Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Comédie, en Cinq Actes

Le Droit du Seigneur

Voltaire· créée en 1749, imprimée en 1763· 5 actes· 1 959 vers· 10 personnages

Comédie représentée, sur le théâtre français, le 18 janvier 1762, sous le titre de « L'ÉCUEIL DU SAGE » ; remise au théâtre, en trois actes, le 12 juin 1779.

Personnages

  • LE MARQUIS DU CARRAGE
  • LE CHEVALIER DE GERNANCE
  • LE BAILLIF
  • MATHURIN, fermier
  • DIGNANT, ancien domestique
  • ACANTE, élevée chez Dignant
  • BERTHE, seconde femme de Dignant
  • COLETTE
  • CHAMPAGNE
  • DOMESTIQUES

ACTE I

SCÈNE I. Mathurin, Le Baillif.

LE BAILLIF

Chose certaine.

LE BAILLIF

Il l'est enfin, et de manière exacte : Chez ses parents je t'en dresserai l'acte ; Car si je suis le magister d'ici, Je suis baillif, je suis notaire aussi ; Et je suis prêt, dans mes trois caractères, À te servir dans toutes tes affaires. Que veux-tu ? Dis.

Magister : Maître d'école de village qui enseigne à lire aux jeunes paysans. Il aide aussi à faire l'office au curé et au vicaire. [F]

Baillif : Terme de Palais ; signifiait gardien, dans le vieux langage. C'est un officier qui rend la justice dans un certains ressort, ou territoire. [F]

LE BAILLIF

Comment ?

LE BAILLIF

Pas plus que toi. Les seigneurs du village Devaient avoir un droit de vasselage.

Vasselage : Servitude et dépendance d'une seigneur supérieur. Signifie aussi la foi que le vassal rend à son seigneur.

MATHURIN

Sais-tu qu'avec Ton vieux latin et ton ennuyeux grec, Si tu me dis des sottises pareilles, Je pourrais bien frotter tes deux oreilles ?

Il menace le baillif, qui parle toujours en reculant ; et Mathurin court après lui.

LE BAILLIF

Je suis baillif, ne t'en avise pas. Fides veut dire foi. Conviens-tu pas Que tu dois foi, que tu dois plein hommage À Monseigneur le marquis du Carrage ? Que tu lui dois dîmes, champart, argent ? Que tu lui dois...

Dîme : Prélèvement que l'église ou le seigneur faisait sur les récoltes, et qui en était ordinairement le dixième. [L]

Champart : Terme de jurisprudence féodal. Une certaine portion des fruits que le seigneur percevait sur l'héritage donné à cens. [L]

SCÈNE II.

SCÈNE III. Mathurin ; Colette, courant après.

MATHURIN, sans la regarder

Allons.

SCÈNE IV. Mathurin, Dignant, Acanthe, Colette.

MATHURIN

Allons, beau-père, allons bâcler la chose.

Bâcler : Fig. et familièrement, expédier un travail à la hâte. [L]

COLETTE, à Mathurin

Oui, vilain. Il t'en cuira, je t'en réponds.

Vilain : Ce mot dans le vieux langage français signifiait, roturier. [F]

SCÈNE V. Les Précédents, Berthe.

MATHURIN, à Berthe, qui arrive

Ma belle-mère, arrivez, venez vite. Vous n'êtes plus la maîtresse au logis, Chacun rebèque ; et je vous avertis Que si la chose en cet état demeure, Si je ne suis marié tout à l'heure, Je ne le serai point ; tout est fini, Tout est rompu.

Rebéquer : Il est bas, et ne se dit qu'avec le pronom personnel [sic], et signifie, Se révolter, ou perdre le respect contre l'autorité d'un supérieur domestique. [F]

DIGNANT

Mais...

COLETTE, à Acanthe

N'en fais rien, mon enfant,

SCÈNE VI. Acanthe, Colette.

ACANTE

Mon_Dieu, non. Mais, vois-tu bien, je ne suis plus soufferte Dans le logis de la marâtre Berthe ; Je suis chassée ; il me faut un abri ; Et par besoin je dois prendre un mari. C'est en pleurant que je cause ta peine. D'un grand projet j'ai la cervelle pleine ; Mais je ne sais comment m'y prendre, hélas ! Que devenir ?... Dis-moi, ne sais-tu pas Si monseigneur doit venir dans ses terres ?

Marâtre : Belle mère, femme d'un second lit, qui maltraite es enfants d'un premier pour avantager les siens. Signifie aussi une mère dénaturée qui désavoue, qui expose ses enfants, qui n'a point de tendresse pour eux, qui n'a pas soin de leur éducation ni de leur fortune. [F]

ACTE II

SCÈNE I. Le Baillif, Philippe, son valet ; ensuite Colette.

COLETTE

Fi donc, monsieur ! J'ai vingt ans, tout au plus.

Fi : Particule qui sert à faire une exclamation pour témoigner le mépris, la haine, l'aversion qu'on a pour quelque personne ou quelque chose. [F]

LE BAILLIF

Vous.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Colette, Acanthe.

COLETTE

Non pas pour toi ; tu portes dans ton air Je ne sais quoi de brillant et de fier : À Mathurin cela ne convient guère, Et ce maraud était mieux mon affaire.

Maraud : Terme injurieux qui se dit des gueux, des coquins qui n'ont ni bien ni honneur, qui sont capables de faire toutes sortes de lâchetés. [F]

ACANTE

Hélas !

ACANTE

Oui.

SCÈNE IV. Acanthe, Colette, Berthe, Dignant, Mathurin.

MATHURIN approche sa main, et veut l'embrasser

Ah ! Palsandié...

MATHURIN

On me fiance.

SCÈNE V. Les Précédents, Champagne.

COLETTE, à Acanthe

Bon, tenez ferme.

MATHURIN

À Colette, en s'en allant.

C'est très bien dit. Eh bien ! L'aurai-je enfin ?

SCÈNE VI. Le Chevalier, Champagne.

LE CHEVALIER

Oui.

CHAMPAGNE

Fort bien.

ACTE III

SCÈNE I. Le Marquis, Le Chevalier.

LE CHEVALIER

Tant pis.

LE CHEVALIER

Oui, tout d'ennui.

SCÈNE II. Le Marquis, Le Chevalier ; Le Baillif, à la tête des habitants.

LE MARQUIS

Eh bien ?

LE CHEVALIER

Oui, vous.

LE MARQUIS

Soit.

LE CHEVALIER

Vous perdrez.

SCÈNE III. Le Baillif, Les Précédents moins le Marquis et le Chevalier.

LE BAILLIF

Oui, sans doute.

MATHURIN, au baillif

Mais doit-on ?...

SCÈNE IV. Le Baillif, Mathurin, Acanthe.

LE BAILLIF

Pas encore Il faut premier que monseigneur l'honore D'un entretien selon les nobles us En ce châtel de tous les temps reçus.

Châtel : Probable diminutif de châtelet, qui est un petit château.

LE BAILLIF

C'est la règle.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Le Marquis, Acanthe.

LE MARQUIS, approchant son fauteuil

Mais vous n'avez pas tort.

ACANTE

Oui.

ACANTE, s'approchant un peu

Ah ! Le voudriez-vous ?

SCÈNE VII. Le Marquis, Acanthe, Le Baillif, Mathurin.

LE MARQUIS, tirant sa montre

Il est vrai, mon ami.

LE MARQUIS

Nous verrons. Eh ?

Il sonne.

UN DOMESTIQUE

Monseigneur ?

SCÈNE VIII. Mathurin, Le Baillif.

ACTE IV

SCÈNE I.

SCÈNE II. Le Marquis, un domestique.

LE DOMESTIQUE

Où ?

LE MARQUIS

Chez Acanthe.

SCÈNE III. Le Marquis, Dignant, Berthe, Mathurin.

LE MARQUIS

Quoi ?

BERTHE

Oui, votre honneur Sera honteux de cette vilenie ; Et je n'aurais pas cru cette infamie D'un grand seigneur si bon, si libéral.

Vilenie : Ordure, saleté. On le dit aussi au figuré, des paroles sales et des injures. [F]

DIGNANT

Oui.

LE MARQUIS, à Dignant

Non ; vous, vous dis-je.

SCÈNE IV. Le Marquis, sur le devant ; Dignant, au fond.

LE MARQUIS

Non.

DIGNANT

Oui.

LE MARQUIS

Lisons donc.

SCÈNE V. Le Marquis, Dignant, Dormène.

LE MARQUIS

Le traître !

SCÈNE VI. Le Marquis, Dormène, Dignant ; quelques domestique entrent précipitamment avec Mathurin.

LE MARQUIS

Obéissez...

LE MARQUIS

Gernance ?

SCÈNE VII. Le Marquis, Le Chevalier.

LE CHEVALIER, de loin, se cachant le visage

Ah ! monsieur.

LE MARQUIS

De moi ?...

LE CHEVALIER

Comment ?

SCÈNE VIII.

SCÈNE IX. Le Marquis, Dormène.

LE MARQUIS

Je veux...

DORMÈNE

Quoi donc ?

LE MARQUIS

Ah !...

SCÈNE X.

ACTE V

SCÈNE I. Le marquis, Le Chevalier.

SCÈNE II. Le Marquis, Le Chevalier, Colette.

LE MARQUIS

Venez, Colette.

LE CHEVALIER, regardant le Marquis

Elle doit être aimée, Et le sera.

SCÈNE III. Acante, Colette.

ACANTE

À qui ?

COLETTE

À Mathurin.

ACANTE

Hélas !

SCÈNE IV. Acante, Colette, Le Chevalier.

COLETTE, à Acante

Qu'avais-je dit ?

LE CHEVALIER, à Acante

Eh ! Quoi, vous me fuyez !

COLETTE, à Acante

C'est son remords extrême.

SCÈNE V. Acante, Le Chevalier, Dormène, Dignant.

LE CHEVALIER

Il l'est pour moi.

SCÈNE DERNIÈRE. Acante, Dormène, Dignant, Le Chevalier, Le Marquis, au fond.

1 959 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica