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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers· Tragédie en Deux Acte et en Vers

La Mort de Guillaumet

Antoine Verdié· imprimée en 1868· 2 actes· 926 vers· 7 personnages

Personnages

  • BERNAT, cousin de Madelon M. FRANCISQUE
  • BERTOUMIOU, frère de Madelon M. ACHILLE
  • GUILLAUMET, sous le nom de MARTIN M. FOURNIER
  • ANTOINE, garçon meunier M. LEPEINTRE aîné
  • RAMOUNET, ancien voisin de Bernat M. FRÉDÉRIC
  • MADELON, meunière Mme LEPEINTRE
  • SUZON, fille de Bertoumiou. Melle VIRGINIE

ACTE PREMIER

Le théâtre représente un moulin à eau situé sur la Jalle de Blanquefort, dans le fond et sur le coté droit de l'acteur. Au fond, et un peu en face du public, on voit au pont lui traverse la Jalle et semble conduire dans la campagne.

SCÊNE PREMIÈRE.

ANTOINE, sortant du moulin avec un sac vide sur le bras

Oui, je suis décidé... Je quitte de tout ce moulin ; Ce que j'y vois je me lasse à la fin ; Je veux leur faire voir, n'étant pas de la cave, Qu'on e me traite pas comme on traite un esclave. Comment ! Depuis trois mois pas un mot de douceur, Et chacun m'assaillit de sa mauvaise humeur. Ces mauvais traitements me donnent lieu de croire Que dans cette maison je suis la bête noire ; Mais puisque c'est ainsi, n'y pouvant plus tenir, Pas plus tard que demain je prétends en sortir. À prendre ce parti j'aurais bien moins de presse Si je n'étais grondé que par notre maîtresse ; Mais souffrir qu'un valet me fasse aller au pas, C'est un peu trop vexant, cela ne se peut pas. Je ne puis revenir de son impertinence, Lui de qui j'attendais de la reconnaissance : Après l'avoir soustrait aux horreurs de la faim, Et l'avoir bonnement introduit au moulin, Il ose à mon égard agir d'un ton sévère, Et me fait chaque jour supporter sa colère ; Il a même le front d'oser me menacer Qu'il n'a qu'à dire un mot pour me faire chasser. Il faut que Madelon, d'accord avec ce traître, Lui donne le pouvoir de commander en maître. Ah ! Ce n'est plus le temps qu'il vint sur mon chemin, Rongé par la misère, et, d'un air patelin, Me dire avec respect : Ah ! Mon ami, de grâce, Daignez pour quelque emploi me trouver une place, Veuillez avoir égard à ma position, Et je vous saurai gré d'une telle action. Pas mal ! Dès qu'il me voit c'est tout comme une rage : Où vas-tu ? Que fais-tu ? Voyons, marche à l'ouvrage ! Il me gronde sans cesse, et le grand bruit qu'il fait M'empêche mainte fois d'entendre le traquet. Ceci n'est pas le tout, je gage que le drôle En lui parlant d'amour rend la bourgeoise folie. Je ne la connais plus, elle semble un lutin, Et me mène aussi dur que ce maudit faquin. Mais j'en aurai raison, ou le diable m'emporte, Et si je sors d'ici, je prétends qu'il en sorte ; Je veux lui faire voir à cet original.

Traquet : Morceau de bois qui passe au travers de la trémie du moulin, et dont le mouvement fait tomber le blé sous la meule. [L]

SCÈNE II. Antoine, Guillaumet.

GUILLAUMET, lui donnant un soufflet

Tiens, maudit insolent, serre ça dans tes poches.

SCÈNE III. Antoine, Guillaumet, Madelon.

MADELON

Tais-toi !

ANTOINE

Ah ! Mon_Dieu ! Craignez donc monsieur le redoutable ! À l'entendre, on dirait que c'est Robert_le_Diable. Crois-tu me faire peur, dis donc, mauvais capon ?

Robert le Diable : Personnage légendaire de Normandie.

Capon : Populairement, joueur rusé, fin et appliqué à prendre tous ses avantages. [L]

GUILLAUMET, allant vers Antoine

Ah ! C'en est trop !

MADELON, le retenant

Eh bien !

SCÈNE IV. Guillaumet, Madelon.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Madelon, Antoine.

ANTOINE

Me voici.

ANTOINE

Non, non, sans être fin, je m'y connais un peu ; De vos deux yeux fripons je remarquais le jeu. Je me souviens encor du jour du grand orage, Et ne prends pas cela pour être un badinage. Vous rappelez-vous bien que, tremblante d'effroi, Vous vîntes, dans la peur, vous accrocher à moi, Puis, me serrant le corps en détournant la tête, Vous disiez : Ah ! Mon cher, quelle horrible tempête ! Je frissonne de peur ; la foudre, les éclairs, Semblent, dans ce moment, confondre l'univers : Antoine, mon ami, la frayeur me transporte ; Ne m'abandonne pas, je suis à moitié morte... En fallait-il de plus pour me rendre amoureux ? Pouvions-nous de plus près nous toucher tous les deux ? Non ; dès ce même instant je sentis dans mon âme Pétiller le tison d'une amoureuse flamme. Vous souvient-il encor du jour de carnaval Où d'avoir trop mangé je me trouvai si mal ? Eh bien ! N'est-ce pas vous qui, craignant pour ma vie, Me fîtes avaler un verre d'eau-de-vie ? Rappelez-vous le jour où, venant du château, J'eus l'imbécillité de culbuter dans l'eau ; Trempé comme un canard, je vins, l'âme accablée. De voir mon triste état vous parûtes troublée. Pour sécher mes habits, vous mîtes aussitôt En travers des chenets la moitié d'un fagot. Que devais-je penser en cette circonstance ? Devais-je prendre ça pour de la complaisance ? Non ; je voyais alors aussi clair que le jour Que ces bons procédés n'étaient que de l'amour. Il me souvient encor que, la même semaine, Vous me fîtes cadeau de ce bonnet de laine.

Il lui montre le bonnet, et le jette a terre avec fureur.

Tiens, funeste présent, toi qui sus m'enflammer...

Il veut le fouler aux pieds, réfléchit, et le ramasse.

Non, je le garde encor, de peur de m'enrhumer.

SCÈNE VII. Madelon, Guillaumet.

MADELON

Allez, mon cher Martin.

Elle rentre au moulin.

SCÈNE VIII.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. MADELON, GUILLAUMET.

SCÈNE III. Guillaumet, Madelon, Bernat.

BERNAT

Vonjour.

GUILLAUMET

Bonjour, mon cher, bonjour.

Il rentre.

BERNAT

Il recule de surprise, croyant voir Guillaumet.

Ah ! Satre d'un sab[b]at !

SCÈNE IV. MADELON, BERNAT.

Bernat, pendant un moment, va vers le moulin et revient troublé ; il ne peut se contenir ; Il a un gros bâton duquel il frappe.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. BERNAT, en posture ; GUILLAUMET, la figure enfarinée.

GUILLAUMET, effrontément et sans être entendu de Bernal

Allons, ne craignons rien, je sais qu'il est capon, Je le ferai trembler en lui montrant du front ; D'ailleurs, je le connais, c'est une bonne bête.

À Bernat, qui le fixe sans quitter son altitude.

Eh bien ! Maître Bernât, nous voici donc de fête. Vous voulez, m'a-t-on dit, me parler en secret ?

Ici Bernat, après l'avoir fixé un moment sans lui répondre, fait trois ou quatre pas sur le côté, et semble ruminer avec les bras croisés.

À part.

Il ne me remet plus.

GUILLAUMET

Brigand !

BERNAT

Crainte d'un tel malhur, je bole l'abertir.

Il court vers le moulin.

SCÈNE VII. GUILLAUMET, BERNAT, RAMOUNET.

GUILLAUMET, à part

Encore un contre-temps.

GUILLAUMET, à part

Oh ! Le triste embarras !

GUILLAUMET, à part

Ô fatale aventure !

SCÈNE VIII. Bernat, Ramounet, Guillaumet, Madelon.

GUILLAUMET, à Madelon

Ils perdent la raison.

MADELON

Mais, mon [p]auvre Bernât, vous battez la campagne.

Battre le campagne : devenir fou.

SCÈNE IX. Bernat, Ramounet, Guillaumet, Madelon, Bertoumiou, Suzon.

BERTOUMIOU, montrant le moulin

Tiens, nous sommes rendus.

SUZON

Elle va embrasser sa tante.

Ma tante, excusez-moi.

MADELON

Voyez-la donc, Martin.

Après s'être embrassées.

Eh bien ! Qu'en dites-vous ?

SUZON

Elle reconnaît Guillaumet, va vers son père et lui tire le bras.

Mon père.

GUILLAUMET, à part

Contre moi tout conspire.

SUZON, lui montrant Guillaumet

Je le reconnais bien, c'est là mon prétendu.

BERTOUMIOU

Ah ! Mon ami Bernat, prête-moi cette gaule !

Gaule : Grande perche. C'est avec une gaule qu'on abat les noix. [L]

BERNAT, sans lui abandonner le bâton

Mais pourquoi faire donc ?

SCÈNE X. Hernat, Bertoumiou, Ramounet, Madelon, Suzon.

SCÈNE XI. Les précédents, Antoine, marchant a pas lents, les bras croisés.

ANTOINE

Madelon, je l'ai vu tout comme je vous vois. Je venais de remplir cet ordre si sévère Que vous m'aviez prescrit : j'amenais le notaire. Tous deux dans le chemin, sans nous dire un seul mot, Nous marchions à grands pas pour arriver plus tôt. À peine nous sortions de cette grande plaine Qui depuis le château conduit à la garenne, Que nous vîmes de loin un homme sur le pont, S'occupant de la jalle à regarder le fond ; Les gestes qu'il faisait nous firent bientôt croire Que, s'il regardait l'eau, ce n'était pas pour boire. Il semblait éprouver quelque chagrin affreux, Et, dans son désespoir, s'arrachait les cheveux ; Il voulait se frapper ; poussé par la colère, Nous l'avons vu trois fois se rouler sur la terre ; On l'eût dit enragé ; faisant grincer les dents, Il semblait se débattre avec de gros serpents, Faisait de vains efforts, poussait des cris de rage ; L'écume qu'il rendait lui couvrait le visage. Son corps tout mutilé, ses habits tout bourbeux, Offraient à nos regards l'aspect le plus hideux. Dans ce cruel état tout à coup il se lève, Revient vers le torrent, il l'examine, il rêve ; Transporté de fureur, le dévore des yeux, Lève parfois sa tête et contemple les cieux ; Il semble les prier de le réduire en poudre ; Il appelle sur lui leur vengeance et leur foudre. Il n'est point écouté, ce n'est que dans les eaux Qu'il pourra rencontrer le terme de ses maux ; Il est prêt à franchir ce pas si redoutable, Quand nous nous écrions : Arrête, misérable ! Nous courons promptement vers cet endroit fatal. Que vois-je ! Juste ciel ! Mon odieux rival 1 À cette vue horrible, aussitôt je m'arrête. Antoine, me dit-il, ta vengeance s'apprête ; Je vais te délivrer d'un affreux scélérat, À qui tu fis du bien et qui fut un ingrat. De retour au moulin, tu verras mes victimes, Qui te détailleront le tissu de mes crimes, Ils sont tous inouïs, ils te feront frémir ; Mais assure-les bien que j'ai su m'en punir. À peine a-t-il fini de prêcher sa morale, Qu'il s'élance aussitôt au milieu de la jalle ; Je le vois disparaître, et l'eau, dans son courant, Semble s'enorgueillir d'engloutir un méchant.

MADELON, avec embarras

Antoine, tu sais bien...

926 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica