Opéra en vers· Tragédie en cinq actes et un Prologue
Samson
Cette pièce n'a jamais été représentée.
Personnages
- LA VOLUPTÉ
- PLAISIRS ET AMOURS
- BACCHUS
- HERCULE
- LA VERTU
- SUIVANTS DE LA VERTU
PROLOGUE
LA VOLUPTÉ, sur son trône, entourée des PLAISIRS et des AMOURS.
Le théâtre représente la salle de l'opéra/
LA VOLUPTÉ
Sur les bords fortunés embellis par la Seine Je règne dès longtemps. Je préside aux concerts charmants Que donne Melpomène. Amours, Plaisirs, Jeux séducteurs, Que le loisir fit naître au sein de la mollesse, Répandez vos douces erreurs ; Versez dans tous les cours Votre charmante ivresse ; Régnez, répandez mes faveurs.CHOEUR à parodier
Répandons, etc.LA VOLUPTÉ
Venez, mortels, accourez à mes yeux : Regardez, imitez les enfants de la gloire : Ils m'ont tous cédé la victoire. Mars les rendit cruels, et je les rends heureux.Entrée de héros armés et tenant dans leurs mains des guirlandes de fleurs.
BACCHUS, à Hercule
Nous sommes les enfants du maître du tonnerre : Notre nom jadis redouté Ne périra point sur la terre ; Mais parlons avec la liberté : Parmi tant de lauriers qui ceignent votre tête, Dites-moi quelle est la conquête Dont le grand cour d'Alcide était le plus flatté.HERCULE
Ah ! Ne me parlez plus de mes travaux pénibles, Ni des cieux que j'ai soutenus : En ces lieux je en connais plus Que la charmante Iole et les Plaisirs paisibles. Mais vous, Bacchus, dont la valeur Fit du sang des humains rougir la terre et l'onde, Quel plaisir, quel barbare honneur Trouvez-vous à troubler le monde ?BACCHUS
Ariane m'ôte à jamais Le souvenir de mes brillants forfaits ; Et par mes présents secourables Je ravis la raison aux mortels misérables, Pour leur faire oublier tous les maux que j'ai faits.ENSEMBLE
Volupté, reçois nos hommages ; Enchante dans ces lieux Les héros, les dieux, et le sages : Sans tes plaisirs, sans tes doux avantages, Est-il des sages et des dieux ?UN AMOUR
Jupiter n'est point heureux Par les coups de son tonnerre : Amour, il doit à tes feux Ces moments si précieux Qu'il vient goûter sur la terre. Le dieu qui préside au jour, Et qui ranime le monde ? Ferait-il son vaste tour S'il n'allait trouver l'Amour Qui l'attend au sein de l'onde ? Ici tous les conquérants Bornent leur grandeur à plaire ; Les sages sont des amants ; Ils cachent leurs cheveux blancs Sous les myrtes de Cythère. Mortels, suivez les Amours ; Toute sagesse est folie. Profitez de vos beaux jours : Les dieux aimeront toujours ; Soyez dieux dans votre vie.LA VOLUPTÉ
Ah ! quelle éclatante lumière Fait pâlir les clartés du beau jour qui nous luit ? Quelle est cette nymphe sévère Que la sagesse conduit ?LA VERTU
Mère des Plaisirs et des Jeux, Nécessaire aux mortels, et souvent trop fatale, Non, je ne suis point ta rivale ; Je viens m'unir à toi pour mieux régner sur eux. Sans moi, de tes plaisirs l'erreur est passagère ; Sans toi, l'on ne m'écoute pas : Il faut que mon flambeau t'éclaire ; Mais j'ai besoin de tes appas. Je veux instruire, et je dois plaire. Viens de ta main charmante orner la Vérité. Disparaissez, guerriers consacrés par la fable : Un Alcide véritable Va paraître en ce lieu, comme vous enchanté. Chantons sa gloire et sa faiblesse, Et voyons ce héros, par l'amour abattu, Adorer encor la Vertu, Entre les bras de la Mollesse.Alcide : nom de naissance d'Hercule car il était le petit-fils d'Alcée.
ACTE I
SCÈNE I. [Coyphée, Le Choeur].
Le théâtre représente une campagne. Les Israélites, couchés sur le bord du fleuve Adonis, déplorent leur captivité.
DEUX CORYPHÉES
Tribus captives, Qui sur ces rives Traînez vos fers ; Tribus captives, De qui les voix plaintives Font retentir les airs, Adorez dans vos maux le Dieu de l'univers.UN CORYPHÉE
Ainsi depuis quarante hivers Des Philistins le pouvoir indomptable Nous accable ; Leur fureur est implacable, Elle insulte aux tourments que nous avons soufferts.UN CORYPHÉE
Race malheureuse et divine, Tristes Hébreux, frémissez tous : Voici le jour affreux qu'un roi puissant destine A placer ses dieux parmi nous. Des prêtres mensongers, pleins de zèle et de rage, Vont nous forcer à plier les genoux Devant les dieux de ce climat sauvage : Enfants du ciel, que ferez-vous ?SCÈNE II.
SECOND CORYPHÉE
Ah ! Déjà je les vois ces pontifes cruels, Qui d'une idole horrible entourent les autels.Les prêtres des idoles dans l'enfoncement autour d'un autel couvert de leurs dieux.
Ne souillons point nos yeux de ces vains sacrifices ; Fuyons ces monstres adorés : De leurs prêtres sanglants ne soyons point complices.LE CHOEUR
Fuyons, éloignons-nous.LE GRAND-PRETRE DES IDOLES
Esclaves, demeurez, Demeurez : votre roi par ma voix vous l'ordonne. D'un pouvoir inconnu lâches adorateurs. Vous rampez dans nos fers, ainsi que vos ancêtres, Mutins toujours vaincus, et toujours insolents : Obéissez, il en est temps, Connaissez les dieux de vos maîtres.LE CHOEUR
Tombe plutôt sur nous la vengeance du ciel ! Plutôt l'enfer nous engloutisse ! Périsse, périsse Ce temple et cet autel !LE GRAND-PRETRE DES IDOLES
Rebut des nations, vous déclarez la guerre Aux dieux, aux pontifes, aux rois ?SCÈNE III. Samson entre, couvert d'une peau de lion ; Les Personnages de la scène précédente.
SAMSON
Quel spectacle d'horreur ! Quoi ! ces fiers enfants de l'erreur Ont porté parmi vous ces monstres qu'ils adorent ? Dieu des combats, regarde en ta fureur Les indigne rivaux que nos tyrans implorent. Soutiens mon zèle, inspire-moi ; Venge ta cause, venge-toi.LE GRAND-PRETRE
Profane, impie, arrête !SAMSON
Lâches, dérobez votre tête À mon juste courroux ; Pleurez vos dieux, craignez pour vous. Tombez, dieux ennemis ! Soyez réduits en poudre. Vous ne méritez pas Que le dieu des combats Arme le ciel vengeur, et lance ici sa foudre ; Il suffit de mon bras. Tombez, dieux ennemis ! Soyez réduits en poudre.Il renverse les autels.
SCÈNE IV. Samson, Les Israélites.
SAMSON
Vos esprits étonnés sont encore incertains ? Redoutez-vous ces dieux renversés par mes mains ?CHOEUR DES FILLES ISRAELITES
Mais qui nous défendra du courroux effroyable D'un roi, le tyran des Hébreux ?SAMSON
Le Dieu dont la main favorable A conduit ce bras belliqueux Ne craint point de ces rois la grandeur périssable. Faibles tribus, demandez son appui ; Il vous armera du tonnerre ; Vous serez redoutés du reste de la terre, Si vous ne redoutez que lui.SAMSON
Vous m'avez, c'est assez ; tous vos maux vont finir. Dieu m'a prêté sa force, sa puissance : Le fer est inutile au bras qu'il veut choisir ; En domptant les lions, j'appris à vous servir. Leur dépouille sanglante est le noble présage Des coups dont je ferai périr Les tyrans qui sont leur image.Air.
Peuple, éveille-toi, romps tes fers, Remonte à ta grandeur première, Comme un jour Dieu du haut des airs Rappellera les morts à la lumière Du sein de la poussière, Et ranimera l'univers. Peuple, éveille-toi, romps tes fers, La liberté t'appelle ; Tu naquis pour elle ; Reprends tes concerts. Peuple, éveille-toi, romps tes fers !AUTRE AIR.
L'hiver détruit les fleurs et la verdure ; Mais du flambeau des jours la féconde clarté Ranime ta nature, Et lui rend sa beauté ; L'affreux esclavage Flétrit le courage : Mais la liberté Relève sa grandeur, et nourrit sa fierté. Liberté ! Liberté !ACTE II
SCÈNE I. [Le Roi, Un Philistin, Le Choeur].
Le théâtre représente le péristyle du palais du roi ; on voit à travers les colonnes des forêts et des collines ; dans le fond, dans la perspective le roi est sur son trône, entouré de toute sa cour habillée à l'orientale.
LE ROI
Ainsi ce peuple esclave, oubliant son devoir, Contre son roi lève un front indocile. Du sein de la poussière il brave mon pouvoir. Sur quel roseau fragile A-t-il mis son espoir ?UN PHILISTIN
Un imposteur, un vil esclave, Samson, les séduit et vous brave : Sans doute il est armé du secours des enfers.LE ROI
L'insolent vit encore ? Allez, qu'on le saisisse ; Préparez tout pour son supplice : Courez, soldats ; chargez de fers Des coupables Hébreux la troupe vagabonde ; Ils sont les ennemis et le rebut du monde, Et, détestés partout, détestent l'univers.CHOEUR DES PHILISTINS, derrière le théâtre
Fuyons la mort, échappons au carnage ; Les enfers secondent sa rage.LE ROI
J'entends encore les cris de ces peuples mutins : De leur chef odieux va-t-on punit l'audace ?SCÈNE II. Le Roi, Les Philistins autour de lui ; Samson, suivi des Hébreux, portant dans unemain une massue, et dans l'autre une branche d'olivier.
SAMSON
Roi, prêtres ennemis, que mon_Dieu fait trembler, Voyez ce signe heureux de la paix bienfaisante, Dans cette main sanglante Qui vous peut immoler.CHOEUR DES PHILISTINS
Quel mortel orgueilleux peut tenir ce language ? Contre un roi si puissant quel bras peut s'élever ?SAMSON
Je ne suis qu'un mortel ; mais le Dieu de la terre, Qui commande aux rois, Qui souffle à son choix Et la mort et la guerre, Qui vous tient sous ses lois, Qui lance le tonnerre, Vous parle par ma voix.SAMSON
Vos soldats mourant sous mes coups, La crainte où je vous vois, mes exploits, mon courage. Au nom de ma patrie, au nom de l'Eternel, Respectez désormais les enfants d'Israël, Et finissez leur esclavage.LE ROI
Moi, qu'au sang philistin je fasse un tel outrage ! Moi, mettre en liberté ces peuples odieux ! Votre dieu serait-il plus puissant que mes dieux ?SAMSON
Vous allez l'éprouver ; voyez si sa nature Reconnaît ses commandements. Marbres, obéissez ; que l'onde la plus pure Sorte de ces rochers, et retombe en torrents.On voit des fontaines jaillir dans l'enfoncement.
LE CHOEUR
Ciel ! Ô ciel ! À sa voix, on voit jaillir cette onde Des marbres amollis ! Les éléments lui sont soumis ! Est-il le souverain du monde ?SAMSON
Eh bien ! Vous avez vu quelle était sa puissance, Connaissez quelle est sa vengeance. Descendez, feux des cieux, ravagez ces climats : Que la foudre tombe en éclats ; De ces fertiles champs détruisez l'espérance.Tout le théâtre apparaît embrasé.
Brûlez, moissons ; séchez, guérets ; Embrasez-vous, vastes forêts.Au roi.
Connaissez quelle est sa vengeance.LE CHOEUR
Tout s'embrase, tout se détruit ; Un dieu terrible nous poursuit. Brûlante flamme, affreux tonnerre, Terribles coups ! Ciel ! Ô ciel ! Sommes-nous Au jour où doit périr la terre ?SCÈNE III. Samson, Choeur d'Israélites.
SAMSON
Vous que le ciel console après des maux si grands, Peuples, osez paraître aux palais des tyrans : Sonnez, trompette, organe de la gloire ; Sonnez, annoncez ma victoire.LES HÉBREUX
Chantons tous ce héros, l'arbitre des combats : Il est le seul dont le courage Jamais ne partage La victoire avec les soldats. Il va finir notre esclavage. Pour nous est l'avantage ; La gloire est à son bras ; Il fait trembler sur leur trône Les rois maîtres de l'univers, Les guerriers au champ de Bellone, Les faux dieux au fond des enfers.ACTE III
SCÈNE I. Le Roi, Dalila, Oracle, Prêtresse de Vénus, Choeur.
Le théâtre représente un bocage et un autel où sont Mars, Vénus, et les dieux de Syrie.
LE ROI
Dieux de Syrie, Dieux immortels, Écoutez, protégez un peuple qui s'écrie Au pied de vos autels. Éveillez-vous, punissez la furie De vos esclaves criminels. Votre peuple vous prie : Livrez en nos mains Le plus fier des humains.LE GRAND-PRÊTRE
Mars terrible, Mars invincible, Protège nos climats ; Prépare À ce barbare Les fers et le trépas.DALILA
Ô Vénus ! Déesse charmante, Ne permets pas que ces beaux jours Destinés aux amours Soient profanés par la guerre sanglante.ORACLE DES DIEUX DE SYRIE
« Samson nous a domptés ; ce glorieux empire Touche à son dernier jour ; Fléchissez ce héros ; qu'il aime, qu'il soupire : Vous n'avez d'espoir qu'en l'Amour. »DALILA
Dieu des plaisirs, daigne ici nous instruire Dans l'art charmant de plaire et de séduire ; Prête à nos yeux tes traits toujours vainqueurs. Apprends-nous à semer des fleurs Le piège aimable où tu veux qu'on l'attire.DALILA
D'Adonis c'est aujourd'hui la fête ; Pour ses jeux la jeunesse s'apprête. Amour, voici le temps heureux Pour inspirer et pour sentir tes feux.DALILA
Il vient plein de colère, et la terreur le suit ; Retirons-nous sous cet épais feuillage.Elle se retire avec les filles de Gaza et les prêtresses.
Implorons le dieu qui séduit Le plus ferme courage.SCÈNE II.
SAMSON
Le Dieu des combats m'a conduit Au milieu du carnage ; Devant lui tout tremble et tout fuit. Le tonnerre, l'affreux orage, Dans tous les champs font moins de ravage Que son nom seul n'en a produit Chez le Philistin plein de rage. Tous ceux qui voulaient arrêter Ce fier torrent dans son passage N'ont fait que l'irriter : Ils sont tombés ; la mort est leur partage.On entend une harmonie douce.
Ces sons harmonieux, ces murmures des eaux, Semblent amollir mon courage. Asile de la paix, lieux charmants, doux ombrage, Vous m'invitez au repos.Il s'endort sur un lit de gazon.
SCÈNE I.I. Dalila, Samson, Choeur des Prêteses de Vénus, revenant sur la scène.
CHOEUR DES PRÊTRESSE DE VÉNUS
Plaisirs flatteurs, amollissez son âme, Songes charmants, enchantez son sommeil.DALILA
Vénus, inspire-nous, préside à ce beau jour. Est-ce là ce cruel, ce vainqueur homicide ? Vénus, il semble né pour embellir ta cour. Armé, c'est le dieu Mars ; désarmé, c'est l'Amour. Mon cour, mon faible coeur devant lui s'intimide. Enchaînons de fleurs Ce guerrier terrible ; Que ce cour farouche, invincible, Se rende à tes douceurs.SAMSON se réveille, entouré des filles de Gaza
Où suis-je ? en quels climats me vois-je transporté ? Quels doux concerts se font entendre ! Quels ravissants objets viennent de me surprendre ! Est-ce ici le séjour de la félicité ?DALILA, à Samson
Du charmant Adonis nous célébrons la fête ; L'Amour en ordonna les jeux ; C'est l'Amour qui les apprête : Puissent-ils mériter un regard de vos yeux !DALILA
C'était un héros indomptable, Qui fut aimé de la mère de l'Amour. Nous chantons tous les ans cette aimable aventure.SAMSON
Parlez, vous m'allez enchanter : Les vents viennent de s'arrêter ; Ces forêts, ces oiseaux, et toute la nature, Se taisent pour vous écouter.Dalila se met à côté de Samson. Le choeur se range autour d'eux. Dalila chante cette cantatille accompagnée, accompagnée de peu d'instruments qui sont sur le théâtre.
DALILA
Vénus dans nos climats souvent daigne se rendre ; C'est dans nos bois qu'on vient apprendre De son culte charmant tous les secrets divins. Ce fut près de cette onde, en ces riants jardins, Que Vénus enchanta le plus beau des humains. Alors tout fut heureux dans une paix profonde ; Tour l'univers aima dans le sein du loisir. Vénus donnait au monde L'exemple du plaisir.SAMSON
Que ses traits ont d'appas ! que sa voix m'intéresse ! Que je suis étonné de sentir la tendresse ! De quel poison charmant je me sens pénétré !DALILA
Sans Vénus, sans l'Amour, qu'aurait-il pu prétendre ? Dans nos bois, il est adoré. Quand il fut redoutable, il était ignoré : Il devint dieu dès qu'il fut tendre. Depuis cet heureux jour Ces prés, cette onde, cet ombrage, Inspirent le plus tendre amour Au cour le plus sauvage.SAMSON
Ô ciel, ô troubles inconnus ! J'étais ce cour sauvage, et je ne le suis plus. Je suis changé ; j'éprouve une flamme naissante.À Dalila.
Ah ! s'il était une Vénus, Si des Amours cette reine charmante Aux mortels en effet pouvait se présenter, Je vous prendrais pour elle, et croirais la flatter.SCÈNE IV. Les Précédents, Les Hébreux.
LES HÉBREUX
Ne tardez point, venez ; tout un peuple fidèle Est prêt à marcher sous vos lois : Soyez le premier de nos rois ; Combattez et régnez : la gloire vous appelle.SAMSON
Je vous suis, je le dois ; j'accepte vos présents. Ah !... Quel charme puissant m'arrête ! Ah ! Différez du moins, différez quelque temps Ces honneurs brillant qu'on m'apprête.DALILA
Oubliez les combats ; Que la paix vous attire. Vénus vient vous sourire, L'Amour vous tend les bras.LES HÉBREUX
Craignez le plaisir décevant Où votre grand cour s'abandonne ; L'Amour nous dérobe souvent Les biens que la gloire nous donne.DEUX HÉBREUX
Venez, venez, ne tardez pas : Nos cruels ennemis sont prêts à nous surprendre ; Rien ne peut nous défendre Que votre invincible bras.SCÈNE V.
DALILA
Il s'éloigne, il me fuit, il emporte mon âme ; Partout il est vainqueur : Le feu que j'allumais m'enflamme ; J'ai voulu l'enchaîner, il enchaîne mon cour. Ô mère des Plaisirs, le coeur de ta prêtresse Doit être plein de toi, doit toujours s'enflammer ! Ô Vénus ! Ma seule déesse, La tendresse est ma loi, mon devoir est d'aimer. Écho, voix errante, Légère habitante De ce beau séjour, Écho, monument de l'amour, Parle de ma faiblesse au héros qui m'enchante. Favoris du printemps, de l'amour et des airs, Oiseaux dont j'entends les concerts, Chers confidents de ma tendresse extrême, Doux ramage des oiseaux, Voix fidèle des échos, Répétez à jamais : Je l'aime, je l'aime.ACTE IV
SCÈNE I. Le Grand-Prêtre, Dalila.
SCÈNE II.
DALILA
Secourez-moi, tendres Amours, Amenez la paix sur la terre ; Cessez, trompettes et tambours, D'annoncer la funeste guerre ; Brillez, jour glorieux, le plus beau de mes jours. Hymen, Amour, que ton flambeau l'éclaire ; Qu'à jamais je puisse plaire, Puisque je sens que j'aimerai toujours ! Secondez-moi, tendres Amours, Amenez la paix sur la terre.SCÈNE III. Samson, Dalila.
SAMSON
J'ai sauvé les Hébreux par l'effort de mon bras, Et vous sauvez par vos appas Votre peuple et votre roi même : C'est pour vous mériter que j'accorde la paix. Le roi m'offre son diadème, Et je ne veux que vous pour prix de mes bienfaits.DALILA
Tout vous craint en ces lieux ; on s'empresse à vous plaire. Vous régnez sur vos ennemis ; Mais de tous les sujets que vous venez de faire, Mon cour vous est le plus soumis.SAMSON ET DALILA, ensemble
N'écoutons plus le bruit des armes ; Myrtes amoureux, croissez près des lauriers ; L'amour est le prix des guerriers, Et la gloire en a plus de charmes.SAMSON
L'hymen doit nous unir par des noeuds éternels. Que tardez-vous encore ? Venez, qu'un pur amour vous amène aux autels Du dieu des combats que j'adore.SCÈNE IV. Samson, Dalila, Cchoeur des différents peuples, de guerriers, de pasteurs.
Le temple de Vénus paraît dans toute sa splendeur.
DALILA
Air.
Amour, volupté pure, Âme de la nature, Maître des éléments, L'univers n'est formé, ne s'anime, ne dure Que par tes regards bienfaisants. Tendre Vénus, tout l'univers t'implore, Tout n'est riens sans tes feux ! On craint les autres dieux, c'est Vénus qu'on adore : Ils règnent sur le monde, et tu règnes sur eux.GUERRIERS
Vénus, notre fier courage, Dans le sang, dans le carnage, Vainement s'endurcit ; Tu nous désarmes ; Nous rendons les armes : L'horreur à ta voix s'adoucit.UNE PRÊTRESSE
Chantez, oiseaux, chantez ; votre ramage tendre Est la voix des plaisirs. Chantez ; Vénus doit vous entendre ; Portez-lui nos soupirs. Les filles de Flore S'empressent d'éclore Dans ce séjour ; La fraîcheur brillante De la fleur naissante Se passe en un jour : Mais une plus belle Naît auprès d'elle, Plaît à son tour ; Sensible image Des plaisirs du bel âge, Sensible image Du charmant Amour !SAMSON
Je n'y résiste plus : le charme qui m'obsède Tyrannise mon cour, enivre tous mes sens : Possédez à jamais ce cour qui vous possède, Et gouvernez tous mes moments. Venez : vous vous troublez....DALILA
Cet amour qui m'engage Fait ma gloire et mon bonheur ; Mais il m'en faut un nouveau gage Qui m'assure de votre cour.SAMSON
Que dites-vous ?...SAMSON
Eh bien ! vous le voulez ; l'amour me justifie : Mes cheveux, à mon_Dieu consacrés dès longtemps, De ses bontés pour moi sont les sacrés garants : Il voulut attacher ma force et mon courage À de si faibles ornements : Ils sont à lui ; ma gloire est son ouvrage.SAMSON
Qu'ai-je dit ? Malheureux ! Ma raison revient ; je frissonne De l'abîme où j'entraîne avec moi les Hébreux.SCÈNE V. Les Philistins, Samson, Dalila.
LE GRAND-PRETRE DES PHILISTINS
Venez ; ce bruit affreux, ces cris de la nature Ce tonnerre, tout nous assure Que du dieu des combats il est abandonné.SAMSON
Tombez, tyrans...LES PHILISTINS, combattant
Cédez, esclave.SAMSON
Ah ! Quelle mortelle langueur ! Ma main ne peut porter cette fatale épée, Ah, Dieu ! ma valeur est trompée ; Dieu retire son bras vainqueur.SAMSON, entre leurs mains
Non, lâches ! non, ce bras n'est pas vaincu par vous ; C'est dieu qui me livre à vos coups.On l'emmène.
SCÈNE VI.
DALILA
Ô désespoir ! Ô tourments ! Ô tendresse ! Rois cruels ! Peuples inhumains ! Ô vénus, trompeuse déesse ! Vous abusiez de ma faiblesse. Vous avez préparé, par mes fatales mains, L'abîme horrible où je l'entraîne ; Vous m'avez fait aimer le plus grand des humains Pour hâter sa mort et la mienne. Trône, tombez ; brûlez, autels, Soyez réduits en poudre. Tyrans affreux, dieux cruels, Puisse un dieu plus puissant écraser de sa foudre Vous et vos peuples criminels !ACTE V
SCÈNE I. Samson, enchaîné ; Gardes.
SAMSON
Profonds abîmes de la terre, Enfer, ouvre-toi ! Frappez, tonnerre, Écrasez-moi ! Mon bras a refusé de servir mon courage ; Je suis vaincu, je suis dans l'esclavage ; Je ne la verrai plus, flambeau sacré des cieux ; Lumière, tu fuis de mes yeux. Lumière, brillante image D'un Dieu ton auteur, Premier ouvrage Du créateur ; Douce lumière, Nature entière, Des voiles de la nuit, l'impénétrable horreur Te cache a ma triste paupière. Profonds abîmes, etc.SCÈNE II. Samson, Choeur d'Hébreux.
PERSONNAGES DU CHOEUR
Hélas ! Nous t'amenons nos tribus enchaînées, Compagnes infortunées De ton horrible douleur.SAMSON
Peuple saint, malheureuse race, Mon bras relevait ta grandeur ; Ma faiblesse a fait ta disgrâce. Quoi ! Dalila me fuit ! Chers amis pardonnez A de si honteuses alarmes.SAMSON
Quoi, j'éprouve un malheur nouveau ! Ce que j'adore est au tombeau ! Profonds abîmes de la terre, Enfer, ouvre-toi ! Frappez, tonnerre, Écrasez-moi !SCÈNE III. Le Roi, Choeur de PhIlistins, Samson, Choeur d'Hébreux.
CHOEUR DES PHILISTINS
Élevez nos accents, etc.CHOEUR D'ISRAÉLITES
Terminons nos jours déplorables.CHOEUR DE PHILISTINS
Élevons nos accents vers nos dieux favorables ; Vengeons leurs autels, vengeons-nous.SAMSON
Ô Dieu !... pardonne.CHOEUR DE PHILISTINS
Vengeons-nous.SCÈNE IV. Samson, Les Israélites, Le Roi, Les Prêtresses de Vénus, Les Prêtres de Mars.
UNE PRÊTRESSE
Tous nos dieux étonnés, et cachés dans les cieux, Ne pouvaient sauver notre empire : Vénus avec un sourire Nous a rendus victorieux : Mars a volé, guidé par elle : Sur son char tout sanglant, La victoire immortelle Tirait son glaive étincelant Contre tout un peuple infidèle, Et la nuit éternelle Va dévorer leur chef interdit et tremblant.UNE AUTRE
C'est Vénus qui défend aux tempêtes De gronder sur nos têtes. Notre ennemi cruel Entend encor nos fêtes, Tremble de nos conquêtes, Et tombe à son autel.LE ROI
Eh bien ! Qu'est devenu ce dieu si redoutable, Qui par tes mains devait nous foudroyer ? Une femme a vaincu ce fantôme effroyable, Et son bras languissant ne peut se déployer. Il l'abandonne, il cède à ma puissance ; Et tandis qu'en ces lieux j'enchaîne les destins, Son tonnerre, étouffé dans ses débiles mains, Se repose dans le silence.SAMSON
Grand Dieu ! J'ai soutenu cet horrible langage, Quand il n'offensait qu'un mortel ; On insulte ton nom, ton culte, ton autel ; Lève-toi, venge ton outrage.LE ROI
Non, tu dois sentir à longs traits L'amertume de ton supplice. Qu'avec toi ton dieu périsse, Et qu'il soit comme toi méprisé pour jamais.SAMSON
Tu m'inspires enfin ; c'est sur toi que je fonde Mes superbes desseins ; Tu m'inspires ; ton bras seconde Mes languissantes mains.LE ROI
Vil esclave, qu'oses-tu dire ? Prêt à mourir dans les tourments, Peux-tu bien menacer ce formidable empire A tes derniers moments ? Qu'on l'immole, il est temps ; Frappez ; il faut qu'il expire.SAMSON
Arrêtez ; je dois vous instruire Des secrets de mon peuple, et du Dieu que je sers : Ce moment doit servir d'exemple à l'univers.LE ROI
Tu seras satisfait.SAMSON, ébranlant les colonnes
Temple odieux ! que tes murs se renversent, Que tes débris se dispersent Sur moi, sur ce peuple en fureur !780 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0