

SCÈNE VI. Astérie, Thémir, Adanaxe.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Astérie, Zaïre.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Tamerlan, Axalla, Odmar, Gardes.

SCÈNE II. Tamerlan, , Axalla, Odmar, Ciarcan, Gardes.

SCÈNE III. Tamerlan, Axalla.

TAMERLAN

Sa mort.

SCÈNE IV. Tamerlan, Axalla, Odmar.

TAMERLAN

Ciel !

SCÈNE V. Tamerlan, Thémir, Axalla, Odmar, Gardes.

SCÈNE VI. Tamerlan, Thémir, Adanaxe, Astérie, Zaïre, Axalla, Odmar, Gardes.

TAMERLAN, en s'asseyant

Ciel ! Il expire.

ASTÉRIE

Ô ciel !

SCÈNE DERNIÈRE. Bajazet, Tamerlan, Astérie, Adanaxe, Axalla, Odmar, Gardes de Tamerlan et de Bajazet.

TAMERLAN, en se levant

Ciel ! Que vois-je ?

ADANAXE, arrachant le poignard d'Astérie

Arrêtez, trop cruelle princesse...

1 528 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica