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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers· Tragédie en Cinq Actes Représentée le 31 Mai 1779

Agathocle

Voltaire· créée en 1779· 5 actes· 952 vers· 9 personnages

Représentée pour la première fois au Théâtre des Tuileries el 31 mai 1779.

Personnages

  • AGATHOCLE, tyran de Syracuse
  • POLYCRATE, fils d'Agathocle
  • ARGIDE, fils d'Agathocle
  • YDASAN, vieux guerrier au service de Carthage
  • ÉGESTE, officier au service de Syracuse
  • YDACE, fille d'Ydasan
  • ELPÉNOR, conseiller du roi
  • Une PRÊTRESSE, de Cérès
  • SUITE ET SOLDATS

ACTE I

SCÈNE I. Ydasan, Égeste.

YDASAN

Il l'eût été par moi : j'aime mieux, cher Égeste, Ma triste pauvreté que sa grandeur funeste. N'excuse plus ton maître, et laisse à ma douleur La consolation de haïr son bonheur. Quoi donc ! Je l'aurai vu, citoyen mercenaire, Du travail de ses mains nourrissant sa misère ; Et la guerre civile aura, dans ses horreurs, Mis ce fils de la terre au faîte des grandeurs ! Il règne à Syracuse ! Et moi, pour mon partage, Banni de mon pays, et soldat à Carthage, Blanchi dans les dangers ; courbé sous le harnois, Obscurément chargé d'inutiles exploits, J'ai vu périr deux fils dans cette guerre inique Qui désola longtemps la Sicile et l'Afrique. Après tant de travaux, après tant de revers, Ma fille me restait ; ma fille est dans les fers ! La malheureuse Ydace est au rang des captives Que l'Aréthuse encor voit pleurer sur ses rives ! C'est ce qui me ramène à ces funestes lieux, Aux lieux de ma naissance en horreur à mes yeux : Sans soutien, sans patrie, appauvri par la guerre, Privé de mes deux fils, je n'ai rien sur la terre Qu'un débris de fortune à peine ramassé Pour délivrer l'enfant que les dieux m'ont laissé. Des premiers jours de paix je saisis l'avantage ; Je reviens arracher Ydace à l'esclavage : Aux pieds de ton tyran j'apporte sa rançon ; Et, dès que l'avarice ouvrira sa prison, Je retourne à Carthage achever ma carrière. Là je ne verrai point, couchés dans la poussière, Sous les pieds d'un tyran les mortels avilis : Je mourrai libre au moins... Va, sers dans ton pays.

SCÈNE II. Ydasan, Ydace, Égeste, La Prêtresse.

LA PRÊTRESSE

Il l'a trop oublié.

SCÈNE III. Ydace, La Prêtresse.

ACTE II

SCÈNE I. Ydasan, Argide, Polycrate, Égeste.

Agathocle passe dans le fond du théâtre : il semble parler à ses deux fils Polycrate et Argide ; il est entouré de courtisans et de gardes. Ydasan et Égeste sont sur le devant, près du temple.

SCÈNE II. Polycrate, Argide.

ELPÉNOR, arrivant, à Polycrate

Seigneur, le roi vous mande.

SCÈNE III. Argide, Elpénor.

SCÈNE IV. Argide, Ydace, Elpénor, La Prêtresse.

On entend un grand bruit derrière la scène ; elle s'ouvre. Ydace paraît, la prêtresse la suit. Le peuple et les soldats avancent au fond du théâtre.

SCÈNE V. Ydace, La Prêtresse.

LA PRÊTRESSE

Partez.

ACTE III

SCÈNE I. La Prêtresse, Ydasan.

SCÈNE II. La Prêtresse, Ydasan, Égeste.

SCÈNE III. Agathocle, suite.

Un OFFICIER

Votre fils ?

AGATHOCLE, en gémissant

Tu m'arraches mon fils !

SCÈNE IV. Agathocle, Gardes.

AGATHOCLE

Que vais-je devenir ? Dans quel trouble il me jette ! Quoi donc ! sa fermeté tranquille et satisfaite, D'un oeil indifférent, d'un bras dénaturé, Vient tourner le poignard dans mon coeur déchiré ! Voilà les dignes fruits de la fausse sagesse Que les Syracusains cherchèrent dans la Grèce ! Ils en ont rapporté le mépris de mes lois, Celui de la mort même, et la haine des rois. Je n'ai donc plus d'enfants ! Ma vieillesse accablée Va descendre au tombeau sans être consolée : Ma gloire, ce fantôme inutile au bonheur, Illustrant ma disgrâce, en augmente l'horreur. Que me fait cette gloire et ma grandeur suprême ? Je suis privé de tout, et réduit à moi-même. Dans les jours malheureux qui peuvent me rester, Je lis un avenir qui doit m'épouvanter. C'est à moi de mourir ; mais au moins je me flatte Que tous les assassins de mon fils Polycrate Subiront avec moi le plus juste trépas.

À un garde.

Vous, veillez sur Argide, et marchez sur ses pas.

À un autre.

Vous, répondez d'Ydace, et surtout de son père.

À un autre.

Que l'on cherche Elpénor. Un conseil salutaire De son expérience est toujours l'heureux fruit ; Ses yeux m'éclaireront dans cette affreuse nuit.

À un officier.

Soutenez-moi ; mon âme, en ses transports funestes, De ma force épuisée a consumé les restes ; Je ne me connais plus... Dieu des rois et des dieux Dieu qu'annonçait Platon chez nos grossiers aïeux, Je t'invoque à la fin, soit raison, soit faiblesse. Si tu règnes sur nous, si ta haute sagesse Prend soin, du haut des cieux, du destin des États, Si tu m'as élevé, ne m'abandonne pas. Je t'imitai du moins en fondant un empire, En y donnant des lois ; et ma douleur n'aspire, Au bout de la carrière où je touche aujourd'hui, Qu'à venger mon cher fils, qu'à tomber avec lui.

ACTE IV

SCÈNE I. Ydace, La Prêtresse, Gardes, dans le fond.

LA PRÊTRESSE

Le bruit en a couru.

SCÈNE II. Agathocle, d'un côté, suivi d'Elpénor ; Ydasan, Ydace, La Prêtresse, de l'autre côté, retirée dans les ruines du temple.

SCÈNE III. Agathocle, Elpénor.

ACTE V

SCÈNE I. La Prêtresse, Ydasan, auprès du temple sur le devant du théâtre ; gardes, dans le fond.

SCÈNE II. Ydasan, La Prêtresse, Argide, Ydace, gardes et assistants, dans le fond.

SCÈNE III. Les précédents et Agathocle, entouré de sa cour.

Le peuple se range sur les deux côtés du théâtre ; les grands prennent place aux côtés du trône, et sont debout.

AGATHOCLE

L'équité... c'est sa voix qui dicte la sentence...

Il monte sur le trône, et les grands s'asseyent.

C'est moi qui vous l'annonce : écoutez en silence... Vous me voyez au trône, et c'est le digne prix De trente ans de travaux pour l'État entrepris. J'eus de l'ambition, je n'en fais point d'excuse ; Et si de quelque gloire, aux champs de Syracuse, Parmi tant de combats, j'ai pu couvrir mon nom, Cette gloire est le fruit de mon ambition : Si c'était un défaut, il serait héroïque. Je naquis inconnu dans votre république : J'étais dans la bassesse, et je n'ai dû qu'à moi Les talents, les vertus, qui m'ont fait votre roi. Je n'avais pas besoin d'une origine illustre : La mienne à ma grandeur ajoute un nouveau lustre. L'argile par mes mains autrefois façonné A produit sur mon front l'or qui m'a couronné. Rassasié de gloire et de tant de puissance, Enfin j'en ai senti la triste insuffisance... Le ciel, je le vois trop, met au fond de nos coeurs Un sentiment secret au-dessus des grandeurs : Je l'éprouve, et mon âme est assez forte encore Pour dédaigner l'éclat que le vulgaire adore. Je puis également, m'étant bien consulté, Vivre et mourir au trône, ou dans l'obscurité... Pour un fils que j'aimais ma prodigue tendresse Me faisait espérer qu'aux jours de ma vieillesse De mon puissant empire il soutiendrait le poids ; Je le crus digne enfin de vous donner des lois. Je m'étais abusé : ces erreurs mensongères Sont le commun partage et des rois et des pères. C'est peu de les connaître ; il les faut expier... Ô mon fils, dans mes bras daigne les oublier !...

Il tend les bras à Argide, et le fait asseoir à côté de lui.

Peuples, voilà le roi qu'il vous faut reconnaître : Je crois tout réparé, je le fais votre maître. Oui, mon fils, j'ai connu que, dans ce triste jour, La vertu l'emportait sur le plus tendre amour. Tu méritais Ydace, ainsi que ma couronne... Jouis de toutes deux : ton père te les donne. Prêtresse de Cérès, allumez les flambeaux Qui doivent éclairer des triomphes si beaux ; Relevez vos autels, célébrez vos mystères, Que j'ai crus trop longtemps à mon pouvoir contraires. Apprenez à ce peuple à remplir à la fois Ce qu'il doit à ses dieux, ce qu'il doit à ses rois... Toi, généreux guerrier, toi, le père d'Ydace Puisses-tu voir ton sang renaître dans ma race !... Sers de père à mon fils, rends-moi ton amitié ; Pardonne au souverain qui t'avait oublié ; Pardonne à ces grandeurs dont le ciel me délivre : Le prince a disparu ; l'homme commence à vivre.

YDACE, à la prêtresse

Ô dieux !

952 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0