Pastorale en vers· Pastorale en un Acte
Hilas et Zélis
Représentée pour la première fois le 7 juin 1762 au Théâtre du Palais-Royal puis devant leurs Majestés à Versailles le 12 janvier 1763.
Personnages
- L'AMOUR, la Demoiselle Dubois L
- ZÉLIS, la Demoisellle Larrivée
- HILAS, le sieur Larrivée
- NYMPHES
- SUIVANTS de L'AMOUR
- Choeur DE GNIDIENS ET DE GNIDIENNES
ACTEURS DES CHOEURS
LES DEMOISELLES, Cannavas, Godoneche. Chevremont. Bertin. Aubert. Dubois Cadette. Bouillon. Favier.
LES SIEURS, Joguet. Guerin. Levêque. Bosquillon. Abraham, Caze, Lebegue, Bazire. Doublet. Camus l'Ainé Daigremont. Charle. Joly.
PERSONNAGES DANSANTS
NYMPHES. La Demoiselle Allard. La Demoiselle Vestris. Les Demoiselles Dumonceau, Peslin, Dumiray, Petitot, Lafont, Saron.
PLAISIRS. Les Sieurs Laval, Gardel. Les Sieurs Hyacinte, Dubois, Grosset, Dauberval.
HILAS ET ZELIS
SCÈNE PREMIÈRE. L'Amour, Zélis
Le théâtre représente un lien champêtre ; on voit au milieu un autel rustique.
ZÉLIS
Vous, qui soumettez les Dieux et les Mortels, Dieu du bonheur, âme de la nature, Amour, je n'offrirai des voeux qu'à vos autels ; C'est Hilas qui vous les assure.L'AMOUR
Hilas peut-il inspirer de l'amour ? Dès le moment de sa naissance Ses yeux furent fermés à la clarté du jour ; Comment de la beauté connaît-il la puissance ?ZÉLIS
Mes premiers sentiments sont nés de son malheur, Il déplorait son sort, je me plus à l'entendre ; D'un intérêt trop cher je ne pus me défendre ; La pitié séduisit mon coeur, Et le rendit sensible et tendre.L'AMOUR
De son supplice il vous devra la fin ; Il va tenir de vous l'éclat de la lumière. Hilas pourra jouir d'un jour pur et serein, Puisqu'en aimant il a su plaire.ZÉLIS
Pour ses yeux étonnés quel spectacle enchanteur ! Quoi, sa félicité deviendrait mon ouvrage ? Le plaisir de voir son bonheur M'en fera goûter le partage.L'AMOUR
Zélis, un don si précieux Peut-être de son coeur vous ravira l'hommage : Lorsque mille beautés paraîtront à ses yeux, S'il allait devenir volage ?SCÈNE II.
ZÉLIS, seule
Témoins de nos premiers serments ; Paisibles lieux, riant boccage, Qu'Hilas trouve partout l'image Du bonheur des amants. Chantez oiseaux, que vos tendres ramages Soient la peinture de vos feux, Chantez vos plaisirs amoureux ; Mais cachez-lui que vous êtes volages. Dieux ! J'aperçois Hilas, Allons au devant de ses pas.SCÈNE III. Zélis, Hilas.
ZÉLIS
Hilas, je dois parler sans feinte ; Nous nous aimons, je sens notre félicité ; Mais l'amour n'est jamais sans crainte ; Le temps peut amener votre légèreté.SCÈNE IV.
HILAS seul
De ce vaste Univers je verrais le spectacle ? Peut-être c'est un vain espoir. Mais quel Dieu bienfaisant, quel souverain pouvoir De mes yeux entrouverts vient enlever l'obstacle ? Que d'objets variés s'offrent de toutes parts ! Quelle douce lumière Étonne mes esprits, et charme mes regards ! Son feu s'étend sur la nature entière. L'immensité des cieux, leur ordre, leur splendeur Porte le caractère De leur suprême Auteur.On entend une symphonie champêtre.
Quels sons font retentir ce séjour solitaire ?SCÈNE V. L'Amour, suivi de Nymphes, Hilas.
On danse.
L'AMOUR
Pour être heureux, jouis de là clarté ; Vois tous ces objets, nés pour plaire : C'est le plaisir d'admirer la beauté Qui fait le prix du jour qui nous éclaire.Une nymphe danse et tâche de séduire Hilas par les grâces voluptueuses de sa danse.
HILAS
Que tout ce que je vois me surprend et m'enchante ! Dieux, que de grâces, que d'appas ! Oui, cette Nymphe exprime dans ses pas Ce que je sens quand Zélis chante.L'AMOUR
Si c'était elle ?SCÈNE VI. L'Amour, Zélis.
ZÉLIS
Malgré moi-même, hélas ! J'allais paraître ; Je ne puis plus longtemps voir mon sort incertain.L'AMOUR
La constance d'Hilas fera votre destin. Montez sur cet autel, sans vous faire connaître.Zélis se place sur l'autel.
SCÈNE DERNIÈRE. L'Amour, Zélis, Hilas, Nymphes, Suivants de l'Amour, Gnidians et Gnidiennes.
L'AMOUR
Il faut s'adresser à Vénus.HILAS
Que vois-je ? Quel objet me séduit et m'engage ? Soleil, voici l'instant où je te rends hommage !L'AMOUR
Tu ne vois la clarté que pour être inconstant ; La lumière des Cieux pour toi va disparaître, Je vais t'en priver à l'instant.ZÉLIS
Arrête l'Amour !HILAS
Mon coeur n'a pu la méconnaître ; C'est elle ! C'est Zélis ! Quel transport ! Quel moment ! Ah, quel bonheur pour un amant Quand le coeur et les yeux confondent leur hommage.L'AMOUR
Goûtez une si tendre ardeur, Vivez dans ce séjour tranquille ; Je vous le donne pour asile, Et je choisis le mien dans votre coeur.ZÉLIS et HILAS
Formons des chaînes éternelles : Règne, Amour, lance tous tes feux ! Tous nos moments seront heureux, Ton flambeau nous rendra fidèles.L'AMOUR
Que leurs transports animent vos désirs, Chantez, célébrez ma victoire ; Goûtez tous leurs plaisirs : Aimez ; c'est en aimant qu'on célèbre ma gloire.ZÉLIS
Triomphe Amour, jouis de notre hommage : Tu lances dans ces lieux un trait toujours vainqueur. Les Dieux n'ont rien dans leur grandeur Du prix de ton esclavage ; L'Univers leur doit son bonheur ; Celui des Dieux est ton ouvrage. Triomphe Amour, jouis de notre hommage : Tu lances dans ces lieux un trait toujours vainqueur.On danse.
ZÉLIS, alternativement avec le Choeur
Ne quitte plus, Amour, notre boccage ; On n'est heureux qu'en suivant tes lois. Daigne toujours, sous ce riant ombrage, De nos coeurs déterminer le choix.ZÉLIS
Bannis des coeurs Les soupirs trompeurs. Ne quitte plus, Amour, notre boccage ; On n'est heureux qu'en suivant tes lois.LE PETIT CHOEUR
Lance, Amour, tes feux.ZÉLIS et les CHOEURS
Par tes bienfaits, Règne à jamais. Ne quitte plus, Amour, notre boccage ; On n'est heureux qu'en suivant tes lois. Daigne toujours, sous ce riant ombrage, De nos coeurs déterminer le choix.Un Divertissement général termine la Pastorale.
149 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica