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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Comédie en vers en Cinq Actes

Le Dépostaire

Voltaire· imprimée en 1772· 5 actes· 2 047 vers· 9 personnages

Personnages

  • NINON, femme de trente-cinq à quarante ans, très bien mise ; grand caractère du haut comique
  • GOURVILLE L'AÎNÉ, grand nigaud, habillé de noir, mal boutonné, une mauvaise perruque de travers, l'air très gauche
  • GOURVILLE LE JEUNE, petit-maître du bon ton
  • MONSIEUR GARANT, marguillier, en manteau noir, large rabat, large perruque, pesant ses paroles, et l'air recueilli
  • L'AVOCAT PLACET, en rabat et en robe, l'air empesé, et déclamant tout
  • MONSIEUR AGNANT, bon bourgeois, buveur, et non pas ivrogne de comédie
  • MADAME AGNANT, habillée et coiffée à l'antique, bourgeoise acariâtre
  • LISETTE, valet de comédie dans l'ancien goût
  • PICARD, valet de comédie dans l'ancien goût

ACTE I

SCÈNE I. Ninon, Le Jeune Gourville.

GOURVILE

Pas trop ;

SCÈNE IV. Ninon, Monsieur Garant, le jeune Gourvile, Lisette, Picard.

LISETTE

C'eil un vrai coffre fort. NIN0N. C'est le très-faible reste De l'argent qu'autrefois dans un péril funefle Etant contraint de fuir, Gourvile me laissa Long-temsà son retour dans ce coffre il puisa. Le compte esl de sa main. Allez tous deux sur l'heure Donner à ces enfans le peu qu'il en demeure. Ce sera pour chacun je crois , deux mille écus... ; Par un partage égal il faut qu'ils soient reçus. Pour leurs menus plaisirs ils en feront usage, Attendant que Monsieur salTe un plus gros partage ; ( On remporte le coffre. ) LISETTE. J'y cours, je tais compter. GOURVILE.1 L'adorable Ninon 1 NINON, (7 Garant. ) Pour remplir son devoir il faut peu de façon \ Vous le voyez , Monsieur. M. G A R A N T. Cela n'est pas dans l'ordre J Dans l'exacte équité ; la justice y peut mordre. Cette caisse au défunt apartint autrefois, Et les collatéraux réclameront leurs droits ; Il faut par préalable en faire un inventaire. Je suis exécuteur qu'on dit teflamentaire. G0URVLE. Eh bien , exécutez les généreux desseins D'un ami qui remit sa fortune en vos mains ; M. G A R A N T. Allez, j'en suis chargNé, In'Nen sOoyeNz p.oint en peiner Quand aporterez-vous cette petite aubaine De deux cent mille francs en contrats bien dressés l. Quand satisferez-vous ces devoirs si pressés ? M. G A R A N T. Bientôt.... l'oeuvre m'attend, et les pauvres gémissent Lorsque je fuis absent tous les secours languissent. ^ ( IIfait deux pas etrevient. ) Adiçu. « . Vous devriez employer prudemment Ces quatre mille écus donnés legérement.

MONSIEUR GARANT, à Ninon

Un mot dans Votre oreille.

NINON, à Garant qui sort

Allez, je ne l'oublierai pas.'

SCÈNE V. Ninon, Le jeune Gourvile.

LE JEUNE GOURVILE

Ma foi ni moi non plus.

SCÈNE VI. Ninon, le jeune Gourvile, Lisette.

NINON

Comment ? Oh ! les savans sont d'étrange nature. Quel étonnant jeune homme , et qu'il est triste* et sec J Vous l'eussiez vu courbé sur un vieux livre grec , Un bonnet sale et gras qui cachait sa figure, De l'encre au bout des doigts composaient sa parure ; Dans un tas, de papiers il était enterre Il , se parlait tout bas comme un homme égaré. De lui dire deux mots je me suis hazardée, Madame, il ne m'a pas seulement regardée.

En élevant la voix.

J'apporte de l'argent, monsieur , qui vous eji dû % Monsieur, cest de l'argent. n ne m'a rien répondu* Il a continué de feuilleter , d'écrire. J'ai fait avec Picard un grand éclat de rire Ce bruit l'a éveillé. Voilà deux mille écus

Élevant la voix.

Monsieur , que ma maîtresse avaitpour votes reçus....I « Hem ! Qui ! quoi ! m'a-t-il dit : allez chez les notaires, Je n'ai jamais, ma bonne, entendu les affaires. !Je ne me mêle point de ces pauvretés-là. Monsieur, ils font à vous , prener-les , les voilà« Il a repris soudain papier, plume, écritoire. Picard l'interrompant a demandé pour boire. Pourquoi boire ? a-t-il dit, si ! rien n'est si vilain Que de s'accoutumer à boire si matin. Enfin, il a compris ce qu'il devait entendre. Voilà les sacs, dit-il, et vous pouvez y prendre j Tout ce qu'il vous plaira pour la. commission. Nous avons pris, madame, avec discrétion. Il n'a pas un moment daigné tourner la tête Pour voir de nos cinq doigts la modestie honnête% Et nous sommes partis avec étonnement Sans recevoir pour vous le moindre compliment. " Avez-vous vu jamais un mortel si bizarre l

LE JEUNE GOURVILE

Le tour ell assez drôle.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Le jeune Gourvile, Gourvile l'aîné tenant un Livre, en habit noir, la perruque de travers ; l'habit mal boutonné. ILs arrivent en continuant la conversation.

LE JEUNE GOURVILE

Son accès le reprend.

LE JEUNE GOURVILE, l'embrassant

Adieu , mon pauvre fou.

Il sort.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Gourvile l'aîné, Monsieur Garant.

GOURVILE L'AÎNÉ

J'y fuis très-résolu.

GOURVILE L'AÎNÉ

Oui, c'est fort bien pensé

MONSIEUR GARANT

Sentez la conséquence.

GOURVILE L'AÎNÉ

Oui !

GOURVILE L'AÎNÉ

La voilà ;

GOURVILE L'AÎNÉ

Très-Volontiers.

GOURVILE L'AÎNÉ

J'y vais.

SCÈNE IV. Ninon, Monsieur Garant, Gourvile l'aîné.

GOURVILE L'AÎNÉ

Avec des gens de bien Madame.

GOURVILE L'AÎNÉ

Au contraire,

GOURVILE L'AÎNÉ

Des docteurs très-savants.

SCÈNE V. Ninon, Monsieur Garant.

MONSIEUR GARANT

Vous vous rendez î

MONSIEUR GARANT

Vous n'en pouvez douter

NINON

Oui-da.

MONSIEUR GARANT

x belle. Ninon, .

SCÈNE VI.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Lisette, Picard.

LISETTE

Hem ?

SCÈNE II. Lisette, Picard, Gourvile L'aîné.

GOURVILE, s'assied

Je ne puis me tenir. Ah ! Lisètte, écoutés Mes fautes, mes malheurs et mes indignités.

Ils se mettent àses c6tés en allongeant le cou, en faisant des mines comiques.

SCÈNE III. Gourvile l'aîné, Gourvile le jeune ; Lisette, Picard.

LISETTE

Eh bien ?

PICARD

Eh, mon Diep ces gens-ci Sont tous devenus fous, Qu'a-t-on dojic fait ici î

Lisette s'entretient avec Gourvile le jeune.

LE JEUNE GOURVILE

Hélas / j'en fuis honteux.

GOURVILE L'AÎNÉ

Quel galimatias ?

GOURVILE L'AÎNÉ

Ah ! vous êtes trop bon.

SCÈNE IV. Gourvile l'aîné, l'Avocat Placet, en robe.

L'AVOCAT PLACET, toujours d'un ton empesé et se rengorgeant

On m'a dit par la Ville Que je dois m'adresser à Monsieur_de_Gourvile. Des Gourviles l'aîné.

GOURVILE

Quoi ?

GOURVILLE

Qui donc ?

L'AVOCAT PLACET

Madame Armand.

L'AVOCAT PLACET, d'un ton ridicule de déclamation

Vous êtes donc , monsieur, ravisseur et parjure ?

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Gourvile l'aîné, Picard.

PICARD, accourant

Ah ! cachez-vous.

GOURVILE

Quoi donc ?

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Le jeune Gourvile, Lisette.

SCÈNE II. GOURVILE l'aîné poursuivi par Madame Armand, Monsieur Armand, l'Avocat Placet, le jeune Gourvile, Lisette, Picard.

GOURVILE L'AÎNÉ, courant

Au secours !

MADAME ARMAND, courant après lui

Au méchant !

MONSIEUR ARMAND, courant après madame Armand

Qu'on l'arrête.

L'AVOCAT PLACET, courant après Monsieur Armand

Au voleur.

Ils sont le tour du théâtre en poursuivant Gourvile l'aîné.

Ah ! j'ai le nez cassé t

MADAME ARMAND

Je suis morte 5

GOURVILE L'AÎNÉ

Eh madame, pardon !

L'AVOCAT PLACET

Race de débauché. 4

L'AVOCAT PLACET

Oui, c'est la conséquence.

Ils se rangent autour de Monsieur Armand, qui reste assis.

LE JEUNE GOURVILE, prenant Madame Armand à part

Madame, vous savez combien je suis sincère.

MONSIEUR ARMAND

Il n'est point frelaté.

GOURVILE L'AÎNÉ

Ça n'est pas vrai.

MADAME ARMAND

C'est un impertinent.

GOURVILE L'AÎNÉ

Je vous dis...

LE JEUNE GOURVILE, faisant signe à son frère

Chut !

GOURVILE L'AÎNÉ

J'enrage !

LE JEUNE GOURVILE, prenant les lettres

Prêtez-moi.

L'AVOCAT PLACET

Les voilà.

LE JEUNE GOURVILE

Oui, mais je dois vous dire Qu'avant de vous les rendre il me faudra les lire.

Il met les lettres dans sa poche , Madame Armand si jette dessus et en prend une.

LE JEUNE GOURVILE, versant à boire à Monsieur Armand

Voisin..

MONSIEUR ARMAND

De la vertu !

LE JEUNE GOURVILE

Voyons celle de ce bon vin.

À Madame Armand.

Madame, goûtez-en.

MADAME ARMAND, ayant bu

Peste ! il est admirable ! :

LE JEUNE GOURVILE, à l'Avocat Placet

Et vous î ; T

LE JEUNE GOURVILE, en présente à son frère

Vous, mon frère.

LE JEUNE GOURVILE

Chacun ainsi le nommer

MONSIEUR ARMAND

L'oracle du quartiers

MONSIEUR ARMAND, en buvant et le regardant ensuite fixement

Oui, confie.

GOURVILE L'AÎNÉ

Que lui dire ?

LE JEUNE GOURVILE

Vous seul pouvez persuader.

GOURVILE L'AÎNÉ

Persuader ! eh quoi ?

LE JEUNE GOURVILE

Tout va s'accomoder.

GOURVILE L'AÎNÉ

Comment !

GOURVILE L'AÎNÉ

Moi !

GOURVILE L'AÎNÉ

Je n'entends rien...

GOURVILE L'AÎNÉ

Allons donc.

Il sort.

MONSIEUR ARMAND, en montrant le jeune Gourvile

Ma femme, ce jeune homme est un esprit bien sage.

SCÈNE III. Les acteurs précédents, Le Jeune Gourvile, prenant par la main Monsieur et Madame ARMAND et se mettant entreux.

MONSIEUR ARMAND, toujours bien fixe, et l'air un peu hébété d'un buveur honnête, mais non pas d'un vilain ivrogne de comédie à hoquets

Vous avez de gros biens ?

MONSIEUR ARMAND

Parbleu, je le voudrais.

L'AVOCAT PLACET

Moi, non.

LE JEUNE GOURVILE

Sans doute. Il en convient.

L'AVOCAT PLACET

J'en doute fortement ;

MADAME ARMAND, à Monsieur Armand

Cent mille francs, mon cher !

LE JEUNE GOURVILE

J'ai quelque chose avec.

MONSIEUR ARMAND, le poussant d'un autre côté

Dénichez au plus vite.

MADAME ARMAND, lui faisant faire la pirouette à droite

Allez plaider ailleurs.

MONSIEUR ARMAND, lui faisant faire la pirouette à gauche

Cherchez un autre gîte. Cent mille francs !

LE JEUNE GOURVILE, en le retournant

N'y manquez pas.

MONSIEUR ARMAND

Bonsoir.

MADAME ARMAND

Allons, arrangeons-nous.

L'avocat Placet sort.

SCÈNE IV. Le Jeune Gourvile, Monsieur Armand, Madame Armand.

LE JEUNE GOURVILE

Oh ! L'on vous la rendra.

MONSIEUR ARMAND

Ça peut l'avoir aigrie.

MADAME ARMAND, l'embrassant

Il faut que je t'embrasse.

LE JEUNE GOURVILE

Je revole à l'instant.

LE JEUNE GOURVILE

Oui, tel fut mon dessein,

LE JEUNE GOURVILE, en s'en allant

Oh oui. tout comme de moi-même.

SCÈNE V. Monsieur Armand, Madame Armand.

MONSIEUR ARMAND

Ah ! ah !

SCÈNE VI. Monsieur Armand, Madame Armand, Monsieur Garant.

MONSIEUR ARMAND

Quel bonheur !

MONSIEUR GARAND

Très vrai.

MONSIEUR GARAND

Pas un denier.

MONSIEUR ARMAND, en buvant un coup

C'est dommage.

MONSIEUR GARAND

Il n'en est pas un mot.

MONSIEUR ARMAND, avec le geste d'un homme

Ma femme, il est bien plat.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Ninon, Lisette.

SCÈNE II. Ninon, Lisette, Picard.

PICARD

Il pleure.

SCÈNE III. Ninon, Gourvile l'aîné, Lisette, Picard.

GOURVILE L'AÎNÉ

Vous en êtes la preuve.

GOURVILE L'AÎNÉ

Comment ?

SCÈNE IV. Ninon, Gourvile l'aîné, Gourvile le jeune, amenant Monsieur et Madame Armand, Lisette, Picard.

MONSIEUR ARMAND

Eile a tort.

MONSIEUR ARMAND

Oui parbleu ma voisine.

MONSIEUR ET MADAME ARMAND

Ah !

SCÈNE V. Les personnages précédents, Monsieur Garant, après avoir salué la compagnie, qui se range d'un coté, tandis que M. Garant et Ninonse mettent de l'autre, les domestiques derrière.

MONSIEUR ARMAND

Comment !

NINON, à monsieur Garant dans un coin du théâtre tandis que le presse des aéleurs est de l'autre

Il faut les adoucir par de bonnes paroles.

MADAME ARMAND, à Armand

Que disent-ils de nous ?

MADAME ARMAND

Oui.

MONSIEUR GARANT, faisant la révérence à la compagnie

C'est me faire Mille fois trop d'honneur.

MONSIEUR GARANT

Oui, Madame.

MONSIEUR GARANT

Oui, Madame.

LE JEUNE GOURVILE

Ah ! fort bien.

MONSIEUR GARANT

Oui, je le garderai.

MONSIEUR ARMAND

Quel tour !

MADAME ARMAND

La brave femme !

MONSIEUR GARANT

Il faudra voit cela.

MONSIEUR GARANT, en s'en allant

Serviteur.

LE JEUNE GOURVILE, lui serrant la main

Tout à vous.

MONSIEUR ARMAND, le saisissant par le bras

Et pourquoi t'en aller, reste avec nous pour boire.

MONSIEUR GARANT, se débarrassant d'eux

L'oeuvre m'attend, j'ai hâte.

LISETTE, lui faisant la révérence, et lui montrant la bourse des cinquante louis

Acceptez ce dépôt. Vous les gardez si bien.

GOURVILE L'AÎNÉ

Laissons-la ce maraut.

LE JEUNE GOURVILE, à Ninon

Ah ! je suis à vos pieds.

MADAME ARMAND

Et ma fille.

2 047 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica