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Tragédie en vers· Ou les Malheurs Domestiques du Grand Constantin

La Mort de Chrispe

François Tristan l'Hermite· créée en 1644, imprimée en 1645· 5 actes· 1 676 vers· 8 personnages

Représenté pour la première fois en 1644.

Personnages

  • FAUSTE, femme de Constantin
  • CORNÉLIE, confidente de Fauste
  • CHRISPE, fils de Constantin, et beau-fils de Fauste
  • CONSTANTIN le Grand, Empereur
  • CONSTANCE, Fille de Licine, beau-frère de Constantin
  • LACTANCE, Précepteur de Chrispe
  • LÉONCE, domestique de Chrispe, et parent de Cornélie
  • PROBE, Capitaine des Gardes
MADAME,

À MADAME LA DUCHESSE DE CHAUNE.

Vous avez porté si hautement cet ouvrage de Théâtre, en l'honorant de votre vue et de votre estime, que sa réputation pourrait décroître s'il ne portait point votre nom. J'oserai donc vous le consacrer comme à l'astre qui présidant à sa naissance, lui a donné par une céleste impression tout ce qu'il a de plus agréable. Certainement, MADAME, s'il y a rien de délicat en cette Peinture, c'est seulement aux endroits que vous avez daigné retoucher : c'est aux lieux où j'ai suivi de plus près la justesse de vos pensées.

Il faut confesser que vos sentiments sont tous pleins de lumière et de magnificence ; et qu'il n'y a point de productions d'esprit si achevées, à qui vous ne pussiez donner des grâces nouvelles, s'il vous plaisait de les embellir. Pour moi, MADAME, dès l'instant que j'eus l'honneur de vous voir et de vous entendre parler, je me trouvai tout surpris à l'objet d'un si grand recueil de différentes beautés : je fus tout ébloui de l'éclat d'un si merveilleux Chef-d'oeuvre de la Nature. Et vous me fîtes juger favorablement de l'opinion de ces Philosophes qui veulent marier nécessairement la beauté de l'âme à celle du Corps : ne pouvant s'imaginer qu'un beau Palais ne loge toujours une belle hôtesse.

J'aperçus lors avec admiration les avantages que l'Esprit tire d'un beau sang, et quelles dispositions il reçoit de la perfection de ses organes.

En observant la grandeur de votre mérite, il m'eût été impossible de pouvoir douter de la grandeur de votre naissance ; il fut aisé de me persuader que vous sortez de ces grands héros dont le nom enrichit l'Histoire : de ces généreux Gaulois qui ne balançaient point à tirer l'épée contre le premier des Césars, et se trouvaient avoir assez de coeur pour vouloir défendre un coin de terre contre le Conquérant de tout le reste de l'Univers.

Ce furent ces beautés et ce grand éclat, MADAME, qui me firent en un moment mépriser pour votre service, ce que j'estimais auparavant plus que toutes choses. Cette liberté qui est si chère à tous les hommes, et sans qui toutes les douceurs de la vie deviennent amères.

Aussi, MADAME, vous étiez capable de me faire trouver de l'agrément dans une servitude plus contrainte. Je ne recevais pas en vous une Maîtresse pour l'autorité seulement ; j'en rencontrais encore une autre pour les belles connaissances et les excellentes qualités. Et servir de cette façon, était moins céder à la Fortune que ce n'était se soumettre à la Vertu. Je garderai donc le souvenir de cette aventure, MADAME, comme une faveur de mes destinées, et n'aurai jamais de qualité qui me soit plus chère que celle, MADAME,

De Votre très humble et très obéissant serviteur TRISTAN L'HERMITE

ARGUMENT DE LA PIÈCE

ARGUMENT DU PREMIER ACTE.

1. Fauste s'entretient avec ses pensées sur la forte inclination qu'elle a pour Chrispe, dont le mérite et la gloire ont fait une grande impression dans son coeur : mais la considération du crime qui se trouve en ses désirs, fait que la Honte ou la Vertu les étouffent dés leur naissance. 2. Cornelie la vient avertir de l'arrivée de ce jeune Prince, dont la visite la met en quelque désordre d'esprit. 3. Chrispe lui fait le récit d'une bataille qu'il a gagnée contre Licine ; et la conjure en suite de vouloir porter l'Esprit de Constantin à donner la paix à son Allié ; ce qu'elle promet d'entreprendre à sa prière, quoi qu'elle ait quelque pressentiment de l'amour que Chrispe a pour Constance.

ARGUMENT DU SECOND ACTE.

2. Fauste de qui l'âme est partagée entre le devoir et l'amour, ne sait pas bien quel parti prendre : encore qu'elle semble se déterminer à suivre es conseils de sa raison, et vouloir se ranger du côté de la Vertu. 2. Cornélie la vient assurer de la mutuelle affection de Chrispe et de Constance ce qui rallume le feu de sa secrète amour par une émotion de jalousie. 3. Chrispe amène Constance en l'appartement de Fauste, espérant que l'Imperatrice sera favorable à cette affligée à sa considération ; mais Fauste feint d'être malade pour ne les voir point. 4. Constance s'adresse à Constantin pour l'obliger à quelque trait de Clémence envers Licine son père, et ses larmes n'obtiennent qu'un refus. 5. Mais Chrispe fait un autre effort, et fait pencher l'Esprit de ce bon père à l'accommodement qu'il désire.

ARGUMENT DU TROISIÈME ACTE.

1. Constantin pressent ses malheurs domestiques par ce sinistres augures et de mauvais songes. 2. Dont Fauste hâte l'événement ; piquée de jalousie contre Constance. Elle agit auprès de l'Empereur pour l'entière perte de Licine, après avoir demandé grâce pour lui ; Constantin qui remarque des faiblesses d'esprit en ce changement de discours, laisse Fauste enragée d'avoir fait cet effort inutilement, 3. Chrispe l'aborde tandis qu'elle est en cette émotion, et sert d'objet à sa colère ; puis comme cette chaleur s'est exhalée en paroles, l'amour se rétablit en ressentiments ; et se voulant exprimer, en est empêché par l'honnête honte. 4. Cornélie en fait délicatement sentir quelque chose à ce Prince , qui ne pouvant se détourner d'aimer Constance pour cette considération. 5. Réduit sa belle-mère à prendre des conseils plus violents, pour lever tous les obstacles qui s'opposent à son désir.

ARGUMENT DU QUATRIÈME ACTE.

1. Fauste découvre à Constantin le mécontentement qu'elle a de voir Chrispe embarrassé d'amour pour Constance, lui représentant que cette alliance pourrait un jour causer la perte de sa maison, et se sert de tant d'artifices pour en exprimer les appréhensions et la douleur, que ce Prince se trouve attendri par ses larmes, et se sent forcé de lui donner espérance qu'il retirera sa parole. 2. Chrispe vient remercier Fauste du pardon qu'a reçu Licine, et du rétablissement de sa maison ; mais Fauste lui fait connaître impérieusement qu'elle a mis obstacle à ce trait de clémence, et rompu l'ouvrage que ses soins avaient avancé. 3. Constance persuadée que Constantin avait fait grâce à son Père, en vient faire des compliments à Fauste qui la traite avec tant de mépris et d'orgueil, que cette jeune Princesse piquée au vif de ces paroles, est portée à lui en dire d'autres qui la jettent dans une extrême fureur. 4. Elle fait achever de corrompre un serviteur de Chrispe pour lui faire empoisonner sa rivale.

ARGUMENT DU CINQUIÈME ACTE.

1. Fauste se réjouit dans l'attente de la perte de sa rivale qu'elle a envoyé empoisonner. 2. Constantin se plaint de l'aigreur dont elle a rebuté Chrispe, et comme elle s'en veut excuser. 3, Lactance et Probe viennent avertir Constantin du malheur qu'ont produit des gants empoisonnés apportés, à Constance. 4. Et tandis que l'Empereur va voir les deux amants qui sont morts, Fauste se fait raconter les particularités de cet accident ; et désespère de la mort de Chrispe, autant que piquée de jalousie pour Constance, fait résolution de mourir aussi. 5. Constantin troublé de la perte de son Fils, ordonne à Fauste de mourir ; ce qu'elle fait sur le champ, s'allant plonger dans une cuve pleine d eau chaude. 6. Constantin touché de la main de Dieu par ces malheurs domestiques, se délibère d'accomplir les voeux qu'il a faits en devenant chrétien. 7. Le récit de la mort de Fauste augmente encore ses déplaisirs et finit cette tragédie.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE.

FAUSTE

Doux cruels tyrans de mon âme insensée, Qui mettez, tant de trouble en ma triste pensée. Chères impressions qui causés ma douleur, Inimitables traits d'esprit et de valeur, Belle image de Chrispe où je vois tant de gloire, Ne t'émancipes plus d'errer en ma mémoire, Les lois de mon honneur t'en ont voulu bannir, Et mon chaste dessein ne t'y peut retenir. Sors idole charmante, abandonne la place, Le désir te retient mais la vertu te chasse, Et trouve avec raison mes sens bien effrontés De prendre tant de droit dessus mes volontés. Ma Raison doit sur eux agir comme une reine, Et ne consentir pas d'être mise à la chaîne : Quel serait son malheur s'il fallait que les sens La fissent soupirer sous de honteux liens ? Et que par leur rapport de soi-même ennemie Elle quittât la gloire et cherchât l'infamie ? Non, non, gardons-nous bien de faillir à ce point, Nos filtres sont trop beaux ne nous dégradons point. Ne revenez donc plus tragiques rêveries, Sans doute vous sortiez de l'esprit des furies, Du feu de leurs tisons je m'allais consumer, Car le flambeau d'amour ne pouvait l'allumer ; Que ne dois-je pas craindre, et qu'est-ce que j'espère Si j'ose aimer le Fils étant femme du père ? Quel crime à celui-ci se pourrait comparer ? En quels gouffres de maux serait-ce s'égarer ? Ce Prodige de mal tous les autres enserre, C'est la haine du Ciel et l'horreur de la Terre ; C'est le plus noir poison dont l'honneur soit tâché, C'est un monstre effroyable et non pas un péché. Mon âme toutefois est encore flattée De ces mêmes horreurs qui sont épouvantée : Je m'en sens tour à tour et brûler, et glacer, Et je ne les saurais ni souffrir ni chasser. Ô passion trop forte ! Ô loi trop rigoureuse ! J'ai trop de retenue et suis trop amoureuse ; Le devoir et l'amour avec trop de rigueur, S'appliquent à la fois à déchirer mon coeur : Je frémis tout ensemble et brûle pour ce crime, La raison me gourmande et mon amour m'opprime. Mais il faut noblement achever son destin, Il faut vivre et mourir femme de Constantin, Jusques dans le tombeau l'honneur et l'innocence Seront les Compagnons de la soeur de Maxance, Nul crime à ce beau sang ne se peut reprocher, Et j'aime mieux cent fois mourir que le tacher. Clair Soleil de mes yeux, délices de mon âme, Cher objet de mes soins, beau sujet de ma flamme, Pardonne, aimable Chrispe, à la sainte pudeur, S'il faut que je t'offense en perdant cette ardeur, C'est la sévérité qu'elle met en usage, Qui ne me permet pas de t'aimer davantage : C'est le cruel effort de fin rigoureux trait, Qui de mon coeur timide efface ton portrait ; Je renonce par force à tant d'aimables charmes, Et ne romps avec toi qu'avec beaucoup de larmes : Ma résolution me comble de douleurs, J'en appelle à témoin ces soupirs et ces pleurs : Cher Chrispe, de ces pleurs je te fais une offrande, Fauste ne peut te faire une faveur plus grande.

SCÈNE II. Cornélie, Fauste.

CORNÉLIE

Madame.

SCÈNE III. Fauste, Chrispe.

CHRISPE

Puisqu'il vous plaît, Madame, il faut vous obéir. Licine à la campagne exprimait tant d'audace, Qu'il en faisait trembler tous les monts de la Thrace : Tous ses fleuves étaient, ou taris ou troublés, Du nombre des soldats qu'il avait assemblés, La Grèce toute entière avec l'Esclavonie, Tous les peuples du Pont, tous ceux de l'Arménie, De mille Pavillons, et de mille étendards, Occupaient enfin son nom le domaine de Mars : Mais pour nous menacer d'un furieux orage, Il semblait que Mars même occupait son courage. Comme nous fûmes prêts de voir venir aux mains, Les Peuples d'Orient avecque les Romains, Je l'aperçus d'un haut excitant la tempête, Une plume touffue ondoyait sur sa tête, Et ses yeux qui brillaient sous un front assuré, Éclataient à l'envi de son armet doré : Sur un cheval superbe et beau par excellence, Qui s'emportait parfois d'une noble insolence ; Il allait donner l'ordre, et visiter les rangs De ce corps composé de cent corps différents ; Où la plus grande part qu'avait armé la crainte, Et qui n'obéissait qu'aux lois de la contrainte ; Fit assez, bonne mine au point qu'on se battit, Fit ferme quelque temps, et puis se démentit. Je ne vous dirai point comme les miens donnèrent, Ni quel fut le péril où nos Aigles volèrent. Cinq ou six cents drapeaux à l'abord emportés, Ont pu vous annoncer ces belles vérités. Vous avez, bien appris que par cette saillie Quasi tout l'Orient plia sous l'Italie : Et comme la fureur de nos premiers efforts Fit tomber devant nous cinquante mille morts ; Quand le reste pressé d'une honteuse envie Lâcha soudain le pied pour conserver sa vie. Licine cependant, accablé d'ennemis, Fut vaincu seulement, et ne fut point soumis ; Il rallia vingt fois quelque cavalerie, Et revint au combat avec tant de furie, Qu'il eut sur notre camp renversé le malheur S'il eut sur la puissance égale à la valeur. De même qu'un lion que vingt chasseurs talonnent, Et que le bruit des chiens et des trompes qui sonnent Menacent hautement d'un assuré trépas, Regagne la forêt, mais c'est au petit pas ; Tourne souvent la tête, et fait voir sur sa trace Que sa crainte est petite au prix de son audace. Ainsi ce grand guerrier des siens abandonné, Se sauva devant nous, mais sans être étonné, Tournant parfois un front où l'audace portraite De quelque illustre coup honorait sa retraite : Il menaçait encore, et bravait les Romains Comme s'il eut tenu la Palme entre les mains ; Il était aussi fier en sauvant sa personne Que s'il eut de mon père enlevé la couronne/ De moi, je fus touché de voir tant de valeur, J'en goûtai la victoire avec quelque douleur, Et bien qu'intéressé dans la gloire de Rome, J'eus un peu de regret de perdre un si grand homme, Je poussai jusqu'à lui de peur qu'on l'enlevât, Et lui donnai du temps afin qu'il se sauvât.

Armet : casque, ou habillement de tête. (...) Pasquier dit que ce mot n'est venu en usage que sous François Ier. [F]

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE.

FAUSTE

Fauste, à quoi te résoudras-tu ? Entre l'amour et la vertu Qui tiennent aujourd'hui ton âme balancée ? Déjà la crainte et le désir Font des lignes dans ta pensée ; Il faut laisser ou prendre, il est temps de choisir. Je vois l'Honneur qui d'un côté Monstre sa sévère beauté ; L'Amour paraît de l'autre entouré de délices ; Et la guirlande qu'il me tend Éclate sur des précipices, Mais mon âme est encline où le péril est grand. Aimable chef-d'oeuvre des cieux, Chères délices de mes yeux, Et dont la triste absence est l'Enfer de mon âme ; Chrispe, dois-je manquer de foi, Et devenir toute de flamme Pour celui qui paraît tout de glace pour moi ? Fauste, dans quel excès ton amour te transporte, Ne dois-tu pas rougir de parler de la sorte ? C'est trop t'émanciper, c'est trop ; mais pour le moins Ces licences d'amour s'expriment sans témoins, Ce n'est qu'à mes pensers seulement que je m'ouvre : « Le Ciel voit nos pensers, et parfois les découvre. Le Ciel est indulgent aux crimes amoureux ; Souvent des Criminels il fait des malheureux. Quel crime en ces pensers si je cache ma flamme ? Toute l'horreur du crime a sa source dans l'âme. Est-ce un crime d'aimer où l'on voit tant d'appas ? C'est enfreindre la loi qui ne le permet pas. Mais si nous le voulons les lois nous sont sujettes : Mais nous en dépendons, car les Dieux les ont faites. » Si faut-il succomber sous un si doux poison, Il vaut mieux sur ses sens élever sa raison ; Le souhait en est doux, la honte en est sensible ; Quittons donc ces desseins ; mais il m'est impossible. Ô que de sentiments l'un à l'autre opposés ! Que de pensers de glace et de traits embrasés ! Que Junon la Nocière est pour moi rigoureuse ; Et pour tout dire, enfin, que je suis malheureuse. Qu'il en puisse arriver ce que le Ciel voudra, Au moins rien de honteux ne nous diffamera, Nous n'aurons qu'un désir qui sera légitime, Quand l'amour est honnête, aimer n'est pas un crime. J'aimerai les appas dont il est revêtu, Comme un esprit bien né peut aimer la Vertu ; Mes feux se garderont d'offenser la Nature, Ma flamme sera grande et se maintiendra pure.

Penser : nom masculin au XVIIème pour « pensée ».

SCENE II. Faust, Cornelie.

SCÈNE III. Chrispe, Constance.

CHRISPE

Je vous le jure encore, ô ma belle parente, Que je raffermirai votre fortune errante, Que je vaincrai des miens l'implacable courroux, Ou que j'aurai l'honneur de mourir près de vous. Essuyez donc ces pleurs dont la course ravage Les roses et les lys de votre beau visage ; Et de votre penser chassez les déplaisirs Qui font entrecouper votre voix de soupirs ; Suspendez la douleur qui vous tient abattue, Donnez quelque relâche à l'ennui qui vous tue, Armez-vous un moment de résolution, Soyez toute Constance en cette occasion. Je confesse que Fauste a l'humeur trop altière, Qu'en tous ses sentiments elle est assez entière, St même qu'en celui qu'elle m'a témoigné À la presser beaucoup, j'aurais fort peu gagné. C'est pourquoi lui contant l'aventure importune, Qui confondit ma gloire avec votre infortune ; J'ai couvert mon amour du titre d'amitié, J'ai déguisé ses traits des traits de la pitié, Et n'ai pas témoigné qu'ayant causé vos larmes, Je fusse au désespoir du bonheur de mes armes ; Ou j'en ai fait connaître un regret apparent, Non comme un serviteur, mais bien comme un parent ; Enfin sur ce discours je l'ai bien flattée Qu'à vous favoriser elle est toute portée, Et votre esprit craintif ne doit point redouter De l'aller voir encor pour l'en solliciter : Croyez, que j'ai rendu cette entrevue aisée, Elle est à vous servir à peu près disposée, Et nous mettrons bientôt la chose au dernier point.

Fortune : Terme du polythéisme gréco-romain. Divinité qui présidait aux hasards de la vie. Le temple de la Fortune. Les anciens représentaient la Fortune sous forme d'une femme, tantôt assise et tantôt debout, ayant un gouvernail, avec une roue à côté d'elle, pour marquer son inconstance, et tenant dans sa main une corne d'abondance. [L]

SCÈNE IV. Constance, Chrispe, Cornélie.

CORNÉLIE

Seigneur, l'Impératrice au Cabinet repose ; Un grand mal sur le champ vient de la travailler.

Cabinet : Le lieu le plus retiré dans le plus bel appartement des Palais, des grandes maisons. Signifie aussi une pièce d'appartement, où l'on étudie, où l'on se séquestre du reste du monde, et où l'on serre ce qu'on a de plus précieux. [F]

SCÈNE V. Constance, Chrispe.

SCÈNE VI. Constance, Constantin, Chrispe.

CONSTANCE

Nos importunités, plaisent aux Immortels Lorsque nos voeux pressants assiègent leurs autels ; Parce que cet effort marquant notre espérance, Honore leurs bontés et leur toute-puissance : Et fait voir clairement que pour avoir du bien Nous avons besoin d'eux qui n'ont besoin de rien. J'espère aussi, Seigneur, que dans mes infortunes, Mes plaintes aujourd'hui vous sont moins importunes ; À vous qui sans pareil gouvernés sous les cieux, Et marchez ici bas au premier rang des Dieux. À qui plus justement faut-il que l'on s'adresse Lorsqu'on est accablé de mal ou de tristesse, Qu'à celui qui partout fait respecter ses lois Et s'est rendu le maître et l'arbitre des rois ? Votre rare bonté peut ici toute entière Travailler sur le fonds d'une illustre matière ; Sur un noble tissu, dont un cruel malheur A troublé l'ordonnance et terni la couleur. Il est juste, Seigneur, que vous goûtiez la joie, De rétablir des jours filés d'or et de soie, Et qu'oubliant enfin tout ce qui s'est passé Vous redressiez vous-même un trône renversé. Changez, par vos bontés un destin si funeste, Le plaisir de bien faire est un plaisir céleste ; Et celui d'excuser lorsque l'on peut punir, De rendre des États qu'on pourrait retenir, Et libéralement remettre une couronne, C'est de ces grands effets dont l'Univers s'étonne : Et la Félicité d'un spectacle si doux Ne peut jamais venir que des Dieux et de vous. Écoutez une soeur qui vos bontés réclame, Et qui vous en conjure avant que rendre l'âme ; Elle que ses ennuis, ou la fin du malheur S'en vont faire mourir de joie ou de douleur.

SCÈNE VIII. Constantin, Chrispe.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Constantin, Lactance.

CONSTANTIN

Il m'a semblé la nuit qu'achevant la campagne Encor tout fatigué des exploits d'Allemagne, Je voulais reposer dessus des gazons verts Durant le plus grand chaud en des lieux découverts, Et qu'une aigle royale, si belle, et glorieuse, Qui suivait des Romains l'aigle victorieuse, S'opposant au Soleil, venait tout à propos Ajuster en ce temps son vol à mon repos : Planait dessus ma tête, et d'un égal ombrage De la chaleur du jour défendait mon visage. Au gré de mes désirs, l'oiseau parfois baissait, Et du vent de son aile il me rafraîchissait ; Chassait loin de ce lieu d'importunes corneilles Qui venaient pour blesser mes yeux ou mes oreilles : Et bref avec ardeur prenait autour de moi Les soins d'un serviteur ardent et plein de foi. Sa beauté me plaisait, j'aimais ses bons offices, C'était mon passe-temps et mes chères délices, Et tous mes courtisans disaient pour me flatter, Qu'il semblait près de moi l'aigle de Jupiter. Lorsqu'un sale vautour ami de la voirie, Sur ce noble animal descendant de furie Par un dépit jaloux à sa perte animé L'a fait choir à mes pieds d'un bec envenimé : J'ai vu l'oiseau sanglant mourir sur l'herbe verte, Et d'un trait décoché j'en ai vengé la perte : Son ennemi cruel mourant auprès de lui, Allégea ma colère, et non pas mon ennui ; Car ce cher animal qui n'a point de semblable, Laissa de son malheur mon âme inconsolable ; J'en répandis des pleurs, j'en poussai des soupirs, Et vins à m'éveiller dans ces grands déplaisirs.

LACTANCE

Ce songe est effroyable, et j'en ai fait un autre D'aussi mauvais présage, et qui répond au vôtre : Chrispe sans doute est l'aigle ardente à vous servir, Et quelque grand malheur s'en va nous le ravir, Si la bonté du ciel ou l'humaine prudence , Ne font passer ailleurs la maligne influence ; Devers le point du jour, dans un profond repos Ce Prince ma paru, je l'ai vu les yeux clos, Et mon timide esprit troublé d'une ombre vaine A cru que tous mes sens prenaient part a sa peine : J'ai senti les glaçons qui saisissaient son corps, J'ai vu son teint tout pâle et ses yeux demi morts ; Et parmi cet horreur à nul autre pareille, Sa languissante voix a frappé mon oreille. Lactance, m'a-t-il dit, jetant les yeux sur moi, J'éprouve les rigueurs d'une cruelle loi : Le violent excès d'une effroyable rage Précipite mes jours en l'avril de mon âge. De grâce, vois mon Père, et le vas avertir Que mon âme l'appelle avant que de partir, Et pour l'affection qu'il m'a toujours gardée, Cherche sa main royale et la baise en idée. À ces mots, son esprit de son corps est sorti, Et dans le vif regret que j'en ai ressenti, L'abondance des pleurs roulant sur mon visage A fait évanouir cette funeste image. Je me suis éveillé tout ému de douleurs, Le sein gros de soupirs, et tout trempé de pleurs ; Et dessus mon chevet à paupières décloses, J'ai longtemps contemplé l'inconstance des choses ; Médité sur mon songe, et promené mes yeux Sur l'instabilité qu'on trouve sous les Cieux, Où la plus belle vie et la mieux attachée, D'un prompt coup de ciseau je voit souvent tranchée. Seigneur, c'est votre image et votre digne appui, Veillez, sur son salut, et prenez garde à lui : Conservez, ce héros qui marchant sur vos traces. N'a son doux élément que dans vos bonnes grâces.

SCÈNE II. Fauste, Constantin.

SCÈNE III. Fauste, Cornélie.

SCÈNE IV. Fauste, Chrispe, Cornélie.

CHRISPE

À quoi ?

CORNÉLIE

Madame.

SCÈNE V. Cornélie, Chrispe.

CORNÉLIE

Seigneur...

SCÈNE VI. Cornélie, Fauste.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Constantin, Fauste.

SCÈNE II. Chrispe, Fauste.

CHRISPE

L'Honneur plégeant sa foi, m'assure sur ce point.

Pléger : Cautionner en justice, répondre pour quelqu'un, et s'obliger de payer le jugé.

CORNÉLIE

En vous parlant, Madame, il semblait tout transi.

Dans l'édition originale Cornélie n'est pas dans la liste des personnage en tête de la scène.

SCÈNE III. Constance, Fauste.

FAUSTE

Enfin quoi qu'il en soit, Constance n'est point née Pour prétendre avec Chrispe au lien d'Hymenée ; Nous ne souffrirons point qu'il soit fait son époux.

Hyménée : divinité fabuleuse des païens, qu'ils croient présider aux mariage. (...) signifie aussi poétiquement le mariage. [F]

FAUSTE

À son dam s'il vous aime, interdit de le faire.

Dam : En langage ordinaire, signifiait autrefois, perte et dommages, et n'est plus en usage qu'en cette phrase : s'il lui arrive du mal à son dam, pour dire ce sera lui qui en souffrira le dommage. [F]

CORNÉLIE

Madame.

FAUSTE

Ce n'est rien, allez qu'on se retire. Connaissant Constantin et sa mauvaise humeur, Il ne faut pas ici faire de la rumeur ; Et n'ayant peu parer une atteinte si rude, Il vaut mieux ménager ma rage avec étude, Dévorer mon dépit, et me plaindre tout bas, Que d'éclater plus haut et ne me venger pas. À moi Constance ? À moi ? Me parler de la sorte ? En aurions-nous raison quand elle serait morte ? Pour rendre un si grand coup mon bras est trop léger, Je pourrai la détruire, et non pas me venger. Mais Chrispe est tout ici, cette jeune indiscrète De ses noirs sentiment n'est rien que l'interprète. Cet ingrat, il me joue, et bravant mon crédit, L'avoue absolument de ce qu'elle m'a dit. Quoi Chrispe rira donc avec cette effrontée Du plaisir qu'elle a pris à m'avoir irritée ? Il se vantera donc près d'elle chaque jour Des traits dont son mépris a payé mon amour ? Ma défense inutile et ma vaine furie Pourront entrer encore en cette raillerie ? Ah ! Je veux bien parer un si sensible affront, J'ai le bras assez fort pour garantir mon front, Et je vais m'employer de toute ma puissance Pour faire avant ma honte éclater ma vengeance. Il faut bien que le fer, la flamme ou le poison, D'un mépris si sanglant me fassent la raison. Pour les presser d'agir, dès cette heure je donne Le plus beau diamant qui brille en ma couronne. Plutôt que cette amour m'offense impunément, Je veux perdre à la fois et l'amante, et l'amant. Chrispe, il te souviendra de m'avoir offensée, Ta sentence mortelle est déjà prononcée, Et le désir pétille en mon cour dépité Que ce sanglant arrêt ne soit exécuté. Oui Chrispe, c'en est fait, et tes jeunes années Par mon juste courroux se verront terminées : Pour le soulagement de ma vive douleur Je vais faire passer la faux sur cette fleur. Il faut que ma vengeance en ta perte médite Sur ce que fait un corps lorsque l'âme le quitte ; Et les convulsions qu'on lui voit ressentir Quand la bouche dispute à la laisser sortir. Avec attention je te verrai, perfide, Devenir pâle et froid sans avoir l'oeil humide : Et verrai sans regret en ce dernier effort Passer dedans tes yeux les ombres de la mort. Mais où va ma fureur ? Arrête ma colère, Peux-tu bien outrager une chose si chère ? Détournons de ce couple nos mains, et nos yeux, Car c'est un attentat qui blesserait les Dieux ; Fauste, à quoi te portait ta furieuse envie ? Ces voeux vindicatifs attentaient sur ta vie, Et ta soudaine mort bornerait le plaisir Que ton dépit cruel propose à ton désir. Tu te verrais surprise, et dans cette disgrâce Ta plus brûlante ardeur se changerait en glace. Ne fais rien qui t'oblige à de grandes douleurs, Et préviens sagement tes soupirs et tes pleurs. Quoi que Chrispe t'offense, il peut vivre sans crainte, Tu ne pourrais blesser une chose si sainte ; Il est inviolable à ton ressentiment, Il aura part au crime, et non châtiment Et lorsque tu pourrais d'un éclat de tempête Perdre tout l'univers, il sauverait sa tête Je consens qu'un héros le plus grand des humains Au fort de mon courroux me désarme les mains ; Il nous plaît de sauver un complice du crime, Nous nous contenterons d'une seule victime ; Constance par son sang pourra désaltérer Cette brûlante soif qui nous fait soupirer. Mais par où m'y prendrai-je ? Et que faudra-t-il faire Pour ouvrir cette source à mon bien nécessaire Sans qu'elle fasse bruit, et qu'un peuple mutin Aigrisse contre moi l'esprit de Constantin ? Ouvre-toi mon esprit cherche, invente et t'emploie Pour bâtir sur ce plan le comble de ma joie : Fais que dans ce débris mon nom soit conservé, Conduis bien cet ouvrage et le rends achevé. En voici le secret, j'en ai trouvé l'adresse : Je surprendrai l'amant, il perdra sa maîtresse, Elle, à ce serviteur que je lui ravirai, Imputera les maux dont je la comblerai : Je porterai Confiance à mourir enragée, On ne la verra plus, et je serai vengée. Ah ! Serpent dangereux qui t'oses prendre à moi ? Tu t'émancipes trop, ta mort en fera foi : Tu te repentiras de l'air dont tu me traites, Tu crèveras bientôt du venin que tu jettes. Filles !

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Léonce, Cornelie.

CORNÉLIE

Léonce sen ce discours dépourvu de Science, On voit que la jeunesse a peu d'expérience, Et qu'en ton âge encor nos esprits innocents Suivent avec erreur le conseil de nos sens. Selon les yeux du peuple, et son grossier langage, C'est un soleil levant qu'un Prince de cet âge : Mais comme tous les jours nous voyons arriver Ces Soleils dont parfois longtemps à se lever. Et quelquefois encor tous brillants de lumière, On les voit éclipser entrants dans la carrière, Chrispe est brave et bienfait, mais on voit qu'aujourd'hui Il prend beaucoup de peine à travailler pour lui ; Qu'il coulera du temps avant qu'il s'établisse, Et qu'il puisse agrandir ceux qui lui font service. Constantin prise fort ses exploits triomphants, Mais il sait bien aussi qu'il a d'autres enfants D'une aimable Princesse ; illustre pour la race, Digne pour la vertu, charmante pour la grâce ; Qui peut plus de beaucoup que ce jeune vainqueur, Ayant absolument son oreille, et son cour. Pour acquérir des biens et de l'honneur encore, Ce n'est pas Constantin, c'est Fauste qu'on adore ; Les charges, les emplois, et le bien et le mal Passent par cette main, coulent par ce canal : Elle verse aux sujets de ce puissant Empire Ce qu'ils ont de meilleur, et ce qu'ils ont de pire. La source est à chercher plutôt que les ruisseaux, Il faut se prendre à l'arbre, et non pas aux rameaux ; Surtout, quand à nos yeux la fortune se montre, Il faut soudain tirer profit de sa rencontre : Et qui n'est pas habile à la prendre aux cheveux, Après l'occasion fait d'inutiles voeux.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

FAUSTE, seule

Tandis qu'a te venger un Ministre s'emploie, Élargis-toi mon coeur, et nage dans la joie ; Goûtons avec plaisir ce mets délicieux Dont la délicatesse est réservée aux Dieux. Nous sommes leurs enfants, et leur grâce équitable Permet que nous prenions un morceau de leur table, En cette occasion nous en pourrons goûter Sans que jamais à crime on le puisse imputer. En m'osant offenser Constance s'est perdue, La mort quelle reçoit est une peine due, Ma violence est juste et n'a rien d'inhumain, Elle dicte l'arrêt la balance à la main. J'ai dû donner ce coup à cet objet de haine, Afin que de son crime elle portât la peine. Que peut dire cet âge, ou la postérité, Sinon quelle a reçu ce qu'elle a mérité : Et que ce grand exemple empêchera l'audace Qui du pouvoir suprême excite la menace ? Si Constantin se plaint, nous nous plaindrons aussi, C'est possible déjà ce qui l'amène ici.

SCÈNE II. Constantin, Fauste.

SCÈNE III. Constantin, Fauste, Lactance, Un capitaine des gardes.

SCÈNE IV. Fauste, Capitaine des gardes.

CAPITAINE DES GARDES

Prenant aussi les gants les a sentis de même : Et comme si jamais il ne les avait vus, A loué la beauté dont ils étaient pourvus. Puis comme tout_à_coup éprouvant leur puissance, En les jetant par terre, il dit à Constance : « D'où viennent donc ces gants ? Qui vous les a donnés ? Ah ! Ne les sentez plus, ils sont empoisonnés, Une vapeur maligne en ma tête est montée, Ô Cieux ! Déjà ma vue en est débilitée : Et déjà le venin dont je me sens surpris, D'un effort violent attaque mes esprits. » Lors faible et sans couleur, Constance a fait réponse, « Ce sont des gants, Seigneur, que m'a donné Léonce : Et c'est de votre part qu'il me les a rendus. » Là le Prince a repris : « Ah nous sommes perdus ! En ce prompt accident, vous pouvez bien connaître Que quelqu'un pour nous perdre a su gagner ce traître : Tout ce qu'en ce malheur je rencontre de doux, C'est que j'aurai l'honneur de mourir prés de vous. Plut au Ciel que la rage en ce coup témoignée, M'eut attaqué tout seul et vous eut épargnée : Vous voyant éviter un trait si rigoureux, Expirant à vos pieds, je mourrais trop heureux : Je me contenterais seulement de la gloire De pouvoir à jamais vivre en votre mémoire, Nous resterons unis, encor que séparés, Mais vous ne parlez plus je meurs et vous mourez. » La Princesse abattue à ce discours funeste, A dit encor : « Croyez... » sans achever le reste. À ce mot en mourant ils se sont embrassés : Pour marque du poison...

FAUSTE

Tu m'en as trop appris, n'en dis pas davantage : Je fuis sur ce récit trop tendre de moitié, Il m'aurait bien suffi d'en ouï la moitié : De grâce laisse-moi dans l'humeur sombre et noire. Où me vient de plonger cette funeste histoire : Heureuse dans l'excès des plus cuisants malheurs, Si j'ai la liberté des soupirs et des pleurs. Ah Fauste misérable ! Ah Fauste infortunée ! Quel tissu de malheur forme ta destinée ? Qu'est-ce que contre toi de violence épris, Tous les Dieux conjurés pourraient faire de pis ? Lorsque tu fais périr une âme criminelle Tous tes contentements périssent avec elle, Et tout ce que tes yeux connaissent de plus beau, Avec leur seul horreur passent dans le tombeau, Ô Destins ! Ô Venins ! Ô Mort ! Ô Violence ! Que ne laissiez-vous Chrispe en enlevant Constance. Ô colère funeste ! Aveuglement fatal, Qui n'a pu séparer le bien d'avec le mal, Et qui de tout mon bien par une erreur étrange, Fait avec tout mon mal un si triste mélange ! Quoi si je lance un trait, ô rigoureuse loi ! Pour me percer le coeur il réfléchit sur moi : Par ce funeste trait qui ne m'a point vengée, J'ai servi ma rivale et me suis outragée. Constance a de ce mal, retiré mille biens, Chrispe a fermé ses yeux, elle a fermé les siens, Et serrant les liens dont Amour les assemble, Ils ont fait leurs adieux et sont partis ensemble. Pour rendre mon dépit et plus juste et plus grand, On les a vus encor s'embrasser en mourant : En un sang qui se glace ils conservent des flammes, Leurs corps restent unis aussi bien que leurs âmes ; La Mort ne défait pas ce que l'amour a joint, Ils quittent la lumière et ne se quittent point :\ Chrispe baise en mourant Constance qui l'adore, Ils n'ont plus de chaleur et s'ils brûlent encore : Leur dessein continue delà du trépas. Et dans leur cour éteint leur amour ne l'est pas. Ah Constance ! C'est trop traverser mon envie, Ta mort pour me déplaire enchérit sur ta vie : Mais en dépit du Ciel, de l'amour et du sort, Je m'en veux ressentir encore après ta mort, Je te veux suivre encore, et chercher une voie Pour rompre tes plaisirs et traverser ta joie, Je veux troubler encor ton amoureux dessein, Te porter des flambeaux et des fers dans et sein : Et m'opposant là-bas à ton idolâtrie : Au milieu des damnés, te servir de furie.

SCÈNE V. Cornélie, Fauste.

CORNÉLIE

Rassurez-vous, Madame, et calmez vos esprits, Le fidèle Léonce a failli d'être pris : Mais ce bon serviteur s'est lancé dam le Tibre Pour garder le secret et pouvoir mourir libre : On ne l'a point revu sur la face de l'eau, Et du sein de ce fleuve il a fait son tombeau. Puisque ses yeux sont clos, si vous fermez la bouche, En ce grand accident il n'est rien qui vous touche, Vous pourrez tout nier avecque sûreté.

Tibre : Fleuve célèbre d'Italie, naît dans les Appenins, en Toscane, (...) coule généralement au Sud, arrose la Toscane, la territoire romain, baigne Rome et Ostie (...) et se jette dans la Mer Tyrrénienne sous Ostie par deux bras, après un cours d'environ 370 Km. [B]

SCÈNE VI. Constantin, Fauste, Probe.

CONSTANTIN

Ah perfide !

SCÈNE VII. Constantin, Probe.

1 676 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica