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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Parodie en vers· Parodie de Zaïre

Caquire

M. de Vessaire· imprimée en 1783· 5 actes· 1 801 vers· 11 personnages

Personnages

  • CUCUMANE, Soudan d'Etronie
  • PUPUTANT, Prince du sang royal de Foirance
  • CAQUIRE
  • FOIRINE, Esclave du Soudan
  • NÉFLAIRANT, Chevalier foirant
  • MERDILLON, Chevalier foirant
  • CROTENMAIN, Officier du sérail
  • MERDEDOR, Officier du sérail
  • UN ESCLAVE, vidangeur
  • UN APOTHICAIRE
  • TROUPE DE POUSSE-CULS
HONNI SOIT QUI MAL Y PENSE

L'auteur n'eut jamais la coupable pensée de tourner en ridicule les noms et les choses qu'il a parodiés dans cet ouvrage, et pour lesquels il déclare avoir eu toujours le plus profond respect. C'est un badinage de société, dont il a donné la première édition à ses amis, et dont il a vendu la seconde pour cause (1).

(1) La cause. ... c'est pour avoir de quoi faire avec les dents ce dont il est tant parlé dans sa pièce.

SUJET HISTORIQUE

Tout le monde sait, que vers le milieu du douzième siècle, ceux qui chiaient mou sur les rives de la Seine, trouvèrent mauvais que d'autres peuplades chiassent dur sur les bords du Gange. Ce fut pour essayer de leur donner la foire, que l'ermite Cucupètre prêcha une cacade à Foirance, dont les habitants de tout sexe, de tout âge, prirent les armes, et partirent pour la terre peinte, sans considérer que chacun a bien le droit de chier à sa guise, sans que personne y vienne foutrer le nez. Ils traînaient après eux une artillerie dont la plupart des pièces avoient été souvent enclouées ; et pour la servir, plus de poudre à chignon que de poudre à canon : les tambourins remplaçaient les tambours, ainsi du reste. Il est aisé de deviner quelle fut la suite de cette expédition. L'indiscipline et la débauche eurent bientôt fait la besogne du Soudan d'Etronie, qui attirant ces foireux dans une embuscade, en fît une horrible boucherie. Tout ce qui échappa au glaive du vainqueur tomba dans ses fers. Tel fut le sort de Puputant, de sa fille Caquire, et de nombre de chevaliers, dont quelques-uns figurent dans cette tragédie. C'est de là qu'est venue cette grande antipathie entre les FOIREUX et les CONSTIPÉS, qui fournissent les scènes de cette pièce.

Ehu qui miserrima vidi !

Dédicace

ÉPITRE DÉDICATOIRE A MLLE. FESELURI.

Couronné du bourlet de la chaise percée de Melpomène, je viens le déposer à vos pieds avec le plus pur des digestions de ma muse. C'est ainsi qu'un galant jardinier emploie ses meilleurs engrais à la culture de la fleur qu'il préfère, et qu'il aide le rosier à multiplier ses boutons. Si les vôtres, Mademoiselle, n'ont pas attendu cette dédicace pour éclore, je ne me félicite pas moins d'avoir trouvé une occasion de servir vos goûts, en prodiguant dans mes vers une matière dont vous faites si grand cas. C'est pour en fabriquer que vous entretenez sans cesse à la porte de votre palais trente-deux belles et bonnes ouvrières, dont la blancheur cause bien des jalousies. Qui plus que vous, Mademoiselle, avait des droits à cet hommage ? Jeune, jolie, vessant, pétant, pissant, foirant enfin, et crottant tour-à-tour comme Caquire, que d'aimables rapports, sans ceux que j'ignore ! À de si grandes qualités ajoutez l'indulgence, et rien n'égalera le bonheur de celui qui se fait gloire d'être avec un parfait dévoiement,

MADEMOISELLE,

Votre très humble et très vessant serviteur,

DE VESSAIRE.

L'AUTEUR AUX CRITIQUES

Il me semble, Messieurs, vous voir tourner le nez à boucher les oreilles, et dire FI, l'insupportable cochonnerie ! Eh ! quoi ! pendant cinq puants d'actes, n'entendre que des acteurs qui ont toujours la bouche pleine de merde ! En vérité, on n'y tient pas ; et si l'on retranchait de cette pièce la foire, les culs, les cas, les anus, les oh, les ah, les dieux et les diables, elle serait finie aussitôt que commencée. Tout beau, censeurs d'étrons ; vous êtes bien difficiles. Ouvrez le chef-d'oeuvre de nos grands maîtres dans l'art dramatique : y trouverez-vous moins souvent répétés les mots, valeur, gloire, amitié, désespoir, tyrannie, amour, etc. Mais, direz-vous, ces défauts sont rachetés par la beauté de leurs vers, qui sont infiniment plus coulants que les vôtres. Pas toujours, Mes sieurs, pas toujours. Lisez le distique suivant, dans lequel l'académicien LEMIERRE a fait le portrait de sa maîtresse en miniature.

SEIN, MAIN , BRAS, PORT, TEINT, OEIL, PIED, PEAt, NEZ, DENT, CUL, BOUCHE, TOUT EN ELLE ATTENDRIT, TOUT EST TENTANT, TOUT TOUCHE,

Ces deux vers ne sont-ils pas aussi tant soit peu diuruscnl s, pour ne pas dire durs ; cependant vous ne pouvez 7 pas plus que moi, vous dispenser de les admirer : il en sera de même des miens, lorsque vous aurez réfléchi que quelques rimes forcées, quelques constructions étrar

Antoine-Marin Lemierre (1733-1793) dramaturge et académicien. Il écrivit des poésie d'inspiration latine.

AVIS DE L'ÉDITEUR

Pour répondre à la magnificence du sujet, je m'étais d'abord proposé de faire dorer tous les K et tous les Q qui se trouvent dans chaque mot de cette Parodie ; mais ayant réfléchi que ce serait vouloir dorer la dorure et et le doreur même, je changeai d'avis ; et j'allais faire peindre autant de CULS et de CAS qu'elle en renferme, lorsqu'un homme de lettres me fit observer que j'allais sans m'en douter, former une collection de tableaux et de portraits sans nez, qui enchérirait trop cette édition. Il ajouta, que les autres lettres de l'Alphabet en seraient infailliblement jalouses, surtout les S, I, F , L , E, T, qui pourraient bien faire tomber cette pièce, peu propre à être relevée par tout autre que les amateurs, qui sont fort rares en ce genre, surtout depuis la mort de Mr. Paparel. (*)

Ces considérations m'ont déterminé à ne rien changer aux formes typographiques ordinaires, et à dédommager le public de la privation de ces enjolivements par des notes savantes, et le costume des acteurs à l'aide desquels tout le monde pourra jouer cette pièce avec la dignité convenable sur les théâtres de société. Quant à la table des matières, j'ai pensé qu'elle était inutile, attendu qu'il n'y en a que d'une seule qualité dans cet ouvrage.

(*) Fameux mangeur de merde.

Claude-François Paparel (1659-1725), financier puis homme d'état chargé des finances des armées. Il fut convaincu de détournement de fonds et condamné à mort parle Régent. Sa peine fut commuée en assignation à résidence.

ACTE I

La Scène se passe dans les privés du sérail qui sont dans un cul de sac de Crotine, capitale du royaume d'Etronie. Le fond du théâtre représente les chiens chassés du palais de Jupiter pour y avoir fait ce qu'on fait à Foirance. Au bas est un autel élevé au dieu CROTOCUSEC, adossé à une pyramide de crotins, dont les compartiments forment une très-odorante mosaïque. En avant est une riche chaise percée, surmontée de trois queues de chat. Les coulisses sont des rayons garnis du haut en bas de vases nocturnes de porcelaine de la Chine. La toile de l'avant-scène est faite de derrières de chemises artistement emmerdés, au milieu de laquelle est peint un gros cul dans ses fonctions, avec cette légende : Accipe quod tibi do, stercus in ore tuo. Des culs de lampes éclairent la salle. Un vent frais du couchant promène continuellement des torches-culs sur le théâtre. (*) La tête du souffleur sort d'une benne à merde au bord de l'orchestre. Quis talia fando temperet à lachrymis.

(*) Ce qui s'exécute par le moyen des crins qui sont invisibles.

SCÈNE PREMIÈRE. Caquire, Foirine.

FOIRINE

On pète vers ces lieux : sans doute, c'est lui-même.

Zaïre, v. 153 "On marche vers ces lieux ;"

SCÈNE II. Cucumane, Caquire, Foirine.

CUCUMANE

Ventueuse Caquire , avant que l'hyménée De nos digestions fasse ici la mêlée, J'ai cru sur vos étrons, sur moi, sur mon grand tour, Devoir en franc chieur vous parler sans détour Des foireux qu'à genoux la faculté contemple. Les usages, les droits, ne sont point mon exemple. Je sais que cette loi favorable à l'anus, Ouvre un champ sans limite au jeu de l'utérus. Que je pourrais de même , écartant les deux fesses, Recevoir au milieu le nez de mes maîtresses ; Et tranquille au sérail, suivant mes goûts blasés, Gouverner mon pays du sein de mes privés. Mais si la foire est douce, ah ! sa suite est cruelle. Je vois autour de moi cent culs salis par elle ; Je vois de Chitropclair ces lâches successeurs, Califes emmerdés au sein de leurs grandeurs, Couchés sur les débris de lzurs chaises percées, De leurs culs sans pouvoir n'obtenir que purées ; Eux qui feraient encore, ainsi que leurs aïeux, Des étrons bien cossus, étant percés comme eux. Piston les poursuivit jusques au mésentère, Et bientôt, pour venir leur boucher la gouttière, Il suscita le bras du puissant Chitouplein. Mon père après sa mort fit d'énormes boudins ; Et moi faible héritier de leur antique selle, Maître encore incertain d'un vase qui chancelle, Je vois ces fiers foireux, traînant leurs culs crottés, Vouloir aller de pair avec nos constipés ; Et lorsque la trompette étant à mon derrière, De mon centre à leur nez fait retentir la guerre ; Je n'irai point, en proie à de merdeux amours, Avec vous les filer aux communs tous les jours ; Mais j'atteste l'endroit le plus creux de Madame, De n'employer que vous pour maîtresse et pour femme, De vivre votre ami, votre amant, votre époux, De partager mon coeur entre la merde et vous. Ne croyez pas non plus que mon honneur confie Votre moule d'étrons à ces monstres d'Asie ; Des débouchés voisins gardes injurieux, Et, comme vous savez, impropres à tous deux. Je sais vous estimer autant que je vous aime, Et sur tous vos besoins m'en fier à vous-même. Après un tel aveu, vous connaissez mon cul ; Vous sentez qu'il vous sert à bouche que veux-tu ; Vous comprenez assez quelle amertume affreuse Corromprait dans mon pot la plus fine amoureuse, Si vous ne receviez les étrons que je fais, Qu'avec cet air hautain des culs à tabourets. Je vous aime, Caquire, et j'attends de vos cottes Les mêmes résultats que ceux de mes culottes. Je l'avouerai, mon coeur ne veut rien qu'ardemment ; Crotailler ne serait que m'aimer faiblement. De tous mes intestins tel est le caractère, Je veux pour vos beaux yeux chier dur comme pierre, Si votre ventre peut s'asservir à mes goûts, Crottant à l'unisson, que mon sort sera doux ! Mais des noeuds de l'hymen l'étreinte dangereuse Me rendrait malheureux avec une foireuse.

Utérus : Signifie ventre.

Idem vers 191 de Zaïre de Voltaire.

Zaïre de Voltaire, "...entre le guerre et vous"

Zaïre de Voltaire, v.210 : "Je veux avec excès vous aimer et vous plaire"

SCÈNE III. Cucumane, Caquire, Foirine, Crotenmain.

FOIRINE

Oh ciel !

SCÈNE IV. Cucumane, Caquire, Foirine, Crotenmain, Néflairant.

SCÈNE V. Cucumane, Crotenmain.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Néflairant, Merdillon.

NÉFLAIRANT

Le mien fort à propos surpassa votre attente Pour fléchir la rigueur de ce Mamamouchi. Mais que sert d'être heureux, d'être libre à demi ? Combien de ce Soudan l'humeur capricieuse Répand sur mes étrons son amertume affreuse ! Tu le sais, tu m'entends , puissant dieu Sterculus ? Tu vois le fond des coeurs, tu vois le fond des culs ; Tu sais si j'eus jamais de volonté que celle De te rendre Caquire aussi sage que belle, Depuis que Culotin l'enlevant avec moi, Lui boucha le derrière avec je ne sais quoi : Ce fut dans ce moment où sa troupe enragée Vint, surprit Puputant sur sa chaise percée. J'échappai par hasard des lieux de ce Soudan. Repris, j'y fus serré bien plus étroitement. Et depuis renvoyé sur ma simple parole, Seigneur, je me flattais... mais cette fille est folle. Je me flattais en vain de la rendre à Culis, Sans tache, sans déchet, telle qu'on l'avait pris... Déjà même la reine, à mes désirs propice, Avait fait parfumer le vase où la cour pisse. Enfin lorsqu'elle touche au moment attendu D'aller avec éclat mettre au grand jour son cul, On la retient... Que dis-je ? Ah ! Seigneur, ah ! La chienne N'a pardieu pas besoin que par force on la tienne ; Elle aime le Soudan.... et ce n'est pas le pis ; Un plus sanglant affront.... de plus cruels soucis... Des malheureux foirants l'espérance est trahie.

Mamamouchi : Nom burlesque dont s'est servi Molière pour donner une dignité turque à son bourgeois gentilhomme. [L]

Sterculus : Dieu de la merde, qu'adoraient les Romains et les Foirantins.

MERDILLON

Seigneur, s'il est ainsi, votre faveur est vaine. Quel indigne soldat viderait sa bedaine Quand celle de son chef est en piteux état ? Vous ne l'avez pas vu comme nous au combat. Bénissez le destin.... Sa faveur sans égale Au bas de votre dos ne fit ouvrir l'ovale Qu'après ce jour de deuil et de calamités, Qui fut le jour du sac de nos commodités, Où je vis, sous le joug de nos barbares maîtres, Condamner de nos cuis les uniques fenêtres. Ciel ! Si vous aviez vu tous nos pots renversés, Les uns à demi pleins, et les autres cassés, Nos pères, nos enfants, nos filles, chaque femme, Interrompre en pleurant le jeu de trou-madame, Et notre dernier roi rendre ses excréments Sur ses fils massacrés tous ensemble expirants. Puputant, seul espoir de sa triste famille, D'une main prend son sabre , et jetant sa béquille, Il s'élance à cul nu parmi les combattants, À l'un coupe le nez, perce à l'autre les flancs, Frappe à tort, à travers, tue à tout coup qu'il donne, Criant à pleine voix : qu'on n'épargne personne Qu'après avoir au diable envoyé le dernier. Puis en braquant sur eux son énorme fessier, Avec tant d'à-propos il lâche la mitraille, Qu'il obombre d'un jet toute cette canaille. Il finit par s'armer d'un beau vase de nuit, Qui dans un havre-sac dessus son dos le suit ; Tel Hercule autrefois à grands coups de massue Dissipait des brigands l'innombrable cohue ; Il fracasse son pot, qui se mêle en morceaux Dans le crâne sanglant d'un de leurs généraux. L'anse seule lui reste ; il la leur montre, et jure Qu'il la garde en présent de noce à sa future. Sans doute quelque dieu, si ce n'est un démon, Combattait en avant, lui servait de plastron. Quand des tristes foireux la foule délivrée Vint porter avec nous ses pas dans Chiarrée. D'anus ils emportaient deux grands boisseaux bien pleins : Annibal enleva moins d'anneaux aux Romains. Oh ! Mon cher Néflairant, le sort nous humilie. Je crois qu'il prend plaisir à nous faire avanie. Vainement pour la foire avons nous combattu ; Nous n'en avons pas moins eu tous le cul cousu. Ressouvenir affreux dont l'horreur me dévore ; Mille étrons demi-morts, hélas ! Fumaient encore ; Nos toilettes n'étaient pas faites à demi, Quand nous fûmes surpris, livrés à l'ennemi. Puputant toujours noble et grand dans ses manières, Voulait qu'on lui bouchât l'oeillet pour tous ses frères ; Mais ils eurent chacun au cul leur cadenas, De là furent conduits dans des prisons d'état , Où, pour vider leurs ventres, on ne venait qu'à peine Leur déboucher le cul une fois par semaine. Tous se trouvant ainsi par force constipés, Chaque mois ne faisaient que trois cas raffinés. Depuis ce temps, hélas ! Notre malheureux père N'a pu se régaler du plus petit clystère. Resserré loin de nous, blanchi dans un cachot, Sans consolation, il pleure sur son pot. Ah ! Qu'il est affligeant pour un aussi grand prince De n'avoir pas au moins un valet qui le rince. Tel est pourtant son sort. Qui pourrait maintenant, Sachant son trou bouché, donner au sein du vent ?

Idem v.373, Zaïre de Voltaire.

Trou-madame : Sorte de jeu, qui se joue avec treize petites boules, qu'on fait couler dans autant de trous, marqués pour la perte ou pour le gain. [L]

Obombre : Fig. Éclipser, mettre dans l'ombre (peu usité en ce sens). [L]

Havre-sac : Anciennement, nom du grand sac de peau que les fantassins portaient sur le dos dans les marches. [L]

Chiarrée : Capitale du royaume de Foirance. [NdA]

À la bataille de Cannes. [NdA]

SCÈNE II. Caquire, Merdillon, Néflairant.

NÉFLAIRANT

Se peut-il ?

SCÈNE III. Caquire, Puputant, Merdillon, Néflairant, plusieurs esclaves.

PUPUTANT, regardant avec ses lunettes

Quel est cet officier ?... Eunuque blanc, je pense.

CUCUMANE

Avec moi prisonnier dans Chiarée en flamme, Tu vis, mon bon ami, ce qu'on fit à ma femme.

Chiarrée : Ville du royaume de Foirance. [NdA]

NÉFLAIRANT

De quel ressouvenir mon âme est déchirée ! À cet âge fatal j'étais dans Chiarée ; Et tout couvert de fange, attaché comme un chien, On me fit suivre ici le sort foirancien.

Fange : Boue, bourbe. Par extension et poétiquement, pays marécageux. Fig. Ce qui souille comme fait la fange ; bassesse, abjection. [L]

CAQUIRE et NÉFLAIRANT, tous deux à la fois

Oui, Seigneur.

NÉFLAIRANT

Oui, voyez la, Seigneur ; elle n'est pas fermée : C'est un cautère à merde.

Cautère : Agent chimique ou corps brûlant dont on se sert pour désorganiser une portion des tissus organiques, et la convertir en eschare. [L]

PUPUTANT

Approchez, mes enfants.

Ils se jettent à genoux.

CAQUIRE, l'embrasse tout le tour à la hauteur du cul, en tournant sur ses genoux sans se lever

Par devant, par derrière, il faut que je le baise.

PUPUTANT, se baisse et regarde Caquire à travers ses jambes

Ah ! Ma fille !

PUPUTANT

Que sa crotte en carreaux n'éclate que sur moi. Ah ! Mon fils, à ces mots j'eusse expiré sans toi. Grand Dieu ! J'ai digéré cinquante ans avec gloire ; J'ai fait fumer ton temple et d'encens et de foire. Depuis... dans un cachot privé de mes enfants, Forcé de chier dur, je comptais sur leurs flancs ; Et quand je vois ma fille après tant de tempêtes, Je la trouve... à quoi faire ?... à chier des broquettes. Je suis bien malheureux. C'est ton père, c'est moi, C'est ma prison qui met ton cul en désarroi. Ma fille, tendre objet de mes dernières vesses, Songe au moins, songe au jus qui coule entre mes fesses. C'est le jus de vingt rois comme moi tous foireux, Le jus de Paparel , autrefois si fameux. Oh ! Sang des demi-dieux !... Oh ! Fille encor trop chère, Connais-tu le destin de l'anus de ta mère ? Sais-tu qu'au même instant que son flanc mit au jour Sa fille, qui faisait de son ventre un tambour, Je la vis empaler par la main forcenée, Par la main des brigands à qui tu t'es prêtée ? Tes frères, ces agneaux égorgés à mes yeux, T'ouvrent leurs culs sanglants, foirant du haut des cieux. Le dieu que tu trahis, Sterculus en personne, Pour toi, pour l'univers foirait à pleine tonne. En ces lieux où mon cul fit entendre sa voix, En ces lieux où ma main le torchait des cinq doigts, Vois ces murs emplâtrés jusque sous les fenêtres : Tout annonce qu'ici foirèrent tes ancêtres. Tourne les yeux, et vois la tombe aux étrons frais ; C'est ici la montagne où l'on venait exprès Rendre aux étrons morts-nés les honneurs funéraires : C'est là qu'aux culs rétifs on donnait des clystères. Tu ne saurais marcher en ce triste canton, Tu n'y peux faire un pas sans fouler un étron ; Et tu n'y peux rester sans renier ton père, Et faire à ton honneur une indigne gouttière.

Elle se jette dans ses bras.

Je te vois dans mes bras frétiller et pâlir : La merde en ton rectum commence à s'amollir : La vérité sur toi descend à fesse nue,

Elle pète trouble.

Se fait entendre au point que ton cul éternue ; Et je trouve ma gloire et ma félicité À la porte du trou que j'ai cru gangrené.

Broquette : petit clou à tête large. [Larousse]

Papaprel : Fameux mangeur de merde, connu pour tel de toute la France. [NdA]

Zaïre de Voltaire v.671-672 : "En ces lieux où mon bras" et "En ces lieux où mon sang".

Zaïre, v.683 : "Je te vois dans mes bras et pleurer et frémir ;".

SCÈNE IV. Caquire, Puputant, Néflairant, Merdillon, Crotenmain.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Cucumane, Crotenmain.

CUCUMANE

Cesse de m'alarmer par de fausses nouvelles : Culis ne viendra point troubler ici nos selles. Ses sujets sont lassés de voir qu'en ces climats Le soleil trop ardent dessèche tous leurs cas. Abandonneraient-ils leur foireuse patrie, Pour courir les dangers de la crotomanie, Et venir arroser de leur sang odieux L'étronier seul arbuste ornement de nos lieux ? Non, faisant leur physique aux confins de Syrie, Ils menacent de loin les constipés d'Asie ; Et j'apprends que le roi s'éloigne de nos ports, Pour attaquer l'Egypte, où les culs sont moins forts. Contre les Merdocus son courage l'appelle : Il croit mettre aisément tous les leurs en canelle, Et cherche Merdelin, mon secret ennemi. De leur dissention mon cul a beaucoup ri. Je ne crains ni Chio, ni Cuba, ni Foirance. Plus ils vont par le bas, plus s'accroît ma puissance. Trop prodigues d'un flux qu'ils devraient ménager, La source peut tarir à force de couler. Relâche le bas ventre à ceux que je délivre. Mon cul montre toujours qu'il a du savoir-vivre. Je veux qu'en pot de chambre on les mène à leur roi, Que Culis me respecte et connaisse ma foi. Rends-lui son Puputant, dis lui que je lui donne Un anus qui lui seul vaut plus que sa couronne. Celui que par deux fois mon père avait vaincu,

Il fait un signe relatif.

Et celui qu'en mon camp j'avais fait... M'entends-tu ?

Crotomanie : Maladie du pays, dans laquelle les crottins s'attachent les uns aux autres, forment une espèce de ver solitaire, dont la tête sort par le cul du malade, et la queue par sa bouche, et rentrent aussitôt qu'on veut saisir l'une ou l'autre.

Etronier : Porte un fruit assez semblable à l'ananas, mais qui a beau coup plus d'odeur. [NdA]

Cuba : îles sous le vent. [NdA]

Pot de chambre : Voiture de la cour. [NdA]

SCÈNE II. Crotenmain, Néflairant.

NÉFLAIRANT

J'aurai peut-être bien un moment pour pisser.

Il va se mettre en posture au coin du théâtre.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Caquire, Néflairant.

CAQUIRE

Ciel !

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Caquire, Cucumane.

CAQUIRE

Pas tant.

CAQUIRE

Seigneur...

CAQUIRE

Hélas !

SCÈNE VII. Cucumane, Crotenmain.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Foirine, Caquire.

SCÈNE II. Cucumane, Caquire.

CUCUMANE

Vous m'aimez ? Pourquoi donc, pourquoi vous faire gloire De me percer le coeur, d'en faire une écumoire ? Vous m'aimez ?... J'en doutais si fort, que j'ai voulu Renvoyer mon amour à coups de pied au cul. Je me connaissais mal dans ce dépit extrême, Croyant qu'on se sépare ainsi de ce qu'on aime. Combien mon coeur est loin de ce fatal pouvoir, De celui d'oublier ton charmant entonnoir ! Puisse plutôt cent fois la colère céleste Me boucher le gosier, le nez, le cul, le reste, Que de donner la force à ton perfide amant De quitter comme un sot tes timbales !... Comment ? Va, je n'en eus jamais la fatale pensée, Pas plus que le désir de prendre la diarrhée. Moi, ne te plus aimer ! Ah ! J'en ai bien menti. Cesser de t'adorer !... Ma divine houri, C'est la chose impossible ; et mon fessier radote : C'est le dernier chagrin que te fait ma culotte. Je t'aimerai toujours , du moins aussi longtemps Que le ciel à mon cul voudra bien donner vent. Te voir est le moment le plus doux de ma vie : J'excepte néanmoins le moment où je chie. Si tu sens pareils feux à tes pommes d'apis, Pourquoi faire deux pots ? Pourquoi faire deux lits ? Serait-ce un artifice, une coquetterie ? C'est bien du temps perdu quand on est si jolie. Épargne-toi, ma chère, un inutile soin. L'art n'est pas fait pour toi ; tu n'en as pas besoin : Il convient tout au plus à ces femmes ridées, Dont les joues d'en haut et d'en bas sont fanées. Ton cul, astre naissant de mes commodités, Ne peut être éclipsé.

Cucumane remet un bouton. Caquire croit qu'il se déculotte , et tourne la tête.

Houri : Nom de beautés célestes qui, selon l'Alcoran, seront dans le paradis les épouses des musulmans fidèles. Fig. Femme très attrayante. [L]

CAQUIRE

En me parlant ainsi vous m'arrachez l'anus.

Zaïre de Voltaire v.1215 : "En me parlant ainsi, vous me percez le coeur."

SCÈNE III. Cucumane, Crotenmain.

SCÈNE IV. Cucumane, Crotenmain, Merdedor.

SCÈNE V. Crotenmain, Cucumane.

CUCUMANE

Le voilà donc connu ce beau secret de culs. Que ne l'as-tu plutôt dévoilé, Crépitus, Pour m'empêcher de prendre ici martel en tête. Elle feint un besoin ; je le crois de toilette ; Je donne comme un sot dans un pareil panneau, Et me voilà traité comme le roi Pétaud ; Et pareille pilule il faudra que j'avale !...

Crépitus : Dieu des pets, qu'adoroient les Crotans, d'après les Romains. [NdA]

Martel : Fig. Inquiétude, ombrage, souci. [L]

Pétaud : Usité dans cette locution : la cour du roi Pétaud, un lieu de désordre et de confusion et où tout le monde est le maître. [L]

CUCUMANE

La chercher.

CUCUMANE

Paro ?

SCÈNE VI. Cucumane, Caquire, Crotenmain.

CUCUMANE

Madame, il faut enfin montrer le fond du sac, Et ne me plus répondre et ab hoc et ab hac. Cet ordre est important... Malheureux l'un par l'autre, Ma façon de chier n'est point du tout la vôtre. Peut-être qu'en effet ce que j'ai fait pour vous En mainte occasion a pu paraître mou : Quelques étrons métis lâchés par complaisance À mon ventre ont donné l'air de l'intermittence ; Et votre nez toujours à l'affût des bonbons, Crut sentir de l'amour quand c'était des étrons. Mais en feignant d'avoir au cul la gringuenaude, Comptez-vous me traiter comme l'empereur Claude ! Mon amour est trop grand pour prendre sans façon De la boulie, ou bien sauce au lieu de poisson. Votre coeur est un sot : il est temps que je lise Dans ces profonds replis. Levez votre chemise ; Ou, pour parler plus clair, sans tant de compliments, Madame, de ce cul ouvrez les deux battants. Si par quelqu'autre amant la place en était prise, Je veux que franchement l'autre bouche le dise. D'indulgence en ce cas je puis encor user ; Je me contenterai de le faire empaler ; Mais votre grâce au bout de son fer attachée, Lui traversant le cul, le coeur et la chorée , Ressortira bientôt sur son crâne sanglant. C'est, malgré tous vos torts, en user galamment. À cet aveu, ma lame, il faut bien vous résoudre. Vous n'avez qu'un moment.

Son ventre gazouille.

Entendez-vous la foudre . Comme elle gronde ? ... Un mot peut la faire tomber. De même un mot m'apaise, et vous fait pardonner.

Gringuenaude : Petite ordure qui s'attache aux émonctoires et ailleurs par malpropreté. [L]

Chorée : Terme de médecine. Maladie, dite aussi danse de St-Guy, qui consiste en des mouvements continuels, irréguliers et involontaires, d'un certain nombre des organes mus par le système des muscles volontaires. [L]

CUCUMANE, d'un ton dur

Sa lumière vous plaît.

CUCUMANE, ironiquement

Vous m'aimez ?

CUCUMANE, plus durement

Sortez, cul délavé.

SCÈNE VII. Cucumane, Crotenmain.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Cucumane, Crotenmain, L'Esclave Vidangeur.

SCÈNE II. Caquire, Foirine, L'Esclave Vidangeur dans le lointain.

SCÈNE III. Caquire, Foirine, L'Esclave Vidangeur, s'approchant.

CAQUIRE, se bouchant le nez

Quel tabac ! J'éternue.

SCÈNE IV. Caquire, Foirine.

SCÈNE V.

CAQUIRE, seule

Oh culs de mes aïeux ! Culs de tous mes parents descendus dans l'Averne, Culs d'un père expirant, servez-moi de lanterne !

Le vers 1621 ne rime pas avec le vers 1622.

Averne : Poétiquement, les enfers mêmes. [L]

SCÈNE VI. Caquire, L'Esclave vuidangeur.

SCÈNE VII. Cucumane, Crotenmain, L'Esclave vidangeur.

SCÈNE VIII.

CUCUMANE, seul

Ou suis-je ! Où promener mon équateur confus ? Caquire, Néflairant, abominables culs, Traîtres, arrachez-moi par le bas les entrailles ; Que vos deux nez, cruels, vous servent de tenailles. J'ai dans les intestins tous les feux de l'Etna. Reviens, cruel ami. Quoi ! Tu pars !

Les plus savants astronomes sont d'accord à dire que le trou du cul est l'équateur des deux fesses. [NdA]

Etna : Volcan effusif de Sicile, toujours très actif depuis l'Antiquité.

SCÈNE IX. Cucumane, Crotenmain, L'Apothicaire, dans l'enfoncement.

Nota. Il fait nuit.

FOIRINE, conduisant Caquire sur le canapé, la trousse

Il faut la bouche ouverte, et tenant votre haleine, Vous couchez de côté, pour qu'il entre sans peine.

Elle conduit la main de l'apothicaire dans le trou en question.

CAQUIRE

Plus doucement, mon cher... vous brûlez mes entrailles. De grâce, retirez... Je lâche tout.

Cucumane qui, en tâtonnant, s'est approché du côté de Caquire, en reçoit l'explosion, et se retirant avec vivacité, rencontre la seringue, qu'il arrache à l'apothicaire.

CUCUMANE

Canailles ! Quoi ! Cet arme était prête à me percer le flanc ! Je la conserverai... mais teinte de ton sang.

En frappant à tort et à travers, il rencontre la bouche ouverte de Caquire, où la canule reste enfoncée, puis il jette la seringue.

SCÈNE X et DERNIÈRE. Cucumane, CAquire, Néflairant, Foirine, Crotenmain.

CUCUMANE, à Foirine

Tu crois qu'elle m'aimait ?

CUCUMANE, une main sur son front et l'autre son cul

Elle m'aimait ?

CUCUMANE, court arracher la canule du cul de Caquire

Va, je n'ai pas besoin d'en savoir davantage.

NÉFLAIRANT

Ignorant, il faudrait plutôt un tire-étron... Faut-il que son remords me touche de la sorte ? Non, tout bien réfléchi, que le diable l'emporte.

Ici des claquements de fesses universels se font entendre de tous les culs, qui se portent en avant des banquettes et des loges. Un seul de ces gros sifflets, au bord de l'amphithéâtre, s'avise de vouloir parler en sens contraire pour faire tomber la pièce ; mais il ne fait tomber que des coups d'étrivières, et reçoit la bascule, au point qu'il est obligé de tirer à boulets ramés sur le parterre pour éloigner les flagellants.

Après une telle pièce, on sent l'indispensable nécessité d'un grand ballet. Il est exécuté par des vuidangeurs, qui ont tous une benne à merde sur la tête en guise de capuchon, et à chaque main un bassin de chaise percée de fer-blanc, dont ils se servent comme de cymbales, et mêlent leurs sons à ceux de l'orchestre, dont tous les instruments sont à vent ; ce qui produit un effet merveilleux.

1 801 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica