Parodie en vers· Parodie de Zoroastre
Nostradamus
Représenté pour le première fois à la Foire Saint-Germain en 1756.
Personnages
- LAENSBERGH
- GAILLARDIN
- AIGREFINE
- FOLLETTE
- COLPORTEURS
- NOSTRADAMUS
- DE LA PIERRE
- BERGERS
- BERGÈRES
- ALIX
ACTE I
Le théâtre représente, la campagne du côté de l'Observatoire que l'on voit dans le fond.
SCÈNE PREMIÈRE. Laensbergh, Gaillardin.
GAILLARDIN
Air : Damon, calmez, votre colère.
Qu'elle nouvelle prophétie Vous brouille avec Nostradamus ? Qui de vous, fuit la jalousie ? Vos almanachs sont bien vendus : L'un et l'autre fait des merveilles. Qui sait lequel ment de vous deux ? Votre nom vole jusqu'aux Cieux : Il ne manque au fruit de vos veilles Que d'être d'accord.LAENSBERGH
Vois donc si j'ai tort.Air : Du haut en bas.
Du bas en haut, Il met toute l'année entière ? Du bas en haut. Il promet du froid pour du chauds Mais la faute la plus grossière, C'est qu'il a placé le tonnerre Du bas en haut.Air : Des trembleurs.
C'est pour en tirer vengeance Que dans ces lieux par avance Je te fais la confidence Du piège que je lui tends. Oui, je prétends satisfaire Les transports de ma colère ; Pour l'accabler je vais faire Et la pluie et le beau temps.GAILLARDIN
Air : Le Seigneur Turc a raison.
Je ressens au fond du coeur Des douceurs parfaites. On ne peut pour notre honneur, S'arranger mieux que vous faites.LAENSBERGH
Je connais un procureur, Capable dans sa fureur, D'assigner les planètes.Air : Je vous prêterai mon manchon, etc.
Tu dois servir mon stratagème : La gloire est commune entre nous. La nouvelle année, elle-même, Doit sentir le poids de nos coups. L'ingrate aussi s'arme contre mon style : Après l'avoir fait bissextile, Elle a changé Et dérangé Mon Méridien. Je fuis Mathématicien ; Mais je n'y comprends rien.GAILLARDIN
Air de Monsieur de Grimaudin.
Faisons pleuvoir à tasse pleine, Toute la nuit, Afin que demain on la prenne Au saut du lit : Et nous l'enfermerons soudain Dans mon château de Gaillardin.LAENSBERGH
Air : Voulez vous être heureux amants ?
La dernière année en ces lieux, Ce matin m'a donné parole.Il sort.
SCÈNE II. Laensbergh, Aigrefine.
LAENSBERGH
Air Des Fraises.
Ma chère vous connaissez L'embarras où nous sommes. Les astres mal dispersés, Verront les beaux jours passés Sans pommes, sans pommes, etc.AIGREFINE
Air : Cet Oracle est plus fur, etc.
Je sens comme vous nos alarmes. La nouvelle année a des charmes. Mais à mon tour il faut que je cède le pas. Ce qui me rassure et me venge, C'est que dans neuf mois on la change. Cet Oracle est plus sûr que celui de Calcas.Calcas : Personnage de L'Illiade de Homère. Il était l'oracle des Grecs. Voir Iphigénie de Jean Racine.
LAENSBERGH
Air Du Mirliton.
Nostradamus seul m'inspire Un jaloux ressentiment. En tous lieux il me déchire Et me prend apparemment Pour un mirmidon, Mirmidaine, Pour un mirmidon dondon.Mirmidons : ou Myrmidons. Peuple de Thessalie, que les Fables des Païens on dit être nez de fourmis, sur la prière du roi Jacus en fit à Jupiter, après que son royaume fut dépeuplé par la peste. Ce mot est venu en usage dans notre langue pour signifier un homme fort petit ou qui n'est capable d'aucune résistance. [L]
AIGREFINE
Air : Valet chez une fermière.
Jalouse de l'avantage Que ma rivale a sur moi, La haine me dicte sa loi. Qu'un astrologue est volage ! Nostradamus inconstant, Comble Follette de beau temps. Déjà le retour de Flore L'embellit et la décore L'hiver est au berniquet : La fleur s'empresse d'éclore Dans son joli jardinet.Berniquet : Qui ne se dit qu'en ces phrases proverbiales : envoyer quelqu'un au berniquet. Il est allé au berniquet ; pour dire qu'il est ruiné, qu'il a mal fait ses affaires. [F]
LAENSBERGH
Air De l'Anonyme.
Bientôt vous les verrez à mains jointes, Implorer en vain notre pitié. Mon compas eût toujours quatre pointes ; Partageons tous deux par la moitié. Pour servir dans l'occasion. Je vous laisse le porte-crayon. Bientôt vous les verrez à mains jointes, Implorer en vain notre pitié.ENSEMBLE
Air : Ziste, zeste, zon, zon, etc.
Par l'espoir mon âme entraînée, Aux soins ne se refuse plus : Vengeons-nous de Nostradamus, Et de toute l'année. Qu'il fasse du beau temps on non, N'approfondissons point le reste. Ziste, zeste, zon, zon zon, Moquons-nous du quand dira-t-on ?AIGREFINE
Air : Réveillez-vous, belle endormie.
Mais la nouvelle année avance Sur les pas des sots compliments, Et ne fait plus la différence Des ennemis et des parents.LAENSBERGH
Air : Vous m'entendez bien.
Évitons de fâcheux témoins, Qui pourraient nuire à tous nos soins. Je saurai la surprendre.SCÈNE III.
FOLLETTE, seule
Air : Dans ma cabane obscure.
Je ne suis plus la même, Depuis que dans ce lieu, Le seul objet que j'aime, Vint pour me dire adieu. Le Soleil m'importune, Quand je ne te vois plus : Reviens avant la Lune, Mon cher Nostradamus.Air : Votre cour, aimable Aurore.
Je n'entends plus sur la branche, Le chant des tendres oiseaux. Il a plu depuis Dimanche ; Pour mon amant quels travaux, S'il faut qu'il paye la planche, Pour passer les grands ruisseaux !Air : À quoi s'occupe Magdelon ?
Que l'année a peu de beaux jours ! Quand on espère sans cesse, Que l'année a peu de beaux jours ! Quand on espère toujours. Je ne puis passer les instants, Sans l'objet de ma tendresse, Je ne puis palier les instants. Sans dire de temps en temps, Que l'année a peu de beaux jours, La nuit annonce une éclipse de Soleil.Air : Voici les Dragons qui viennent.
Mais quelle éclipse à la ronde ! Non, rien n'est pareil. Que faut-il que je réponde ? J'ai promis à tout le monde, Un beau Soleil, un beau Soleil.SCÈNE IV. Follette, Aigrefine.
AIGREFINE
Air : Ciel ! L'Univers !
C'est trop longtemps épargner ma rivale : N'écoutons plus que mes transports jaloux. Qu'au moins la vengeance égale Le mépris qu'on fait de nous. Mais, je n'étale Que du courroux. Depuis plus de deux mois, J'en veux sans cesse À la traîtresse, Et je la laisse Jouir de mes droits.FOLLETTE
Air : Je viens devant vous.
Quel est mon forfait ? Et qu'ai-je fait ? Qui vous outrage ? Que puis-je sitôt ? Je ne suis encore qu'en maillot.AIGREFINE
C'est assez pour armer mon courage. On manque à tout âge. De Nostradamus N'espère plus Voir l'avantage. Il me pousse à bout : Mais je vais lui river son cloudFOLLETTE, à part
Air : Réformez ma musette.
O Ciel ! Prends sa défense, Tu connais sa science : Donne pour les combats, Le fil à son compas.Air De Joconde.
N'avez-vous pas eu votre tour Avec plus d'avantage ? Un Prince vient de voir le jour. Quel plus heureux partage. Si lorsqu'on reçoit cet honneur, Chacun nous porte envie : Je souhaite de tout mon coeur, Causer la jalousie.Naissance de Monseigneur le Duc de Berry.
AIGREFINE
Air De Monsieur de Casinas.
Perfide, il te sied bien de me braver ici. On est sûr de sa grâce, en s'excusant ainsi, Si je me plains de toi, c'est dans tes trahisons ; Que ne m'as-tu toujours donné de ces raisons ?Air : Entre l'Amour et la Raison.
Mais il n'est point dans ton logis, Jusqu'à votre servante Alix, Qui ne se mêle de médire Sur l'almanach de l'an passé. Si mon coeur paraît courroucé, Je crois que cela doit suffire.FOLLETTE
Air : L'occasion fait le larron.
Malgré l'orgueil de vos mathématiques, Nostradamus est bien au-dessus d'eux : Leur plus haut volv c'est l'appui des boutiques ; Le lien s'élève jusqu'aux Cieux.AIGREFINE
Air De Polichinel.
Me répondre avec cette audace ! Je dois m'en venger dès ce jour. On n'a pour moi que de la glace ; Je veux que tu gèlz à ton tour.Air : Ramonez-ci, etc.
Venez servir ma vengeance, Victimes de l'indigence, Que l'année offre au destin, Saisissez-la, Conduisez-la, Enfermez-la, Dans la cave à Gaillardin.SCÈNE V. Gaillardin, Choeur de Colporteurs, Follette, Aigrefine.
COLPORTEURS
Air : De la Turque.
Nous obéissons, Car la misère nous assomme, Nous obéissons, Et sommes pis que des démons. Nous ne vendons pas La valeur d'un coup de rogome, Nous ne vendons pas La moitié de nos almanachs. Et en, et en, et Enfin il est temps Que nous nous vengions, Car la misère nous assomme, Que nous nous vengions Nous sommes pis que des démons.AIGREFIN, aux Colporteurs
Enlevez-la toujours : Et fermez bien la porte. Sans fenêtre ni grille, Elle ne pourra pas Retrouver la béquille Du père Barnabas.Elle sort.
Le théâtre change et représente une place publique. On voit dans le fond, les dehors du château de Gaillardin.
SCÈNE VI.
NOSTRADAMUS, tenant une lunette d'approche
Air : Dans le bel âge.
De mon étoile, J'ai lieu d'être content. Tout se dévoile À mon art pénétrant. Qu'on apprenne en ces lieux Quel bon vent jusqu'aux Cieux, M'a conduit à la voile. Éblouissons les yeux De mon étoile.Air : Attendez-moi sous l'Orme.
Cependant quand j'y pense, Mon cour ne craint pas moins Que pendant mon absence On ait trahi mes foins. L'Année est bien folâtre Dans ses premiers désirs : On en est idolâtre Jusqu'aux derniers soupirs.De la Pierre fait claquer son fouet dans la coulisse.
SCÈNE VII. Nostradamus, De La Pierre.
DE LA PIERRE
C'est pour Nostradamus, Que je mets pied à terre. D'où diable viens-tu ? Depuis qu'on t'a vu, Une année est passée.NOSTRADAMUS
J'avais affaire aux Éléments : Et pour vouloir avec le temps, Faire entendre raison aux vents, J'ai la tête cassée. (bis)DE LA PIERRE
Air De tous les Capucins.
Le temps que tu fus chez Borée Fit du tort à ta chicorée. Mais j'ai le remède à tes maux. A ton honneur, le mein se borne. J'ai monté sur mes grands chevaux Pour combattre le Capricorne.Borée : Le vent du Nord. Il est du style poétique. [L]
DE LA PIERRE
Ne faisons point de tapage Et je te réponds du tout. Il faut déloger sans tambour ni trompette. Viens, et te jette Sur ma mazette. Courrons au plutôt Tirer du cachot, Notre innocente Follette.Mazette : ou masette. Petit cheval, ou cheval ruiné qu'on ne saaurait faire aller, ni avec le fouet, ni avec l'éperon. [F]
NOSTRADAMUS
Air : Ahi ! aji ! ahi ! Jeannette.
Que viens-tu m'apprendre là ? Ah ? Malheureuse planète ! Puis-je encore après cela, Fixer vers toi ma lunette. Ahi ! ahi ! ahi ! Ahi ! ahi ! ahi ! Follette, Follette, ahi ! ahi ! ahi !DE LA PIERRE
Air : Un inconnu.
Rassure-toi, je ferai ton affaire : Des ennemis, je saurai disposer. Leur ton sévère Va s'apaiser. Contre un bourgeois, ils pourraient s'opposer, Un Gentilhomme est un autre adversaire.NOSTRADAMUS
Air : Manon dormait.
Dans mon malheur, J'aurai trouvé main forte, Un Procureur Demeure à cette porte : Mais je n'ose ma foi...DE LA PIERRE
Pourquoi ? Pourquoi ?NOSTRADAMUS
Je n'ai pas un denier sur moi.DE LA PIERRE
Air : De Saint Cloud.
J'ai dans ma malle une échelle Pour sortir de l'embarras. Va te mettre en sentinelle : Bientôt je suivrai tes pas. Prends garde qu'on ne t'écoute. Aujourd'hui chez Gaillardin, Je veux t'ouvrir une route, Pour pouvoir goûter son vin.NOSTRADAMUS, l'embrassant
Air : De la Magnotte.
Pour reconnaître amplement, L'amitié qui te lie : Je ne veux pas seulement Te remplir de génie, Mais de ta pro, mais de la pro, Mais de la prophétie.DE LA PIERRE
Air Du Confiteor.
Sans intérêt je prends ces soins. Mais sortons car l'heure s'avance. Pour le machiniste du moins, Ayons un peu de complaisance. Pour mieux nous prêter au sujet, Attendons le coup de sifflet.Ils partent d'un côté, Nostradamus rentre seul de l'autre.
SCÈNE VIII.
SCÈNE IX. Nostradamus, De La Pierre.
DE LA PIERRE apporte une échelle de corde
Air Lafarira dondaine, gai !
Avec ce gradin y Je monte à la lune : Pour notre dessein, C'est une fortune.DE LA PIERRE
Air : Pour voir un peu comment ça fra.
Lâche l'échelle et la tiens bien ; Ce soupirail nous est utile.NOSTRADAMUS, lâchant l'échelle par le soupirail
Air : Enfants de Paris, etc.
Toi, qui cause tout mon souci, Es-tu là-bas ? Je suis ici. Follette ? Follette ?NOSTRADAMUS
Méconnais-tu la voix de ton amant ? Ma Follette, as-tu la berlue ? Vois cette échelle, et monte promptement.FOLLETTE
Je vous obéis de bon cour, Mon joli petit, mon petit joli, Mon joli petit protecteur.Elle sort par le soupirail.
SCÈNE X. Nostradamus, De la Pierre, Follette.
FOLLETTE
Air : Ah ! Maman, que je l'échappai belle !
Ah ! Pour le coup, je l'échappai belle ! Par votre secours, Je dois mes jours À cette échelle. Ah pour le coup je l'échappai belle ! Une heure plus tard, Les rats me prenaient pour du lard.NOSTRADAMUS
Air : Ça que je mette, etc.
Viens çà qu'on te mette, Charmante Follette, Viens çà qu'on te mette Plus en sûreté. De ta liberté, Tu nous dois la conquête. Viens çà, etc.FOLLETTE
Air : Sans le savoir.
Je ne reviens point de la crainte Que me cause ce labyrinthe. Si vous saviez comme il est noir Pour un instant, je vous en prie, Descendez, vous pourrez le voir.FOLLETTE, à Nostradamus en le caressant
Air : Pour passer doucement la vie.
Malgré l'excès de ma tristesse, Je parlais de vous nuit et jour.DE LA PIERRE
Air De Lustucru.
Oui d'une tendresse extrême, C'est une preuve en effet. Le mot de corne pourrait Renfermer plus d'une emblème : Mais si l'un de nous connaît, C'était Follette à merveille : Mais si l'un de nous connaît, C'était Follette au guichet.FOLLETTE
Air : Vous avez raison, la Plante.
J'aime assez qu'on me badine : Il est bon sur ce ton-là, larira.DE LA PIERRE
Sauvons-nous : c'est Aigrefine. M'attrapera qui pourra.De la Pierre s'enfuit en faisant claquer son fouet. Nostradamus et Follette le suivent.
SCÈNE XI. Laensbergh, Aigrefine, Les Colporteurs.
LES COLPORTEURS, ensemble
Air : tampons, tampons.
Voyons partout avec soin. (bis) Mais ils sont déjà bien loin. (bis) Quelque détour me les cache : Qu'à les trouver on s'attache. Cherchons, cherchons, Camarades, cherchons.Les Colporteurs sortent.
LAENSBERGH, à Aigrefine
Air : Nous autres, bons villageois.
Mais ne vous trompez-vous point ? Était-ce bien notre Follette ?AIGREFINE
Soyez d'accord sur ce point, Qu'on ne peut mieux voir sans lunette. Je n'eus pas besoin de chercher De quoi me les rapprocher. Comme j'ai vu tous les objets, On ne peut les voir de plus près.Bis.
Gaillardin rit avec éclat, en montant par le soupirail, une chandelle à la main.
LAENSBERGH, à Aigrefine
Air : Adieu paniers.
Cette joie est des plus parfaites, Mais n'a point de charmes pour moi.Apercevant Gaillardin appuyé sur le soupirail.
Mon cher Gaillardin est-ce toi ?GAILLARDIN, sortant du soupirail, riant
Adieu, paniers vendanges sont faites.SCÈNE XII. Laensbergh, Aigrefine, Gallardin.
GAILLARDIN
Air : Turelurelure flon flon.
J'ai trouvé le nid, Mais tout dégarni. On peut déloger de la sorte, Sans forcer ni fenêtre ni porte. Pour se tirer d'un mauvais pas. On trouve l'esprit qu'on n'a pas. Jeune fille avec des appas, Sait toujours sortir d'embarras, Turelurelure flon, flon, flon, Chacun à son tour et son allure.LAENSBERGH
Air : Des Pierrots.
Ah ! Que n'ai-je aperçu plutôt Cette ouverture ! J'aurais, je vous jure, Bien su prévenir le complot, Qui me fait passer pour un sot. Pour rendre la cave plus sûre, Je n'aurais point pris celle de devant : Et voilà comme, et voilà justement, Comme elle a son élargissement.AIGREFINE
Air : Pour héritage.
Dans sa retraite, Je ne m'en prends qu'à vous. Si la Follette Échappe à mon courroux, Vous, qui n'osiez Faire la sentinelle : Mais je prétends sur cette échelle, Que vous me vengiez.Air : Ma commère, quand je danse.
Je veux qu'en notre présence, Le feu n'en laisse plus rien. L'un, par ici, l'autre par là, La, la, la, la, la, la, la, la, la, la.Elle apporte l'échelle au milieu du théâtre, et y met le feu, en prenant Gaillardin d'un coté et Laensbergh de l'autre : ils dansent en rond.
LAENSBERGH
Air : Maman qu'est-ce qu'ils faisaient donc ?
Pour vous prouver combien je prends Intérêt à votre vengeance Des astres les plus malfaisants Je vais emprunter la puissance.AIGREFINE
Pour les démons, Je t'en réponds, Ainsi que des furies Les voisines des environs, Sont mes bonnes amies.Ils sortent.
Le théâtre change et représente comme au commencement de la pièce.
SCÈNE XIII. Nostradamus, Follette, bergers et bergères, qui se réjouissent du retour de la nouvelle année.
NOSTRADAMUS
Air : Mon père, aussi ma mère.
Tu vois, chère Follette, Ces Bergers te chérir, Et courir Au son de la musette ; Faire pour ton plaisir, Coussi, coussa, asterla, Les bons amis que voilà.Une bergère danse un berger chante.
UN BERGER
Air : Dan mes hameaux, la paix. etc.
On peint l'Amour dénué de es charmes, Quand on nous dit qu'il est trop dangereux. Tel qui nous croit épargner bien des larmes, Conduit nos pas vers les soins amoureux. Les yeux charmants d'un objet qu'on adore, Des plus beaux jours présente la clarté : Et l'année est toujours à son aurore, Quand on la passe auprès de la beauté.Le tonnerre et la grêle annoncent une orage ; les Bergers se sauvent.
NOSTRADAMUS
Air : Ne v'là t'il pas que j'aime !
Le temps se plaît à me trahir : Et le diable s'en mêle. C'est assez qu'on veuille sortir, Ne v'là-t-il pas qu'il grêle !Air : Tes beaux jeux, ma Nicole.
Il faut, chère Follette, Changer notre logis. Fais porter ta cassette Par ma servante Alix ; Va dans l'Observatoire, Goûter la liberté : Ici, je ne puis croire Tes jours en sûreté.FOLLETTE
Air : Je veux être son époux.
J'y consens quoiqu'à regret. C'en est fait, Je vais faire mon paquet : Oui, cher amant, je te quitte, Mais suis-moi tout au plus vite.Ils s'embrassent. Elle sort.
SCÈNE XIV.
NOSTRADAMUS, seul
Air : Quel voile importun, etc.
Quel fâcheux rival me gêne ! Ne puis-je, grands Dieux ! L'éclipser de ces lieux ? Mais, toi, l'objet de ma peine, Chère année, au moins Profite de mes soins Pour te rendre utile à la terre. Du Soleil je fixe le cours, Malgré les vents et le tonnerre, C'est moi, qui prends le soin de tes jours. Quel fâcheux, etc. Nostradamus t'ordonne De choisir un autre séjour : Tu nous inspire trop d'amour, Pour que l'on t'abandonne. Quel fâcheux, etc.FOLLETTE, derrière le Théâtre
Air : L'Amour me fait lon, lan, là.
La peur me fait lon, lan, là, La peur me fait mourir.NOSTRADAMUS
N'entends-je pas Follette, Dans ces lieux revenir ? Dans quel trouble me jette Ce nouveau déplaisir ?FOLLETTE, entre, soutenue par Alix
La peur me fait, etc.SCÈNE XV. Nostradamus, Follette, Alix.
NOSTRADAMUS
Air : La jeune bergère.
Quel sujet, ma chère, Vous a mis comme vous voilà ? Ma petite mère, Contez-moi çà.ALIX
Mais à la moutarde, Je vois que vous vous amusez : Plus le secours tarde, Plus vous l'exposez.Air : Sous un Ormeau.
Dans ce flacon, J'ai de quoi mettre à la raison Les plus obstinés. Avalez-en par le nez :Elle jette tout au visage de Follette.
T'nez. Il faut pour plus d'effet, Lui délasser un peu son corset. Mais elle ouvre les yeux.FOLLETTE
Air : Ah ! Je sens que je suit un peu mieux.
Je n'étais plus, Sans vous, mon cher Nostradamus, Mon cour s'éteignait, Et c'en était tout-à-fait Fait.NOSTRADAMUS
Air : Voilà la différence.
Je vous croyais loin d'ici ; Et j'allais partir aussi Voilà la ressemblance.ALIX
Oui, mais sur le grand chemin > On nous enleva fort bien : Voilà la différence.Air : Tout roule aujourd'hui dans le monde.
À peine le pas de la porte Était-il loin de nos talons, Qu'on nous arrête et qu'on nous porte, La tête dans nos cotillons. En vain on voudrait à la piste, Pouvoir nous suivre d'un peu près : Et sans un accident plus triste, C'était fait de nous pour jamais.Air : Voulez-vous savoir l'histoire, etc.
J'étions près de la rivière Et quasi dedans , Quand le cheval en colère, Prit le mort aux dents : Puis frappant contre une butte ; Près du parapet Je vis faire la culbute Au cabriolet.NOSTRADAMUS, à Folette
Air : Je ferai mon devoir.
Tombant avec nos ennemis, N'as-tu rien de démis ? (bis)ALIX
Air : La bonne aventure, ô gai ?
Chacun voyant le danger, Cherche à s'en exclure : Mais le sort pour vous venger , Les empêcha de nager.SCÈNE XVI. Nostradamus, Follette, Alix.
ALIX
Air : Va, va, Fanchon, J'irai en salle.
Ma foi, le temps est un bon diable, De nous protéger jusques là. Oh ne voit rien de plus affable Parmi les choeurs de l'Opéra.FOLLETTE
Air : Quand la mer rouge apparut.
Goûtons des amants heureux, Les flammes nouvelles. L'année est un jour pour eux, Quand ils font fidèles.DIVERTISSEMENT.
BALLET DES QUATRE SAISONS. L'Hiver une Ravaudeuse, un chaudron à la main. LE PRINTEMPS, une Bouquetière. L'ÉTÉ, un Savetier, un tranchet à la main au lieu de faucille. L'AUTOMNE, un Colporteur de chansons, jouant du violon ; ayant des bouteilles d'osier autour de lui, en forme de ceinture, pour faire boire tous ceux qui lui achètent.
563 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0