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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers· Tragédie en Cinq Actes

Les Pélopides ou Atrée et Thyeste

Voltaire· imprimée en 1772· 5 actes· 1 265 vers· 7 personnages

Personnages

  • ATRÉE
  • THYESTE
  • ÉROPE, fille d'Eurysthée, femme d'Atrée
  • HIPPODAMIE, veuve de Pélops
  • POLÉMON, archonte d'Argos, ancien gouverneur d'Atrée et de Thyeste
  • MÉGARE, nourrice d'Érope
  • IDAS, officier d'Atrée
FRAGMENT D'UNE LETTRE

Je n'ai jamais cru que la tragédie dût être à l'eau-rose. L'églogue en dialogues, intitulée Bérénice, à laquelle madame Henriette d'Angleterre fit travailler Corneille et Racine, était indigne du théâtre tragique : aussi Corneille n'en fit qu'un ouvrage ridicule ; et ce grand maître Racine eut beaucoup de peine, avec tous les charmes de sa diction éloquente, à sauver la stérile petitesse du sujet. J'ai toujours regardé la famille d'Atrée, depuis Pélops jusqu'à Iphigénie, comme l'atelier où l'on a dû forger les poignards de Melpomène. Il lui faut des passions furieuses, de grands crimes, des remords violents. Je ne la voudrais ni fadement amoureuse, ni raisonneuse. Si elle n'est pas terrible, si elle ne transporte pas nos âmes, elle m'est insipide.

Je n'ai jamais conçu comment ces Romains, qui devaient être si bien instruits par la poétique d'Horace, ont pu parvenir à faire de la tragédie d'Atrée et de Thyeste une déclamation si plate et si fastidieuse. J'aime mieux l'horreur dont Crébillon a rempli sa pièce.

Cette horreur aurait fort réussi sans quatre défauts qu'on lui a reprochés. Le premier, c'est la rage qu'un homme montre de se venger d'une offense qu'on lui a faite il y a vingt ans. Nous ne nous intéressons à de telles fureurs, nous ne les pardonnons, que quand elles sont excitées par une injure récente qui doit troubler l'âme de l'offensé, et qui émeut la nôtre.

Le second, c'est qu'un homme qui, au premier acte, médite une action détestable, et qui, sans aucune intrigue, sans obstacle, et sans danger, l'exécute au cinquième, est beaucoup plus froid encore qu'il n'est horrible. Et quand il mangerait le fils de son frère, et son frère même, tout crus sur le théâtre, il n'en serait que plus froid et plus dégoûtant, parce qu'il n'a eu aucune passion qui ait touché, parce qu'il n'a point été en péril, parce qu'on n'a rien craint pour lui, rien souhaité, rien senti.

Inventez des ressorts qui puissent m'attacher.

Le troisième défaut est un amour inutile, qui a paru froid, et qui ne sert, dit-on, qu'à remplir le vide de la pièce.

Le quatrième vice, et le plus révoltant de tous, est la diction incorrecte du poème. Le premier devoir, quand on écrit, est de bien écrire. Quand votre pièce serait conduite comme l'Iphigénie de Racine, les vers sont-ils mauvais, votre pièce ne peut être bonne.

Si ces quatre péchés capitaux m'ont toujours révolté ; si je n'ai jamais pu, en qualité de prêtre des muses, leur donner l'absolution, j'en ai commis vingt dans cette tragédie des Pélopides. Plus je perds de temps à composer des pièces de théâtre, plus je vois combien l'art est difficile. Mais Dieu me préserve de perdre encore plus de temps à recorder des acteurs et des actrices ! Leur art n'est pas moins rare que celui de la poésie.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Hippodamie, Polémon.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Hippodamie, Érope, Mégare.

SCÈNE IV. Hippodamie, Érope, Mégare.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Hippodamie, Érope, Polémon.

HIPPODAMIE

Fuyez-le.

SCÈNE II. Hippodamie, Polémon, Thyeste.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Thyeste, Mégare.

SCÈNE V. Thyeste, Érope, Mégare.

SCÈNE VI. Érope, Thyeste, Polemon.

THYESTE, à Polémon

Il me faut rendre Érope ?

SCÈNE VII. Érope, Thyeste.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Hippodamie, Atrée, Polémon, Idas, Gardes, Peuple, Prêtres.

SCÈNE II. Atrée, Polémon, Idas, Peuple.

SCÈNE III. Atrée, Idas.

SCÈNE IV. Hippodamie, Atrée, Idas.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Hipodamie, Érope.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Érope, Thyeste.

SCÈNE II. Érope, Mégare.

SCÈNE III. Érope, Polémon, Mégare.

SCÈNE IV. Érope, Mégare.

MÉGARE

Le voici.

SCÈNE V. Érope, Mégare, Atrée, Gardes.

ATRÉE, après avoir fait signe à ses gardes et à Mégare de se retirer

Je la vois interdite, éperdue, D'un époux qu'elle craint, elle éloigne sa vue.

ATRÉE

Lui !

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Atrée, Polémon, Idas.

ACTE V

SCÈNE I. Érope, Thyeste, Mégare.

SCÈNE II. Hippodamie, Érope, Thyeste, Polémon, Mégare.

SCÈNE III. Hippodamie, Érope, Thyeste, Idas, Polémon.

ÉROPE

Atrée ?

SCÈNE IV. Polémon, Idas.

SCÈNE V. Polémon, Idas, Atrée, dans le fond.

MÉGARE, accourant

Arrêtez !

ÉROPE

Dieux ! quels maux je ressens ! Ô ma mère ! Ô mon fils !... Je meurs !

Elle tombe dans les bras d'Hippodamie et de Thyeste.

THYESTE

Ah, barbare ! Tu mourras avant moi... la foudre nous sépare...

Les deux frères veulent courir l'un sur l'autre, le poignard à la main ; Polémon et Idas les désarment.

HIPPODAMIE

Monstres, sur votre mère épuisez vos fureurs : Mon sein vous a portés, je suis la plus coupable.

Elle embrasse Érope, et se laisse tomber auprès d'elle sur une banquette : les éclairs et le tonnerre redoublent.

1 265 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0