Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers· Tragédie en Cinq Actes

Mariamne

Voltaire· créée en 1724· 5 actes· 1 440 vers· 13 personnages

Représentée, pour la première fois, le 6 mars 1724, puis, avec changement, le 10 avril 1725 ; revue et corrigée par l'auteur en 1762, et remise au théâtre le 7 Septembre 1763

Personnages

  • HÉRODE, roi de Palestine
  • MARIAMNE, femme d'Hérode
  • SALOME, soeur d'Hérode
  • SOHÊME, prince de la race des Asmonéens
  • MAZAEL, ministre d'Hérode
  • IDAMAS, ministre d'Hérode
  • NARBAS, ancien officier des rois asmonéens
  • AMMON, confident de Sohême
  • ÉLISE, confidente de Mariamne
  • UN GARDE D'HÉRODE, parlant
  • SUITE D'HÉRODE
  • SUITE DE SOHÊME
  • UNE SUIVANTE DE MARIAMNE, personnage muet
AVERTISSEMENT sur les tragédies MARIAMNE, par LOUIS MOLAND

Il n'est rien de plus connu dans l'histoire que la mort de Mariamne. Les causes, les circonstances et les suites de ce tragique événement sont décrites fort au long par Josèphe dans le quinzième livre de ses Antiquités. Bien avant Voltaire, ce sujet avait tenté les poètes dramatiques. Le fécond Alexandre Hardy, au commencement du xviie siècle, fit une tragédie de Mariamne imprimée en 1610.

Après avoir fait égorger la famille royale des Asmonéens, Hérode, autant par politique que par amour, épouse Mariamne, seul rejeton de cette famille illustre ; mais cette princesse le traite toujours avec autant de fierté que de mépris. Jusqu'ici l'amour qu'il a conçu pour Mariamne lui a fait pardonner tous ses dédains ; mais Phérore, frère d'Hérode, et surtout Salomé, soeur de ce tyran, ont juré la perte de la reine. Ils assiègent l'âme inquiète et cruelle d'Hérode, et la trouvent disposée à recevoir les impressions qu'ils veulent lui donner : enfin, c'est ici comme dans l'histoire. Au deuxième acte, un page, envoyé par Hérode, vient de sa part prier la reine de passer dans son cabinet : « Sais-tu pourquoi ? » lui dit Mariamne. Voici sa réponse :

L'indice ne me donne autre suasion Fors que de sa Junon de son âme démie L'absence le travaille.

MARIAMNE.

Ô faveur ennemie ! Sévère mandement ! Las ! Que tu m'es amer ! · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Mais allons lui donner une oeillade forcée...

Elle sort, et, pendant son absence, Salomé fait ses efforts auprès de l'échanson pour le décider à servir sa vengeance, en accusant Mariamne d'avoir voulu le séduire pour empoisonner le roi. Furieux contre son épouse, Hérode ouvre le troisième acte. Entendez-le vous-même ; il va vous expliquer la cause de sa juste colère :

Serpent enflé d'orgueil, fere ingrate.... Ne m'espère jamais de regards captieux Amour courroucé ; non, désormais n'espère Que ce refus ne soit ta ruine dernière. Dédaigner mes faveurs ! mes flammes mespriser ! Le devoir d'une femme au mary refuser ! Voir que d'humilité je te prie et reprie D'appaiser de mes feux l'amoureuse furie !...

Voilà le crime de Mariamne, et ce qui détermine Hérode à la faire mourir ; mais aussitôt qu'il apprend que ses ordres ont été exécutés, bourrelé de remords, il s'abandonne au plus affreux désespoir.

Après la tragédie de Hardy, il faut citer celle de Tristan l'Hermite, représentée en 1636, qui balança, dans la nouveauté, la fortune du Cid. Tristan a suivi Alexandre Hardy pas à pas, et tous deux ont suivi l'histoire, qui leur a fourni non seulement les personnages, leurs intérêts et leurs caractères, mais encore l'économie du poème et la distribution de toutes ses parties. Le progrès est surtout dans le style et dans la versification : la rime est d'une richesse extraordinaire.

Le caractère d'Hérode est vivement peint et très bien soutenu. On le voit, dès la première scène, agité de ces terreurs funèbres qui accompagnent le tyran. Tourmenté par un songe effroyable, il se réveille en sursaut et s'irrite contre le fantôme importun qui trouble son sommeil. Son frère et sa soeur accourent à ses cris : il leur raconte le sujet de sa frayeur. Son récit serait beau, s'il était moins ampoulé ; il a dû être goûté dans un temps où les songes n'étaient pas encore une machine usée et banale. La mort de Mariamne a lieu dans l'intervalle qui sépare le quatrième acte du cinquième. Tout le cinquième acte est consacré aux remords, aux fureurs d'Hérode ; il faisait un prodigieux effet, grâce surtout à l'énergie de l'acteur Mondory, qui jouait le personnage d'Hérode. C'est dans une représentation de cette pièce que cet acteur célèbre fut frappé d'apoplexie. Il survécut à cette attaque, mais dut renoncer au théâtre. Le père Rapin, dans ses Réflexions sur la poétique, dit que le peuple ne sortait de la représentation de cette pièce que rêveur et pensif, faisant réflexion à ce qu'il venait de voir, et pénétré en même temps d'un grand plaisir. « En quoi, ajoute-t-il, on a vu un petit croquis des fortes impressions que faisait la tragédie grecque. »

Lorsque Voltaire eut traité le même sujet, J.-B. Rousseau, alors brouillé avec l'auteur de la nouvelle Mariamne, entreprit de ressusciter celle de Tristan : « Je vous dirai, écrivait-il a l'abbé d'Olivet (8 déc. 1724), que, depuis votre départ à l'aide de soixante ou quatre-vingts vers corrigés (il y en eut cent soixante-cinq en fin de compte), d'un pareil nombre retranchés, et de vingt ou trente au plus suppléés, je viens de rendre cette tragédie le plus beau morceau de poésie dramatique qui soit peut-être dans notre langue... Je vous en demande le secret, mais je veux la faire imprimer et ensuite représenter ici (à Bruxelles) l'année prochaine, pour faire voir que, quand on a en main des ouvrages traités comme celui-là, et qu'il ne s'agit que d'en raccommoder ce que le temps a fait vieillir ou qu'une délicatesse un peu scrupuleuse a pu rendre choquant, c'est une témérité de vouloir prétendre à en abolir la mémoire en leur substituant d'autres ouvrages sur le même sujet quand on n'a pas la force de faire mieux. »

La Mariamne de Tristan, corrigée par J.-B. Rousseau ne fut publiée qu'en 1733 sous la date de 1734 : Pièces dramatiques choisies et restituées, par M***. Amsterdam, F. Changuion, 1734, in-12. Elle n'eut aucune influence sur la destinée de l'oeuvre de Voltaire.

Un peu moins d'un an après la représentation unique de la Mariamne de Voltaire, le 15 février 1725, l'abbé Nadal auteur de quelques tragédies oubliées fit représenter une nouvelle Mariamne qui eut quatre représentations.

« Quoique l'abbé ne fût pas un rude jouteur dit M. G Desnoiresterres, cet antagonisme ne laissait pas d'être désagréable pour Voltaire, qui était en train de remanier sa Mariamne et songeait à la faire reprendre sous peu de mois. Une pièce simplement plate peut se traîner sans sifflets et avoir, en fin de compte, toutes les apparence d'un succès d'estime ; et un succès d'estime obtenu par Nadal, quand l'accueil du public l'avait forcé, lui, à retirer sa pièce, c'eût été le comble de l'humiliation. La représentation de la Mariamne de l'abbé n'était donc pas un fait indifférent, et Voltaire n'y assista point sans une secrète émotion, car on y remarqua sa présence. Ses amis s'y trouvèrent aussi ; et, s'il faut en croire son rival ils firent tout ce qu'il fut en eux pour faire tomber sa tragédie. Le fait est que la Mariamne de Nadal tomba, quoiqu'il affirme qu'elle triompha de la cabale. Et comment n'eût-elle pas triomphé, « quand l'action avait toutes ses parties, que les moeurs et les caractères y étaient vrais, que tous les incidents y naissaient du sujet(1). » On avoue bien quelques petites imperfections, mais on se sent fort à l'aise en présence des innombrables faiblesses de la Mariamne adverse. « On a de la peine à comprendre la prétention de M de V*** dans la négligence qu'il affecte pour la rime. Le grand Corneille et l'illustre Racine l'ont respectée. Il n'est pas de beaux vers sans richesse de la rime ; et la difficulté qu'il y a à la trouver ne permet aucune excuse sur une singularité aussi bizarre... Quel est le poète, à 1' exception de M. de V***, qui jusqu'ici ait fait rimer enfin avec asmonéen :

Souviens-toi qu'il fut prêt d'exterminer enfin Les restes odieux du sang asmonéen ?

« Le reproche était fondé, bien que le distique que cite Nadal ait complètement disparu de la pièce de Voltaire. Mariamne n'était pas encore imprimée, mais on en avait usé envers elle comme envers Inès (de Lamotte) ; on l'avait saisie au vol et l'on était parvenu, lambeau par lambeau, à la mettre tant bien que mal sur ses pieds, non sans quelque altération de texte. Avant l'édition donnée par l'auteur, trois éditions se succédaient, ce qu'il conteste avec un dépit où perce toutefois une certaine satisfaction d amour-propre. « Vous voyez, écrit-il à Thiériot, que l'honneur qu'on a fait à Lamotte d'écrire son Inès dans les représentations n'est pas un honneur si singulier qu'il le prétend. »

« Quoi qu'il en soit, la Mariamne de l'abbé fut si peu triomphante que le parterre demanda, séance tenante, celle de Voltaire. Mais ce parterre, aux yeux de Nadal, n'est autre qu'une cabale groupée et conduite par Thiériot, ce facteur de bel esprit, comme il l'appelle dans la préface de sa tragédie qui fut supprimée par ordre. « C'était, nous dit Marais de cette préface, le style injurieux et avantageux de Pradon vantant sa Phèdre et accusant Racine d'avoir ameuté contre lui tout un public d'amis. » Voltaire n'eût pas été Voltaire s'il se fût dispensé de toutes représailles. On peut voir dans la correspondance générale sa lettre à l'abbé Nadal sous le nom de Thiériot, à la date du 28 mars 1725. Voltaire avait intérêt à ce que la Mariamne de l'abbé n'en revint pas ; la fit-il siffler par ses amis ? Rien ne le prouve. Mais il s'empressa de profiter de la maladresse de Nadal pour les noyer tous les deux, lui et sa pièce. Moins de quinze jours après, le mardi 10 avril, on reprenait la sienne qui, par les retouches, un remaniement presque complet, offrait tout l'imprévu, tout le piquant d'une oeuvre nouvelle. Dans la première Mariamne, la mort de l'héroïne avait lieu sur le théâtre. La façon dont avait été accueilli le dénouement le décida à faire passer tout en récit. Ce n'était certes point un progrès, mais cela réussit pleinement. La tragédie alla aux nues : « C'est le plus grand poète que nous ayons ! » s'écrie le même Marais.

Il est à regretter que ce premier dénouement ne se soit pas retrouvé. » Nous nous proposions, dit Palissot(2), de rétablir dans notre édition l'ancien dénouement, qui eût donné à l'ouvrage même un attrait piquant de nouveauté ; mais M. d'Argental et moi nous le cherchâmes vainement, soit dans les dépôts de la police, soit dans les archives de la comédie. »

PRÉFACE DE L'AUTEUR

Il serait utile qu'on abolit la coutume que plusieurs personnes ont prise, depuis quelques années de transcrire pendant les représentations les pièces de théâtre, bonnes ou mauvaises, qui ont quelque apparence de succès. Cette précipitation répand dans le public des copies défectueuses des pièces nouvelles et expose les auteurs à voir leurs ouvrages imprimés sans leur consentement, et avant qu'ils y aient mis la dernière main : voilà le cas où je me trouve. Il vient de paraître coup sur coup trois mauvaises éditions de ma tragédie de Mariamne, l'une à Amsterdam, chez Changuion, et les deux autres sans nom d imprimeur. Toutes trois sont pleines de tant de fautes que mon ouvrage y est entièrement méconnaissable. Ainsi je me vois forcé de donner moi-même une édition de Mariamne, où du moins il n'y ait de fautes que les miennes ; et cette nécessité où je suis d'imprimer ma tragédie avant le temps que je m'étais prescrit pour la corriger servirait d'excuse aux fautes qui sont dans cet ouvrage, si des défauts pouvaient jamais être excusés.

La destinée de cette pièce a été extraordinaire. Elle fut jouée pour la première fois en 1724, au mois de mars(5), et fut si mal reçue qu'à peine put-elle être achevée. Elle fut rejouée avec quelques changements en 1725, au mois de mai, et fut reçue alors avec une extrême indulgence. J'avoue avec sincérité qu'elle méritait le mauvais accueil que lui fit d'abord le public ; et je supplie qu'on me permette d'entrer sur cela dans un détail qui peut-être ne sera pas inutile à ceux qui voudront courir la carrière épineuse du théâtre, où j'ai le malheur de m'être engagé. Ils verront les écueils où j'ai échoué : ce n'est que par là que je puis leur être utile.

Une des premières règles est de peindre les héros connus tels qu'ils ont été, ou plutôt tels que le public les imagine ; car il est bien plus aisé de mener les hommes par les idées qu'ils ont qu'en voulant leur en donner de nouvelles.

Sit Medea ferox invictaque, flebilis Ino, Perfidus Ixion, Io vaga, tristis Orestes, etc.

Hor., Art. Poét., 123-4.

Fondé sur ces principes, et entraîné par la complaisance respectueuse que j'ai toujours eue pour des personnes qui m'honorent de leur amitié et de leurs conseils, je résolus de m'assujettir entièrement à l'idée que les hommes ont depuis longtemps de Mariamne et d'Hérode, et je ne songeai qu'à les peindre fidèlement d'après le portrait que chacun s'en est fait dans son imagination.

Ainsi Hérode parut, dans cette pièce, cruel et politique ; tyran de ses sujets, de sa famille, de sa femme ; plein d'amour pour Mariamne, mais plein d'un amour barbare qui ne lui inspirait pas le moindre repentir de ses fureurs. Je ne donnai à Mariamne d'autres sentiments qu'un orgueil imprudent, et qu'une haine inflexible pour son mari. Et enfin, dans la vue de me conformer aux opinions reçues, je ménageai une entrevue entre Hérode et Varus(6), dans laquelle je fis parler ce préteur avec la hauteur qu'on s'imagine que les Romains affectaient avec les rois.

Qu'arriva-t-il de tout cet arrangement ? Mariamne intraitable n'intéressa point ; Hérode, n'étant que criminel, révolta, et son entretien avec Varus le rendit méprisable. J'étais à la première représentation : je m'aperçus, dès le moment où Hérode parut, qu'il était impossible que la pièce eût du succès ; et je m'étais égaré en marchant trop timidement dans la route ordinaire.

Je sentis qu'il est des occasions où la première règle est de s'écarter des règles prescrites, et que (comme le dit M. Pascal sur un sujet plus sérieux) les vérités se succèdent du pour au contre à mesure qu'on a plus de lumières.

Il est vrai qu'il faut peindre les héros tels qu'ils ont été ; mais il est encore plus vrai qu'il faut adoucir les caractères désagréables ; qu'il faut songer au public pour qui l'on écrit, encore plus qu'aux héros que l'on fait paraître, et qu'on doit imiter les peintres habiles, qui embellissent en conservant la ressemblance.

Pour qu'Hérode ressemblât, il était nécessaire qu'il excitât l'indignation ; mais, pour plaire, il devait émouvoir la pitié. Il fallait que l'on détestât ses crimes, que l'on plaignît sa prison, qu'on aimât ses remords, et que ces mouvements si violents, si subits, si contraires, qui font le caractère d'Hérode, passassent rapidement tour à tour dans l'âme du spectateur.

Si l'on veut suivre l'histoire, Mariamne doit haïr Hérode et l'accabler de reproches ; mais, si l'on veut que Mariamne intéresse, ses reproches doivent faire espérer une réconciliation ; sa haine ne doit pas paraître toujours inflexible. Par là, le spectateur est attendri, et l'histoire n'est point entièrement démentie.

Enfin je crois que Varus ne doit point du tout voir Hérode ; et en voici les raisons. S'il parle à ce prince avec hauteur et avec colère, il l'humilie ; et il ne faut point avilir un personnage qui doit intéresser. S'il lui parle avec politesse, ce n'est qu'une scène de compliments, qui serait d'autant plus froide qu'elle serait inutile. Que si Hérode répond en justifiant ses cruautés, il dément la douleur et les remords dont il est pénétré en arrivant ; s'il avoue à Varus cette douleur et ce repentir, qu'il ne peut en effet cacher à personne, alors il n'est plus permis au vertueux Varus de contribuer à la fuite de Mariamne, pour laquelle il ne doit plus craindre. De plus, Hérode ne peut faire qu'un très méchant personnage avec l'amant de sa femme, et il ne faut jamais faire rencontrer ensemble sur la scène des acteurs principaux qui n'ont rien d'intéressant à se dire.

La mort de Mariamne, qui, à la première représentation, était empoisonnée et expirait sur le théâtre, acheva de révolter les spectateurs ; soit que le public ne pardonne rien lorsqu'une fois il est mécontent, soit qu'en effet il eût raison de condamner cette invention, qui était une faute contre l'histoire, faute qui, peut-être, n'était rachetée par aucune beauté.

J'aurais pu ne pas me rendre sur ce dernier article, et j'avoue que c'est contre mon goût que j'ai mis la mort de Mariamne en récit au lieu de la mettre en action ; mais je n'ai voulu combattre en rien le goût du public : c'est pour lui et non pour moi que j'écris ; ce sont ses sentiments et non les miens que je dois suivre.

Cette docilité raisonnable, ces efforts que j'ai faits pour rendre intéressant un sujet qui avait paru si ingrat, m'ont tenu lieu du mérite qui m'a manqué, et ont enfin trouvé grâce devant des juges prévenus contre la pièce. Je ne pense pas que ma tragédie mérite son succès, comme elle avait mérité sa chute. Je ne donne même cette édition qu'en tremblant. Tant d'ouvrages que j'ai vus applaudis au théâtre, et méprisés à la lecture, me font craindre pour le mien le même sort. Une ou deux situations, l'art des acteurs, la docilité que j'ai fait paraître, ont pu m'attirer des suffrages aux représentations ; mais il faut un autre mérite pour soutenir le grand jour de l'impression. C'est peu d'une conduite régulière, ce serait peu même d'intéresser. Tout ouvrage en vers, quelque beau qu'il soit d'ailleurs, sera nécessairement ennuyeux si tous les vers ne sont pas pleins de force et d'harmonie, si l'on n'y trouve pas une élégance continue, si la pièce n'a point ce charme inexprimable de la poésie que le génie seul peut donner, où l'esprit ne saurait jamais atteindre et sur lequel on raisonne si mal et si inutilement depuis la mort de Monsieur Despréaux.

C'est une erreur bien grossière de s'imaginer que les vers soient la dernière partie d'une pièce de théâtre, et celle qui doit le moins coûter. M. Racine, c'est-à-dire l'homme de la terre qui après Virgile, a le mieux connu l'art des vers ne pensait pas ainsi. Deux années entières lui suffirent à peine pour écrire sa Phèdre. Pradon se vante d'avoir composé la sienne en moins de trois mois. Comme le succès passager des représentations d'une tragédie ne dépend point du style, mais des acteurs et des situations, il arriva que les deux Phèdres semblèrent d'abord avoir une égale destinée : mais l'impression. régla bientôt le rang de l'une et de l'autre. Pradon, selon la coutume des mauvais auteurs, eut beau faire une préface insolente, dans laquelle il traitait ses critiques de malhonnêtes gens, sa pièce, tant vantée par sa cabale et par lui, tomba dans le mépris qu'elle mérite, et sans la Phèdre de Monsieur Racine, on ignorerait aujourd'hui que Pradon en a composé une.

Mais d'où vient enfin cette distance si prodigieuse entre ces deux ouvrages ? La conduite en est à peu près là même : Phèdre est mourante dans l'une et dans l'autre. Thésée est absent dans les premiers actes : il passe pour avoir été aux enfers avec Pirithoüs. Hippolyte, son fils, veut quitter Trézène ; il veut fuir Aricie, qu'il aime. Il déclare sa passion à Aricie, et reçoit avec horreur celle de Phèdre : il meurt du même genre de mort et son gouverneur fait le récit de sa mort. Il y a plus : les personnages des deux pièces, se trouvant dans les mêmes situations disent presque les mêmes choses ; mais c'est là qu'on distingue le grand homme et le mauvais poète. C'est lorsque Racine et Pradon pensent de même qu'ils sont le plus différents. En voici un exemple bien sensible. Dans la déclaration d'Hippolyte à Aricie, Monsieur Racine fait ainsi parler Hippolyte (acte II, scène ii) .

Moi qui, contre l'amour fièrement révolté, Aux fers de ses captifs ai longtemps insulté ; Qui, des faibles mortels déplorant les naufrages, Pensais toujours du bord contempler les orages ; Asservi maintenant sous la commune loi, Par quel trouble me vois-je emporté loin de moi ? Un moment a vaincu mon audace imprudente : Cette âme si superbe est enfin dépendante. Depuis près de six mois, honteux, désespéré, Portant partout le trait dont je suis déchiré, Contre vous, contre moi, vainement je m'éprouve. Présente, je vous fuis ; absente, je vous trouve : Dans le fond des forêts votre image me suit ; La lumière du jour, les ombres de la nuit, Tout retrace à mes veux les charmes que j'évite, Tout vous livre à l'envi le rebelle Hippolyte. Moi-même, pour tout fruit de mes soins superflus, Maintenant je me cherche, et ne me trouve plus. Mon arc, mes javelots, mon char, tout m'importune. Je ne me souviens plus des leçons de Neptune ; Mes seuls gémissements font retentir les bois, Et mes coursiers oisifs ont oublié ma voix.

Voici comment Hippolyte s'exprime dans Pradon :

Assez et trop longtemps, d'une bouche profane, Je méprisai l'amour et j'adorai Diane. Solitaire, farouche, on me voyait toujours Chasser dans nos forêts les lions et les Ours. Mais un soin plus pressant m'occupe et m'embarrasse : Depuis que je vous vois, j'abandonne la chasse ; Elle fit autrefois mes plaisirs les plus doux, Et quand j'y vais, ce n'est que pour penser à vous.

On ne saurait lire ces deux pièces de comparaison sans admirer l'une et sans rire de l'autre. C'est pourtant dans toutes les deux le même fonds de sentiment et de pensées : car, quand il s'agit de faire parler les passions, tous les hommes ont presque les mêmes idées ; mais la façon de les exprimer distingue l'homme d'esprit d'avec celui qui n'en a point, l'homme de génie d'avec celui qui n'a que de l'esprit, et le poète d'avec celui qui veut l'être.

Pour parvenir à écrire comme M. Racine, il faudrait avoir son génie, et polir autant que lui ses ouvrages. Quelle défiance ne dois-je donc point avoir, moi qui, né avec des talents si faibles, et accablé par des maladies continuelles, n'ai ni le don de bien imaginer, ni la liberté de corriger, par un travail assidu, les défauts de mes ouvrages ? Je sens avec déplaisir toutes les fautes qui sont dans la contexture de cette pièce, aussi bien que dans la diction. J'en aurais corrigé quelques-unes, si j'avais pu retarder cette édition ; mais j'en aurais encore laissé beaucoup. Dans tous les arts, il y a un terme par delà lequel on ne peut plus avancer. On est resserré dans les bornes de son talent ; on voit la perfection au delà de soi, et on fait des efforts impuissants pour y atteindre.

Je ne ferai point une critique détaillée de cette pièce : les lecteurs la feront assez sans moi. Mais je crois qu'il est nécessaire que je parle ici d'une critique générale qu'on a faite sur le choix du sujet de Mariamne. Comme le génie des Français est de saisir vivement le côté ridicule des choses les plus sérieuses, on disait que le sujet de Mariamne n'était autre chose qu'un vieux mari amoureux et brutal, à qui sa femme refuse avec aigreur le devoir conjugal ; et on ajoutait qu'une querelle de ménage ne pouvait jamais faire une tragédie. Je supplie qu'on fasse avec moi quelques réflexions sur ce préjugé.

Les pièces tragiques sont fondées, ou sur les intérêts de toute une nation, ou sur les intérêts particuliers de quelques princes. De ce premier genre sont l'Iphigénie en Aulide, où la Grèce assemblée demande le sang de la fille d'Agamemnon ; les Horaces, où trois combattants ont entre les mains le sort de Rome ; l'Oedipe, où le salut des Thébains dépend de la découverte du meurtrier de Laïus. Du second genre sont Britannicus, Phèdre, Mithridate, etc.

Dans ces trois dernières, tout l'intérêt est renfermé dans la famille du héros de la pièce ; tout roule sur des passions que des bourgeois ressentent comme les princes ; et l'intrigue de ces ouvrages est aussi propre à la comédie qu'à la tragédie. Otez les noms, « Mithridate n'est qu'un vieillard amoureux d'une jeune fille : ses deux fils en sont amoureux aussi ; et il se sert d'une ruse assez basse pour découvrir celui des deux qui est aimé. Phèdre est une belle-mère qui, enhardie par une intrigante, fait des propositions à son beau-fils, lequel est occupé ailleurs. Néron est un jeune homme impétueux qui devient amoureux tout d'un coup, qui dans le moment veut se séparer d'avec sa femme, et qui se cache derrière une tapisserie pour écouter les discours de sa maîtresse. » Voilà des sujets que Molière a pu traiter comme Racine : aussi l'intrigue de l'Avare est-elle précisément la même que celle de Mithridate. Harpagon et le roi de Pont sont deux vieillards amoureux : l'un et l'autre ont leur fils pour rival ; l'un et l'autre se servent du même artifice pour découvrir l'intelligence qui est entre leur fils et leur maîtresse ; et les deux pièces finissent par le mariage du jeune homme.

Molière et Racine ont également réussi en traitant ces deux intrigues : l'un a amusé, a réjoui, a fait rire les honnêtes gens ; l'autre a attendri, a effrayé, a fait verser des larmes. Molière a joué l'amour ridicule d'un vieil avare : Racine a représenté les faiblesses d'un grand roi, et les a rendues respectables.

Que l'on donne une noce à peindre à Watteau et à Le Brun : l'un représentera, sous une treille, des paysans pleins d'une joie naïve, grossière et effrénée, autour d'une table rustique, où l'ivresse, l'emportement, la débauche, le rire immodéré, régneront ; l'autre peindra les noces de Thétis et de Pélée, les festins des dieux, leur joie majestueuse : et tous deux seront arrivés à la perfection de leur art par des chemins différents.

On peut appliquer tous ces exemples à Mariamne. La mauvaise humeur d'une femme, l'amour d'un vieux mari, les tracasseries d'une belle-soeur, sont de petits objets, comiques par eux-mêmes ; mais un roi à qui la terre a donné le nom de grand, éperdument amoureux de la plus belle femme de l'univers ; la passion furieuse de ce roi si fameux par ses vertus et par ses crimes ; ses cruautés passées, ses remords présents, ce passage si continuel et si rapide de l'amour à la haine et de la haine à l'amour ; l'ambition de sa soeur, les intrigues de ses ministres ; la situation cruelle d'une princesse dont la vertu et la bonté sont célèbres encore dans le monde, qui avait vu son père et son frère livrés à la mort par son mari, et qui, pour comble de douleur, se voyait aimée du meurtrier de sa famille : quel champ ! quelle carrière pour un autre génie que le mien ! Peut-on dire qu'un tel sujet soit indigne de la tragédie ? C'est là surtout que,

Selon ce qu'on peut être, Les choses changent de nom.
Citation Aestuat ingens Imo in corde pudor, mixtoque insania luctu, Et furiis agitatus amor, etc.

Virg. Én., X, 571-73.

ACTE I

SCÈNE I. Salome, Mazael.

SCÈNE II. Salome, Sohême, Ammon.

SCÈNE III. Sohême, Ammon.

SOHÊME

Ah ! faut-il donc l'aimer pour prendre sa défense ? Qui n'aurait, comme moi, chéri son innocence ? Quel coeur indifférent n'irait à son secours ? Et qui, pour la sauver, n'eut prodigué ses jours ? Ami, mon coeur est pur, et tu connais mon zèle ; Je n'habitais ces lieux que pour veiller sur elle. Quand Hérode partit incertain de son sort, Quand il chercha dans Rome ou le sceptre ou la mort, Plein de sa passion forcenée et jalouse, Il tremblait qu'après lui sa malheureuse épouse, Du trône descendue, esclave des Romains, Ne fût abandonnée à de moins dignes mains. Il voulut qu'une tombe, à tous deux préparée, Enfermât avec lui cette épouse adorée. Phérore fut chargé du ministère affreux D'immoler cet objet de ses horribles feux. Phérore m'instruisit de ces ordres coupables : J'ai veillé sur des jours si chers, si déplorables ; Toujours armé, toujours prompt à la protéger, Et surtout à ses yeux dérobant son danger. J'ai voulu la servir sans lui causer d'alarmes ; Ses malheurs me touchaient encor plus que ses charmes. L'amour ne règne point sur mon coeur agité ; Il ne m'a point vaincu ; c'est moi qui l'ai dompté : Et, plein du noble feu que sa vertu m'inspire, J'ai voulu la venger, et non pas la séduire. Enfin l'heureux Hérode a fléchi les Romains : Le sceptre de Judée est remis en ses mains ; Il revient triomphant sur ce sanglant théâtre ; Il revoie à l'objet dont il est idolâtre, Qu'il opprima souvent, qu'il adora toujours ; Leurs désastres communs ont terminé leur cours. Un nouveau jour va luire à cette cour affreuse Je n'ai plus qu'à partir... Mariamne est heureuse. Je ne la verrai plus... mais à d'autres attraits Mon coeur, mon triste coeur, est fermé pour jamais ; Tout hymen à mes yeux est horrible et funeste : Qui connaît Mariamne abhorre tout le reste ; La retraite a pour moi des charmes assez grands : J'y vivrai vertueux, loin des yeux des tyrans, Préférant mon partage au plus beau diadème, Maître de ma fortune, et maître de moi-même.

SCÈNE IV. Sohême, Élise, Ammon.

ACTE II

SCÈNE I. Salome, Mazael.

SCÈNE II. Mariamne, Élise, Salome, Mazael, Narbas.

SCÈNE III. Mariamne, Élise, Narbas.

SCÈNE IV. Mariamne, Narbas.

NARBAS

Cet effroi généreux n'a rien que je n'admire ; Tout injuste qu'il est, la vertu vous l'inspire. Ce coeur, indépendant des outrages du sort, Craint l'ombre d'une faute, et ne craint point la mort. Bannissez toutefois ces alarmes secrètes ; Ouvrez les yeux, madame, et voyez où vous êtes : C'est là que, répandu par les mains d'un époux, Le sang de votre père a rejailli sur vous : Votre frère en ces lieux a vu trancher sa vie ; En vain de son trépas le roi se justifie, En vain César trompé l'en absout aujourd'hui ; L'Orient révolté n'en accuse que lui. Regardez ; consultez les pleurs de votre mère, L'affront fait à vos fils, le sang de votre père, La cruauté du roi, la haine de sa soeur, Et (ce que je ne puis prononcer sans horreur, Mais dont votre vertu n'est point épouvantée) La mort plus d'une fois à vos yeux présentée. Enfin, si tant de maux ne vous étonnent pas, Si d'un front assuré vous marchez au trépas, Du moins de vos enfants embrassez la défense. Le roi leur a du trône arraché l'espérance ; Et vous connaissez trop ces oracles affreux Qui depuis si longtemps vous font trembler pour eux. Le ciel vous a prédit qu'une main étrangère Devait un jour unir vos fils à votre père. Un Arabe implacable a déjà, sans pitié, De cet oracle obscur accompli la moitié : Madame, après l'horreur d'un essai si funeste, Sa cruauté, sans doute, accomplirait le reste ; Dans ses emportements rien n'est sacré pour lui. Eh ! qui vous répondra que lui-même aujourd'hui Ne vienne exécuter sa sanglante menace, Et des Asmonéens anéantir la race ? Il est temps désormais de prévenir ses coups ; Il est temps d'épargner un meurtre à votre époux, Et d'éloigner du moins de ces tendres victimes Le fer de vos tyrans, et l'exemple des crimes. Nourri dans ce palais, près des rois vos aïeux, Je suis prêt à vous suivre en tous temps, en tous lieux. Partez, rompez vos fers ; allez, dans Rome même, Implorer du sénat la justice suprême, Remettez de vos fils la fortune en sa main, Et les faire adopter par le peuple romain ; Qu'une vertu si pure aille étonner Auguste. Si l'on vante à bon droit son règne heureux et juste, Si la terre avec joie embrasse ses genoux, S'il mérite sa gloire, il fera tout pour vous.

SCÈNE V. Mariamne, Sohême, Élise.

MARIAMNE

Je vous dois tout, seigneur ; et, dans mon infortune, Ma douleur ne craint point de vous être importune, Ni de solliciter par d'inutiles voeux Les secours d'un héros, l'appui des malheureux. Lorsque Hérode attendait le trône ou l'esclavage, Moi-même des Romains j'ai brigué le suffrage ; Malgré ses cruautés, malgré mon désespoir, Malgré mes intérêts, j'ai suivi mon devoir. J'ai servi mon époux ; je le ferais encore. Il faut que pour moi-même enfin je vous implore ; Il faut que je dérobe à d'inhumaines lois Les restes malheureux du pur sang de nos rois. J'aurais dû dès longtemps, loin d'un lieu si coupable, Demander au sénat un asile honorable ; Mais, seigneur, je n'ai pu, dans les troubles divers Dont la guerre civile a rempli l'univers, Chercher parmi l'effroi, la guerre et les ravages, Un port aux mêmes lieux d'où partaient les orages. Auguste au monde entier donne aujourd'hui la paix ; Sur toute la nature il répand ses bienfaits. Après les longs travaux d'une guerre odieuse, Ayant vaincu la terre, il veut la rendre heureuse. Du haut du Capitole il juge tous les rois, Et de ceux qu'on opprime il prend en main les droits. Qui peut à ses bontés plus justement prétendre Que mes faibles enfants, que rien ne peut défendre, Et qu'une mère en pleurs amène auprès de lui Du bout de l'univers implorer son appui ? Pour conserver les fils, pour consoler la mère, Pour finir tous mes maux, c'est en vous que j'espère : Je m'adresse à vous seul, à vous, à ce grand coeur, De la simple vertu généreux protecteur ; À vous à qui je dois ce jour que je respire : Seigneur, éloignez-moi de ce fatal empire. Ma mère, mes enfants, je mets tout en vos mains ; Enlevez l'innocence au fer des assassins. Vous ne répondez rien ! Que faut-il que je pense De ces sombres regards et de ce long silence ? Je vois que mes malheurs excitent vos refus.

ACTE III

SCÈNE I. Sohême, Narbas, Ammon, suite.

SCÈNE II. Sohême, Ammon, suite de Sohême.

SCÈNE III. Sohême, Idamas, Ammon, suite.

SCÈNE IV. Hérode, Mazael, Idamas, suite d'Hérode, Mariamne

SCÈNE V. Hérode, Salome.

SALOME

N'importe.

HÉRODE

Eh bien !

SALOME

C'est...

SCÈNE VI. Hérode, Salome, Mazael.

ACTE IV

SCÈNE I. Salome, Mazael.

SCÈNE II. Hérode, Salome, Mazael, Gardes.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Mariamne, Hérode, Élise, Gardes.

ÉLISE

Avançons.

MARIAMNE

Cruel !...

SCÈNE V. Hérode, Mariamne, Élise, Un Garde.

SCÈNE VI. Hérode, Mariamne, Salome, Mazael, Élise, Gardes.

ACTE V

SCÈNE I. Mariamne, Élise, Gardes.

MARIAMNE

Éloignez-vous, soldats ; daignez laisser du moins Votre reine un moment respirer sans témoins.

Les gardes se retirent au coin du théâtre.

Voilà donc, juste Dieu, quelle est ma destinée ! La splendeur de mon sang, la pourpre où je suis née, Enfin ce qui semblait promettre à mes beaux jours D'un bonheur assuré l'inaltérable cours ; Tout cela n'a donc fait que verser sur ma vie Le funeste poison dont elle fut remplie ! Ô naissance ! ô jeunesse ! et toi, triste beauté, Dont l'éclat dangereux enfla ma vanité, Flatteuse illusion dont je fus occupée, Vaine ombre de bonheur, que vous m'avez trompée ! Sur ce trône coupable un éternel ennui M'a creusé le tombeau que l'on m'ouvre aujourd'hui. Dans les eaux du Jourdain j'ai vu périr mon frère ; Mon époux à mes yeux a massacré mon père ; Par ce cruel époux condamnée à périr, Ma vertu me restait, on ose la flétrir. Grand Dieu ! dont les rigueurs éprouvent l'innocence, Je ne demande point ton aide ou ta vengeance ; J'appris de mes aïeux, que je sais imiter, À voir la mort sans crainte et sans la mériter ; Je t'offre tout mon sang : défends au moins ma gloire ; Commande à mes tyrans d'épargner ma mémoire ; Que le mensonge impur n'ose plus m'outrager. Honorer la vertu, c'est assez la venger. Mais quel tumulte affreux ! quels cris ! quelles alarmes ! Ce palais retentit du bruit confus des armes. Hélas ! j'en suis la cause, et l'on périt pour moi. On enfonce la porte. Ah ! qu'est-ce que je voi ?

SCÈNE II. Mariamne, Sohême, Élise, Ammon, soldats d'Hérode, soldats de Sohême.

MARIAMNE

Seigneur...

SCÈNE III. Mariamne, Élise, Gardes.

SCÈNE IV. Mariamne, Élise, Narbas, Gardes.

SCÈNE V. Hérode, Mariamne, Élise, Narbas, Idamas, Gardes.

SCÈNE VI. Hérode, Idamas, Gardes.

SCÈNE VII. Hérode, Idamas, Narbas.

HÉRODE

Mariamne...

1 440 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0