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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Monologue en vers· Monologue en vers

A Trois pas

Pierre Trimouillat· imprimée en 1886· 78 vers· 1 personnages

Personnages

  • UNE FEMME
Dédicace

À MADEMOISELLE OLGA WOHLBRUCK.

Tenir à trois pas de distance Tous les gens à qui vous plaisez, C'est cruel ! Pour que je vous tance Venez - à trois pas de distance... Tout le monde est en pénitence, J'en suis certain, si vous osez Tenir à trois pas de distance Tous les gens à qui vous plaisez...

P. T.

À TROIS PAS

[UN HOMME]

I

Être jeune, aimable et jolie, (Et c'est, je pense, un peu mon cas) Vous suscite bien des tracas. On est belle ... Est-ce qu'on l'oublie ? Mille faiseurs de compliments, Jeunes et vieux, laids ou charmants, Vous assiègent à tous moments ! Ce bruit, s'il faut être sincère, Est pour nous un mal nécessaire. Moi, je souffre tous les discours, Pleins d'esprit ou sots, longs ou courts ; Mais (au bon moyen j'ai recours) : J'entends qu'on soit, par convenance, À trois pas de distance.

II

À cette condition, certes, Tous peuvent m'exposer leurs voeux. Ces trois pas qu'entre nous je veux, J'en sais que cela déconcerte. Pourquoi donc ? Que désirent-ils ? Lancer de grands mots puérils, Régal des esprits peu subtils ? Eh bien, je livre sans défense Mes oreilles que rien n' offense ... Peut-être que ces amoureux, Trop dédaigneux des discours creux, Seraient de près fort dangereux, Tandis qu'ils sont sans importance À trois pas de distance.

III

Pourtant, quelquefois on rencontre Des gens pleins de sincérité Dont le coeur n'est point irrité De la rigueur que je leur montre. L'un d'entre eux, qui me plaît assez ... (Très grand, brun, vingt-six ans passés) Sans prendre d'airs embarrassés, A su très bien plaider sa cause. De notre mariage on cause... - Malgré son plaidoyer adroit, On se trompe fort si l'on croit Que je suis faible à son endroit : Je le tiens avec persistance À trois pas de distance.

IV

Du grand jour on est à la veille ; Aussi, monsieur fait le mutin . Ne voulait-il pas ce matin Me prendre un baiser ? - Mais je veille . - Oh ! disait-il, accordez-m'en Un seul ! Là-bas votre maman Est tout entière à son roman ... Au fond du salon votre père Lit son journal - fort long, j'espère

...

- Il était sur le point d'oser Prendre malgré moi ce baiser. Je dus, lasse de refuser, Tripler, malgré sa résistance, Les trois pas de distance !

V

On dit qu'après le mariage Le plus timide soupirant Devient un terrible tyran Auquel toujours céder est sage. S'il exige trop, cependant, Ne pas obéir est prudent. - Mais sachant quel amour ardent Celui :que j'épouse me voue, Pour lui tout seul je me dévoue

...

- J'aurai l'air, par distraction , De n'y pas faire attention, S'il n'est pas après l'union Tout à fait, devant l'assistance, À trois pas de distance...

78 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica