Tragédie comique en vers· Tragédie Comique Suivie d'un Divertissement
La Mort du Boeuf Gras
Représentée pour la première fois à la Foire Saint-Germain, le 26 février 1767.
Personnages
- MONSIEUR MERLIN, Maître Boucher
- MONSIEUR POISSI, Marchand de boeufs
- DOSDASNE, Etalier
- L'ÉCHAUDOIR, premier garçon Boucher, Amant de Brulelavette
- BRULELAVETTE, servante de M. Merlin
- GARÇONS BOUCHERS
ÉPITRE DÉDICATOIRE
A MON BOUCHER.
Ô vous, qui des Bouchers êtes le moins bouché ; Qui sur le bel esprit restez toujours perché, Qui fécond en bon mots, de Paris jusqu'à Rome, Passez pour un savant dont le mérite assomme. Continuez, mon cher ; oui, tuez , égorgez : Mais ne m'oubliez pas, du moins quand vous mangez : Laissez-moi m'arranger avec votre servante. Je vois sur le sapin d'une table ambulante Vendre vos restes frais, et parmi des graillons Vous livrez sans égard l'auteur de vos bouillons. Souvenez-vous de moi. Que Messieurs vos ConfrèresFassent fructifier mes veilles littéraires :
Donnez-leur rendez-vous, dites-leur qu'à tous prix
Notre petit spectacle égaye les esprits.
Dites-leur d'y pleurer, afin de contredire
L'Auteur qui les veut tous faire crever de rire.
LA MORT DU BOEUF-GRAS.
SCÈNE PREMIÈRE. Monsieur Merlin, Monsieur Poissi.
MONSIEUR MERLIN
Vous me priez en vain ; l'arrêt est confirmé. Le boeuf gras est coupable, et doit être assommé.MONSIEUR POISSI
Le boeuf_gras assommé ! Pourquoi ? Quel est son crime ?MONSIEUR MERLIN
Avec les autres boeufs on sait comme il s'escrime ; La portion de trois n'est qu'un morceau pour lui : Vaches, veaux et moutons, tout se plaint aujourd'hui. Je veux faire cesser leur trop juste murmure ; Et le boeuf_gras chez moi va laisser fa fressure.Vers 4, on lit "excrime" nous préférons "escrime".
MONSIEUR POISSI
Ah, Dieux, quel triste arrêt ! Eh quoi vous en croirez Vaches, veaux et moutons contre lui conjurés ? Eux dont la jalousie en tous temps est sans bornes, Leur sacrifieriez-vous les deux plus belles cornes, Vous que cet ornement a toujours décoré, Et qui de vos voisins êtes le mieux paré ? Songez, Seigneur Merlin, songez à cette affaire, Et montrez-nous un coeur un peu moins sanguinaire. Que dira-t-on de vous au marché_de_Poissi, Quand de cet attentat on vous verra noirci ? Je sais bien qu'à Paris on en fera des fêtes ; Mais vous aimez le sang, et nous aimons nos bêtes. De ces bêtes, Seigneur, soyez plutôt l'appui, Et prenez pour mon boeuf votre coeur par autrui. Que vous aurait-il fait, lui qui dès son enfance N'étant encore que veau montrait tant de prudence ? C'est moi qui sans reproches, et même avec regret, Vous l'ai vendu cent francs dont j'ai votre billet. Je n'en disconviens pas ; la somme est bien modique : Mais si j'ai lâché pied, c'est pour votre pratique ; Le boeuf_gras n'est pas moins un boeuf du plus haut prix, Et les Marchands_Bouchers en étaient tous épris. Il a des partisans, on connaît son mérite ; Et vous ne l'avez pas encor dans la marmite. Seigneur, songez-y bien : le tonnerre en éclats Pourrait venger sur vous la race des boeufs-gras.MONSIEUR MERLIN
J'ai beaucoup de respect pour l'éclat du tonnerre ; Mais pour vous, cher ami, ma foi je n'en ai guère.MONSIEUR POISSI
Vous me bravez, Seigneurs vous le pouvez ici : Tu n'aurais pas vaincu dans les champs de Poissi.Allusion à un vers du Siège de Calais.
MONSIEUR MERLIN
J'aurais vaincu partout pour servir la patrie ; Je connais mon devoir en fait de boucherie, Et n'attends pas de vous des avis dont l'effet Peut vous servir ici comme un clou à soufflet. Veillez, Seigneur, veillez sur vos boeufs et vos vaches ; Mais pour m'en imposer, eh ! Non pas que je sache. Que vous ai-je promis qui puisse m'engager À conserver un bien que chacun veut manger ? De vos desseins les miens seront-ils les esclaves ? Je ferai du boeuf gras ou des choux ou des raves C'est à vous de vous taire ; et si vous raisonnez, Vous aurez du boeuf_gras les tripes par le nez.MONSIEUR POISSI
Barbare, tigre, chat, cancer que rien ne touche, Puisse la viande crue écumer dans ta bouche ! Et que d'une écumoire égueulée et sans trous, On te fasse un bouillon qui va[il]le tes cinq sous ! Tu veux donner la mort à qui soutient ta vie ? Prends tout ; mais tu rendras, je te le certifie.Égueulé : cassé.
MONSIEUR MERLIN
Je ferai ce qu'il faut, rouge ou blanc ; apprenez Que ce n'est pas à vous d'y fourrer votre nez.MONSIEUR POISSI
Mais au moins dites-moi, quand voulez-vous qu'il meure ? Pourrai-je l'embrasser avant sa dernière heure ?MONSIEUR MERLIN
« Seigneur, quand je me tais, c'est que je ne dis rien. Boeuf gras ignore encor quel sert fera le sien, Et quand il sera temps que le merlin l'accoste, Vous rapprendrez aussi par la petite poste. »MONSIEUR MERLIN
Oh funeste nouvelle !SCENE II. Monsieur Merlin, Poissi, Brulelavette.
BRULELAVETTE
Ah, Seigneur, paroisses : Vingt carreaux dans l'instant viennent d'être cassés. Le boeuf gras a brisé la fenêtre, la porte ; Il va tout achever, si vous n'avez main forte.MONSIEUR MERLIN
Doucement,point d'éclat. Eh ! gardes, écoutez...Quatre garçons bouchers entrent armés de bataboeufs.
Mais non, n'écoutez pas, je radote : sortez.Ils sortent à Monsieur_Poissi.
Le voilà le boeuf_gras dont vous êtes l'intime : Vous voyez sa douceur, et comme il nous abîme. Me viendrez-vous encor parler en sa faveur ?Merlin, gros marteau avec lequel on assomme les boeufs.
MONSIEUR POISSI
Seigneur, excusez-le, c'est qu'il a de l'humeur. On en aurait à moins : et ce qu'on lui destine, Vous ferait comme lui faire mauvaise mine.SCÈNE III. Monsieur Poissi, Brulelavette.
MONSIEUR POISSI
Cher boeuf_gras... C'en est fait, et sa perte est certaine ; Brulelavette aussi le traite en inhumaine. L'étalier, les garçons de lui se font un jeu : Ses membres dispersés feront le pot-au-feu. Princesse, je le vois, vous voulez sa ruine : Ce n'est pas à servante à haïr la cuisine : Mais on devrait du moins avoir quelques égards Pour un boeuf qui cent fois affronta les hasards. Je l'ai vu contre quatre étalant son courage, Leur donner de la corne au travers du visage, Et les mettant en fuite en illustre vainqueur, Les regarder de loin avec un air moqueur ;Étalier : Celui qui tient un étal au compte d'un maître boucher. [L]
BRULELAVETTE
Nous allons lui montrer à se moquer des autres. S'il a beaucoup d'amis, nous trouverons les nôtres ; Et nous vous ferons voir s'il aura des raisons Pour casser ma vaisselle et verser mes bouillons. Je voudrais bien savoir, si dans votre cuisine On allait tout briserMONSIEUR POISSI
J'aurais l'humeur lutine ; Je n'en disconviens pas, et je pourrais crier : Mais sans tuer les gens, je les ferais payer.BRULELAVETTE
Faire payer ! D'accord ; mais avec quelles pièces ? Monsieur votre Boeuf_gras a-t-il bien des espèces ?MONSIEUR POISSI
Je saurai lui prêter ce qu'il aura besoin.BRULELAVETTE
Pour la dernière fois portez-lui donc du soin.SCÈNE IV.
BRULELAVETTE
Il a beau s'empresser et faire l'esprit fort ; Avant qu'il soit ce soir, le Boeuf_gras sera mort. C'est en vain qu'il me traite en ces lieux d'inhumaine ; Oui je veux du Boeuf_gras voir souffler la bedaine. Depuis huit jours ici c'est à crier : Hola ! On ne peut se parler qu'en disant : Qui va là ? Notre premier garçon, qui m'adore dans l'âme ; Oui, mon cher L_Échaudoir dont je serai la femme, Ne peut plus me parler, depuis qu'il faut soigner Ce gros vilain Boeuf_gras que l'on devrait saigner. Si nous sommes ensemble au grenier, à la cave, C'est un bruit dans la cour... on dirait que l'on pave. Le Boeuf_gras, en brisant cordes et moraillons, Galope comme un diable, et fait ses carillons : Mais j'entends L_Échaudoir, c'est pour moi qu'il arrive. Dieux ! Frappez le Boeuf_gras, mais que mon amant vive.Moraillon : Pièce de fer qui sert à la fermeture d'une malle, d'une porte, etc. en laissant passer, dans une lunette qui s'y trouve formée, un anneau destiné à recevoir un cadenas. [L]
SCÈNE V. L'Echaudoir, Brulelavette.
L'ÉCHAUDOIR, en habit de travail
Princesse, à vos genoux vous voyez un amant, Qui remplit sa promesse, et non pas son serment. Non, je n'ai point juré de vous erre fidèle, Je n'ai fait que promettre, et c'est assez, ma belle : Soyez sûre d'un coeur qui pour vous est tout un. On sait dans mon état si j'ai le sens commun. Quand je dirais ici dans l'ardeur la plus forte, Que la peste m'étouffe, ou le diable m'emporte, Je sais mieux m'expliquer sous votre aimable loi : J'en jure foi de boeuf, foi de veau, foi de moi, Et sans aller chercher de porte de derrière, Que du premier garçon vous serez la première.BRULELAVETTE
Oh , que ce titre est doux à mon coeur ébaubi ! J'oublie en ce moment la broche et le rôti, Pour ne plus m'occuper que du sort qui me touche.L'ÉCHAUDOIR
Princesse, tout de bon l'eau vous vient à la bouche. Quoi ! Vous pourriez me voir avec un coeur actif ? Ce coeur soupire-t-il ? Ou bien s'il est poussif ? Car je l'entends souffler plus sort qu'un tuyau d'orgue.BRULELAVETTE
Ah ! Vous n'entendez rien, ce n'est que de la drogue : Quand vous êtes présent, je soupire tout bas ; Mais je gueule partout, quand je ne vous vois pas.L'ÉCHAUDOIR
Oh miracle d'amour ! Oh douce destinées Quand pourrons-nous tous deux sous votre cheminée Nous parler à notre aise, et faire tout de bon Ce qu'en termes bourgeois on nomme réveillon ?BRULELAVETTE
Autant que vous et plus je souhaite là chose : Je me vois encor fille, et n'en suis point la cause. Ma ch[ère] mère en tout temps combattit mon espoir ; Mais ô coup de fortune ! ô mon cher L_Échaudoir ! Cette mère si dure, en allant à la halle Pour l'emploi de porteuse où son nom se signale, A tombé sous le poids de sa hotte, et soudain Elle est morte en buvant un coup de sacré-chien.Sacré chien : Populairement, de l'eau-de-vie très forte. [L]
L'ÉCHAUDOIR
Vous pleurez, mon trognon ?L'ÉCHAUDOIR
Ah, Princesse, excusez : je croyais voir des larmes Obscurcir la beauté des attraits de vos charmes ; Mais vous ne pleurez pas, et cela me suffit : Il faut dans ce moment mettre tout à profit. Vous voila libre enfin ; vous n'avez plus de père, Et la mort du trépas enlève votre mère. Qu'attendez-vous ?BRULELAVETTE
Mais vous, mon cher L_Échaudoir, Vos parents voudront-ils que nous puissions nous voir ? Peut-être votre mère, en imitant la mienne, Va-t-elle me chasser comme une mendienne, Et votre père aussi.L'ÉCHAUDOIR
Doucement, jugez mieux ; En recherchant ma main connaissez mes aïeux. De ma mère, il est vrai, je crains quelque chicane ; Mais pour sortir d'affaire, il ne faut pas être âne, Et je ne le suis pas, soit dit sans vanité. À l'égard de mon père, il n'est rien d'arrêté ; On ne le connaît pas, et j'ai su de ma mère Que le premier venu pouvait être mon père.BRULELAVETTE
Ah Prince, à ce discours que mon coeur prend de part ! Dieux ! Serait-il bien vrai ? Quoi vous seriez bâtard ? On dit qu'ils sont heureux, et que tout leur prospère.L'ÉCHAUDOIR
Si l'on a du bonheur quand on n'a pas de père, Le plus heureux mortel vous était réservé.BRULELAVETTE
Où vîtes-vous le jour ?L'ÉCHAUDOIR
Je suis enfant trouvé.BRULELAVETTE
Avez-vous bien tété ?L'ÉCHAUDOIR
Ah ! Je vous le proteste : Ma nourrice jamais n'avait de lait de reste J'étais un gros goulu qui ne lui ne laissais rien, J'aimai toujours le lait.Goulu : Qui aime à manger, qui mange avec avidité. [L]
BRULELAVETTE
Seigneur, on le voit bien ; Vous en avez un reste empreint sur la figure, Qui fait voir qu'on vous a fait la bonne mesure.L'ÉCHAUDOIR
Princesse, vous flattez un trop heureux amant, Qui voudrait bien pouvoir vous en lâcher autant ; Mais pour des compliments je ne sais pas en faire.BRULELAVETTE
Pourquoi vous taisez-vous ?L'ÉCHAUDOIR
C'est que je dois me taire : Car qu'irais-je nommer pour louer vos appas ? Le monde en est instruit, chacun ne sait-il pas Que vous fûtes toujours sage à double couture ?BRULELAVETTE
Seigneur, si je vous plais, c'est un don dé nature, Je n'ai rien négligé pour atteindre à ce but.SCÈNE VI. L'Echaudoir, Brulelavette.
MONSIEUR POISSI, tenant un bâton à crosse avec quoi on amène les boeufs
Ho ! ho ! Suis-je trompé ? Non, c'est Brulelavette . Le Prince L_Échaudoir lui compte fleurette. Hola, Monsieur_Merlin, venez.L'ÉCHAUDOIR
Seigneur...BRULELAVETTE
Hélas !MONSIEUR POISSI
Monsieur Merlin.L'ÉCHAUDOIR
Oui, Seigneur, taisez-vous.SCÈNE DERNIÈRE. Dosdane, les précédents.
DOSDÂNE
Amis, rassurez-vous, Nous venons de porter les plus terribles coups. Sans chercher à détruire, on a su tout abattre : Boeuf_gras vient d'expirer.L'ÉCHAUDOIR
Quel est l'audacieux Qui lança sur Boeuf_gras un merlin furieux ? Cet honneur m'était dû.DOSDÂNE
Prince, on vous considère. Et chacun sait fort bien que c'était votre affaire ; Mais de ce même honneur un autre sot flatté.L'ÉCHAUDOIR
Quel est ce téméraire ?DOSDÂNE
Il doit être écouté.L'ÉCHAUDOIR
Qui ?DOSDÂNE
Oui, de Monsieur Merlin le bras victorieux Fera passer son nom à nos derniers neveux ; La paix régnait partout, et dans chaque écurie Vaches, veaux et moutons vivaient de compagnie. La poule et les poulets, le coq et les dindons, Tous d'un commun accord chantaient suivant leurs tons : Pluton notre gros chien ronflait tout à son aise, Et la chatte aux souris était à chercher noise : Tous enfin jouissaient de la tranquillité, Quand tout à coup Boeuf_gras paraît en liberté : Dans ce terrible instant d'un formidable câble Il venait de braver la grosseur effroyable : Les fers n'y faisant rien on l'avait garrotté, Mais tout le brise et cède à sa brutalité. Tel on voit au combat le taureau dans l'arène Lutter contre les chiens que sur lui l'on déchaîne Il est plus furieux, il est plus forcené Que s'il allait mourir tout caparaçonné. On se disperse, on fuit : les poules quatre à quatre Sur les murs des voisins volent et vont s'abattre. Le coq un peu trop vieux pour suivre ses amis, En voulant s'élever, va tomber dans le puits. La chatte par un trou quitte la souricière, Et pour fuir le danger va gagner la gouttière. Pluton en brave chien qu'on ne peut effrayer, S'enroue à pleine gorge à force d'aboyer ; À ses cris redoublés nos garçons se rassemblent ; On voit qu'ils ont du coeur, mais cependant ils tremblent : En face, à droite, à gauche, en arrière en un mot, Boeuf_gras était en garde, et ruait du sabot ; Mais fragiles efforts, son heure était venue : On ouvre brusquement la porte de la rue. C'était notre héros ; c'était Monsieur_Merlin, Paraissant avoir bu bien moins d'eau que de vin : Il entre ; et du fracas sans prendre l'épouvante, D'un regard assuré s'approche et se présente. Boeuf_gras aux yeux de qui Merlin était suspect, Le fixe d'un air doux, et rempli de respect. À ce prompt changement j'eus peine à le connaître C'est alors que je vis ce que peut l'oeil du Maître. Merlin a beaucoup lu de livres de combats, Comme Richard sans peur, Amadis, Fierabras, Et mille autres Zéros de la chronique bleue. Enfin il joint Boeuf_gras, le saisit par la queue, Et le fait reculer dans la porte : aussitôt Il enferme la queue en tirant le marteau, L'entortille dedans, et par là les ruades N'étaient d'aucun effet sur tous nos camarades. Le plus adroit d'entre_eux ôtant son tablier, En aveugle Boeuf_gras que cela fait plier. Merlin qui sut d'abord bien arrêter la porte, Va passer par une autre, et fait si bien en sorte Que Boeuf_gras ne pouvant marcher ni reculer, Tout à son aise enfin il pourra l'immoler. Ce que je dis fut fait, la victime était prête, La corde dans l'anneau faisait baisser la tête : « Mes amis, dit Merlin d'un air plein de grandeur, Je veux être aujourd'hui grand Sacrificateur, Du Prince L_Échaudoir c'est l'ordinaire office ; Mais voyez si je sais entrer en exercice. » Il frappe, et le Boeuf_gras tombe tout étourdi. Un second coup le rend encore plus ahuri : Un troisième l'accable, et d'un pas il recule ; Au quatrième enfin il ploie la rotule, Et tombe en présentant la gorge au fer vainqueur.À L'échaudoir.
Si vous ne m'en croyez, allez-y voir, Seigneur.MONSIEUR POISSI, a une voix très enrouée
Il est mort !DOSDÂNE
Tout est dit.DOSDÂNE
Ah ! Seigneur, arrêtez.MONSIEUR POISSI
J'en sois d'avis aussi ; Car je dois me trouver sur le soir à Poissy Où j'ai donné parole à deux de mes confrères.MONSIEUR POISSI
C'est bien dit ; mais je veux me venger de Merlin. Enfants, vous vous aimez , donnez-vous donc la main ; Merlin qui ne veut pas, enragera dans l'âme.BRULELAVETTE
Si L_Échaudoir le veut, Brulelavette est Dame.BRULELAVETTE
Prince, ne jurez pas.L'ÉCHAUDOIR
Et moi, je veux jurer, Et prouver que pour vous un tendre amour me touche : Un ventre, une tête, un mort n'ont rien qui l'effarouche.MONSIEUR POISSI
Bon, voilà ce qu'il faut ; Merlin va bien crier. Pour vous, Mon cher Dosdâne, en illustre étalier Gouvernez bien l'étal pour jusqu'à nouvel ordre : Dans peu Merlin aura bien du fil à retordre. Je vous établira : tout lui sera soufflé.DOSDÂNE
Seigneur, c'est un honneur dont je suis tout gonflé. Daignent les justes Dieux vous rendre le centuple : Pour moi je ne saurais vous offrir qu'un quadruple.MONSIEUR POISSI
Gardez votre abattis, Je vois votre bon coeur, et vous en remercie. Vous, Prince L_Échaudoir, aimes bien vos enfants, Dans trois mois au plus tard vous en aurez vivants. Vous, de la cuisinière écartez tout scrupule : Dosdâne, enseignez-leur à bien serrer la mule. Le cher Boeuf_gras est mort, ses malheurs sont réels, Mais qu'y faire, Messieurs, nous sommes tous mortels.Divertissement de garçons bouchers et de tripiers.
333 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica