Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Comédie Facétieuse

Gillette

Pierre Troterel· imprimée en 1620· 5 actes· 1 066 vers· 5 personnages

Personnages

  • LE GENTILHOMME, amoureux de Gillette sa servante
  • GILLETTE, sa servente
  • MATURIN, grand laquais du gentilhonne aussi amoureux de Gillette
  • LA DEMOISELLE, maîtresse de Gillette et femme du Gentilhomme
  • MAÎTRE JOSSE, prêtre vicaire
L'AUTEUR À MONSIEUR SON INTIME

Monsieur.

Mon intime, étant allé voir, il y a bien un mois, un mien parent, lequel demeure demi-lieue près la ville des Lexobiens : ainsi comme nous devisions de plusieurs choses plaisantes, selon son humeur joviale, entre autres bons conte du temps, il m'en récita un de l'amour folâtre d'un gentilhomme son voisin avec sa servante : auquel ayant pris grand plaisir, parce qu'il est fort comique, je me suis avisé de passer huit jours de ces ardentes chaleurs caniculaires, à lui donner forme de comédie, puis vous en faire un présent, d'autant que je sais que vous prenez plaisir à la lecture de telles facéties : recevez-le donc gaiement, et comme un petit témoignage de mon affection, que je vous promets durer autant que ma vie.

Votre intime ami pour vous servir D.

Ce 12 d'août 1619

ACTE I

SCÈNE I. La Gentilhomme, Gillette.

LE GENTILHOMME

Certes l'adage est véritable Qui dit que dessus une table Un met trop souvent présenté Rend notre estomac dégoûté : Bref une chose trop commune En fin de temps nous importune. Je dis ceci parlant de moi, Qui suis sous la nocière loi Par le vouloir des destinées, Arrêté depuis quinze années, Ayant toujours à mon pouvoir Rendu d'un mari le devoir À ma moitié, mais cette flamme D'amour, qui nous échauffait l'âme Par le longtemps ci dessus dit Maintenant fûmes [...] refroidis. Ce qui fait que de notre couche Je ne viens plus [...] escarmouche Si souvent comme au temps passé, Non pas que je sois harassé : Mais c'est que par trop je me lasse De ma compagne qui se casse, Si bien que pour me rafraîchir Il me faut les bornes franchir Des vieilles lois du mariage, Et rechercher d'une grand courage Pour alléger ma passion Quelque jeune et tendre fion Qui se fléchisse à ma prière. Gillette notre chambrière Serait fort propre à mon dessin, Elle est gentille et tout à plein De gaie humeur, elle sait dire Fort à propos le mot pour rire, Ce qu'ayant bien considéré, Je m'en suis tout enamouré, Mais néanmoins elle l'ignore, N'ayant eu le moyen encore De lui conter, et l'éprouver. Or sus, je m'en vais la trouver, Mais la voici, bonne aventure : Vertu bleu le belle monture ! Voilà de quoi désennuyer Un expert et fort écuyer : Qu'elle est d'une gentille taille Pour enter en champ de bataille : Tant plus je vais la regardant Plus mon coeur en devient ardent : Approchons, c'est trop de demeure Et l'accostons à la bonne heure.

Nocière : inusité. Qui appartient, préside aux noces. [L]

Fion : Terme populaire. Tournure, bonne façon. Il a du fion. [L]

SCÈNE II. La demoiselle, et Gillette.

ACTE II

SCÈNE I. Maturin et Gillette.

GILLETTE parle seule, avant que voir Maturin

Monsieur en a dans la cervelle, Il me fait de la crécerelle, Et pense si bien m'enjôler Qu'à son vueil je me laisse aller Mais il n'a pas besogne faite, Me tient-il pour quelque nicette Qui ne sait les jours d'aujourd'hui, Je ne suis pas encor à lui.

Crécerelle : Oiseau de proie du genre faucon. [L]

Vueil : volonté, voloir. [CNRTL]

Nicette : nicet ; Terme vieilli. Quelqu'un qui ne sait pas, simple par ignorance.

GILLETTE

Si c'est un mal qui puisse prendre, Cartier à part, retire toi, Il n'approche si près de moi.

Cartier : Celui qui fait et vend des cartes à jouer.[L]

GILLETTE

Lâche moi, Maturin demeure, Ainsi me veux-tu châtier, Qu'en dépit du galefretier ; Voilà mon couvre-chef par terre, Qu'au diable je donne le herre.

Galefretier : Terme vieilli qui signifie homme de rien, homme sans feu ni lieu.

Herre : Étoffe d'un tissu grossier dont les brasseurs se font des vêtements de travail, et qu'ils étendent sur les tringles de la touraille. [CNRTL]

SCÈNE II. Le Gentilhomme, et Gillette.

ACTE III

SCÈNE I. Maître Jossse prêtre et Maturin.

SCÈNE II. Le Gentilhomme, et Gillette.

ACTE IV.

SCÈNE I. Maître Josse, et Gillette.

SCÈNE II.

LA DEMOISELLE

Perfide méchant et léger Tu m'as doncques voulu changer Suivant sa passion brutale, Pour une qui m'est inégale De richesse et d'extraction, Et qui n'a de perfection Pour attirer un bon courage, Que quelques beaux traits de visage, Encore dépourvus d'appas Sinon pour quelques esprits bas, Au nombre desquels je se conte, Puisque tu n'as aucune honte De quitter mon amour certain, Pour embrasser cette putain : Encore ne suis-je point si laide Qu'on me puisse dire un remède Pour quérir la mal de Cypris : Non, ma beauté n'est pas sans prix, Je me vis hier devant ma glace Où je remarquai que ma face A des attraits assez charmants Pour esclaver plusieurs amants : Et quand il serait au contraire Si devrai je bien te plaire, M'ayant cette obligation Que d'avoir fait élection De sa personne, au préjudice De cent qui m'offraient leur service. Ô que si j'eusse pu prévoir Le manquement de ton devoir, Assure toi vilain lubrique Que je t'eusse bien fait la nique, Te renvoyant dans un bordeau Amortir le paillard flambeau Que l'amour, non mais bien érine, Alluma dedans ta poitrine : Mais à quoi tant de vains discours ? Me vengerai-je point des tours De ce méchant rempli d'ordure ? Oui, je m'en vengerai, j'en jure, Et voire tout présentement, Ayant à mon commandement Sa mignonne et bonne commère, Que je vais battre de colère, Cependant qu'il est empêché À se promener au marché.

Nique : Usité seulement dans cette locution : faire la nique à quelqu'un, lui témoigner moquerie et mépris par un certain signe de tête. [L]

Paillard : Proprement, celui, celle qui couche sur la paille, homme, femme misérable. [L]

Érine : Terme d'anatomie et de chirurgie. Petite pince armée de crochets dont on se sert soit en disséquant soit dans certaines opérations pour soulever et écarter les parties qu'on veut disséquer. [L]

LA DEMOISELLE va trouver Gillette et la bas, ce qui fait qu'elle lui parle ainsi

Hélas pourquoi suis-je battue, À l'aide, accourez on me tue, Hé je vous demande pardon, Las ! Est-ce là donc le guerdon De mon très fidèle service.

Guerdon : Terme vieilli. Récompense. [L]

MATURIN

Haro, morbieu comme elle frappe, C'est pour le meilleur que j'échappe, Car je n'aime pas bien le ton, Que sonnent les coup de bâton Dessus mon dos et sur ma tête, Mais fuis pauvrette et ne t'arrête, Pendant que Mademoiselle oint D'huile de latte mon pourpoint.

Haro : Fig. et familièrement. Crier haro sur quelqu'un, se récrier contre ce qu'il dit ou fait. [L]

Latte : Il se dit quelquefois pour instrument de bastonnade. [L]

ACTE V

SCÈNE I. Le Gentilhomme, et Maturin.

LE GENTILHOMME

Par la vertubleu quand j'y pense, Un malheureux influence, Des étoiles aux cours divers, M'a bien vu ce jour de travers, Pendant que j'étais à la ville, Ma femme un peu trop incivile,, A fait vider honteusement Gillette mon contentement Sans avoir égard au scandale, Qu'aux yeux d'un chacun elle étale, Commettant tel acte indiscret ; Qu'elle devait tenir secret, Pour me rendre bien diffamée De la sorte, la renommée De sa maison ; ni celle aussi De Gillette, mon doux souci Ha, si par quelque intelligence Le ciel m'eut donné la science D'avoir ce malheur deviné, Pour rien je n'eusse abandonné Cette maison, ores déserte, Faisant une grande perte, Laquelle je l'espérais Recouvrer en bref, je mourrais, Car l'ennui qui me fait la guerre Me jetterait bientôt par terre, Or donc afin de prévenir Tout le mal qui pourrait venir De cet accident déplorable Qui me serait fort reprochable, S'il ne se voyait réparé, Pour un tour d'esprit admiré, Inventons quelque trait notable, Que l'on croit si vraisemblable, Que l'on n'en sache que juger, Ho, c'est fait j'y viens songer, Amour petit-fils de Cyprine, Vraiment ta puissance est divine D'aiguiser si bien les esprits De ceux que tu détiens épris D'une beauté jeune et gaillarde, Qui d'un oeil riant les regarde, Or sus je m'en vais réciter Ce que tu m'as fait inventer, C'est que je cherche du remède En la cause d'où me procède L'ennui dont je suis tourmenté Autrement tout serait gâté, Il faut que je chérisse et flatte, Notre jeune servante Agathe, De qui l'esprit fin et rusé tout notre malheur a causé, Puis mais que l'ai gagnée, Par le moyen d'une poignée De quarts_d_écus, je lui ferai Dédire le mal avéré, Par la languette conteresse À sa trop crédule maîtresse, Mais mot, ici près j'aperçois Maturin qui vient vers moi, Que dit-on Maturin, bien est-ce ?

Conteresse : Celle qui raconte qqc. [L]

SCÈNE II et dernière. Maturin et Maître Josse.

1 066 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica