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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Mérope

Voltaire· créée en 1743, imprimée en 1744· 5 actes· 1 402 vers· 7 personnages

Représentée pour la première fois le 20 février 1743 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain par la Comédie française.

Personnages

  • MÉROPE, veuve de Cresphonte, roi de Messène
  • ÉGISTHE, fils de Mérope
  • POLYPHONTE, tyran de Messène
  • NARBAS, vieillard
  • EURYCLES, favori de Mérope
  • ÉROX, favori de Polyphonte
  • ISMÉNIE, confidente de Mérope

ACTE I

SCÈNE I. Mérope, Isménie.

MÉROPE

L'empire est à mon fils. Périsse la marâtre, Périsse le coeur dur, de soi-même idolâtre, Qui peut goûter en paix, dans le suprême rang, Le barbare plaisir d'hériter de son sang ! Si je n'ai plus de fils, que m'importe un empire ! Que m'importe ce ciel, ce jour que je respire ? Je dus y renoncer alors que dans ces lieux Mon époux fut trahi des mortels et des dieux. Ô perfidie ! ô crime ! ô jour fatal au monde ! Ô mort toujours présente à ma douleur profonde ! J'entends encor ces voix, ces lamentables cris, Ces cris : « Sauvez le roi, son épouse, et ses fils ! » Je vois ces murs sanglants, ces portes embrasées, Sous ces lambris fumants ces femmes écrasées, Ces esclaves fuyants, le tumulte, l'effroi, Les armes, les flambeaux, la mort, autour de moi. Là, nageant dans son sang, et souillé de poussière, Tournant encor vers moi sa mourante paupière, Cresphonte en expirant me serra dans ses bras ; Là, deux fils malheureux, condamnés au trépas, Tendres et premiers fruits d'une union si chère, Sanglants et renversés sur le sein de leur père, À peine soulevaient leurs innocentes mains. Hélas ! Ils m'imploraient contre leurs assassins. Égisthe échappa seul ; un dieu prit sa défense : Veille sur lui, grand dieu qui sauvas son enfance ! Qu'il vienne ; que Narbas le ramène à mes yeux Du fond de ses déserts au rang de ses aïeux ! J'ai supporté quinze ans mes fers et son absence ; Qu'il règne au lieu de moi : voilà ma récompense.

SCÈNE II. Mérope, Isménie, Euryclès.

SCÈNE III. Mérope, Polyphonte, Érox.

POLYPHONTE

Il est encor douteux si votre fils respire. Mais quand du sein des morts il viendrait en ces lieux Redemander son trône à la face des dieux, Ne vous y trompez pas, Messène veut un maître Éprouvé par le temps, digne en effet de l'être ; Un roi qui la défende ; et j'ose me flatter Que le vengeur du trône a seul droit d'y monter. Égisthe, jeune encore, et sans expérience, Étalerait en vain l'orgueil de sa naissance ; N'ayant rien fait pour nous, il n'a rien mérité. D'un prix bien différent ce trône est acheté. Le droit de commander n'est plus un avantage Transmis par la nature, ainsi qu'un héritage ; C'est le fruit des travaux et du sang répandu ; C'est le prix du courage ; et je crois qu'il m'est dû. Souvenez-vous du jour où vous fûtes surprise Par ces lâches brigands de Pylos et d'Amphryse ; Revoyez votre époux et vos fils malheureux, Presque en votre présence, assassinés par eux ; Revoyez-moi, madame, arrêtant leur furie, Chassant vos ennemis, défendant la patrie ; Voyez ces murs enfin par mon bras délivrés ; Songez que j'ai vengé l'époux que vous pleurez : Voilà mes droits, madame, et mon rang, et mon titre : La valeur fit ces droits ; le ciel en est l'arbitre. Que votre fils revienne ; il apprendra sous moi Les leçons de la gloire, et l'art de vivre en roi : Il verra si mon front soutiendra la couronne. Le sang d'Alcide est beau, mais n'a rien qui m'étonne. Je recherche un honneur et plus noble et plus grand : Je songe à ressembler au dieu dont il descend : En un mot, c'est à moi de défendre la mère, Et de servir au fils et d'exemple et de père.

SCÈNE IV. Polyphonte, Érox.

POLYPHONTE

Entre ce trône et moi je vois un précipice ; Il faut que ma fortune y tombe ou le franchisse. Mérope attend Égisthe ; et le peuple aujourd'hui, Si son fils reparaît, peut se tourner vers lui. En vain, quand j'immolai son père et ses deux frères, De ce trône sanglant je m'ouvris les barrières ; En vain, dans ce palais, où la sédition Remplissait tout d'horreur et de confusion, Ma fortune a permis qu'un voile heureux et sombre Couvrît mes attentats du secret de son ombre ; En vain du sang des rois, dont je suis l'oppresseur, Les peuples abusés m'ont cru le défenseur : Nous touchons au moment où mon sort se décide. S'il reste un rejeton de la race d'Alcide, Si ce fils, tant pleuré, dans Messène est produit, De quinze ans de travaux j'ai perdu tout le fruit. Crois-moi, ces préjugés de sang et de naissance Revivront dans les coeurs, y prendront sa défense. Le souvenir du père, et cent rois pour aïeux, Cet honneur prétendu d'être issu de nos dieux, Les cris, le désespoir, d'une mère éplorée, Détruiront ma puissance encor mal assurée. Égisthe est l'ennemi dont il faut triompher. Jadis dans son berceau je voulus l'étouffer. De Narbas à mes yeux l'adroite diligence Aux mains qui me servaient arracha son enfance : Narbas, depuis ce temps, errant loin de ces bords, A bravé ma recherche, a trompé mes efforts. J'arrêtai ses courriers ; ma juste prévoyance De Mérope et de lui rompit l'intelligence. Mais je connais le sort ; il peut se démentir ; De la nuit du silence un secret peut sortir ; Et des dieux quelquefois la longue patience Fait sur nous à pas lents descendre la vengeance.

ACTE II

SCÈNE I. Mérope, Euryclès, Isménie.

SCÈNE II. Mérope, Euryclès, Égisthe, enchaîné , Isménie, gardes.

ISMÉNIE

Rassurez-vous, c'est elle.

Elle sort.

ÉGISTHE

En Élide.

SCÈNE III. Mérope, Égisthe, Euryclès, Isménie.

SCÈNE IV. Mérope, Isménie.

SCÈNE V. Mérope, Euryclès, Isménie.

ISMÉNIE

Ô dieux !

SCÈNE VI. Mérope, Euryclès, Isménie, Érox , gardes de Polyphonte.

SCÈNE VII. Mérope, Euryclès, Isménie.

ACTE III

SCÈNE I.

SCÈNE II. Narbas, Isménie, dans le fond du théâtre où l'on découvre le tombeau de Cresphonte.

NARBAS, allant vers le tombeau

Ô mon maître ! ô cendres que j'adore !

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Mérope, Isménie, Euryclès, Égisthe, enchaîné, gardes, sacrificateurs.

NARBAS, paraissant avec précipitation

Qu'allez-vous faire, ô dieux !

ÉGISTHE, tournant les yeux vers Narbas

Ô mon père !

NARBAS, se jetant à genoux

Vous alliez l'immoler. Égisthe...

MÉROPE, laissant tomber le poignard

Eh bien, Égisthe ?

MÉROPE, tombant dans les bras d'Isménie

Je me meurs !

SCÈNE V. Mérope, Euryclès, Narbas, Isménie.

MÉROPE

Qui ?

NARBAS

Demeurez.

SCÈNE VI. Mérope, Polyphonte, Érox, Isménie, suite.

MÉROPE

Vous ?

MÉROPE

Lui ?

ACTE IV

SCÈNE I. Polyphonte, Érox.

SCÈNE II. Polyphonte, Érox, Égisthe, Euryclès, Mérope, Isménie, gardes.

MÉROPE, s'avançant

Cruel ! Qu'osez-vous dire ?

POLYPHONTE

Qu'il meure !

MÉROPE

Il est...

POLYPHONTE

Frappez.

MÉROPE, se jetant entre Égisthe et les soldats

Barbare ! Il est mon fils.

MÉROPE

Hélas !

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Mérope, Narbas, Euryclès.

NARBAS

Vous !

SCÈNE V. Mérope, Narbas, Euryclès, Isménie.

ACTE V

SCENE I. Égisthe, Narbas, Euryclès.

SCÈNE II. Polyphonte, Égisthe, Narbas, Euryclès, gardes.

SCÈNE III. Égisthe, Narbas, Euryclès.

SCÈNE IV. Mérope, Égisthe, Narbas, Euryclès, suite.

MÉROPE

Il m'attend.

SCÈNE V. Narbas, Euryclès.

EURYCLÈS

Écoutons.

SCÈNE VI. Narbas, Isménie, peuple.

ISMÉNIE

La victime était prête, et de fleurs couronnée ; L'autel étincelait des flambeaux d'hyménée ; Polyphonte, l'oeil fixe, et d'un front inhumain, Présentait à Mérope une odieuse main ; Le prêtre prononçait les paroles sacrées ; Et la reine, au milieu des femmes éplorées, S'avançant tristement, tremblante entre mes bras, Au lieu de l'hyménée invoquait le trépas ; Le peuple observait tout dans un profond silence. Dans l'enceinte sacrée en ce moment s'avance Un jeune homme, un héros, semblable aux immortels : Il court ; c'était Égisthe ; il s'élance aux autels ; Il monte, il y saisit d'une main assurée Pour les fêtes des dieux la hache préparée. Les éclairs sont moins prompts ; je l'ai vu de mes yeux, Je l'ai vu qui frappait ce monstre audacieux. « Meurs, tyran, disait-il ; dieux, prenez vos victimes. » Érox, qui de son maître a servi tous les crimes, Érox, qui dans son sang voit ce monstre nager, Lève une main hardie, et pense le venger. Égisthe se retourne, enflammé de furie ; À côté de son maître il le jette sans vie. Le tyran se relève : il blesse le héros ; De leur sang confondu j'ai vu couler les flots. Déjà la garde accourt avec des cris de rage. Sa mère... ah ! Que l'amour inspire de courage ! Quel transport animait ses efforts et ses pas ! Sa mère... elle s'élance au milieu des soldats. « C'est mon fils ! Arrêtez, cessez, troupe inhumaine ! C'est mon fils, déchirez sa mère et votre reine, Ce sein qui l'a nourri, ces flancs qui l'ont porté ! » À ces cris douloureux le peuple est agité ; Une foule d'amis, que son danger excite, Entre elle et ces soldats vole et se précipite. Vous eussiez vu soudain les autels renversés, Dans des ruisseaux de sang leurs débris dispersés ; Les enfants écrasés dans les bras de leurs mères ; Les frères méconnus immolés par leurs frères ; Soldats, prêtres, amis, l'un sur l'autre expirants : On marche, on est porté sur les corps des mourants, On veut fuir, on revient ; et la foule pressée D'un bout du temple à l'autre est vingt fois repoussée. De ces flots confondus le flux impétueux Roule, et dérobe Égisthe et la reine à mes yeux. Parmi les combattants je vole ensanglantée ; J'interroge à grands cris la foule épouvantée. Tout ce qu'on me répond redouble mon horreur. On s'écrie : « Il est mort, il tombe, il est vainqueur. » Je cours, je me consume, et le peuple m'entraîne, Me jette en ce palais, éplorée, incertaine, Au milieu des mourants, des morts, et des débris. Venez, suivez mes pas, joignez-vous à mes cris : Venez. J'ignore encor si la reine est sauvée, Si de son digne fils la vie est conservée, Si le tyran n'est plus. Le trouble, la terreur, Tout ce désordre horrible est encor dans mon coeur.

SCÈNE VII. Mérope, Isménie, Narbas, peuple, soldats.

On voit dans le fond du théâtre le corps de Polyphonte couvert d'une robe sanglante.

SCENE VIII. Mérope, Égisthe, Isménie, Narbas, Euryclès, peuple.

1 402 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica