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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Opéra comique en vers et en prose

Le Poirier

Jean-Joseph Vadé· créée en 1752· 490 vers· 6 personnages

Représenté pour la première fois sur Théâtre de la Foire Saint-Laurent le 7 août 1752.

Personnages

  • THOMAS, Tuteur de Claudine et de Lucette et Amoureux de Claudine. M. PARENT
  • CLAUDINE, Amant de Lubin. Mlle. DEGLANDS
  • LUCETTE, soeur de Claudine. Mlle. DESCHAMPS
  • LUBIN, sous le nom de Pierrot, amant de cLaudine. M. DESCHAMPS
  • MONSIEUR DE BONSECOURS, Seigneur du Village voisin. M. PINOT
  • BLAISE, pécheur. M. DE L'ÉCLUSE

LE POIRIER

SCÈNE PREMIÈRE.

PIERROT

Si tous les jaloux étaient au fond de la rivière, je serais moins à plaindre, et Monsieur Thomas au service duquel je me suis mis pour plaire à CLaudine dont il est le tuteur, aurait le temps de se noyer avant que j'allasse le secourir.

AIR. La petite Lize, veut qu'on la conduise.

Ce qui me chagrine Hélas ! C'est que CLaudine Ne peut faire un pas Qu'avec ce vieux Thomas. Et sa soeur Lucette Qui toujours la guette, Force mon coeur À cacher son ardeur Ma chère Claudine , Si tu ne me devines, Pierrot en ce jour, Mourra de son amour.

Thomas épouse demain ma maîtresse ; il en est détesté ; mais enfin il l'épouse. J'ai vainement pris le ton et l'habit d'un niais.

SCÈNE II. Pierrot, Blaise portant un panier rempli de poisson.

PIERROT, à part

C'est Blaise.

PIERROT, à part

Qu'il est heureux.

PIERROT, à part

J'admire sa gaieté.

PIERROT

Hélas.

BLAISE

En vla de beaux pour la noce de son festin, mais ça ly coûtera cher,

Apercevant Pierrot.

Queuque c'est que ce grand flandrin là qui a l'air d'avoir la meine triste ? Hé cadet ! À quoi donc qu'tu rêves là ?

Flandrin : Terme familier. Flandrin, homme grand et fluet. [L]

PIERROT

AIR : Morbleu, si je la tenais.

Je songe à la différence De votre joie à mon sort.

BLAISE

À ton avis ai-je tort ? Le chagrin de rien n'avance, Pour tout bien je suis content, J'aime, bois, ris, chante et danse Pour tout bien je suis content, Tiens portageons mon enfant.

He ben allons donc, tu ressembles à un accident comme deux gouttes d'eau. Pour t'égayer un peu, viens me montrer où demeure la maison de Monsieur_Thomas.

PIERROT

C'est ici. Vous ne pouviez mieux vous adresser, je lui appartiens.

BLAISE

AIR : En Mistico.

Oh pargué, je t'en falicite, En mistico en dardillon, en dar dar , dar, dar, dar, Car sa future a du mérite Et tu m'as l'air assez, Mistipicoté Futé.

Il le prend par la mein.

Tiens, mon ami, je m'y connais, vois-tu...

Il recule deux pas en ôtant son chapeau.

Quoi donc ! Queu vision ! Hé c'est vous, Monsieur_Lubin, l'maître Farmier du Village de la Liau ? Il y à trois mois qu'on vous cherche à coups de tambour ni plus ni moins qu'un bijou perdu.

AIR : Car.

Comme vous vla, Quelle métaphormose Dans tout cela J'avise quelque chose, Car, T'nez , vous n'êtes pas sans cause Le valet de ce vieillard.

Claudenne ne serait-elle pas par hasard le surjet de tout ça ?

PIERROT

Rien de plus vrai, mon cher Blaise.

BLAISE

Hé, mais comment ça se gouverne-t'y ?

PIERROT

Le Tuteur est un Argus éternel, et je n'ai pu encore parler à Claudine que des yeux ; mais j'ai cru entrevoir dans les siens quelque espoir...

BLAISE

Vous n'êtes pas mal avancé !

AIR : Je n'en dirai pas davantage.

Faut pas s'en rapporter aux yeux C'est un jargon qui trompe au mieux, Des Belles c'est là le langage, En aiment-elles davantage !

Non, c'est un tourment de regard à l'occasion de leur gloire qui fait ça, et les nigauds prennent le change.

BLAISE

C'est ben dit ; mais avec tout ça , vous ne tenez rien, faut de la parole, Monsieur Lubin. Faut agir, voyez-vous.

AIR. Mon Papa toute la nuit.

On amorce le poisson Pour qu'il entre dans la nasse Si Claudaine entend raison...

BLAISE

Quoi donc craindre ? il n'y a pas de crainte à avoir ; quand vous serez une fois cheux vous tout sera dit, et d'un autre côté.

AIR. Chacun à son tour.

Le Seigneur du lieu vous estime À le faire il est engagé ; Votre mère était son intime Et l'avait parfois obligé ; Il peut donc en vous donnant retraite, Vous rendre service en ce jour ; Chacun à son tour, Liron, lirette, Chacun à son tour.

Et puis avec ça il est en procès avec Monsieur_Thomas, ça jettera de l'huile dans le feu ; et si Monsieur_Thomas vous poursuivait, il trouverait à qui parler. Hé puis tenez, ma barque a ça de bon ; drès qu'une fille y a mis le pied... Votre serviteur ; les jaloux y renoncent. Je m'en vas porter mon poisson, arrangez-vous là-dessus avec votre parsonniere.

Il sort.

PIERROT

Ne m'abandonne pas si je la détermine.

BLAISE

Non, non, allez.

Revenant sur ses pas.

J'veux dire queu manière d'humeur que c'est Monsieur_Thomas ? C'est qu'en cas d'occasion, c'est bon à savoir.

AIR. Joseph est bien marié.

Ce Tuteur est-il madré ?

Madré : Fig. Qui sait plus d'un tour. [L]

BLAISE

Allez, j'en vienrons à bout.

J'irons dire un mot de tout ça à Monsieur_de_Bonsecours, Seigneur de cheux vous, et puis je repasse ici, c'est l'affaire de quatre coups de rames. Sans adieu, Monsieur_Lubin.

PIERROT

Crois que ma reconnaissance...

BLAISE, s'en allant

Chantons lestamini, chantons lestamina, chantons lestamini, chantons lestamina.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Lucette, Pierrot.

LUCETTE, à part

Ma soeur me parle de Pierrot avec une sorte de défiance, elle est rêveuse... Ce garçon a une certaine bonne mine qui dément son état, et je soupçonnerAis presque... Mais non, il est si bête !

PIERROT, d'un ton niais

Ah, bonjour, Mademoiselle_Lucette ; où est donc Mademoiselle_Claudine votre soeur ?

LUCETTE

Eh mais, elle est... Vous êtes bien curieux, qu'a est-ce que vous lui voulez ?

PIERROT, tout lentement

AIR. Je voudrais bien me marier.

Je voudrais bien lui dire un mot.

LUCETTE, le contrefaisant

Que pourriez-vous lui dire !

PIERROT, soupirant

Je ne sais pas.

LUCETTE, riant

Ah, qu'il est sot.

LUCETTE

Oui-da ! Est-ce là ce que vous vouliez dire à ma soeur ? Oh ! C'est la même chose, je le lui reporterai ; ou bien si vous voulez, Monsieur_Thomas lui en fera la confidence.

PIERROT

AIR. Allons gai, toujours gai.

Ah petite méchante Vous me désespérez.

PIERROT, naturellement

Aimable Lucette, loin de m'accabler, plaignez moi, je mérite toute votre pitié.

LUCETTE

Oh, oh ! Voici du sérieux.

PIERROT, à part

Qu'ai-je dit ?

LUCETTE

Vraiment, il se dégourdit.

SCÈNE V. Claudine, Lucette, Pierrot.

LUCETTE

Ah ! Ma soeur, ma soeur, approchez. Tenez Monsieur_Pierrot vous honore, je crois, de sa tendresse.

CLAUDINE

Hé bien, ma soeur !

LUCETTE

Voyez-vous ?

CLAUDINE

AIR. Ne m'entendez-vous pas.

Je ne vous entends pas.

CLAUDINE

Je ne vous entends pas.

À part.

Qu'il m'en coûte pour le rebuter !

CLAUDINE

À part.

Je sais bien qu'en penser.

Haut.

Mais ma soeur, Monsieur_Thomas est seul, il pourrait s'ennuyer.

AIR. Va-t'en voir s'ils viennent.

Vous savez que vos besoins Par lui se préviennent, Allez lui rendre vos soins, Ces soins-là conviennent.

LUCETTE

Va-t'en voir s'ils viennent.

Pour vous laisser avec Pierrot. J'entends.

CLAUDINE

Mais lui dis-je quelque chose ?

LUCETTE

Non, mais vous poussez des soupirs.

CLAUDINE, tendrement

Allez, ne jurez de rien.

LUCETTE

Vous l'aimez donc ?

CLAUDINE

Oui, petite espionne.

LUCETTE

Et fi, ma soeur.

PIERROT

Quoi ! Belle Claudine, j'aurais le malheur, malgré mon état...

CLAUDINE, tendrement

Quoi, s'abaisser !

PIERROT

Les marques d'esclavage Sont de l'amour le plus bel ornement.

Lubin est mon nom ; et ma famille et mon bien pourront vous être bientôt connus, si vous êtes touchée de mon martyre.

CLAUDINE

AIR. Un Ministre de Calais.

Hélas vous causez le mien.

L'entête de réplique indique LUCETTE. Nous corrigeons. [NdE]

LUCETTE, malignement

Ahi, ahi, ahi.

PIERROT

Air. Du Prévôt des Marchands.

Ma ressource est le désespoir.

LUCETTE

C'est-à-dire, Mademoiselle ma soeur, que vous n'épouserez point Monsieur_Thomas ?

CLAUDINE

Précisément, ma soeur.

PIERROT

Que je suis heureux !

LUCETTE

Mais sera-ce moi ?

CLAUDINE

Je ne vous empêche pas de vous en accommoder dans quelques années.

CLAUDINE

Ô ciel !

LUBIN

Il ne nous manquait plus que cet obstacle.

LUCETTE

Comment ?

PIERROT, embarrassé

Je dis que je ne m'attendais pas à tant de bonheur à la fois.

LUCETTE

Et moi, je m'attendais à une réponse plus honnête.

AIR. Quel désespoir.

Ne craignez rien, On ne prétend forcer personne, Ne craignez rien.

D'un air dédaigneux.

Gardez votre charmant lien.

PIERROT

Vous valez mille fois mieux ; mais...

LUCETTE

Mais, mais, il suffit ; pour vous apprendre à être plus galant, vous n'épouserez ni Mademoiselle ni moi.

PIERROT, à part

Quel petit diable !

CLAUDINE

Quoi, tout de bon, ma chère petite soeur.

LUCETTE

Oh tout de bon. Je m'en garderai bien.

PIERROT

Quelle discrétion à cet âge !

CLAUDINE

À la bonne heure.

LUCETTE, à part

Et Lubin me restera.

Haut.

Le voilà, le pauvre bonhomme.

SCENE VI. Thomas, Claudine, Lucette, Pierrot.

THOMAS

Bonjour, mes enfants. Lucette, avez-vous bien fait le guet ?

LUCETTE

Oui, Monsieur.

THOMAS

Vous n'avez donc rien à me dire ?

LUCETTE

Oh non, Monsieur.

THOMAS

Écoutez, mon petit chat.

Il lui parle à l'oreille.

CLAUDINE

AIR. Pour la Baronne.

Lubin que faire, Hélas, on va nous séparer.

PIERROT

Paraissez dans quelques instants désirer du fruit de ce poirier ; je me charge du reste.

CLAUDINE

J'y consens volontiers.

THOMAS, à Lucette. Haut

Et vous distribuerez des bouquets et des rubans à chacun, entendez-vous ?

LUCETTE

Oui, Monsieur.

CLAUDINE, à part

Que je le déteste.

LUCETTE, à Claudine et à Lubin en s'en allant

Après la noce, après la noce.

SCÈNE VII. Thomas, Claudine, Pierrot.

CLAUDINE, embarrassée

Monsieur...

THOMAS

Dis, dis, ne te gêne pas devant Pierrot ; tu sais que c'est un bon garçon qui n'entend pas malice, et dont nous sommes sûrs.

THOMAS

Le pauvre garçon ! Comme il prend mes intérêts !

PIERROT

Moi, Monsieur, je ne désire que ce que vous aimez.

THOMAS

Quel zèle !

À Claudine.

Je ne doute pas que tu n'aimes beaucoup ton futur ; mais jure, jure-le moi encore.

THOMAS

Elle a raison ; mais ne pourrais-tu pas dire quelque chose de satisfaisant à celui qui doit te posséder ? Là quelque chose de personnel.

CLAUDINE

Vous le permettez ?

THOMAS

Oh ! Je t'en prie.

AIR. De mon Berger volage.

THOMAS

Diable ! Je ne croyais pas ressembler si fort à ce Dieu ! Tu charge un peu le portrait, ma petite reine ; mais va je t'en sais bon gré.

PIERROT, toujours d'un ton niais

AIR. De la Palisse.

Monsieur, j'entends tout cela da !

CLAUDINE

Monsieur, je le crois aisément.

THOMAS

Tes sentiments, pour moi, seront bientôt récompensés ; je te laisserai la maîtresse.

AIR. Des fraises.

Et tu porteras sur toi La clef de mes armoires, Viens...

THOMAS

Oh ! Qu'à cela ne tienne ! Va, Pierrot, va vite prendre une échelle, et tu lui en cueilleras.

PIERROT

J'y cours, monsieur, J'y cours.

Il sort.

THOMAS

Ce garçon-là m'est bien attaché, c'est dommage qu'il soit si benêt.

SCÈNE VIII. Claudine, Thomas.

THOMAS

AIR, Et non, non, non, je n'en veux pas davantage.

Tu dois être bien contente.

CLAUDINE

Et non, non, non, Je n'en veux pas davantage.

Que ne suis-je sûre de la réussite !

THOMAS, riant

Ah, ah, ah, elle me fait rire, est-ce que cela peut manquer ?

CLAUDINE

Mon coeur le craint.

THOMAS

Ton coeur, ton coeur... à tort ; il est étonnant comme elle m'aime : ce que c'est que de gêner les filles, et de les garder de près, on se les attache.

SCÈNE IX. Thomas, Claudine, Blaise.

THOMAS

Ce jour va finir son tourment.

BLAISE

Je savons ben que tout s'apprête pour ça, et j'en sommes ben aise ; car je nous intéressons à son intérêt ; et stila qu'alle aime est morgué ben aimable y tout.

THOMAS

Je te suis obligé du compliment.

BLAISE

Oh allez, il n'y a pas de quoi ! Dites donc Monsieur_Thomas ? Vous allez ben vous réjouir ?

THOMAS

Oh, je t'en réponds, mon enfant.

THOMAS

Quoi, franchement !

BLAISE

Oh, en vérité.

AIR. N'ayez pas tant de mépris.

Vous avez avec cela De l'esprit, dit-on.

THOMAS

Oui-da.

THOMAS

Oh non !

THOMAS

Va, je le pardonne.

BLAISE

Et pourtant, note bourgeois, vous ne seriez pas d'humeur, sur vote respect, à céder Mademoiselle Claudaine à queuqu'autre, pas vrai ?

THOMAS

Non, parbleu.

BLAISE

Je croirais ben. À propos de ça, comment trouvez-vous l'poisson ? Pierrot vient de me dire qu'il passerait, en cas que Mademoiselle Claudaine l'aime.

CLAUDINE

Passionnément.

THOMAS

Oui, il est très frais, tu veux m'amener à te donner pour boire ?

BLAISE

Tout juste, note maître, comme vous devinez ? Queu malin que vous êtes ?

THOMAS

Tiens le voilà.

BLAISE

Deux sols ! On voit bien que c'est le jour de vos noces, vous faites de la dépense.

AIR. L'occasion fait le larron.

Ne faut-il pas vous rendre votre reste ?

THOMAS

Volontiers, cela n'est pas de refus.

BLAISE

Laissez faire, allez, Mademoiselle Claudaine vous le fra frire dans la poêle à Monsieur_Lubin ; pas vrai la petite mère ? Ah, Monsieur_Thomas, que vous êtes heureux ! Voyez comme alle vous regarde ; si alle pouvait vous manger alle le ferait. Sans adieu Monsieur_Thomas.

THOMAS

Bonjour, mon ami.

THOMAS

C'est un bon réjoui !... Comment te voilà rêveuse, depuis un instant tu n'es plus la même ; que te manque-t-il ?

CLAUDINE

Des poires.

SCÈNE X. Thomas, Claudine, Pierrot.

THOMAS

Tiens, voilà Pierrot, tu vas être satisfaite.

CLAUDINE

Je craignais qu'il ne m'eût oubliée.

PIERROT, toujours niais, après avoir posé l'échelle

AIR. Nous jouissons dans nos Hameaux.

Vous oublier, nenni vraiment, Je n'en ai point envie, À vous servir, à tout moment ; Je passerai ma vie.

THOMAS

Fort bien,

THOMAS

Oh, tu le peux, puisque je la regarde moi comme ma petite femme.

THOMAS

Tu m'enchantes. Elle est folle de moi. Pierrot dépêche toi de lui cueillir de ce fruit.

PIERROT, montant

Point de malice.

THOMAS, au pied de l'échelle

Que veux-tu, il est peureux, il ne faut pas se moquer de sa simplicité. Un homme d'esprit plaint ceux qui n'en ont pas.

PIERROT, sur l'arbre

Ah, ah, Monsieur ! Que faites-vous donc là ?

THOMAS

Parbleu tu le vois bien.

PIERROT

Vraiment, oui, je le vois. Quoi ! Avant d'être mariés prendre ces petites libertés-là.

THOMAS

Que diable est-ce qu'il chante !

PIERROT

AIR. Maman, qu'est-ce donc qu'ils faisaient !

Devant moi former ce dessein !

THOMAS

Je n'y puis rien comprendre.

La tête lui tourne.

PIERROT

Ah ! Vous ôtez l'échelle, et vous vous enfuyez ! Monsieur Thomas ? Mademoiselle Claudine ? Ils s'en vont ? Je savais bien moi qu'ils me feraient des malices.

AIR. Manon dormait.

C'est fort mal fait.

PIERROT, après être descendu se frotte les yeux

Hé, non, vraiment, les voici.

PIERROT

Mais il faut donc que cet arbre, Soit, Monsieur, ensorcelé.

Et si je n'ai pas tout vu ce que je vous ai dit, je ne m'appelle pas Pierrot. Voyez le serment que je vous fais.

CLAUDINE

Cela paraît bien étonnant.

THOMAS

Il faut qu'il en soit quelque chose ; car quoique simple et niais, il a des yeux. Parbleu éprouvons cela. Il monte sur le poirier.

PIERROT

Il le prend bien.

CLAUDINE, lui donnant la main

Je mets mon sort dans les mains de l'amour.

THOMAS, sur l'arbre

Il semblerait qu'il lui prend le bras.

PIERROT

Daignez seulement me suivre.

CLAUDINE

Mais Lubin, la pudeur, la sagesse, me défendent...

THOMAS

On dirait qu'il la presse.

PIERROT

AIR. Ah ! je vous trouve , Chevalier.

La fuite ne fera que feinte, Ne craignez rien.

CLAUDINE

Hélas !

PIERROT, lui baisant la main

Aimons-nous sans contrainte.

THOMAS

Ne croirait-on pas qu'il l'embrasse, ma foi , je trouve ce poirier singulier ; mais ? Mais fort singulier.

PIERROT

Belle Claudine, venez.

CLAUDINE

Je n'ose.

PIERROT, se jetant à ses genoux

Je vous en conjure.

THOMAS

Oh, oh, le voici à ses genoux ! Descendons.

PIERROT, pendant que Thomas descend passe de l'autre côté de l'arbre

Cruelle, nous sommes perdus !

THOMAS, descendant

Cela ressemble si fort à la vérité.

CLAUDINE

Que je suis sotte !

THOMAS, descendu

Ma foi non, ils sont fort tranquilles, les pauvres enfants.

CLAUDINE

Hé bien, Monsieur, avez-vous vu quelque chose ?

THOMAS

Oui d'honneur, ou du moins j'ai cru voir qu'il te prenait la main, qu'il la baisait, qu'il était à tes genoux.

PIERROT

Là ! Suis-je un menteur !

CLAUDINE

AIR. De tous les Capucins du monde.

Bon, vous riez.

PIERROT

J'étais comme vous.

À part.

Que je me repens de ma timidité.

Haut.

Je suis enchanté de cela. C'est une découverte rare.

PIERROT, à Claudine

Laisserons-nous encore échapper cette occasion ?

THOMAS

Ne croirait-on pas qu'ils ôtent l'échelle ! cela est original !

SCÈNE XI.

THOMAS, seul

On se donnerait au Diable qu'ils s'en vont. C'est plaisant ! C'est fort plaisant ! Je ne donnerais pas ce poirier pour cent Louis.

Il rit.

Ah, ah, ah, ah ! Parbleu, je m'amuserai bien ! Non seulement je m'amuserai ; mais je pourrai faire nombre de gageures ; par conséquent les gagner et m'enrichir encore ! Cette idée me flatte bien plus que mon mariage.

SCÈNE XII. Thomas, Lucette.

LUCETTE

Comment ont-ils fait pour s'échapper ?

THOMAS

Ah ! Lucette, Lucette ? Tiens, viens voir, viens voir.

LUCETTE

Allez, Monsieur, ils sont déjà bien loin. Votre Pierrot était un amant déguisé en valet.

THOMAS

À l'autre ! Est-ce que tu es ensorcelée aussi toi ? Le charme s'étendrait-il ?...

LUCETTE, riant

Hé mais, Monsieur Thomas, vous radotez, ils sont prêts à revenir.

AIR. Dans la jeune saison.

Ma soeur et son mignon, Qu'un Pêcheur considère ; Dans la barque au poisson, Ont passé la rivière ; Hé riez, riez donc.

THOMAS, en colère

Ah petit serpent ! Fripon de Pierrot, effrontée Claudine ! Vite, coure après eux.

LUCETTE

Ma foi, Monsieur, courez-y vous-même.

THOMAS

Eh, le puis-je faire ? Maudit Poirier ! Tu seras coupé ! À l'aide, au secours ! Je crève, je suis volé.

SCÈNE XIII. Thomas, Lucette, Blaise.

BLAISE

Hé puis ils s'en furent Dans une masure.

Ah ! ah ! Dites donc Papa ? Qu'est-ce que vous faites-là ? Est-ce pour voir de plus loin que vous voilà grimpé si haut ?

THOMAS

Te voilà Pendard ! C'est donc toi qui facilite l'enlèvement d'une jeune innocente.

AIR. Chantez mon Petit.

Toujours par fillette franche, Barbon doit être triché, Comme un oisiau sur la branche.

THOMAS

Coquin.

THOMAS

Oh, que j'aurai de plaisir à te faire pendre.

BLAISE

Notre bourgeois, de la douceur, en attendant je m'en vas vous tenir l'échelle, moi.

Il dresse l'échelle contre l'arbre.

THOMAS, descendant

Oh, nous allons voir beau jeu.

SCÈNE XIV et DERNIÈRE. Monsieur de Bonsecours, Claudine, Lucette, Thomas, Pierrot, Blaise.

CLAUDINE, pendant que Thomas descend

Je n'ose paraître devant lui.

MONSIEUR DE BONSECOURS

Rassurez-vous, ma chère enfant, je prends tout sur moi.

THOMAS, descendu veut courir après Blaise

Ah ! Scélérat....

MONSIEUR DE BONSECOURS

Tout doux, Monsieur Thomas.

THOMAS, d'un air soumis

Ah, Monsieur !

MONSIEUR DE BONSECOURS

Je vous abandonne tous les droits à ce prix.

THOMAS

Quelle alternative !

MONSIEUR DE BONSECOURS

AIR. La bonne aventure.

Allons , Monsieur le Tuteur, Un mot doit conclure.

THOMAS

Je vais faire abattre ce maudit poirier, et fera les frais de la noce qui voudra.

MONSIEUR DE BONSECOURS

Je m'en charge.

THOMAS, à Lucette en s'en allant

Toi, petite coquine, pour n'avoir été plus vigilante, tu payeras pour ta soeur dans quelques années.

LUCETTE, à Blaise

Monsieur_Blaise, je me recommande à vous, quand je serai plus grande.

BLAISE

Volontiers, je ne risque rien d'avancer le mien dans ces marchés-là ; moi je me sauve sur la quantité.

VAUDEVILLE DU POIRIER.

490 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica