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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Osman

François Tristan l'Hermite· créée en 1646, imprimée en 1656· 5 actes· 1 608 vers· 11 personnages

Personnages

  • LA SULTANE
  • FATIME, esclave de la Sultane Soeur
  • LÉONTINE, esclave de la Sultane Soeur
  • OSMAN, Empereur
  • LA FILLE du MUFTI
  • SELIM, Bassa
  • MAMUD, Bassa
  • ORCAN, Bassa
  • LODIA, Précepteur d'Osman
  • UN CAPIGI, ou Huissier de la Porte
  • Des JANISSAIRES
MONSEIGNEUR,

MONSEIGNEUR LE COMTE DE BUSSY, LIEUTENANT GÉNÉRAL des Armées du Roi, Maître de Camp Général de la Cavalerie Française et étrangère, etc.

Alors que je me suis proposé de mettre sous votre protection cette dernière Tragédie de feu Monsieur Tristan, je n'ai fait après sa Mort, que ce qu'il avait dessein de faire pendant sa vie. Ma bonne fortune, qui me fit autrefois avoir quelque part dans sa confidence, me rendit le témoin de son estime pour votre Mérite et de son inclination pour votre Personne : je sais qu'il a toujours fait comme son intérêt propre de votre gloire ; et qu'il a sans cesse contribué ses louanges à votre réputation ; et ses souhaits à votre prospérité. Si cet Homme inimitable n'avait pas encore cessé de vivre, il ne manquerait point ici de vous assurer avec un style doux et pompeux, que si vous souffrez que votre nom défende cet ouvrage, il n'aura point à craindre dans le Monde les Monstres que ses pareils ont accoutumé d'y rencontrer. Il vous dirait que l'envie n'osera l'attaquer, le voyant sous la protection des Vertus et des Grâces qui vous accompagnent, et qu'elle est aujourd'hui trop bien persuadée de la grandeur de vos qualités éclatantes, pour ne pas respecter les choses que vous avouez : Il exprimerait avantageusement tous les trais admirables de votre cour et de votre esprit. Il parlerait avec éclat de cette noble audace, qui s'est toujours si glorieusement conservée dans les Héros de votre maison fameuse, et qui vous fait avancer si ardemment par tout où l'honneur vous appelle. Enfin, MONSEIGNEUR, il publierait à toute l'Europe une vérité qui est connue de toute la France ; C'est qu'il y a peu de Seigneurs en ce Royaume qui soient accomplis comme vous êtes, et qui puissent un jour avec plus de valeur et de succès que vous, servir aux grandes conquêtes que les Oracles promettent à notre jeune et incomparable Monarque. Quant à moi, quelques instructions favorables que j'aie eu l'honneur de recevoir de cet écrivain renommé, de qui je pleure encore la perte, e ne suis pas assez éclairé pour traiter à fonds une matière si délicate que celle de votre panégyrique. Il n'était permis qu'au plus savant pinceau des siècles passez de tirer le visage d'Alexandre, et c'était sans doute à la plus excellente plume du nôtre, à représenter vos avantages. Je suis forcé de vous avouer qu'il est presque impossible de bien figurer la splendeur des clartés qui nous éblouissent comme les vôtres ; et je sens bien que cet illustre Mort, dont la Mémoire est immortelle, ne m'a pas laissé tout l'art dont il savait vous honorer, bien qu'il m'en ait laissé tout le zèle. C'est ce qui me fait hâter de me dire avec mes profonds respects.

MONSEIGNEUR,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

QUINAULT.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Fatime, La Sultane Soeur, Léontine.

LÉONTINE

Madame !

SCÈNE III. Osman, La Sultane Soeur, un Huissier.

OSMAN

Quel fut devant Ouchin ce courage bouillant, Qui les a fait passer pour un corps si vaillant ? Le Niester tint pour faux tout ce qu'on en raconte, Il rougit de leur sang bien moins que de leur honte ; Les lâches balançaient accompagnant mes pas. Ils venaient au combat et ne combattaient pas, Aux lieux où leur valeur n'était si nécessaire. On trouvait un eunuque au lieu d'un janissaire : Leur lâcheté stupide en ce fameux abord Ne donnait pas un coup en recevant la mort. On les voyait tomber ces cours pusillanimes, Non comme des Soldats, mais comme des victimes ; Comme des animaux abrutis comme ils sont, Sans avancer le bras et sans lever le front. Voyant ce grand désordre et ces terreurs extrêmes , J'en fis autant périr que les ennemis mêmes ; Je coupai mille bras dans ce juste courroux, Pour les traîner par force à la presse des coups : Le fils de Sigismond ravi de leur défaite, En les faisant plier, se moqua du prophète, Passa dessus leurs corps, donna jusqu'à mon parc, Perça mes pavillons des flèches de son arc, Et se fut acharné longtemps à la tuerie. Si je n'eusse en personne arrêté sa furie ; Si je n'eusse exposé le sang des Ottomans, Pour attiédir l'ardeur de ces grands mouvements. Quoi me commettre encor à des âmes si basses, Qui ne peuvent ouïr prières ni menaces ; Quand un faible ennemi se met à les chasser, Et ne reprennent cour que pour me menacer ? Je veux, pour mon repos comme pour leur supplice, En un autre climat faire une autre milice. L'Egypte enfante assez de soldats florissants Qui sont fort courageux et fort obéissants, Et qui, sans m'étourdir d'une plainte importune, Trouveront de la joie à suivre ma fortune. Ils sauront comme moi combattre à coups de main, Ils supporteront mieux et le froid et la faim.

FATIME

Céleste.

FATIME

Charmante.

FATIME

Modeste.

OSMAN

Qui leur aurait appris ? L'Aga qui n'en sait rien ?

Aga : Terme d'histoire et de relations. Ce mot signifie dans la langue des Mogols, et dans celle des Khovarezmien, un homme puissant, un seigneur et un commandant. Les turcs se servent de ce mot pour signifier absolument un commandant. [F]

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. La Sultane soeur, Fatime, Léontine.

LA SULTANE

Songe plein de terreur, épouvantable Histoire ! Dont le funeste objet repasse en ma mémoire ; M'offriras-tu toujours des matières de deuil, Et dois-tu m'obséder jusques dans le cercueil ? Faut-il absolument que mon âme craintive Souffre un cruel effet paravant qu'il arrive ; Comme si ce malheur par le ciel réservé N'affligeait pas assez quand il est arrivé ? Ici dans les replis des nuages d'un songe, le tiens pour vérité ce qui n'est qu'un mensonge : Car c'est un accident dont le ciel m'avertit, Un avis d'une part qui jamais ne mentit, Un rais mystérieux d'une lumière sainte, Qui tient enveloppé le vrai parmi la feinte ; Mais le ciel toutefois peut, durant le sommeil, Étonner notre esprit, pour nous donner conseil ; La résolution de notre destinée Toujours dans ses avis n'est pas déterminée ; Les Foudres murmurant ne tombent pas toujours, Un mouvement du cour en détourne le cours ; Ô Fortune inconstante et de qui les caprices Élèvent et font choir les plus grands édifices ! Et qui prends sans raison plaisir à détrôner, Ceux à qui justement tu devrais tout donner, J'ai peur qu'aveuglément tu ne choques mon frère, À ses nobles desseins tu fus toujours contraire. Le feras-tu périr et t'accableras-tu, À cause de l'amour qu'il porte à la vertu ? Tempère ton dépit, suspend ta jalousie, Et permets pour le moins qu'il passe dans l'Asie. Astres qui menacés les plus beaux de ses jours, Pour changer ses destins, prenez un autre cours, Et n'exterminez pas par une injuste guerre, Celui qu'on peut nommer un astre de la Terre ! Et vous saints messagers, sacrés nonces des Cieux, Éclairez son esprit et dessillez ses yeux : Donnez-lui des conseils, faites qu'il les approuve, Et l'ôtez du danger où sa teste se trouve. Il suit imprudemment un conseil qui le perd, Et d'un oeil confiant il voit l'abîme ouvert : Son cour se réjouit au plus fort de l'orage, Au point de son trépas il fait un mariage. On a beau le presser, on a beau l'avertir, Il veut faire une noce au temps qu'il doit partir : Il croit être assuré quand je vois qu'il succombe ; Il fait dresser son lit, lorsqu'on ouvre sa tombe. Ô que mon âme souffre à prévoir ses malheurs. Et que son mauvais sort me coûtera de pleurs ! Mais le voici.

SCÈNE II. Osman, La Sultane Soeur, Fatime, Léontine.

SCÈNE III. Mamud, Osman, Orcane, Sélim, la Fille du Mufti.

LA FILLE DU MUFTI

N'en prenez pas la peine.

LA SULTANE

Sors vite.

LA FILLE DU MUFTI

C'est ?

LA FILLE DU MUFTI

Mais, de quelle façon ?

LA FILLE DU MUFTI

Poursuis donc ?

SCÈNE IV. Selim, Orcane, Mamud.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE.

LA FILLE DU MUFTI

Stances.

Quoi pour ses intérêts avoir le coeur si tendre ! Que dirait-on de toi si l'on t'allait entendre ? Quel reproche honteux ne te ferait-on pas Si l'on voyait en toi des sentiments si bas ? Ce généreux dépit que le mépris excite, Te laisse donc encor penser à son mérite. Et souffre qu'en peignant sa grâce et sa valeur. Ta mémoire s'applique à décevoir ton cour ? Tu l'aimes ? Oui je l'aime : eh bien qu'en veux-tu dire, Raison, qui sur mon âme a pris un tel empire, Que dans les mouvements du plus grand déplaisir, Tu ne lui laisses pas l'usage du désir ? Oui ! J'aime ce cruel, oui, j'aime ce barbare, Et confesse toujours que son mérite est rare ; Je trouve que sa mine éblouit tous les yeux, Qu'il semble que ce Prince est descendu des Cieux, Comme un brillant éclair, comme un foudre de guerre, Capable de dompter tous les cours de la terre. Je trouve que sans crime on le peut adorer, Et que tout notre sexe a droit d'en soupirer. Mais jusques à quel point s'égare ta pensée ? Oses-tu discourir ainsi qu'une insensée, Oublier ta disgrâce et mettre sur l'Autel Un monstre en cruauté, ton ennemi mortel ? Qui te fit recevoir comme Sultane Reine, Et qui t'a dégradée avecque tant de haine, Après t'avoir montré par un souris amer. Que tu n'es point aimable et qu'il ne peut t'aimer ? Ha ! C'est une rigueur, Ha ! C'est une insolence Qui ne doit point tenir ma colère en balance. Sur le point de sa perte encore balancer ? C'est trop : et ma raison a droit de me tancer. Il faut que le superbe apprenne à son dommage À respecter un sexe à qui tout doit hommage. Il faut que le cruel, accablé par les siens, Soit trop chargé d'ennuis pour se moquer des miens. Il faut, pour satisfaire à ma haine infinie, Qu'on éclate tout haut contre sa tyrannie, Qu'il soit haï de tous, qu'il soit abandonné, Qu'il soit assiégé, pris, dégradé, détrôné, Que sa haute valeur se trouve méprisée. Qu'aux plus petits du peuple il serve de risée, Qu'il perde toute estime et toute autorité. Qu'ayant perdu l'espoir il perde la clarté ; Et qu'il sache, emporté de ce courant funeste, Que s'il m'eut conservée, il eut sauvé le reste. Voila les sentiments que je dois concevoir. Pour demeurer toujours aux termes du devoir. Que Selim contre lui mène donc les rebelles ; Mais cet homme qui vient m'en dira des nouvelles.

SCÈNE II. La Fille du Mufti, Mulsuman.

MUSULMAN

Madame, en un moment vingt mil hommes armés S'étaient parmi la ville en bataillons formez ; Ils murmuraient tout haut et, parmi leurs murmures, Contre le grand Vizir vomissaient des injures, Disaient que cet objet et de haine et d'horreur, Qui voulait vers le Caire enlever l'Empereur, Méritait sur le champ de périr d'un supplice Qui se trouvât conforme à sa noire malice. Les armes à la main ils allaient le trouver, Juraient que le sérail ne le pourrait sauver. Et poussant mille cris qui montaient jusqu'aux nues, Ils en gagnaient déjà toutes les avenues ; Lorsque pour effrayer les chefs de ce parti. Les portes s'entrouvrant, Osman en est sorti. Et s'est conduit au pas vers cette multitude, Qui ne l'a vu venir qu'avec inquiétude. Il semblait qu'avec art il avait dédaigné Que dans un si bel acte il fut accompagné. Étant seul à cheval, sa personne admirable Aux yeux de tout le monde était plus vénérable, Pour donner l'épouvante à ce grand armement, Quarante Capigis le suivaient seulement. Et six pages d'honneur dont l'un portait sa trousse, Et les autres tenaient les cordons de sa housse : Dessus ses brodequins et sur sa veste encor, Éclataient des rubis, des perles et de l'or, Et dessus le fourreau d'un riche cimeterre , Qu'on redoute aux combats à l'égal du tonnerre, Et qui fait resplendir de mortelles clartés, De larges diamants brillaient de tous cotés ; Mais cette belle taille et cet air magnifique, Qui font comme l'amour la Fortune publique, Éblouissaient les yeux et frappaient les esprits Avec mille brillants qui sont dVn autre pris. Après avoir lancé des regards tout de flamme, Qui passants sur les fronts pénétraient jusqu'à l'âme, Et faisant dans les cours un merveilleux progrès, Voici ce qu'à la troupe il a dit à peu près : « Qui veut dans ce tumulte attirer ma disgrâce ? Ne suis-je pas Osman, de l'Ottomane race ? Qui fais trembler la terre à mon auguste aspect, Et qui sers le Prophète avec humble respect ? A-t-on pu remarquer quelque sujet de blâme, Entre mes actions même au fonds de mon âme, Pour vouloir abaisser à de serviles lois, Celui qui sous ses pieds tient les têtes des Rois ? Qu'est-ce qu'on peut produire à mon désavantage ? Me peut-on accuser de manquer de courage, Et n'ai-je pas fait voir les traits d'une valeur, Dont les plus grands périls augmentent la chaleur ? Lorsque sur les chrétiens j'ai fait quelque conquête, Ai-je lâché le pied marchant à votre tête ? Et quelqu'un m'a-t-il vu balancer tant soit peu, Pour donner avec vous au jour du plus grand feu ? Suis-je un prince hébété, suis-je un prince barbare, Voluptueux, ingrat, cruel, injuste, avare, Qui de vin chaque jour s'enivre en lieu secret, Et que l'on voit au trône avec quelque regret ? Entre tant de soldats est-il quelque personne. Qui de vices pareils m'accuse ou me soupçonne ? Il n'a rien qu'à parler, il n'a qu'à repartir, Je le ferai mourir aussitôt que mentir. » Il mit, disant ces mots, la main au cimeterre, Et porta ses regards sur tous les gens de guerre : Qui touchés et transis d'un si noble courroux, Jetant les armes bas, se mirent à genoux. Et comme en un instant amollis par des charmes Autour de l'Empereur versèrent tous des larmes ; Ensuite le Sultan partout s'est promené, Visitant tous les rangs de ce camp étonné, Et voyant des soldats dont la mine insolente Semblait respecter peu la sienne menaçante Il a fait un signal parmi les assemblés À douze capigis qui les ont étranglés ; Mais soudain, sans murmure et sans qu'à ce spectacle, La troupe soulevée ait apporté d'obstacle, Et vingt mille soldats d'un seul homme pressés, Sont devenus muets comme des marbres glacés : Ainsi le grand Osman laissant partout la crainte, Du sérail qu'il habite a regagné l'enceinte ; Mais au tout petit pas et comme faisant voir Qu'il faut que l'Univers tremble sous son pouvoir. Madame, c'est ainsi que la chose s'est faite.

Capigis : soldat ottoman.

Cimeterre : Grosse épée et pesante, qui ne tranche que d'un côyé, et qui est un peu recourbée sur la bout. [F]

Capigi : Gardien portier du sérail dans l'empire ottoman.

SCÈNE III. Sélim, La Fille du Mufti.

LA FILLE DU MUFTI

Et que me peux-tu dire ?

LA FILLE DU MUFTI

Ha ! Je n'écoute rien.

SELIM

Madame, je tairai ce que vous savez bien, Ce désespoir d'Osman, cette audace effroyable, Dont encor la grandeur me paraît incroyable. Apprenez seulement que lorsqu'il est sorti, J'étais dans la mosquée avecque le Mufti : Qui, pour mieux appuyer ce coup de conséquence, Animait nos Bassas par sa vive éloquence, Excitait tout le peuple et lui donnait horreur Des dangereux conseils qu'embrasse l'Empereur : Déjà de tous côtés la populace instruite De ses mauvais desseins, du complot, de sa suite, Murmurait dans le Temple et parlait hautement Contre la cruauté de son gouvernement : Alors qu'un janissaire approchant avec peine, Tout couvert de sueur, comme tout hors d'haleine, Aborda votre père et lui vint annoncer, Ce qui tout en public se venait de passer. Et comme Osman superbe et tout enflé de gloire Rentrait dans le sérail après cette victoire, Et de son bel exploit laissait nos mutinés Avec confusion sur la place étonnés, Nous y marchons, Madame, et votre père même Vient pour les rassurer dans ce péril extrême, Leur reproche tout haut, comme une trahison, Cette docilité contraire à la raison. Ce lâche abaissement devant une puissance Qui pour nous exposer, nous soustrait sa présence, Et transportant ailleurs son siège et ses trésors, Ne laisse que sa haine en ces funestes bords. Ses propos sont goûtés, sa voix est un tonnerre Qui réveille l'audace au cour des gens de guerre. Lors, deux bassas et moi courons de rang en rang, Et de termes pareils leur échauffons le sang, Mettons devant leurs yeux de nouvelles images, De tant d'affronts reçus, de mépris et d'outrages, Et faisant contempler à ces soldats troublés Leurs tristes compagnons sur le champ étranglés, Leur ôtons le respect qu'ils ont pour la personne D'un qui les extermine, ou qui les abandonne. Les Janissaires lors reprennent leurs esprits Et les armes en main poussent de nouveaux cris , Marchent vers le sérail d'une vitesse prompte Et se promettent bien de réparer leur honte : Moi, je marche à leur tête et leur parle toujours, Afin que leur ardeur s'échauffe à mon discours. Quoi qu'on puisse opposer à des troupes si fortes, Nous allons du sérail faire enfoncer les portes.

Mufti : C'est la chef de la religion mahométane, résidant à Constantinople. Le Mufti est le souverain interprète du Coran, qui décide les quesiton de la Loi. [F]

Bassa : ou bacha. On peut dire l'un ou l'autre. C'est un officier en Turquis qui a le commandement dans une province, ou qui en a le gouvernement. [F]

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Osman, Lodia, Précepteur.

SCÈNE II. La Sultane Soeur, Osman, Lodia.

SCÈNE III. Un Capigi, Orcane, Mamud, Sélim, Compagnie de Soldats.

ORCANE

Et si nous prétendons encor qu'ils soient suivis.

Osman paraît en un Balcon.

SCÈNE IV. Osman, Orcane, Sélim, Mamud.

OSMAN

Qui vous fait assembler pour me donner conseil ? L'ombre est-elle en état d'éclairer le soleil ? Et ceux dont le reproche a diffamé la vie, Doivent-ils se mêler de calmer mon envie ? Vous êtes-vous émus en fuyant les combats, Pour voir si votre sens vaut mieux que votre bras ? Et si pour rétablir les affaires publiques De fort mauvais soldats seront bons politiques ? Il fait beau voir ici ces enfants de tribut, Qui de tous les humains sont le dernier rebut, Nous empresser ainsi de leurs vaines requêtes, Eux dont la lâcheté retarde nos conquêtes : Ne leur souvient-il plus qu'au temps qu'il faut marcher Notre Hautesse même a peine à les chercher ? Lorsqu'il faut ravager d'étrangères provinces, Porter nos alliés, ou châtier des Princes Et rendre à cet Empire un service important, Leur Corps si paresseux ne se hâte pas tant. En ces occasions, ces gens qui font les braves, Se tiennent jour et nuit enfermés dans des caves : S'enivrent en secret, n'osent se faire voir. De crainte de répondre à la voix du devoir. De peur de partager une gloire immortelle, S'ils marchaient sur mes pas où l'honneur les appelle. Avez-vous oublié combien les Polonais En une lune ou deux vous ont battus de fois ? Mais en nombre inégal, sans nulle résistance. Et même sans garder de rang ni de distance. Sans redouter la honte et d'autres châtiments Et sans prêter l'oreille à nos commandements. Allez, hommes sans cour ! Sortez, lâche canaille ! Témoignez votre audace au front d'une bataille, Opposez-vous alors à nos mauvais destins, Et dans un plein repos faites moins les mutins. Réglez vos actions, ô Milice imprudente ! Et non les volontés d'une âme indépendante Dont votre lâcheté soutient mal l'intérêt, Et qui peut librement faire ce qu'il lui plaît : Vous excitez en vain cette rumeur mutine, Lorsque je veux partir pour la Sainte Médine : Vers le sacré tombeau je porterai mes pas, Que vos séditions ne retarderont pas.

ORCANE

Seigneur, qui des grands Rois es le maître ou l'arbitre ! Qui te nomme un Soleil, te donne un juste titre ; Mais comme l'on connaît et comme nous voyons, De cet astre brillant nous sommes les rayons : Puisque notre valeur exprime sa puissance Et fait sentir sa bonne ou mauvaise influence. Nous pouvons dire aussi que l'Empire est un corps Composé de cités, d'hommes et de trésors. Et que pour lui fournir des forces nécessaires Nous sommes aujourd'hui ses nerfs et ses artères : Toi, Seigneur, es son Chef qui le dois gouverner, Régler ses mouvements et non l'abandonner ! Car c'est en cet emploi que ta vertu parfaite Doit hautement répondre à la Loi du Prophète. Ne te souvient-il plus lors que sur nos pavois Nous t'élevâmes haut en te donnant nos voix ; Quand notre élection vint avec la puissance Avantager ainsi l'ordre de ta naissance : Nous ne t'avons élu que pour nous bien traiter, Pour payer nos travaux et non pour nous quitter, Et les douleurs aussi que nous avons senties, C'est de quoi ce grand chef rompt avec ses parties. Et suivant d'un dépit le mouvement ardent. Va par un prompt départ se perdre en nous perdant. Seigneur, pour désoler nos troupes éplorées. Tu fais semer partout des raisons colorées. De prétextes divers appuyant ton courroux, Tu blâmes notre corps et tu te plains de nous ! Tu dis qu'en la Pologne, où ton désir aspire, Nous avons ravalé la Gloire de l'Empire, Que nous avons plié devant les Polonais, Sans vouloir écouter tes ordres ni ta voix ; Seigneur, quand de faillir nous serions incapables, Voulant nous accuser, tu nous rendrais coupables ; Mais sur ce braVe fait à ta vue intenté, Crois moins à ta colère et plus à ta bonté. Pense mieux à la chose et ta noble indulgence Éteindra dans ton cour tout désir de vengeance. Quand tu fis ce voyage étrange et malheureux, Manquas-tu de soldats braves et généreux ? Une histoire fidèle en a conté cent mille Victimes en ces lieux d'un projet inutile, D'un dessein qui pour toi semblait un peu trop bas Et que les gens de bien ne te conseillaient pas ; Nous ne manquâmes point dans ce triste voyage D'ardeur pour te servir, de force et de courage : Si nos armes alors eurent peu de bonheur, L'on y vit de la perte et non du déshonneur : Et le Niester superbe a trop fait de trophée D'une troupe turquesque en ses flots étouffée : Toutefois l'ennemi, dont tu dis les exploits, Serré de tous côtés et réduit aux abois, D'une milice faible, et lâche, et méprisée, Reçut pourtant la paix qui lui fut imposée ; Cinq articles nouveaux de son Prince acceptés Découvrent clairement qu'ils furent les domptés, Pourquoi donc aujourd'hui ta Hautesse animée Nous doit-elle traiter en déserteurs d'armée ? Et veut-elle en fuyant nous réduire à la faim. Lorsqu'elle est obligée à nous donner du pain ? Pourquoi faut-il, Seigneur ! Employer l'artifice Pour tromper auJourd'hui ton peuple et ta milice ? Quoi ? Feindre pour la Mecque un voeu de sainteté ; C'est te trahir toi-même avec impiété ! Et c'est prendre à témoin la puissance divine D'une mauvaise foi que Byzance devine, Et qui sous la couleur d'un voile spécieux A paru dès l'abord toute claire à nos yeux. Nous savons bien, Seigneur ! que ce pèlerinage Est vraiment une fuite et non pas un voyage : Il ne faut point user de serments superflus ; On voit bien que tu pars pour ne revenir plus. Tu n'as rien oublié de toutes tes richesses ; On en a vu remplir un grand nombre de caisses, Et le soin d'emporter tes plus riches trésors T'a fait même passer jusqu'au séjour des morts. L'âme du grand Acmat dans une voûte obscure, Si l'on en croit les tiens, en a fait un murmure, S'est plainte bassement de quoi l'on est entré Pour ôter une enseigne à son turban sacré : Et même t'a repris, par des songes funestes, Du dessein que tu fais d'abandonner ses restes. Quitte donc cet objet qui t'est pernicieux, Et qui peut t'attirer la colère des Cieu x ; Et pour mieux conserver ta gloire et ta couronne, Sois un peu moins facile aux conseils qu'on te donne : Reconnais le danger où ce charme t'a mis, Et discerne les tiens d'entre tes ennemis ; C'est ce que notre corps en larmes te demande.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

OSMAN, seul

Mustapha proclamé prendrait une couronne Sur la tête d'Osman ? D'Osman ? Cela m'étonne. Si les fils d'Ismaël, dont le camp glorieux Paraît tantôt vaincu, tantôt victorieux, Avaient en nos combats le sort si favorable Que leur prospérité me rendit misérable : Encor qu'à leur progrès je me visse immolé Ce malheur éclatant me rendrait consolé ; J'y verrais pour le moins quelque ombre de justice ; Un beau coup me ferait tomber au précipice. Si c'était Ladislas, que j'ai vu quelquefois Combattre au premier rang dans de fameux exploits, Et montrer aux périls un courage intrépide, Que pousse la valeur et que la gloire guide : Je ne trouverais pas mon sort trop inhumain. Je dirais : je péris ; mais d'une belle main. Et le bras glorieux sous lequel je succombe, De ses propres lauriers peut honorer ma tombe. Mais que je sois détruit, mais que je sois chassé, Par un homme idiot, par un oncle insensé, Qui s'est réduit lui-même en un lieu solitaire, Qui ne saurait parler, ni ne saurait se taire ; Qu'à ce Prince hébété l'Empire soit offert, C'est un nouveau Dédale où ma raison se perd : C'est un accablement où toute ma constance Ne saurait opposer assez de résistance, Je ne puis démêler un noeud si fort confus, Je m'y vois, je m'y cherche, et ne m'y trouve plus. Toutefois, quelque espoir flatte encore mon âme. Ussin Bassa me garde un zèle tout de flamme ; Il peut encor pour moi quelque ligue former Avec son confident le Bassa de le Mer. Il faut que j'aille voir ce couple si fidèle Qui soutiendra ma chute et prendra ma querelle : Il faut mettre à l'épreuve une longue amitié. Que peuvent augmenter les traits de la pitié. Cieux ! Qu'est-ce que je vois ! Cette fille importune Accroît par son objet ma mauvaise fortune. Ne prenons pas la route où ses pas sont tournés. Ou passons promptement, le mouchoir sur le nez.

SCÈNE II. La Fille du Mufti, Osman, Fatime.

LA FILLE DU MUFTI

Seigneur ! Par ces rigueurs tu punis mon audace, Qui trop insolemment s'attache à ta disgrâce : Aussi, t'oser blâmer durant cette saison, C'est manquer de courage autant que de raison. Pardonne-moi ce crime, ô Prince magnanime ! Si ce premier transport peut passer pour un crime, Tu sais bien que mon sexe a trop de vanité Pour être sans dépit quand il est rebuté ; Mais je tiendrais pourtant mes pensers condamnables S'ils osaient insulter au sort des misérables. Si la publique voix d'une aveugle fureur N'avait point à tes yeux fait un autre empereur, Si ton autorité reprenait la licence, Si le Sérail encor était en ta puissance, Et qu'on t'en vit sortir en glorieux vainqueur, Je prendrais un poignard pour te percer le coeur. Et faire voir à tous par l'effet de ma haine Que je mérite bien d'être Sultane Reine : Mais aujourd'hui, Seigneur, te voyant détrôné, Mal voulu des soldats, des tiens abandonné. Sans crédit, sans amis, et même sans retraite, Je suspens ma vengeance et notre paix est faite. Mon cour en tes malheurs trouve si peu de droit, Qu'il irait s'opposer à qui te poursuivrait, Te servant de bouclier dans cette violence Pour préserver ton sein des traits que l'on te lance : Mais sur ces sentiments ne t'imagine pas Que ta grandeur passée eut pour moi des appas. Je trouvais ta personne encor plus précieuse Et je ne t'aimais point comme une ambitieuse. De peur que ton esprit ne soit en quelque erreur, J'aimais Osman lui-même et non pas l'Empereur, Et je considérais en ta noble personne Des brillants d'autre prix que ceux de ta couronne. Si les décrets du Ciel, si l'ordre du Destin Avaient mis sous mes lois les climats du matin , Et si, par des progrès où ta valeur aspire. Le Danube et le Rhin coulaient dans mon Empire, Osman de ces États serait maître aujourd'hui ; Il n'aurait qu'à m'aimer et tout serait à lui. Ne fut-il qu'un Soldat vêtu d'une cuirasse, N'eut-il rien que son cour, son esprit et sa grâce, Et mon âme serait encore au désespoir De n'avoir rien de plus pour mettre en son pouvoir.

SCÈNE III. La Fille du Mufti, Fatime.

LA FILLE DU MUFTI

Ha ! Le cour insensible, ha ! Le cruel qu'il est, Sa cruauté me tue et sa vertu me plaît : Il ne me peut souffrir, il me hait, il m'abhorre ; Il me quitte, il me fuit, et si je l'aime encore. Ô Sultan malheureux ! On va dessus tes traces. On va par ton trépas terminer tes disgrâces, Et ton cour qui paraît et si grand et si haut Ne pourra soutenir un si puissant assaut. Je vois ta résistance et vois ton cimeterre Faire voler d'abord quelques testes par terre ; Mais il faudra subir les lois de ton malheur, Et qu'à la fin le nombre accable la valeur : Il faudra que des tiens la fureur sans seconde Donne une nuit dernière aux plus beaux jours du monde. Pourquoi t'ai-je revu, Prince trop glorieux ? Que n'ai-je été pour toi sans oreille, sans yeux, Sans orgueil, sans courroux, sans esprit, sans adresse, Sans soupirs et sans pleurs, ou plutôt sans tendresse ? Pourquoi de ton objet me laissai-je toucher ? Ou pourquoi n'es-tu pas plus tendre qu'un rocher ? Pourquoi ta cruauté n'est-elle point capable D'être pour mon sujet un peu moins qu'implacable ? Je te suivrais partout dans ce pressant danger, Soit pour te secourir, ou soit pour te venger : Et si toute espérance enfin était perdue J'aurais au moins le bien de périr à ta vue. De marquer de mon sang la grandeur de ma foi, Et de dire en mourant : « Osman, je meurs pour toi ! D'un courage constant je meurs pour ta querelle. Et je ne voudrais pas que ma mort fut plus belle : Souviens-toi, que toi seul eus droit de me charmer, Que je cesse de vivre et non pas de t'aimer. »

LA FILLE DU MUFTI

Ha Fatime !

LA FILLE DU MUFTI

Ha ! Le puis-je bien dire Sans rougir, sans frémir ? Le puis-je dire, ô Dieux ! Tout ce mal m'est venu d'avoir ouvert les yeux ! Un bruit avantageux en ma triste mémoire Avait déjà tracé mille traits à sa gloire. Lorsque par sa présence et sans aucun dessein Il se grava lui-même au milieu de mon sein. En un jour triomphant, je le vis, ce Monarque Dont le sort glorieux semble braver la Parque, Que le jour était beau qui me fut si fatal ! Je le vis comme en pompe, il sortait à cheval ; Lorsque pour élever sa haute renommée Il menait vers le Nord une puissante armée, Jamais les yeux mortels n'ont rien vu de pareil ; Il avait de l'éclat autant que le Soleil. Il semblait qu'il marchât pour mettre tout en flamme, Et ce feu dangereux ne brûla que mon âme. J'observai trop ce Prince aimable et redouté, Qui, s'il n'ôtait la vie, ôtoit la liberté. Tant de charmants appas, de grâces, de merveilles Entrèrent par mes yeux comme par mes oreilles ; Que ma raison timide à ce premier abord Laissa ravir mon cour sans faire aucun effort, Et par tant de vertus et de charmes séduite, Se porta d'elle-même à quitter ma conduite : Elle laissa mon âme au pouvoir de mes sens, À la discrétion de ces désirs naissants, Qui prenant toujours force et croissant à toute heure Ont empiré le mal dont il faut que je meure. À quels termes cruels, à quel point de malheur, M'ont réduite depuis ma crainte et ma douleur ? Mais enfin la douleur plus vivement empreinte En mon âme enflammée a surmonté la crainte. J'ai quitté les soupirs, les pleurs et les regrets. Pour soulager mon mal par de meilleurs secrets : En de tranquilles nuits vingt fois je suis allée Conduite de l'amour, nus pieds, échevelée, En des antres obscurs, aux entrailles des monts, Pour demander avis et secours aux Démons : Mais tout cela sans fruit ; car leur noire puissance En recevant mes soins trompait mon innocence ; Enfin, comme l'amour, quand il est bien puissant, Se rend ingénieux et dévient agissant, Je me voulus servir de cette aimable fille. Que la soeur du Sultan prit en notre famille : Tu sais bien tout le reste, il me souvint de toi, Je déposai bientôt mon secret à ta foi, Avec cette fatale et funeste peinture Qui causa de nous deux la mauvaise aventure ; Mais quels hommes de sang, quels horribles coureurs Avec un si grand bruit augmentent mes terreurs ? Ha ! Mon espoir se perd et mes craintes s'accroissent, C'en est fait ; je l'apprends de ces gens qui paraissent. Ils viennent tout exprès m'en faire le rapport. Qu'est-ce que vous cherchez ?

SCÈNE IV. La Fille du Mufti, Fatime, Mamud.

LA FILLE DU MUFTI

Ha ! Fatime !

MAMUD

Pour vous dire le reste D'une chose admirable ; autant qu'elle est funeste, Quand l'Empereur qui vit partout fut proclamé, Osman, de ce grand bruit, ne fut point alarmé ; Mais, travesti pourtant, alla parmi la ville Faire de ses amis la recherche inutile : Car les amis de Cour, ces mouches des Palais, Dans les adversités ne nous suivent jamais : Et si dans un bon sort leur lâcheté nous loue, Leur main dans un mauvais nous jette de la boue. Peu de gens prirent part à son grand déplaisir. Hormis Ussin Bassa, qu'il fit son grand Vizir. Honneur infructueux, sans crédit, sans puissance, Et dont la fin bientôt a suivi la naissance : Il voulait sous ce titre haranguer les soldats, Leur donner des raisons qu'ils ne recevaient pas ; Mais ces impatients choqués de son audace L'ont en moins d'un moment déchiré sur la place : Et ce peuple animé traîne encor les morceaux De son corps misérable à travers les ruisseaux. Tandis Osman le cherche et faisant ceste quête, Trouve une Compagnie et Sélim à la tête D'un mouchoir à l'instant il tâche à se cacher, Mais Sélim reconnaît ce qu'il allait chercher ; Le découvre à sa troupe et lui criant : « Arrête », Tient pour le terrasser sa pertuisane prête. Le Sultan pour cela ne s'épouvante pas, Met le sabre à la main, le vient joindre au grand pas Et, parant un grand coup avecque la main gauche Lui met le corps en deux comme une herbe qu'on fauche, Ensuite, se servant du même coutelas, Il fait soudain voler vingt têtes et vingt bras : Les premiers abattus, il entre dans la presse, Frappe de tous côtés et chamaille sans cesse, Pénètre avec le fer jusqu'au septième rang Et ne donne aucun coup sans répandre du sang : De même qu'un lion pressé dans ine chasse. Qui valets et piqueurs, chiens et chevaux terrasse, Et paraît au péril noblement courroucé En s'adressant toujours à ceux qui l'ont blessé, Ainsi le grand Osman, deçà, delà, s'arrête À quiconque paraît lui vouloir faire tête. Et sans détruire ceux qui semblent s'effrayer, Il court aux plus hardis et les va foudroyer : Je crois qu'infatigable en sa propre furie Il en eut jusqu'au soir fait une boucherie, Si, tandis qu'il tenait encor le bras haussé, D'un grand coup par derrière on ne l'eut point blessé ; Mais le sifflant éclair d'une tranchante hache La moitié du bras droit de l'autre lui détache : Dès qu'il est désarmé, qu'il est hors de combat, Chacun se jette à lui, par terre l'on l'abat, Et comme encor d'un bras il lutte dans la fange. Qu'il en tient quelques-uns qu'avec les dents il mange, D'autres prennent le temps de le venir charger, Et lui coupent le col sans courre aucun danger.

Pertuisane : Arme d'hast, qui est une espèce de hallebarde qui a un fer plus long, plus large et plus tranchant que les autres. [F]

Presse : Foule, multitude de personnes qui se pressent. [Ac. 1762]

1 608 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0